COUR D'ASSISES DD RHONE
^ Audience du 4 décembre*
PRé^IDBNCB 1>B M. LUQUET«
La cour entre en séance à neuf heures.
M. Eugène Dufaitelle , auteur d'un article signé et inséré dans le n° 1708 du Précurseur^ et incriminé par le ministère public, se présente seul à la barre. Son défenseur, M* Michel- Ange Périer, expose que M. Anselme Petetin, gérant du journal, étant tout-à-fait étranger à la publication de cet article , a cru devoir s'abstenir de comparaître.
On procède au tirage de MM. les jurés. Le prévenu épuise son droit de récusation. Les jurés maintenus sont :
MM. Vbyra (Charles-Oroet), né le 16 juillet 1777, propriétaire, tanneur , demeurant à Grigny ;
Ma YET (Pierre-Gilbert), né le 17 avril 1792, propriétaire, demeurant à Yernaison ;
Armand (Joseph-Moïse), né le 26 décembre 1796, marchand de nouveautés, dem^eurant à Lyon, rue Sirène, n? 11;
AcHARD (Antome-Pierre) , né le 12 mai 1792 , marchand de nouveautes , demeurant à Lyon , rue Clermont , a** 1 ;
MiLLAND < Jean-Baptiste), né le 25 jai^vier 1774, marchand épicier , demeurant à Lyon , place du Collège, n« 6; '
Beau (Louis- Antoine), né lé 5 février 1787, j;or-
royeur, demeurant à Lyon, place de l'Hôpital, n« 3; / .
Arnaud (Laurent-Antoine-Victor), né le 29 juillet 1790 , marchand épicier , demeurant à Lyon , quai de PHôpilal, n° 108;
Legour (Henri), né le 26 février i771, marchand drapier, demeurant à Lyon, Grandes-Rue Longue, n** 25;
Baqpocsse (Hubert-Michel), né le 11 décembre 1768, propriétaire; demeurant à SaintrDidierau-Mont-d'Or;
BotNON (Jean-pierre), né le 9 mars 1793, propriétaire, pâtissier, demeurant à Lyon, rue St-Dominique , n** 6 ;
Canard (Pierre) ^ né le 28 novembre 1792, marchand de plâtre, demeurant à St-Georges-de- Roncins.
M, Dufaitelle, interrogé sur ses nom et qualités, répond : Eugène Dufaitelle, propriétaire, âgé de 22 ans, né à Calais.
Il se reconnaît Pau leur de Particle incriminé.
M. le président dit à M. Dufaitelle qu^on a saisi , à la poste , un numéro qui était adressé au roi , et lui demande quel motif Pa engagé à envoyer au roi un article ausn outrageant pour sa personne. -— R. Monsieur le président, je n'ai pas connaissance du fait dont vous me parlez. Quand j'écrivais dans le Préeurseur^ je n'étais pas chai^ do Penvoi des jourhaux : ce soin regarde le caissier. Je pourrai peut-être néanmoins éclaircir à vos yeux le fait sur lequel vous m'interpellez. Je me souviens, iFttne manière bien positive, que M. Petetin m'a dit, il y a six mois, que le duc d'Chrléans avait été abonné au Précurseur^ et que le roi avait continué 'l'abonnement : comme depuis notre scission mes rapports
avec M. Peletin ont été népessalrement nH)ins fréquens , que j'ai été, long-temps malade, et que nos rar^s conversations roulaient sur d'importantes matières; j'ignore si le Précurseur a perdu un de ses abonnés (1). • La parole est à M. Ghaix , avocat- général. H commence à lire l'article incrîtniné. ^— M. Dufaitelie l'in»terrompt et réclame véhément : « L'équité veut que «c cette lecture soit faite par une voix impartiale, que « ni vous, ni moi, ne prévenions l'esprit de MM. les <c jurés par une accentuation passionnée. Je demande <c que M. le greffier lise l'article incriminé. » M. Chaix se plaint de Timpolitesse dont M. Dufaitelie se rend coupable envers lui par sa défiance. Il invoque ses antécédens personnels et invariable», et teprend la lecture de l'ariicle. Il s'attache à faire ressortir de plusieurs phrases les délits : 1^ d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement du roi ; 2** d'attaque contre la dignité royale, contre l'autorité constititutionnelle du roi des Français, et contre les droits que le ro! tient du vœu de la nation.
Voici l'article. Les passages incriminés sont marqués ,par des guillefnets.
2lrtkU inrriminr.
Il y a lông-témps que nous pensons et que nous disons que deux principes se disputent l'Europe , et; la France en particulier; qu'il faut être ou pour les rois
(1) Nous devons, à Tobligeance de M. Anselme Petetin, les renseignemens suîvans:
Louis-Philippe est encore l'abonné du Précurseur, Il n*a payé les trimestres échus qu'aprés^ sommation d'huissier.
Louis-Philippe, n'étant que duc d'Orléans , était abonné à tous les journaux. U en a renvoyé plusieurs depuis son changement de fortune. C'était casser sa béquille de cardinal.
contre les peuples ^ ou pour les peuples contre les rois. — Notre choix ne pouvait être douteux, notre pensée et notre expression ont été purement démocratiques , et nous avons préparé, autant qu'il a été en nous, Pavènement d'un système vrai et utile pour les masses. Si nos théories ont d'abord éprouvé de la défaveur auprès de quelques-uos de nos amis , les faits sont venus apporter leur sanction à nos idées, et ont convaincu les esprits timides de leur excellence. — En effet, vous aurez beau prouver que la faction des royalistes est impuissante à conduire les nations contemporaines, quelque couleur qu'elle revête ; vous aurez bçau prétendre que là où il y a un roi, il y a inévitablement une cour, et que là où il y a une cour, il y a aussi inévitablement des intrigans de toute espèce, de misérables oisifs qui se croisent les bras , et vivent plus heureux et plus honorés que les travailleurs : tant que quelque grande folie, qui accompagne les royalistes de tous les temps et de tous les lieux , ne sera pas venue convaincre notre pa* rôle de vérité, nous passerons pour des utopistes à qui on accordera, par esprit de concession, une ame honnête et un cœur chaleureux ; mais on nous refusera le sentiment de ce qui est praticable. On dira que nous ne comprenons rien aux faits , que nous argumentons d'après notre raison intérieure qui n'est pas celle de tout le monde , ou d'après des livres qui parlent d'un autre siècle ou d'une autre nation. — Mais que le pouvoir déroule son histoire, qu'il vive seulement un an, et la nation sera dégoûtée des royalistes : alors il faudra bien qu'on avoue xjue l'intelligence du fkit actuel peut fort bien exister avec un cœur chaleureux.
