‹ Documents pour servir à l'histoire des conspirations, des partis et des sectesChapitre 32 sur 67 · IMPRIMERIE D^ J. PERMET, RUE ST-DOMINIQUE , N · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE D^ J. PERMET, RUE ST-DOMINIQUE , N

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Nous nous sommes mis en dehors de fei presse de tous les jours ^ parce que ses prudences bâillonnaient notre candeur , et que ses colères véhémentes , verbeuses allumées tout-à^oup ati brasiéi' capricieux des événemens extérieurs^ et qui ne dévoraient qu*elles-mê-' mes dans leur inutile et provocateur incendie , grimaçaient devant nos prévisions logiiques , nos convictions arrêtées et toutes faites , nos calmes dédains , nos forces concentrées et expectantes. H n'est pas dans les possibilités de notre nature de taire d'impatientes vérités , ni de hurler des sauvageries: car les^ vérités brûlent le sein qui les cache, et les sauvageries effarouchent leâ oreilles civilisées *— Empêchés donc que nous étions du seuil' de la presse quotidienne, nous avons cru <jue c'était pouf nous un devoir de frapper à la porte de la brochure , quand hotre vie toucherait en passant quelque mtérét généraF. — Ce jour est venu.

Nous avons quelques mots à dire aux* factions matérialistes qui nous gâtent la statue sr grandiose et si pure de notre république : ils nous là rapetissent et nous Tenraidissent. — Avant d'aborder les hommes de demain, les hommes d'action, il nolis'semble raisonnable de signaler un des caractères qui affectent là physionomie des hommes d*aujotird1mi , des hommes de science.

La pltts grande impopularité :^e puisse porter on gouvernement, n*est-elle plas ceQe.qui lui viendrait , si h gouvememtnt jouisbait d*ime certaine nature, et que le peuple y qu'il a la prétention de représenter, jouissait d*une nature téut opposée? L'harmonie ne saurait s'établir entre ces aptitudes contraires dont les unes devraient diriger les autres qu'elles ne compren* draient pas. "L'essenc^e d'un gouvernaient n'est-^Ue pas d'être la pensée vivante du pays, l'apparition la plus élevée et h plus éclatante de sa nationalité? & chaque race d'hommes a une mission spéciale et providentielle ici-bas, ceu^ qui la dirigent, ne devraientils pas être ceux qui connaissent mieux cette mission et qui sont les plus propres à l'accomplir ?

Or quelle est l'aptitude de la société française? — Hélas! nous sommes impuissans à élaborer patiemment des idées séculaireis: Dieu nous a créés pour ixgîr^ et nous voulons ofgin -^ L'action c'est notre mission.

Qui donc de moins français que les doctrinaires? —lis lisent et rapprochent : mais tandis que leur œil voyage dans les faits passés ou se fixe sous^la réflexion, leur bras est desséché :leur pensée ne se traduit jamais dans le domaine des iaits ; leur, pensée ne devient jamais action, quoique l'action doive succéder à la pensée , quoique l'action soit le caractère, le besoin , la vie journalière des hommes qui les entoùxtnt-

Je ne fais pas ici de la stérile idéologie , je ne sophistique passons le manteau. — Les hommes éclairés et merveilleusement sagaces dont on se moque, je ne sais trop pourquoi, sous le nom de doctrinaires ^ ont émis de bonne foi , il y a quelques années , des

vœux d'am^oration : ils ont même imagine des réalités qui pussent répondre it ces yœux , surtéut Us en ont demandé, accueilli et comme fe n*4^oiise nulle^ ment la 4:onduite /politique de ces hommes; comme j'avoue qa*à côté des fautes êe système et d*une incapacité rédle on aperçoit éhez. plusieu^ d'entr*ei!ix la flétrissante passion de !'(»:; j*£u bien le droit de crohre à leur, sincérité, et dé ^e .que quel(|uefi(Âs ils se sont inquiétés tout autant, pour le moins , du bien public fpae d'une popularité facile et menteuse. Arrivés au pouvoir, ils n'y ont pas assis avec eux! ces idées consciencieuses qui étaienttoutés prêtes dans leur esprit: des préoccupations de: tmites sortes "prenaient bien souvent la place qu'elles pouvaient occuper : mais lors même que leur pensée fouissait de toute^sa liberté; lors même que leur système n'était pas engageras s'abstenaient, car il laQatt agir, et ce ne sont pas des hommes d'action. Des ohosi^ qu'il fallait changer, dont tous demandsùeot le changement , dont eux aussi reconnaissaient le ehanj^eilt Mkitàire «t posttbie« il& ks J^gaia3it , ceS; éhDses, prolonger leur vie nHmvedse r il fallfât agir ! ; i .

