‹ Documents pour servir à l'histoire des conspirations, des partis et des sectesChapitre 4 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la sainte-alliance. — Ascendant du catholicisme ultramontain sur les diTers pouTotrs dont elle se compose. — ÀTantages de tous ces pou- Toirs sur la philosophie. — - Infirmité des philosophes de la restauration.

Qu'est-ce que la sainte-alliance?Une coalition de toutes les traditions despotiques , aristocratiques et religieuses, au profit de ceux qui les exploitent. Si l'on voulait absolument y voir une doctrine dirigeante , on pourrait la définir comme un mélange* des orthodoxies catholiques et protestantes; mais ce mot d'orthodoxie n'a pas de pluriel. L'idée qu'on y attache exclut à jamais de semblables accouplemens.

L'identité des intérêts ne se montrç pas plus que l'unité de doctrine dans la sainte-alliance, car, de même que le prêtre de Rome ne s'aurait s'entendre avec le ministre de Luther ou de Calvin, le despotisme ne peut vivre en paix avec l'aristocratie.

Tous ces pouvoirs politiques et religieux ont transigé pourtant, mais uniquement dans le but

d'étoufTer la révolutionfrançaise. Voilà le véritable système , le seul intérêt commun de la sainte-elliance. -

Or, ce qu'il est bien essentiel de reconnaître, c'est l'ascendant du catholicisme ultramontain, sur cette ligue provisoire de tant de potentats , prêtres et aristocrates de tous les pays. (1) Cette prépondérance de la religion de Rome s'explique aisément: elle la doit à sa force numérique, au célibat et à la hiéraï^chie de son clergé parmi nous, c'est-à-dire dans le pays même où se trouvent ses plus dangereux ennemis; mais le catholicisme est surtout puissant par l'antique inflexibilité de sa tradition. Si le protestantisme et le

(i) Moas n'aTons pas IMntel^tion de désigner ici les do^es de TÉglise romaine , mais cette religion politique , ennemie de la science et de la liberté, qui, s'appuyant sur la force matérielle des gouYernemens , leur apporte tonte la corruption qu'elle en reçoit à son tour^ cette prétention à confondre les deux puissances , au lieu d'exercer séparément l'empire spirituel dont on semble désespérer. Sous beaucoup de rapports , les efforts rdigieux dont noas Tonlons parler ne sont pas ultramontains , non plus que Traiment catholiques , puisqu'ils astreignent les jésuites ou les gaHicans à toutes les t jrannies et Ticissitudes que chaque état peut éprouver. Les écrÎTains de Vjiwemr sont les seuls qui nous paraissent ultramontains conséqueos. Selon eux , la société religieuse et civile , l'église et l'état ne peuvent être séparés ; ainsi , les institutions du moyen âge leur semblent admirables. « Mais , du moment qu'il existe accidentelie- «t ment plusieurs sociétés partielles dans l'état , ils pensent que chacune « d'elles tendant à se constituer extérieurement , ou à faire dans l'état un « autre état^ la guerre de croyances ou d'opinions devient une guerre « politique et civile et permanente ; et , en second lieu , que chaque opia nion ou diaque croyance, prévalant tour-à-tour , elles finissent par être

gdUicaiiiânie sont si Ëdble» à c6té de Vég^ise ulti^QEionlaine^ c'est qu'ils emploient beaucoup dé temps -à disputer contre leur propre existence , tandis que celle-<»^ eontroversant le moins pos- ^\\Ae, agit avec ensemble et sans relâche sur de plus grandes massés (1).

Uinfériopité des pouvoirs temporels à l'égard des pouvoirs spiritueU^ eèt également toute simple. Les discussion» sur les prérogatives desr rois ou les privilèges des aristocraties , ^ont ordinairement plus abordables que les discussions religieuses^ parée qu'il est pljis naturel et plus &cile de plaider pour ses intérêts matériels^ que

« toutes opprimées successÎTement. La force remplaçant la discussion , au « lieii de s'éclairer, on s'ir^te i les {^^ns s'exaltent ; on n^ ^écoute « mln^e plus ; l'anarchie devient interminable. Le remède, L'uniqiie iCh « mède*à un mal si grand , est de laisser cette guerre spirituelle se ppiM?--< a suivre et se terminer par des armes spirituelles» » ( 1/ Avenir,. |3 mr, tobrei83o.)

C'est pourquoi les écrivains dç r^i/e/iirrédaraent la sépuration «Uo^ lue de l'église et de l'état , la liberté de la pensée e^ de la consqienoe dB04 toiles leurs manifestations. II3 espèrent qu'à la fii^veuc de ce iiQiivel-0f4n^ de choses, le monde étant converti et ramené librement à l'miiU^ papiift» la plus grande stabilité de la foj se combinera un jour aveq la |4us gianck activité de l'esprit humain.