Nous avons été les premiers à proclamer certaines incompatibilités.: notre parole, d'abord contredite même par des hommes qui se groupaient autour de nous, a été bientôt accueillie plus favorablement. — Aujour-
d'hui, ces incompatibilités, le juste-milieu lui-même les avoue. Voici ce que dit le Journal des Débats que nous recevons ce soir :
« C'est que là question est ainsi posée ; c'est qu'il n'y a de véritable débat qu'entre la monarchie et la république, entre la liberté et l'anarchie. Il faut être pour l'une ou pour l'autre ^ il n'y a pas de milieu ! on est pour l'une ou pour l'autre , même malgré soi ! Vous avez beau vouloir faire de l'opposition, vous faites plus; vous y êtes entraîné....» Nous n'avions pas encore posé la question dans des termes aussi rigoureux , et nous remercions les Débats de nous avoir donné cette formule dégagée de toute phrase. Oui, il n'y a en France et dans toute l'Europe q\ie des royalistes ou des libéraux : tous les prétendus libéraux qui continuent la co^ médie de quinze ans, et protestent niaisement de leur amour pour la royauté de juillet ne sont pas des nôtres : nous ne voulons pas de ces hommes. Ou on est le flatteur d'un seul, ou on se dévoué pour les masses : on est monarchiste ou républicain. — Nous avons déjà dit que nous sommes républicains en principe. »
« Le Journal des Débats a parfaitement raison de dire u qu'on est pour la liberté ou pour l'anarchie , qu'il « n'y a pas de milieu.
. <c Le gouveroen^eut actuel ne nous a donné , depuis (f deux ans , que de l'anarchie : ceux qui sont pour lé « gouvernement actuel sont pour l'anarchie; car ceux « qui sont pour la cause sont pour le résultat. Or, d'un « pouvoir faible et violent devaient sorlir naturelle- « ment des désordres de toute sorte : à cet arbre-là <t il n'y avait pas d'autres fruits*.
« Ainsi je voudrais qa'oil demandât à chaque citoyen « français : Êtes-vous royaliste ou républicain ? ^— Vou- « lez-vous le bien-être d'un seul aux dépens du bien- « être de tous? ou le bien-être de tous? Et alors on comp- « terait les voix.
^ Cesi que le bon sens le plus vulgaire aboutit né- M çessairement à la république. Pourquoi payer grasse- H ment un roi qui est réduit à la nullité plar la fiction « constitutionnelle? — S'il ne nuit pas aux fonctions de «c la machine, ce ressort est du moins très inutile et « très coûteux. Or, ce qui est inutile finit toujours par «c nuire ; et ensuite pourquoi payer plus un fonction- « naire qui ne fonctionne pas qu'un homnie intelligent <c et laborieux ?»
Il est passé le temps où les portières nous disaient que la république est impossible. Il faudrait renvoyer de pareilles gens à la caricature d'Henri Moni^r. — Oa a parcouru l'histoire des peuples, et on a vu que les peuples vieu3^ comme les peuples jeunes , les peuples riches comme les peuples pauvres , les grands états comme les petijtes villes pouvaient également jouir des bienfaits de cette excellente forme de gouvernement.
Tous les bons esprits en reiconnaîssent aujourd'hui la supériorité; Louis-Philippe lui-même, qui est bien payé pour ne pas médire de la vieille forme lïionarchique, a proclamé en tous temps des principes républicains. — Général il accolait au titre de sou grade le mot Egalité ; il comprenait parfaitement toute la portée de ce mot; il savait qu'aujourd'hui toutes les distinctions monarchiques et aristocratiques sont arriérées et ridicules, et il aurait bien ri si M^'^ Lenornoand lui avait fait lire ' dans ses cartes qu'un jour il aurait des écuyers cavalcadours et des officiers d'ordonnance, et que son ambassadeur à Londres remplirait un volume in-4° de l'énumération de ses titres et dignités.
Ainsi toute la France t^st républicaine, à commencer par le roi : l'installation de la république n'est donc qu'une question de temps.
«Beaucoup de bons esprits, tput en subissant^la con- « tagion des idées contemporaines , tout en étant pro-
« fondement démocn^fiques» ont accepté ou mémeap--' <c pelé le nouveau pouvoir royal comme un obstacle à « la guerre civile^ à la guerre étrangète^ — Or, la guerre « civile nous l'avons eue sous toutes ses faces : la guerre « étrangère, après avoir imaginé toutes lefi turpitudes <f possibles pour l'éviter , nous vient plus menaçante « que jamais. La guerre sera certainement la mort du « parti royaliste : le premier coup de canon qui reten- (c tira aux frontières sonnera ses funérailles. »
iilaintenant nous n'avons plus à recommander à nos amis que de la modération et de la patience : }fi moment ne peut long-temps se faire attendre. Ce n'est que par le calme de la force et les moyens rationnels que nous triomf^erons ; iirrière les émeutes et le ftang versé! — arrière! — A la tète des générations actuelles, nous devons encore être animés plus qu'elles du besoin d'ordre ^ de paix; l'intelligence doit être notre seule arme : ne l'ab^donnons pasi, mais n'en cherchons pas d'autre.
<c Le pouvoir est tellement convaincu de la toute-puîsn sance de celte arme , qu'il l'a ébréchée autant que « possible. — Chaînes fiscales, chaînes judiciaires, U c( n'a épargné k la pensée aucune gène ; cat il savait « que la pensée libre le renverserait , qu'elle n'avait pas « besoin de mouvemens dans la rue ni d'insurrection à « main armée. — Oui, l'intelligence amènera ps^cifique- « ment le triomphe du parti républicain. Soumettons- « nous au pouvoir de fait, en attendant qu'il sente lui- « même le besoin de se retirer. ^— Il le sentira bience tôt. » .
EoGKN» DUFAITELLE.
M. l'avocat général rappelle que cet article A été écrit le 27 juin, et il voit dans cette date l'indice d^espérances coupables. Gomme des perturbateurs avaient agité la société les 5 et 6 de ce mois,, le prévenu comptait sans
doute réveiller l'esprit de désordre par les paroles proyocatrîces (1),
M*^ Michel- Ange Périei" se lève. Le nombreux auditoire semble témoigner une vive sympathie à la défense ^ et regarder avec intérêt la croix de juillet qui br|Pe sur la robe du jeune avocat.
Le défenseur s'exprime ainsi :
Messieurs de la cour, Messieurs les jurés,
« À une époque récente et déjà loin de nous : épe^ que glorieuse d'émancipation dont le souvenir semble unrèveI...Nous crûmes à l'affranchissement complet de la presse; nous crûmes que le droit d'examen, de discussion ne pourrait jAus être contesté. — Ces iUusiôns et bien d'autres furent de courte durée ^ la presse devait avoir encore de longues et pénibles luttes à soutenir ; elle devait bientôt se trouver en face des mêmes préjugés, des mêmes passions : réduite à recommencer sou rôle d'autrefois, elle devait affronter les mêmes obstacles , les mêmes périls. — Mais dans cette lutte de tous Içs jours^ mais dans cette guerre d'extermination livrée à la presse iudépendante , dans celte lutte de la fprce contre l'intelligence , nous n'ayons jaiuais désespéré de la presse ! — Le pouvoir devait s'épuiser en vains^ efforts contre une puissance morale, dont la nature est de se fortifier de tous les obstacles qu'on lui oppose. Nous .n'avons jamais désespéré de la presse! car nous avons acquis enfin, et pour toujours, le droit
(i) Le juste-milieu de Lyon ne le cède en riôû au jugte-miiieu de Paris pour ses accusations niaisement atroces. On se rappelle que ie Journal des Débats accusait les signataire^ du compte-rendu, d'avoir inspiré Témeute de police de juin.