he parti a donné so^ stgnalement quand -il à .d«É par la bouche de M. de ft-èglié, brs desa'retrailéi^ qu'il n'était pas propre aux affcdres /

. Les a/^ur^5 passeront daits les mains des KÀpubli-coins qiiand Dieu l'ordoiinerà^ et Dieu ne peut. l'toH donner aujourd'hui, puisque la ré volutioDb n'est |>a^ tout à fait achevée dans lés lîs^ts. Mais comtoirle mot république n'implique pas u» syi^ème unique ^ comme il peut cacher derrière lui Uïie aristocratie de grands propriétaires et une atistoo^^tiede sânguinajf^

res brâuflldD^^U est , bon que noas montrions n^e Fépi:d>liqiie jk visage découvert, et que. nous, levionâ lè voife de ses rivate.

' Kmis avons vu poser la répuUique américaine et unie autre rëpubliqic^'qui semble s'arrêter aux faits àic^ carapfiS'âaBS notre révolution ayant les dèclnremèns de la moniagne^ ei même ne pas les accepter tous. -^ Ce sont \es factions matérialistes dont nous voulons parler. *

D y^a unKoa^ une parètité entre ces deeo^cbles 5 ce lien est une erreur fetaJe et commune* «^ Enfantées par la haine génér^rae d'iiii ordre de choses- cadac et (Kmrri , dles n*ont pa» reconnu qu'un ordre de :cho8e9 quelconque ne mourait pas tout entier , qu'il y arv^it dans^ le cceqr de l*hamanité des sentimens étemeb qtti «brvivaient à tous les accîdens de forme et se mon-^ traieht toujours à>t];:avers des métàmorphôses^glo^u* ses. ^€esj matâHiaHstes n^ont pas^ été^animésde tous les «eiUHnens génératnc de lliirâianité: il leur a mâfti* quéiltnteUigence de tEms les faitâ' bisioHques^ À^âté di^uQ grand fait sçdal et permanent Dieu a mis un sen* timent , car Dieu a voulu faire aiiner lés bases du jnbndel ^ L^ miatérialistes se sont rendos o^q^iables d'ub dédaigneux ei défâcrable oubli vis^*^ ^a reli» gion et les beaui-arls. " ' ^

- Nopsi sommes obligés de bràdiiattre ces édc^ : teur parole p^u élevée,- puisqu^e^ rampe sur 1^ terre 4 pef éolôrée/^uisqi:^^ eQace les arts ^: compromet^ t^itia cause de la népubU^ue^ ou déiéiorafiserait le pay^ qui l'aufiait addptée.

- Il y a eu toujèurs'^ partout 'de ta religion. Cette universalité ^t cettTuiiiqidtë, nôés sémbk»t de terribles argumens.

D'autres encore. — Vous savez que ^enfantement d'une société nouvelle est long et douloureux r tie croyez-vous pas que la tâcbe est bien abrégée ^ quand k géoératien de tnalheur , prédestinée à Cette crise ^ s'illumine à uni rayon d*en haut , et voit ait bout de son labeur terrestre une . vie auguste et éternelle ? Faites donc qu'une génération ou qu*un individu se! sacrifie sciemment à une idée , si le bonheur les en*' veloppe et que leur sacrifice attend les récompenses du néant? — Si les hommes ne sont pas àinhnés d'une sublime espérance, un grand moyen de communauté et d'ordre disparaît ^ puisque Tintaérêt personnel , qui est si palpable et si quotidien qti*il veut quelquefois se tromper sur ses propres affairés , di-» vorce avec l'intérêt général. ' <