I^ous faisons des vœux sincères pour q^e ee^ généreuses pensées se rén pondent ; malheureusement ceux qui les professeiH avec Um\ d'édat» mi sont pas ultran^ontaips comme Qn l'est à Rome,

(1) Pourquoi suit-Mi la. phirallté? Est-ee à cause quMIs ont plus de rawqn? Çion , moi» plu» de forcti PoorqMoi suit-on fes anciennes Ibis et les, anciennes 4)pini«Ast? Est-ce qu'elles sont plus seines? N6n , mais efles spflt, uniques^ et nous ôtent la^ rsetne de diversité. ( Paseai. )

3* de sç quereller sur des sujets dotst peu d^esprits s^t capables de saî^îr la portée* Cependant) les pouvoirs temporels, comme ib sont oonstituës, ne pourraient se maintenir avec la liberté des opinions qui le$ minant de toute part. Sachant bi^n que certaines habitudes, religieuses sont les seules qui aient la propriété d'étouffer dans leur germe toutes les rébellions de la pensée , ils éprouvent ainsi le besoiti de s'unir étroitement à ceux qui peuvent leur rendre de tels services. Dé ce besoin résulte leur dépendance des pouvoirs» spirituels, qui dans leurs engagemens avec eux, se dépravent encore plus qu'ils ne s'astreignent.

Nous savons qu'il existe parmi les gouverneipensetles divers sa^cerdoces, quelque$ nobles exceptions à ces ex^rables abus de leur autorité. I>ans la situation présente , ces exceptions ne changent rien au fond des choses.

Qu'on examine de près l'histoire de nos dernières années; depuis quinze ans, le mot d'ordre de Ift saint^allknce est toujours venu du même eiklroit. Si jaixiais une coalition des souverains an^m^it d« nouveau ccmtre nous , chacun d*eux pourrait y faire la réserve de son intérêt privé, des coutumes et de la religion de son pays; mais, c'est à Rome encore que se trouverait la pensée (iki^peante de cette entreprise. C'est là du moins qu'on ea recueillerait le funèbre héritage.

La compagnie de Jésus étant une association plus intime dans la grande association catholi- <|ile, devait gouverner celle-ci , et par ce moyen l'Europe.

Combien Ton méconnaît la force morale du système catholique, et son inévitable empire au milieu de Fanarchie des peuples et des rois, quand on ne voit dans les complots de la saintealliance , que les i)réjugés personnels des maisons d'Autriche, d'Italie, de France ou d'Espagne!

Malgré ses répugnances du dix-huitième siècle, Bonaparte a reconstruit la religion de l'état, parce qu'avec son instinct despotique, il sentait qu'il lui serait impossible de comprimer autrement cette force vivace de l'opinion, que l'efifroi de la terreur et l'esprit de conquête ne pouvaient toujours préoccuper.

. En 1815, les ci-devant libertins de l'émigration se sont montrés assurément moins religieux que politiques , en continuant d'augmenter; sans mesure., l'influence temporelle de l'église, car les gouvernemens institués au profit de quelques intérêts de caste et de corps, né pourront jamais s'en passer.

Aujourd'hui^ bien que la royauté nouvelle y soi^e peu, nous osoiis prédire que, §i l'esprit de cour parvenait à se combiner avec une pai-

rie héréditaire, une religion politique interviendrait tôt ou tard dans leurs complots.

Après avoir montré rinfériorité de tous les pouvoirs spirituels et temporels de l'Europe , dans leurs rapports avec le catholicisme régi luimême et presque représenté par une congrégation ultramontaihe , il est facile d'expliquer la faiblesse de la philosophie dans sa lutte inégale contre cette masse d'ennemis qui oublient leurs querelles^ pour lui déclarer une guerre à mort.

La science fait son livre malgré la coalition de ses ennemis et le désaccord de ses amis, tandis que, depuis des siècles, le livre de la foi est tout fait. La tradition est une et complète. Les ministres qui la propagent avec un ordre admirable , ont pour eux ou .plutôt contre la philosophie , les gouvernemens et l'ignorance du plus grand nombre.