de nous défendre devant nos seul$ véritables juges en matière de presse : devant l'opinion ilupays représentée par le jury. — Déjà , messieurs les jurés , vos décisions ont prouvé que vous ne partagiez pas toutes les antipathies du pouvoir contre la presse; mais que vous la regardiez , avec raison^ comme la plus«précieuse de nos garanties. — Ici, naguère y Je Précurseur eut à la fois quatre procès à soutenir; et quatre acquittemens successifs retentissent encore dans cette enceinte. — Le dernier de ces procès, qui ne put alors être contradictoirement jugé , vous est soumis aujourd'hui; et nous venons, Messieurs, non plus comme alors avec un brillant cortège d'illustration et de talent : non plus comme alors, avec tous les prestiges oratoires, toute l'autorité, de l'éloquence : mais av0c la seule autorité des
principes ; et pourtant je ne sais si je m'abuse ; mais
je viens avec une ferme confiance ; il me semble que ma cause ne peut succomber devant vous, Messieurs, ^ui dans la sphèi^e élevée où la loi vous a placés, avec mission surtout de veiller à cette liberté de la pensée et de la parole, dont la cause est à la fois ceUede la civilisation , celle de Tintelligence , celle du progrès, celle de l'avenir! Non, elle ne peut succomber devant vous , la c^use que je viens défendre; car vous n'aVez et ne pouvez avoir d'autres intérêts que les intérêts du pays , et vous êtes ici protecteurs de nos droits et gardiens des libertés publiques. «
«Vous aurez à juger dans cette cause, Messieurs, si une pure discussion de principes, si l'exjiosé d'une simple théorie, si l'expression raisonnée d'une opinion politique, quelle qu'elle soit, peut constituer un délit. — Mais avant d'aborder cette discussion <iui touche aux plus hauts intérêts de l'ordre social , et où le ministère pul)lic a cru devoir {mettre en question l'article 8 'de }a charte, permettez-n)oi quelques mots. — Il est cer-^
taines préveatjons que je dois d'abord faire disparaître.
«On a dit, Messieurs, on^ répété que M. Dufaitelle ne s'était laissé juger par défaut aux dernières assises que pour, se soustraire à une condamnation. — Certes , le moment alors était favorable : api^és quatre victoires successives, on n*avait guère lieu de craindre une défaite : M. Dufaitelle pourtant s'abstînt de comparaître : il ne vint pas engager la Ivftte avec le niinistère public, .mais ce fut par un tout autre motif: (i'est que son défenseur ne pouvait alors, par des raisons toutes personnelles, et dont il est inutile de parler ici, plaider la cause qui lui était confiée (1). — On a dit aussi que M. Odilon- Barrot avait refusé de se charger de la défense de M. Dufaitelle : ici encore il y a erreur complète. L'illustre défenseur qui vint alors prêter au Précurseur l'appui de sa haute éloquence , n'eut point ,' Messieurs , à refuser son ministère ; il fut question pour lui , il est vrai, de plaider cette cause; mais des circonstances étrangères au procès s'y opposèrent ; et je puis et je dois le dire, les obstacles ne vinrent pas de M. Barrot, mais de M. Dufaitelle»
« Il n'est rien enfin qu'on n'ait essayé d'avance pour jeter de la défaveur sur Cette cause : on a dit que M. Petetin^ en désavouant dans le Précurseur l'article qui a été depuis incriminé, en avait par cela même reconnu la culpabilité (2). — C'est étrangement méconnaître le carao4ère de M. Petetin. Comme gérant du journal, M.
(1) M. Michel-Ange Périer , arrêté au début de sa carrière par une accusation politique , avait été pouf ce fait suspendu , pendant trois mois , de Texercice de sa profession^ par MM. du conseil de discipline de Tordre des avocats. '
(2) On iil dans le Précurseur du 30 juin :
<t Nous avons annoncé l'indispositioa grave dont le rédacteur en chef du Précurseur était atteint. Cette maladie , qui dui'e encore » ue lui a point permis de présider à la révision des articles inséréa
Peietin a pu désapprouver cet article pour une foule de motifs que je n'ai pas ici à examiner; mais enrésultet-il que l'article à^^s yeux fût légalement coupable?... Il en résulte , Messieurs , précisément le contraire : si M. Petetin, en effet, eût pensé que l'article fût de nature à être poursuivi , il n'aurait pas, par une manifes-
dans les derniers numéros de ce journal » et c est seulement aujourd'hui qu'il à pu prendre connaissance de l'article publié mercredi 27 juin (V^ page)» et signé Eugène Dufaitelle« Cet article n'étant nuUemitnt conforme aux doctrines adoptées par le Précurseur , au programme adopté et proclamé par lui *jusqtlA présent , doit être considéré comme une opinion individuelle , dont le gérant du journal peut être responsable devant la loi » mais dont il ne veut point devenir so* Maire vis-à-ms du public^
Sans entrer dans des explicatioi^ inutiles sur cet article , il suffit que le rédacteur du Précurseur déclare que s'il avait pu le lire avant sa publication» il tarait rejeté , soit à cause du fond^ soit ù cause de la forme, A. P. (Anselme Petetin). .
On lit dans le Précurseur du 4 juillet :
Monsieur le Rédacteur ,
Le Précurseur de ce jour contient un déçaveu de mon article sur l'excellence de la forme républicaine. —Vous m'avez fait Tbonneur., dans une lettre particulière , de m'engager à rester attaché à la rédaction ; vous avez la bonté de m'assurer que vous n'avez aucun projet de rupture avec un homme que vous honorez, "—ie vous'prie de croire, ]f onsieur , que j^ suis très sensible à de telles paroles venant d'un tel écrivain; mais je crois,, et j'ai toujours cru, qu'il ne peut exister de liaisons politiques qu'entre des hommes de même opinion ; que hors de là il y a immoralité. Je m'étips persuadé qu'il résultait de plusieurs articles du Précurseur , et particulièrement de la protestation contre la conduite du gouvernement lors des événemens de juin , que nous entrions dans une polémique purement démocratique. — II paraît , d'après votre déclaration d'aujourd'hui, que cette déduction était fausse. C'est à moi à subir les conséquences de ma mauvaise logique. Puisque nous différons d'a^ sur une question qui , suivant moi , acquiert tous les jours plus d'importance , je viens déclarer publiquement que je me retire du Précurseur, et que je reste tout-à fait étranger à sa rédaction.
tatipn en quelque sorte officielle , appelé sur cet article l'attention du ministère public ; il se serait gardé, j'aime à le croire, d'agraver ainsi la position de l'écrivain. S'il l'a fait, c'est qu'à ses yeux, sans doute ^l'article ne renfermait aucun délit, ne pouvait, en aucun cas, entraîner des poursuites judiciaires.
« Comme vous ne partagez pas mon opinion sur cetaines questions, il est juste^ il est moral que vous n'en subissiez la responsabilité ni de* Tant k cour d'assises, ni devant le tribunal de l'opinion. J'ai déclaré ce matin à'M. le juge d'instruction , dont je me plais à reconnaître la bienveillante politesse et les formes exquises, que j'étais auteur ^^ et seul auteur de l'article du 27; qu'étant malade lors de son insertion, vous n'aviez pu on avoir communication ; que vous le désapprouviez complètement. J'ai invoqué pour vous^ l'excuse de bonne foi qui a été alléguée avec succès par les écrèrains politiques de la restauration. J'ai, fait ma profession de foi franche et simple , et je la place ici , parce que je n'envie aucunement la réputation d'énerguméne. «Le roi, personnellement , peut être très digue d'estime et d'amour ; mais j'ai cru que la royauté n'était pas appropriée aux besoins de l'époque, et j'ai cru que j'avais le droit de le dire. »
Je me retire donc seulement parce que je veux conserver ma probité politique : c*est mon seuf trésor; je le maintiendrai pur et intact.