Là Convention avait bien compris tout ce qti'il y avait de vil et d'anti^social dans le dogme du'^iiialérialisme , quand elle releva deux grandes idééé reli-* gieuses jonchées parmi lë^ décombres îdti vieil édlfiice. Il était donné à cette assefaiblée , unique <iatis té monde , et surtout à son admirable résumé , le (îlub des jacd^ins , de montrer k plu^ grsfnàe âttdàce de destruction qui éclatât jamais, et de reconttàîtref tbtite& lés bases d'une association durable. -*-

Il y à quelque chose qui , suivai^t liàoi , pi-oiiVe l'èxcetfence d'une idée. ^ Si eBe coulé large et jpt^ fonde à travers plusieurs pays, qu'elle fstsée utié fuite souS la' terre , et qu'elle s^élarice de^ nèmvèatr pour créu^r un lit apparent. — »- Regarder le^ restaurations religieuses tentées à Juilly et à Hambourg , là en faveur de l'Evangile , ici au profit du- Lévitique ; les sectes qui s'improvisent oti ressucitent: pensez qUe,

malgré les crimes ou les folies des prêtres de toutes les communions, anciennes et i^ouvelles, des intdllgences élevées les écoutent : visitez la littérature contemporaine, qui s*éprend d*amour pour les temples, pour les chants, pour les pratiques, pour les idées, pour les sentimeps encore tout souillés des moqueries et. des blasphèmes de sa mère, et vous serez Convaji|icus qu*un in^mense besoin de religion travaille ks masses et demande satisfaction.

Je crois fermement qu'une société n'est sagement ordonnée, qu'elle n'a une constitution logique et viable, que du jour où l'ordre religieux et Pordre moral ne sont pas séparés de l'ordre politique , et qu'une autre vie est l'encouragement et l'embellissemetit de celle-ci. -

La question des arts touche à la question religieuse.

Ce n'est pas seulement que Dieu inspire Part immédiatement et avec bonheur, c'est surtout que lé sentiment qui est mis en jeu de chaque part s'adresse à quelque dho$e de plus haut , de plus noble , de plus désintéressé que la vie extérieure» C'est que Pamour de l'art est un amour pur , dévoué , en dehors des appétits animaux. S'ilsemUepeu nécessaire à la constitution physique d'un état, il lui verse au-dedans , comme un principe fécond de vitalité, cette passion généreuse pour quelque chose qui n'est pas nous et qui ne nous est pas utile. Or cette passion ne s'éteint pas dans le champ de l'individualité eUe rayonne sur tous les points du monde social. L'art provoque ainsi un enthousiasme, qui est la source du dévouement de Phommepour ses semblables. Il est plus directement^ par l'admiration générale qu'il recueille , uu }ieu entre nous. Uqe société est fondée sur Padhé-

sioa de ses membres à certsdnes idées, sur le part^^e de certains sentimens* N'est-<)e pas détendre et i^elâcber la communauté (jue de couper un de ces nœuds? -^*il est une étude jdus nécessaire au publidste, n*est-^lle pas celle des faits qui glissent , indécis., mal accusés , dans des association^ incomplètes, et qui prennent du ton et de la couleur sur les contou]^d*une civilisation enpiedT Car ces faits sont le propre de la civilisation : ne seraitce pas la méconnaître que de ne pas tenir compte de ce qui lui est spécial? — L'art en est là.

Nous sdmons beaucoup les raisonnemens hbtoriques , et nous pensons qu'on serait dans le vrai si on ne sor tait pas de leur spbère d'attraction. — - L'art a embelli tous les âges policés : l'art anime et décore le seuil du dix-neuvième siècle* L'Allemagne, l'Angleterre, la France le parent des génies les plus beaux et les "plus purs. Ge culte constant de l'bomme est.encore la religion de notre époque.

Si vous cbassez de votre république la reUgion et l'art , vous exilez le beau , ce qui est bien déjà un assez grand malheur pour des populatbns avides de jouissances intellectuelles et morales. — Vous n'exilez pas seulement /^^^^i2^;vou3 faites plus : vous brisez une des colonnes de t utile : le beau est une des cobnnes à& futile.