(c Evertuez-voBS bien , messieurs les philoce sophes, disait Frédéric à son glorieux corres- « pondant ; un bigot à la tête d'un état , ou « bien un ambitieux que son intérêt lie à celui « de l'église, renversera en un jour ce que « vingt ans de vos travaux ont élevé à peine. » (Lettre du roi de Prusse à F'oltaire, an 1775. Potsdam.J

. Si la révoli^tion française n'eut pas mis pen^

dant quelques années la philosoplûe à la tête du gouvernement , l'observation de Frédéric pourrait aujourd'hui passer pour luie lamentable prophétie. £n 4830y«n effets pourquoi la révolution a-t-elle été sauvée? uniquèmeik par oe qu'elle s'était maintenue dans les km oi^ viles^ sous quelques rapports dans la constitua tion politique^ et pat* là, dans les moBurs dû pays; mais depuis long-temps elle n'était plus dans la direction suprême du gouvernement^ on la reconnaissait à peine dans la philosophie. Nous ne voulons pas contester aux penseurs de la restauration les services qu'ils ont rendus; cependant, quelle petitesse et quelle impuis^ sance à côté de leurs devanciers!

Les pères de l'assemblée constituante et tous leurs glorieux disciples, pous ont fait ce que nous sc»nmes,en luttant contre l'fiurope entière, avec une nation bien moins éclairée qu'elle tie l'^t aujourd'hui , et. surtout mille fois plus divisée d'intérêts. Les phllosof4ie<^ de^ quinze dernières années, pris au dépourvu par la révolution de juillet, arrivent au pouvoir pour avouer hautement le,ur projet de l'entraver et dé^ vouer tout bas le principe fécond de la souveraineté nationale, seule différence entre la royauté nouvelle et celle qui n'existe ^iis. Ils sont aussi tremblans et aveugleis au imlîeu des

as

l^iiiB beUes o0nditioQâ de |>ro6péHté^ t[ae lu» pères ^tai^it fôrmes «t prévoy^^a ^ datis les pro- 4i^uB^ tempêtes d<kit ils ont sauvë lëtat. En vain la république , l'enipire et la restàuratîoili, nous ont laissé tin pays où k multitude ton^ Jours eroi^sante dès propriétaires^ se ihôiitre flus Uén d'kiléret et de sentimens avec le reate de ta pôjpulation^ qu'en aucune autre cohk>ee^ nn |>ays «éclaire par uti kmg af^^rëntissage des bienfaits et d^ contrariétés du t^ime repns^ seâfïtatif , vÙLkbnime dans son bon setis , reposé depuis long-temps de ses disèorde^ sâi^ avoir rien perdu du pui* èkithousiasme qui Taniihait il y à qliai^inte ans ! nos hommes d'état n'à^ perçoivtot dana cette situation merveilleuse que des étéibtos de uykd>lë et d'anarchie. Ei^ vain^ les pMples autrefi^is achartiés contre hot^ régénéfâiticm sociale^ ^ lèVèiM; aujourd'hui pour nous imiter ^ liéus lèvent des maikis amies ^ suppliantes I oetté assistaûôe inespérée partit à ceux qui gôuVert^nt uti embarras de plus«

Laphik)SO|^ie du dix^uitième siècle a relevé la France de l'âbjectton ou l'avaient réduite les plus horribles débauches qui aient jamaissouilié un payé par son gouvernement; de la fange des ^saurs^ eïlèâ &it sortir des senlilpens de pudeur et d'hûtfiahit» ; sâ^ littéraiture régnait sur les peuples dont elle préparait U$ nouvelles desttl-

nées. Maïs lès philosophes de la restauration ont , en littérature comme en diplomatie , une insurmontable habitude de se traîner à la suite des traditions européennes. Qu'ils soient en effet jugés par leurs œuvres : historiens boursouflFles de germanisme , imitateurs des romanciers de l'Angleterre , philosophes renégats et c rétiens honteux , plagiaires et pusillanimes en toutes choses , ne cherchez pas dans leurs écrits les plus élevés-, cette verve intellectuelle qui précipite les docteurs d'outre-Rhin dans les espaces de Yabsolu.

Aux laides rêveries de Fichte ou de Schelling , n'opposent-ils pas les correctifs de J'école écossaise ? Inquiets et flottans entre les doctrines métaphysiques les plus diverses, s'ils deviennent des hommes d'état, c'est pour hésiter encore et proclamer, au milieu des risées de l'Europe^ leur principe de quasi-légitimité !

Us se disaient appelés âcontin uel'ouvrage des grands hommes du siècle passé, à effacer paniii nous les derniers vestiges du moyen âge; et cependant , en littérature, en philosophie, en politique , ils s'attachaient à ranimer les formes et les symboles des temps de barbarie !

D'où vient donc cette extrême infirmité de la philosophie du dix-neuvième siècle ? Nous en avons attribué la cause à l'interruption des

si

hautes études pendant vingt-cinq années de discordes et de guerres ^ et à la tyrannie d'un système religieux et politique appuyé par la Sainte- Alliance. Continuons Fétude de nos misères dans les travaux qui servaient à en atténuer les conséquences y mais en même temps à les déguiser. ,

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