Seriez-vôus assez bon pour communiquer à vos lecteurs la lettre suivante que j'adresse à M* le procureur général. A M, le procureur général.
Monsieur ,
M. le juge d'instruction vient de m'apprendre que la cour élai^ saisie de l'affaire du Précurseur^ incriminé Jtour trois articles relatifs aux événemens des 5 et 6 juin. -» Je suis auteur d'un de ces articles, ayant pour titre : Platitudes monarchiques. J'avais eu l'honneur d'écrire ^ M . le procureur du roi une lettre oà j'en fis la déclaration ; m^^is comme alors j'étais attaché axx Précurseur ^ des convenances de rédaction que vous apprécierez facilement , décidèrent M. Anselme Petetin à s'exposer seul à la prison . — Maintenant que ces convenances ne peuvent pas exister , je viens , Monsieur « réclamer ma part d'accusation ', et au besoin d'amende et de prison.
A E. DVFAITELLE.
Je conserverai toujours , Monsieur le rédacteur , un souvenir bien
•c Vous me pardonnerez ces explications qui, bien qu'en dehors de \a. cause, étaient pourtant nécessaires.
« Je ne viens pas id, à Dieu ne plaise, Messieurs! me faire ra})ôtre de la licence, mais défendre les droits de la presse : loin de moi la pensée de me constituer jamais l'apologiste des écarts qui compromettent sa no- We cause.
vif et de votre beau caraclère et de votre raison si incisive et si spirituelle.
Agréez, etc. Eugène Dufait^lb.
Pfote du réfiacteur, Nous ne voulon» point attenter à la probité politique de M. Dufaitelle , et quoique nous regrettions vivement de perdre la coopération d'un si remarquable talent > nous ue pouvons point faire violence à des scrupules dont il est seul juge.
Il est sans doute inutile de dire aux lecteurs du Précurseur que M. Dufaitelle a fort mal jugé nos doctrines politiques : ilâ savent bien que oes doctrines sont purement démocratiques , et que nous n'ûioûè jamais reculé devant les risques que pourrait nous faire courir leur éclatante. manifestation. Us n'ont jamais vu daps nos colonnes qu'un programme : Les institutions républicaines quand irme, c'est-à-dire avant tout , et mlagré tout : ils n'en verront jamais d'autre. Quant aux formes matérielles du pouvoir, quant aux bommes et aux dynasties qui fr'en peuvent trouver les représentans , cela iious est profondément indifférent. Nous voulons l'ordre et la liberté ; nous voulons la gloire du pays au dehors, et Tamélioration du sort des classes laborieuses à l'intérieur ; nous voulons un régime de civilisation humaine et progressive : nous nous soucions peu du reste > et nous ne concevons pas que des gens de bon sens puissent s'en préoccuper.
Quelque gravité qui enveloppe ^ au premier regard comme à une mûre réflexion , un dissentiment adressé à la forme et au fond d'un article de principe ; quoique M. Anselme Petetin ait affiché le 50 juin des doctrines ^|^érement opposées aux doctrines républicaines , et qui ne pouvaient être que monarchiques; quoiqu'il ait, le 30 juin , adopté et prodamé un programme contraire au progranune républicain, et qui ne pouvait étj^e que monarchique; quoiqu'il ait,
« Au milieu des passions qui se heurteut si violemment aujourd'hui, la presse, organe non seulement de tous les inlérêts dont la société se compose, de toutes les doctrines , de toutes les opinions , mais encore de toutes les passions et de toutes les antipathies; la presse périodique Surtout , écho rapide instantané de tous les besoins sociaux , tribune où les partis viennent s'entrechoquer tous les jours, retentissement perpétuel et nécessaire de^ toutes leç préoccupations du moment, la presse devait réfléchir Pétat actuel de la société , Tétai de crise où nous sommes, et porter passagèrement l'empreinte de l'irritfttion et de la véhémence. — • Aussi ne le dissimulerai-je pas : la lutte a été , de part et d'autre, vive, hostile^ passionnée; peu exempte de ces formes acrimonieuses de langage, que l'entraînement d'une composition rapide ne justifie pas toujours.......
Mais au milieu de tout cela, si quelque chose doit me sembler étrange , c'est de voir poursuivre précisément une discussion calme et grave, une discussion de {mncipes où tout est raisonnement ; où la parole est consciencieuse et inoffensive. — Là, point de haine, point d'appel aux passions , point de paroles amères ; elles sont aussi loin du caractère honorable de celui que je
lo 4 juillet 9 déclaré ne pas concevoir que des gens de bon sens pussent se préoccuper de la forme républicaine , aucune inimitié ne s'établit entre les deux opinions politiques qui s'étaient ignorées. La plus jeune vit même Topinion monarchique arriver à elle en suivant une pente merveilleusement rapide. La république a fait toutà-coup àliyon , dans M. Anselme Petetin , une conquête importante; elle a gagné un talent sougle , à qui manque peut-être l'audace de la pensée , et le contagieux enthousiasme de la parole , mais très apte à comprendre et à développer les sjsténie» ^nanciers les plua nouveaux et les plus avancés; une intelligence infatigable et où' domine un boti sens pratique ; un style d'une acrimonie parfois assez spirituelle et d'une lucidité toujours très populaire.
SI
défends que de ses habitudes comme écrivain. — Lur qui j lobg-temps étranger aux orages politiques : tout occupé de travaux abstraits , de consciencieuses études^ de recherches littéraires ou philosophiques : vient toutr à*coup , arraché à sa vie intime , à sa vie d'intérieur excentriqtteetrèteuse, se jeter aussi dans l'arène etpren* dre part à la lutte : et faire de la politique... comme on fait de l'amour : avec son imagination d'artiste^ son cœur de poète, son juvénîl enthousiasme', ses iHusions naïves et pures!.... Sa polémique à lui n'est pas une polémique de passion , mais une discussion grave et décente , discussion philosophique, toute de bonne foi et de conscience , où l'auteur soulève de hautes questions 'sociales , et domine les hommes et les circonstances, pour ne s'occuper que des principes.
<c C'est cette discussion que nous avons à justifier, et nous le ferons par les raisonnemens les plus simples.