Dieu nous a solicités par mille attraits , par mille séductions puissantes, à faire ce qui nous convient et ce qui entre dans Tordre de ses desseins , chaque devoir est provoqué par une volupté. Là pu la raison nous com^ mande, là aussi nous convie le sentiment. La religion et Tart provoquent des sacrifices utiles pour notre société : la région et l'art ne sont eux-mêmes qu'ijine

raison supérieure à la raison de la rue ^ue des intérêts pius profonds que lés intérêts de surface.

Ayez du dévouement chez vous : vos petits int^êts matériels finiront par s'en mieux porter. Sans Tidée du sacrifice , vous ne recueUliriez rien.

Nous insistons sur ces idées parce que là est Télément moral c'est-à-Klire dévoué de inhumanité , et^ que cet élément est constitutif du cœur humain aussi bien que de Tordre politique.

Nous pensons qu*une constitutioru ne saurait prétendre à quelque existence^ si elle ne reconnaît cet élément. H faut que la raison dicte et accepte les lois, mais en compagnie du sentiment. — Ici encore nous sommes de Técole de gi.

Les républicains matérialistes n'ont pas reconnu ces inexorables vérités. Comme Bs ne croient qu'à la matière, ils lui ont emprunté iihe âpreté , une rudesse qui ont effrayé les royalistes. Ceux-ci ont été stupéfaits des fnenacôs , des violences , des bratalités d'hommes qut se disaient progressifs et qui s'instituaient lés plagiaires des barbares. Leur théorie incomplète aboutissait au désordre : leur parde inspirait la haine. — Et ôepeil-^ dant , non seulement les républicains doivent se plier aux' politesses de l'ancien monde , mais ils ont dans l'amé quelque chose de plus affectueux et de plus aSmable qui leur amènera des partisans à mesure qu'ils le manifesteront. Ils sont les hommes les plus doux , parce qu'ils sont les plus avancés. H y a, pour ainsi dire, une civilisation du coeûf , comme une de la tête, et Içs siècles ne passent pas sur lui sans dévoiler des nuances de morale délicates' et imperceptibles , sans l'engager dans des devoirs «t des sentfmens plus infimes , plus receuillis , plus discrets.

Les républicains matériafistes se divisent eti matérialistes canséquens et en matérialistes inconséquens.

Les matérialistes inconséquens ne s'occupent pas d'économie. Ils né proposeraient pas d'itispîratîoh un grand système de bien-être pour les masses. Ils en sont encore à se débattre dans une ridicule considération des pouvoirs : ils ont été engendrée parles doctrinaires auxquels ib touchent par tout leur sytèftie. Ce sont , comme eux , des esprits peu français. — Ils forment \ école américaine.

Cette école sans originalité et sans audace révolutionnaire a pour chef M. de Lafayette. — ^ Miraculeuse impuissance d'action qui n'est pas rachetée par une vaste intelligence; anachronisme élégant d'un style aristocratique et un peu fade; seci'et de gâter les affau-es dé son parti , tout en déployant un certain dévouement qui est réel, quoîqu'inférieur de bien loin à des dévouemens contemporains; vertus du foyer domestique; sérénité d'une ame commune et honnête sans exaltation : vôîla l'homme que la démocratie â le droit dé juger avec sévérité , parce que nul plus que lui n'a fait de mal à la patrie. Cet homme àVec ses hésitations, son inactivité, sa théorie des droits imprescriptibles , la timidité illogicpie de son système , avec des qualités du cœur qui lui sont personnelles, est le représentant naturel et caractéristique des matérialistes inconséquens. •

Comme ils ont développé dans ces dernîefs temps avec quelque habileté de formes leur systèrile bâtard et étranger ; comme ,^ sans comprendre ni l'humanité ni le siècle , ils oné interprêté avec quelque bon sens pratique^une des faces des faits quotidiens; comme la

ligne qui les sépare 4u constiiutionnalisme dont ils sont les hérétiques, est peu protonde , un petit nombre de constitutionnels se sont fait avec eux Américains.