« La Charte, loin de défendre de publier ses opinions en oiatière de gouvernement, dit au contraire d'une manière générale , art. 8 r << Tout Français a le droit de faire imprimer et de publier ses opinions en se conformaxit aux lois, i» Or, aucune loi que je sache n'a interdit le domaine de la discussion aux théories gouvernementales ; le droit de publier ses opinions , ei?i se conformant aux lois, emporte donc incontestablement le droit de dire qu'on préfère telle forme de gouvernement à telle autre. — M. Du£aitelle n'a pas fiait autre chose.
tt S'il plaisait à quelqu'un de soutenir que telle autre forme de gouvernement, bien plus éloignée de la nôtre, que le gouvernement turc, par exemple, est le meilleur des gouvernemens possibles. — Assurément personne ne songerait à l& poursuivre , et il ne nous viendrait pas à l'esprit que cet homme là pût être
condamné. -^ Et poun^quoi ne serait-il pas pennis , tout auss^ bien à M. Dufaitelle, de publier ses opinions républicaines ?..•; La réponse est formulée d'avance : on me dii^a que Popinion que j'ai supposée ne présente» rait pas les mêmes dangers , et qu'il n'y aurait pas lieu de la poursuivre, parce qu'elle est absurde, -i- Je m'expliquerai bientôt sur ce prétendu danger ; mais à ce compte, remarquons-le dés à présent^ Tabsurdîté deviendra un vrai privilège pour les écrivains : il faudra dire qu'il est permis d'attaquer le gouvernement actuel, mais à condition d^étre absurde : lorsqu*on sera poursuivi pour un délit de presse , on n'aura qu'une chose à prouver, c'est qu'on n'a pas eu le sens commun : — plus on aura été .absurde, plus on sera innocent; voila la conséquence.
« £t remarquez bien , messieurs , qu'il ne s'agit pas ici de savoir si M. Dufaitelle a eu tort ou raison, si son opinion est vraie ou fausse : — telle n'est pas du tout la question*
a Je soutiens que le droit de publier ses opinions em-^ porte même le droit de publier une opinion fausse.
<c £n effet , si le droit d'examen et de discussion ne devait s'exercer qu'à condition d'avoir toujours raison , il serait complètement illusoire : — il serait reconnu par la loi , mais à une condition qu'il n'est donné à personne de réaliser : celle d'être infaillible.
<c On veut bien toutefois nous accorder ce point : on nous accorde même le droit de discuter les actes du gouvernement, la conduite des agens du pouvoir; mais on soutient que le droit de discussion doit s'arrêter là, et qu'il ne saurait être permis d'attaquer le principe même du gouvernement. — C'est du moins un argument auquel je dois répondre, puisqu'il est la haute expression d'une trop fameuse circulaire ministérielle : — M. l'avocat général n'a pas cru devoir le reproduire, et en vérité je l'en félicite.
8S n II a'eit pas permis de contester le principe du gouvernement?^... — Je pourrais d'abovd demander pour* quoi.... En politique comme ailleurs, tout ce que vous construirez sur un faux prindpe 4evra s*écrOuler : il faut donc qu'on puisse d*abord s'assurer de la base. — Mais je puis sans danger, pour ma cause,, faire à nos adversaires une large concession , et supposer qu'il ne soit pas permis de contester le principe du gouverne* ment.
'< Qu'est-ce donc qde le principe du gouvernement ? Est-ce la royauté?.... Non, messieurs. — La royauté est un des élémens du. gouvernement représentatif, un des pouvoirs de l'état , mais elle n'en est pas le principe : pas plus que la chambre des pairs, pas plus que la phambre des députés. — Il y a ici quelque chose de plus à dire, c'est que l'élément essentiel du gouvernement représentatif est la représentation nationale ; <— d'où il suit que la royauté , loin d'être le principe du gouvernement, n'en est même qu'un élément secondaire. — - On conçoit fort bien que la royauté de droit divin ait pu se dire, avec quelque raison, le principe du gouvernement qu'elle avait octroyé; mais la royauté nouvelle qui n'a rien octroyé, ne saurait avoir la même prétention. -^ Gomme le gouvernement actuel ne peut invoquer une autre origine que la souveraineté natio* nale , nous ne reconnaissons d'autre principe du gouvernement que la souveraineté nationale.
ce II est un autre argument auquel 11 semble d'abord difficile de répondre, précisément par^e qu'il ne signifie absolument rien.
« On dit qu*il ne peut être permis de se servir de la Charte pour attaquer la Charte.
« Ceci n'est qu'un pitoyable jeu de mots. . „ (f On suppose 4 en effet, que la liberté de discussion j, en matière politique , n'existe pour nous qu'à titre de
eùtktéèin&à et d^irôi ; d'où on attiré à eoitelore que le dtoit de publier ses opiiHOfiS ^ étant un bienfait û% la GhaHe, ne peut être ^ttsplùyé ùdtkiré la Charte.
u Màîs la liberté dé discussion n'est ni uieré Codées^ sion ni tin bienfait , ètlé est un droit ', la Clla)rte ne Fa pas créé en notre faveur, elle n'a fait que le formuler, et nous ne recotinaissons à Pexercice de ce dr(^ d'autres limites que cellei de la loi.
« C'eàt dans l'iniérôt de la société qu'on veut restreindre la libei^té de disctissiôn ; et je soutiens qnll faut l'é-^ f endive au contraire dans l'intérêt même de la société.
ic La réforme avait éonsacré le droit d^éxamen et de dtsèussiôn en ma1jèr« religieuse : k révolution de 89 ViBL consacrée à tèut jamais en matière piditique t ce sont là deux grands faits qu'il n'est pas permis de nier ; et vouloir contester à la raison humaine l%éritagé des siècles passés , e'est vodloir résister à la forôe des choses ; c'est vouloir renouveler tous les déchireméns qui ont accomfmglné les plus laborieux énCantemens d6 la civilisation. ' ' ■
i< La société est intéressée à Ce que le droit de diséussion puisse s'exercer librement , même sur les institua tîoAt qui la protègent; elle est intéressée à ce qu'on puisse lui signaler librement les vices de ces institutions. .
« Il est une vérité quil faut que je dise : c'est qu'à mesure que la société se modifie, ses forméa exté^ rieures se modifient aussi. -^ Il n'edt pas dans la nature des institutions humaines dé demeurer stationnaijres, mais de se perfectionner, de s'améliorer succesaî-» vcmtoat, de s'enrichir dé tous les progrès de la civilisation et de l'intelligence.
« La société ne les accepte pas comme forme normale et définitive, puisqu'elle-mémé est essentiellement progre^ivé, et qu'à mesure que le temps introduit dais
êèmamati dés îiHérèH^ àès hééokks ïiùttréànt^ ces in-térétd, Ces bcfsokis dditént, nonp péiike d'mnoînalie et dé âésardf e ^ trouver plade dans les iiïstitutfmis.
« L'éxpérienèe nous Pa appris , Messieurs, les însti* ttitîdnS n'ont ^éê force et de diirée qu'airtanf qu'elles démentent en harménie avec les besoins qu^elles doivent satisfaire : *— alors senleinént efles ofnt le droit de se maintenir , car les WS ne îwnt pas faîtes potir protéger les ins^ilSôns contre les forces progressives de la so* eiété, iii«îs pour protéger iâ société eHe-tnème : et s^ e^ft jattmis rèceiiriu que telle ou telle institution a cessé de répondre anx intérêts sociaux , elle deti'a se h&tet de disparaître.
<c II suit de là que le droit d'examen et de discussion doit i'enercer librecaent âaii6 l'intérêt mèmê.àé Ih sor ciété. — Vouloir l'interdire , em 0ittlièr& d'institution » •trait vouloir fànner tomtes^ les voies an progrès, et condamner rhumanité à rosfeÉr stationnaire. .
« Il n'entre pas dans mon plan de défense d'analyser ^ ÂveC M. Bufaitelle , lé mécanisme de nos instHutibns ; é^xniiainëF si l'cfxi^ténce d'nn pouvoir inviolable, placé en dehors de l'action gouvernementale, n'eH pas* «m révage intttile , uiie superfétalion. C'est une question ifae Favenir (Stécidctra sans doute : et je n'ai pas à îetef ici dans la balance de vos opinion» le ftàtie poids de monopînioif personnelle. -^ Ce qne.fCF demê^de, c'est «ne liberté entière de dbcùsi^tt, liberté ponr tons, pour celui qfni a tort comme pour celui qui a raison; car la liberté de la presse^ autremient entendue, né serait plus qii'iin' pirivilége ai» profit àe ceut q«i tîen^ nent kr pouvoir; . •
u Oti dont est le danger^ pour la société, à ce que' toutes les théories poissent se discuter librenent? ^^ JH deux choses Fuile 7 et je puis enfermer TaN^tusatiôi}
dans ce dilemme : ou les théories que vous poursuivez sont Causses ou elles sont vraies : dans le premier cas, et vous-même l'avez reconnu t(mt-4-Pheure^ elles exerceront peu d'influence : alors, qu'est41 besoin de poursuites? qu^est-il besoin de condanmations?... Ces doctrines :;tomberont d'elles-mêmes, et vous n'aurez besoin que de les réfuter. Ou au contraire , ces doctrines sont vraies ; et alors vous n'empêcherez pas qu'elles ne s'emparent, malgré vous de Tavenir; dans ce cas encore » vos poursuites seront inutiles. Ces doctrines triompheront, parce que la vérité est plus forte que tous les obstacles, parce qu'il est de sa nature et de sa destinée de triompher]
s il est un autre point de vue sousiequel il fout T cette question.
t que le^ouvernement représentatif, tel que nous aujourd'hui, fondé sur le principe de la souvejationale, est de sa nature essentiellement progressif.
«D'où il suit que la presse doit y jouir d'une extrême latitude ^ et qull y aurait le plus grand danger ii la comprimer.
<c En eSet : tant qu'une voie légale est ouverte aux améliorations, l'action progressive de la société se règle dans cette sphère constitutionnelle tracée autour d'elle, et arrive ainsi sans commotion, sans désordre, mais par des voies paisibles et régulières, à développer tous ses élémens de bien-être , de civilisation et de liberté. Mais si cette voie légale n'existe pas?... Si des besoins nouveaux surgissent au sein de la société , et ne peuvent se faire jour ? s'ils ne trouvent d'autre issue que la plus terrible de toutes, si vous ne leur laissez d'autre langage que l'insurrection?.... il faudra s'attendre à voir à chaque instant tous les intérêts compromis, et la
société sera placée sur un volcan qui menacera à chaque instant de faire e&plosion.
<c Quelque affligeantes que soient uqs divisions politiques , elles sont un fait qu'il faut reconnaître , et mieux vaut encore que les partis se fassent la guerre dans les journaux, que s'ils se combattaient sur la place publique ; — c'est un des bienfaits de notre civilisation avancée , que d'être arrivés à ce point où les partis trouvent une arène paisible ,. où ils peuvent s'entrechoquer tous les jours sans^ danger pour l'ordre social. — La liberté de la presse est l'émepte deff~ peuples civilisés.
«Jusqu'ici^ Messieurs, je vous ai montté ïa société intéressée à la liberté illimitée de discussion, et vous m'a^ vez compris-: vous avez senti que le droit de tout àit^ n'était pas seulemeni une garantie pour la'1|bérté, mais une garantie puissante d'ordre et de sécurité; que-serace donc si j'examine le droit en lui-même!' > « Ce droit de publier ses opinions, garanti pîar^ l'art. 8 de la charte, n'est pas sans doutexeluî depublier telles ou telles opinions qu'il plairait au pouvoir de toléi^ér , mais bien le droit de publier ses proiur es ' opinions , quelles qu'elles soient.
(c Je saisqite cet article S déplaisait singulièrement k la restauration , qui , en cela fort conséquente avec ses doctrines, avait aussi sa censure facultative qui paralysait complètement le droit reconnu par l'article 8. Mais àijfourdluii que la censure a disparu de notre législation , et ne p^t phis être réta3>lîe , le droit de publier ses opinions' n'est pas contestable.
' « Ou l'art. 8- de 4a Chatte signifie quelque chose:, et l'auteur n'a fait qu'user d'un droit formellement reconnu pttr la loi : ou il ne signifie rien, et le droit de pubUer ser opinions n'est ^lus qu'un piège tendu à la bonne! foi de t^éerivain et à la crédulité^ publique.
« I^Q pou¥oir compveoâ si pQu U iibecté d^ diseuùf^ii, que toute contradiction IHrf ite ; au lieu à'ofpomv da» raisonfittoieos à de» ratôooaemen^ , il xà fouiller dans lea ieftteis» ^e k restauration pour y ramaa^ar da hide«i^ lambeaux, répoad à de» sylLogismiBS par des maies, et ne jce^naît d'autre meyen de réfutetioA ({uç Tameade et la ;priaoB.
. a CT^st un pfiuvre armement, Mésaieura, que cqli4de la violencia^tr^ G'eat une énorme faute toujoura» que d'apr peler. A Ifappuide aes doetiîiaes la fprae. matérielle^ <(?-* Vouloir j&lDttffer la Hipnti^dkiion, e^eat.mowAxmr (^'çat n'espère pas vaincre par le raisonnement , qu'on n'ose s^ fxmmf^ k ^m»^ ^g^^» «u'Qa wîdé&e d^ sa ^f;tfuse,
« Cfq^jb m^Jmi^ pt m roftiheiv tout à la foia qu'un pouvoir ^^ti§nnfi ses d^etrlne» avec d© pareilles aïr na/çs, -r U» îPftlb^^ir v^çi taille î car le» eendamnationa Judiciaires u^^ront v^intgpçrit 1^ fprpe de te loi contre HP peuv/w d'»0e n^tt^p difféjfiente, et plm fort que la s^ntepee ptçpponciifi. -t ïpflig^y wne pejpp ^rporfeUe poiif pv^k Iqs ^rrepri^ de 1^ pensée, jce P-Pst pa» seui» l^mpnt une »i^(?ur févolfeiotep a^st une rigueur iautile.
f J>} jr^Mchi sqijivei^l; à pe^^te incons^u^ppe, et j^ me suis deiiçiapdé quel pouvait^ é^r^ le t)Ut de a^mblâtlo» poursuites : jampiis je p'ai.pu m'eii rendre popopte* ;
« l^es çppdamn^tion^ jpdiçi^iresn'pntd'effetqu^autAUt qu'el^e^ répriment Ip dé}it, qu'elle^ pffi?«^ppt Ip» ipûta-r teurs par l'exeniple : gr, hier , çerti^ippiSt^Qt , lâpu dp tout ceci n'arrivera, et ce seyait folie au pou¥Qir d'y comj^V^ cp serait prouver q^'il np cpjn^ît ni lea kommpji ni les choses. -^ yeflpéripppp ppus «ttertQ qw?en ma,^ière politique , qu'pn mAtiéie dP pvesse, les coat dan^p^t^ps judiciairefi, loin dp^miimer lea délita v^ font que les ^ultipUe»'^ toutPft ïps fois aiurl^ttlr quHJUea
firappeo^ lur den b<mme$ profondéoient coov^vMui*, « Oui ^ Me^^içurs, plu» U y ayr» do d«og9r à prQ£9»»^i: hautement 369 dpctrio^s , plus on «e crw« QbUgé <k le faire ; il y a dan» to«U; ce q^i «9t â^oAmw^ sya* crifice» abnégatiQo de m-mèam^ quâlqti^ <^o#e. qui #4^ duira toujours^es ame» mrdwle» ; ou se dit qu'il ei^ beau et généreux d^avoîir à souffrir pour d'ioûmes et çoq3(:iencieu8es eroyauce^, ot l^w aiel «a f^iice a braiw^ le péril....