Le grand défaut de ccette école est sa pluralité de pouvoirs. Cette pluralité a deux fâcheux effets : celui d'occuper plusieurs intelligences là oii une seule aurait suffi , et ainsi de neutraliser des capacités ut^s ; et celui, plus grand, d- enfanter la lutte, le duel, ranarcHe.

Nous n'ignorons pas la cause qui a provoqué cette pluralité. La défiance contre tous les despotismes a fait trembler cette opinion dans là crainte du despo* tiâme populaire qu'une chambre unique pourrait usurper. Mais l'esprit d'opposition contre ^d'a^ciens gouvernemens peut-il en bâtir un nouveau ? Nous signalons cette habitude des matérialistes, de craindre plus que nous pour leur liberté, et de la faire moins large , moins étendue.— Puis , comme il [serait ridicule que le n;iode électoral fût identique pour les d^ux chambres; il faut bien , en en créant un spécial pour une d'elles , constituer en aristocratie Certaines catégories de citoyens. >*- La nuance aristocratique se fait souvent^ sentir dans ce système. M» de Lâfayette, dans la constitution de 91 , avait déjà. monopolisé l'élection pour les citoyens actifs. Le système électoral de l'école est aujourd'hui enclore plus étroit.

Toutefois l'anarchie, dont les entouraient les trois pouvoirs royalisés, parlait si haut que les inconséqucns ont cru rétablir l'unité en concentrant davantage les affaires dans les mains du pouvoir exécutif. — Nous prenons acte de cette amâioration comme d'un lK)mmage éclatant rendu au système unitaire.

Les inconséquens s^sorêtent à 91 , à sa transitoire

constitution ; ils ont dit beancoup tle mal de 93 et de ses hommes; ils s'en taisent aujourd'hui.

Les conséquens vont presque jusqu'en germinal, et s'arrêtent à la tête coupée de Desmoulins. Je ne sais même s'ils comprennent quel profond instinct social éloigna Robespierre des Hébertiâtes; comment lui, qu'oti a regardé comme l'homme de la guillotine, tua ceux qui voiraient donner trop de sang à son avide épouse^ et cela avec l'intention de ne divorcer que plus tard. Tou<^ ) ours est-*il certain qu'ils ne peuvent apprécier ni les fêtes religieuses ni le mystérieux et gigantesque projet de donner pour pivot k la société X)ieu et la vertu, et de fraterniser ie monde. Les conséquens ^ pleins d'un courage admirable, quelquefois violent, sont surtout des hommes de liberté, c'est-^à-dire, d'opposition. Ils ne sont pas tout impr^és de la pensée spiritualiste des montagnards purs , et sont par conséquent impuissans à la continuer. Nous devons leur retidre cette justice qu'ils sont pour l'unité gouvernementale.

Quoiqu'ils n'aient guère déployé d'originalité dans la synthèse économique, je suSs persuadé qu^ils voteraient d'emblée les lois les plus populaires. Les inconséquens laisseraient passer quelques améliorations sans importance, et par ces adhésions auraient anéanti leur forcede répulsion le Jour oà se présenteraient de plus larges concessions.

Les spirituali£(tes formuleront le dogme économique; car ceux qui connaissent mieux le ciel, connsûssent aussi mieux la terre. Ainsi sur ce terrain il n'y aura pas combat.

Le point de contact entre les républicains serait

presque invisible dans la victoire. Aujourd'hui il est gros à Toeil. — C'est la haine de la royauté.

La royauté ^ été bonne et Test encore chez quelques nations. — Mais cette institution n*est et ne saurait être bonne chez nous. En accordant que. le roi des Français soit un Antonin ou un Henri IV, ses vertus sont para*» lysées par le crime d*une institution vieillie.

Cette haine contre la royauté est salutaire et bonne. Ce3t pitié que des intérêts d*homme et de nation se regardant en face; des courtisans qui ont toujours de la poussière au front et de Tor à la main ; des hpmmes dé vertu et de génie au-dessous d'un homme qui peut n'avoir ni vertu ni génie : des miUions prodigués pour engraisser Toisiveté opulente parmi les râles d'une agonie affamée, les hurlemens du travail sans vêtement , sans nourriture 9 sans demeure. Ah ! c'est pitié !