f( Ab! vcKUi ppures oi'çaeroire, MeAftieut^; car.i^aî 9US9i, je puis voua le dive peut^êt;^ déja^ avec l'autP^ rite de l^e3(péri«»ce»... nos couyicMopa se foplifieut dj» tout' ee q^i'Wi a souffçrt pour oQei ! Elles nous deviefK nent plus chères k mesure qu'elles nous apparaisaeut graadie^B par le baptême d« la pev^éaujtioti 1 Neuf) nous y attaçbous par des nceuds d airaiii,.v. eouutie on 4>i^ taH^beàuQ ami malheureux, qu^l n'est plus permia dV baudoiBaer saus boute et sans l&cbetél De lôi^me noua UQU9 attachons plus ibrl^meut à des doctriMs qu^4»i persécute ; et plus on les proscrit plus éltes deviensoent saerées pour nous*
« Mais alors voici la question K laquelle je ddis na-'* turellement m'attendre : que devra donc faire le pouvoir contre des doctrines qui tendent à le renverser?... Eh! mon Dlçu, presque rien s avoir du talent > de lÀ* gloire, de la popularité : Je ne lui cofiiiais'j^s d^àtitre: égide , mais celle-là est impénétrable.
« Ah! prouvez-nous que vous saveà comprendre les ^ intérêts du pays , et nous ne demanderons' pas miétix que de vous croire!. .1. . »
« Mais si chaque jour nous apporte qiidqué déception nouvelle *, si tous lés élémens de richesse et de prospérité ne sont entre vos mains que des instrumena
de (XNrrHptioD : si vous prodiguez l'or du pays pour acheter des consciences , et satisfaire à des dépenses de poKce secrète : si vous laissez froidement égorger les hommes qui ont combattu sur ta foi de vos promesses : si les débris malheureux des peuples anéantis pour notre cause; ne trouvent parmi nous que des lois de haine et de persécution ; si tous vos actes attestent une honteuse impuissance , ou un ^ parti pris de sacrifier les intérêts du pays à des intérêts de dynastie; si vous voulez enfin raniener parmi nous le régime des coups-d'état...* alors, oh ! alors je vous le dis : ce n'est ni par des procès , ni par des condamnations que vous fenrez taire les voix. accusatrices qui s'élèveront contre vous \ ...
« On a parlé d'abus de la presse!.... Messieurs, je le reconoais^, la presse , la parole, comme toute espèce de manifestations de la pensée , est susceptible d'abus. -^On en abuse quand on se sert de la liberté contre la liberté; quand on se sert de l'intelligence pour déclarer la guerre à l'intelligence; quand on se sert de la parole pour étouffer la parole : mais quand on cherche de bonne foi la vérité, qu'on discute des principes, qu'on expiâm^ des Oj^nions, alors , Messieurs , on n'en al>uj»e pa^.
« Quoi ! tQute discussion sei:ait interdite en matièi:e 4d gpiuyernement ! quoi ! . il ne serait pas permis à la pensée , humaine dç s'élever k de hautes théories! il ne lui serait pas permis d'exercer ses philosophiques méditations sur de vastes problèmes / Elle devrait , s*abdiquant elle-même, renoncer à se demander compte des destinées du monde futur!
«(Messieurs, ce qu'on exige d'elle est impossible. Non seulement pareille doctrine porte atteinte à la dignité de l'homme^ aux droits impérissables de la pensée, mais quelques effort^ qu'on niette en usage , jamais on ne
Pempëchera de parcourir sa carrière ; il est de sa destinée d'explorer toutes les régions du monde moral, et il n'appartient k tiulle puissance humaine de restreindre le domaine illimité de l'intelligence.
* <€ Et n'est-'il pas de notre nature aussi d'examiner et de juger toutes choses ? Vouloir interdire toute discus-! sion, tout examen, n'est-ce pas vouloir interdire toute espèce d'opinion ^ puisque nos opinions ne peuvent être que le résultat d'un examen plus ou moins réfléchi des doctrines que nous avons adoptées et des doctrines contraires?
<c S'il n'était pas permis k l'intelligence de^ vouloir , en politique, autre chose que ce qui est, il faudrait flétrir la mémoire de tous les publicistes qui ont amené la science des institutions au point où elle est aujourr d'hui. U faudrait brûler Rousseau qui a osé dire sous une monarchie que la forme républicaine était la meilleure. Au lieu de lui ériger .des statues, il faudrait le condamner à l'oubli : au lieu de porter ses cendres au Panthéon , il faudrait les jeter aux vents : impuissante profanation!.... Le vent qui disperserait sa cendre porterait sa pensée aux extrémités du monde.
Le défenseur parcourt Tarticle incrimiué , en explique les différens passages les uns par les autres , et ne Yoit , dans l'eusemble de cet article; qu'une discuanon de pure théorie. Il combat les interprétations du ])U9i9téie. public, et s'attache à démontrer Tabsenee 4e tout délit.
Le défenseur poursuit : ' > ^ . ' ■/
« Laissons parler toutes les opinions, que toutes puissent s'exprimer librement , et les orages politiques ne seron^.plus à craindre, —r Ce ne sont pas ceux qui demandent, pour la presse, une liberté illimitée, qui veulent des révolutions, mais bien ceux qui prétendent fermer toute issue aux idées nouvelles , ceux k qui les leçons de l'expérience n'ont rien appris sur les destinées
futures de l'humanité y et qui nient le progrëi comme des aveugles nient la lumière ; ee«x qui croient em* maiilotter i^ne nation belle et forte d^ayenir dans les langes du passé : ceux-là veulent des révolutions!
« La pensée libre n'a pas besoin deê itrmes de la violence pour se réaliser : qu'elle puisse se produire sans entrave , et nous verrons se déployer devant nous un vaste et pacifique avenir l
Le 4éfeQ8eur invoquç plusieurs arrêts qui Qut cpnsaçré eo priQcijp* la liberté illimitée de la presse, et termine ainsi :
<c Peut-être devais-Je laisser le soin dé défendre cette importante cause à un de ces hommes habitués à convaincre , dont le seulnom eût été un gage de succès. Peut-être si j'eusse mesuré toute l'étendue d'une pareille tâche, n'eussé-je point accepté cette mission périlleuse : moi qui n'avais d'autres titres pour la remplir, que mon dévoûment inexpérimenté, mon aniitié pour Eugène Dufai telle , et mes fraternelles sollicitudes. Mais il faut que je le dise , et ce sera mon excuse : Pauraîs été jaloux qu'un autre vînt le défendre ! qu'un autre que moi vînt ici le protéger de sa parole, et vous demander pour lui la justice qu'il a droit d'obtenir! Il m'a semblé» d'ailleur$, quç ^tte causç n'avait pas be-* soin des ressources d'une haUleté savante , et que la voix d'un ami , faible et tristement émue , suffirait à vous persuader. Si je m'étais abusé!... Si uïie condamnation devait le frapper : compromettre, détruire peutêtre en un instant son avenir d'écrîvisdn ! avenir qui se déployait hier si coloré , si beau ! paré des prestiges , du talent et des l^ourires de la gloire!.... Ah! combien je me reprocherais ma téméraire confiance! combien je me reprocherais d'avoir trop cédé à une première impression , d'avoir trop écouté leife ardentes inspirations du cœurt
il s'agii d'Mn prmcipf : U s^'agit de )a liberté <te lap^eiw» U s'agit.d'un droUfaviolable que laJoi.a placé &qu$ la garanti^ de votre iDd^peodaiu;e.