La royauté a quelque chose de si dégradant pour la nature humaine, que la république paitit toujours plus désirable dans les temps même où elle était impo^ble, et par conséquent mauvaise.

Galba dit à Pison , dans la belle harangue que Tacite revêt de son magnifique langage : « Si notre vaste corps social pouvait tenir debout et garder son équi* libre sans un chef, j'étais digne d'inaugurer la république. » Et quand < Galba exhale-t-il ce mélancolique regret ? Après Tibère et Néron. Et devant qui? Devant les masses populaires dont les souve-> nirs se passionnaient à la Pharsale de Lucain et au Caion de Muternus ? Non ; mais devant Pison , empereur désigné; devant Celsus ^ conçul désigné; devant Lacon , préfet du prétoire ; devant Géminus , préfet de Rome ; devant Yinius, consul , c'est-à-di|*e , si l'on con-

sidère ce qu*étaient alors ces fonctions, devant les grands dignitaires de la couronne , devant les hommes les plu3 intéressés au maintien de Tordre monarchique.

En France , la Ligue et la Fronde prononcèrent aussi le nom de la république. — A Rome il n'était plus temps : en Fi'ance il n'était pas temps encore;

Quant a nous , voici notre Credo dont lés articles devraient être écrits dans une large constitution : le monothéisme; TimmortaUté de Tame; la monogamie, institution indigène chez les races germaniques , et qui deviendra cosmopolite ; la monogamie pour toute la vie , comme elle Tétait chez nos ancêtres ; l'élection universelle , mais par degrés; une seule chambre tonte puissante , mais rééligible à de courts intervalles; le pouvoir composé en grande partie d'industriels et d'a-r gronomes avec la libre et universelle exploitation du pays.

L'occasion qui m'a rendu maître de l'oreille de quel* ques rares lecteurs est bien mesquine , puisqu'il s'agit de moi, bien grande puisqu'il s'agit aussi de la liberté de la presse. Les propriétaires et capitalistes lyonnais se ravisent depuis quelque temps , et nous permettent de penser tout haut. La république gagne ses positions. Le jury lyonnais a vu près de moi sans étonnement Michel-Ange Périer , mon ami , mon défenseur. Périer était pour moi un grand réalisateur : il avait traversé glorieusement les révolutions de Paris, de Bruxelles , de Lyon pour venir protéger de sa parole calme une discussion pacifique. — C'était une matière à réflexion.

Maintenant les journalistes, qui ne sont ni sots , ni fripons , n'auront plus d'excuse , pas même celle de la lâcheté , à ne pas crier sur les toits le principe républicain. — Il faut bien que la plume soit daus des. mains franches, quand la parole est aux poltrons* — n faut détourner la griffe du lion de la poitrine de cçs iitipndens bavards, qui sans talent, sans courage, rampent , détonnent et trahissent — Infâme opposition surtout, qui manque à notre langue, à nos idées , à notre liberté !

Je remercie les journaux lyonnais (i) , et les autres organes de la presse à quelque opinion qu'ils appartiennent de la bienveillante attention qu'ils ont ac^ cordée à mon procès. Je dois aussi des ^actions de grâce bien sincères aux chaudes sympathies qui ont bien voulu 's*attacher sinon à mes doctrines , du moins, à mon caractère. Cette brochure que je publie, est un témoignage bien faible, bien indigne, de ma reconnaissance.

Eugène DUFAITELLE.

Lyon, 9 dëcembre i832.

L'organe bourgeois de l'opposition constitutionnelle a adopte après mon acquittement , un ^ro^^tm/n^ républicain. — C'était rhommage le plus ffatteur que peuvent rendre à mes convictions, l'honorable M. Galois, rédacteur-propriétaire du Journal du Commerce{ de Lyon.) — La Gazette du "LyonBois a défendu en nous un principe dont nous demandons l'application à son égard. Nous avons tout lieu de croire à sa parole, et nous souhairons pour l'avenir, des jugemens aussi favorables à Mx\I. les rédacteurs.

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