<c Les préoccupations de parti n'entreront point ici : vous avez laissé toutes les passions sur le seuil de cet^ enceinte.
ce La décision que vous allez rendre tae sera pas une décision de parti , mais une décision de conscience et de justice. >»
M. Pavocat général , dans une courte réplique , félicite le défenseur de la modération et de la dignité de son langage. U lui accorde le droit de discuter toute espèce de théories , et déclare adopter tous les principes développés par la défense. Mais il prétend que dans Farticle incriminé , non seulement la royauté est attaquée théoriquement , mais que le roi est personnellement insulté. — Il persiste dans ses conclusions.
M. l'avocat général mérite dii jeune défenseur , par son ton plein de convenance, le même éloge qu'il vient dQ lui adresser. — M* Périer ajoute qu'il prend acte de la concession faite par le ministère public, et pour des injures, qui n'étaient pas plus dans la pensée de l'écrivain qu^elles ne se reproduisent dans l'article, il déclare s'en référer en toute sécurité au verdict du jury.
M. le président résume les débats avec une honorable impartialité.
^ Le jury entre à midi trois quarts dans la salle des aélibérations, et rentre en séance dix minutes après.
Le président du jury, M. Yeyra, déclare M. Dufaitelie non coupable sur toutes les questions; son acquittement est prononcé.
D'après la demande de M^ Micbel-Ange Périei* , la cour délibère immédiatement sur le défaut de M. Anselme Fetetin. — M. Anselme Petetin est acquitté. — Des applaudissemens éclatent dans Tauditoire.
La cour était composée de M. Luquet, président; de MM. Devienne et Sauzey , juges conseillers.
HUfeme iit M. Cu^hir VhMUiiu
( Nous n'avons pu prononcer le discours qu'on va lire.. Nous échappions à peine au paroxisme d'une maladie mortelle, et notre voix fut impuissante à lutter contre une fatigue de cette nature.
Nous avions essayé d*introdi|ire une nouvelle manière de défense, qui s'occupe moins des affaires de légalité qde des afEûres de principe, moins du salut de ]*écrivaSn que du salut de l'opinion. Nous pensons que la sellette des accusés est une tribune pour les doctrines perséciitées ; qu'elles se produisent là librement et avec courage , qu'elles prêchent , qu'elles se fassent aimer. — Tout est là : le reste est bien peu« )
Messieurs»
« Je suis accusé d'être républicain , d'avoir dit que j'étais républicain , d'avoir essayé d'amener des néophytes à la foi républicaine. — Je remercie l'accusatioti d'avoir l>ien voulu découvrir en moi ces symptômes de raison ; je la reniercie d'avoir , en me produisant devant vous /officiellement reconnu que je me permettais d*avoir une opinion ; que j'avais assez de courage et de loyauté pour l'écrire sur mon front, et me parer de^ cette glorieuse enseigne ; je lui rends grâces enfin d'avoir remarqué au passage cet instinct propagateur que Dieu même a mis au cœur de l'homme , et qui assied sur sa largo base toute association; ce noble et invincible besoin que nous éprouvons de répandre nos convictions , et de les arracher à la solitude de notre
ame^ pour les faire vivre dans une société d^ntelligences amies.
<c Oui , Messieurs : je ne le dissimule pas , je suis républicain , et , par ce fait , irréconciliable ennemi de la royauté frâûÇaisé ^ tùnimê dé toute rtfyàuié qui s'imposerait à une nation éclairée, majeure, en âge de traiter ses affaires, sans intervention de tutelle aucune. Comme, par sentiment et par état, je m'occupe de la chose publique , je dis aussi , sans plus de façon et sans y prendre garde, que la royauté me semble compromettre la chose publique, et, qui plus est, quand je rencontre un imprimeur complaisant, je l'imprin^e. Je puis raisonner mal , n'y pas voir clair ; mads est-ce un délit d'être myope ou logicien de bas étage ? N'ai-je pas le droit d'avoir tort ?
« Messieurs, pour résoudre la question de la liberté de la parole , quel que soit son mode d'émission, il faut fouiller dans les racines et dans les destinées du nwiiide moderne.
« L'illustre et vénérable fondateur dti monde moderne, c'est Christ. Quel est le nom Christ , Messieurs ? C'est Verbe, Verbe , Verhe^ parole^ dans ce rtom seul îï y avail avenir que nôiis avons ébauché, mais qi core entré dans Son développement C( nitif.
<< Ainsi , une nouvelle ère s'est empigr^e de la terre, à l'heure que Christ est né, pauvre et obscur^ dans son étable, ne voulant conquérir les nations que par son op»nipotence morale. Le monde aqcien finissait : le nouveau était inauguré. La société antique était presque renfermée dans le jeu des forces externes d^ l'hun^nité ; l'histoire gréco-romaine était l'apanage du corps^ l'histoir^e des races germaniquçs était duc pl^s spécia-
lemeot à rîntelligence. Audsi éate^t-eUe de la nàtesanec du Yérbé , c'est-à'^re de la pdrole incarnée.
(c La fai, qui fit voile ;d'un port de Sytie, pour àborder sucoe^sivemeut à tous les rivages, n'embarqua ni guillotine ni ptièon* £Ue eiXt à faire à deux enfieibîs de nature opposée, dont Pun avait la vivacité fébrile et nerveuse d'une vieillesse qui fait la jeûne, et doAt l'autre avait un poignet de fer; niais elle, briaa les syllo-^ gismes des sopbistes , comme la framée des barbares. La patole fut installée reine , et sous la tiare papale elle commanda à Punivers. Comment la parole chré^ tienne, une fois toilté-puissante, oublia les catacotnbes, le cbevalet, la poix ardente, pour imposer à des ad* versaires , qu'elle avait engendrés , des persécutions qu'elle avait subies dans sa jeunesse , ce n'est pas lé lieu d'examiner ni d'excuser en partie ces inconséquences de la cour de Rome si calomniée par les ignorante» frivo->lités de l'école voltairienne. Toujours est^il que le 16"'"^ et le l?"**^ siècles furent de laborieuses et d'énergiques protestations dans^ Perdre religieux et dans l'ordre phi^ losopbique contre l'odieux vasselage de la pensée. Ce fut bien autre cbosë quand , avec ses génies moins aus* tères, mais plus bruyan8,,le 18"^ siècle éclata. La pensée s'émancipa dans ses intérêts les plus matériels et les plus palpables , dans ses intérêts politique». L'en-* cyclbpédiô était imprimée avec privilège^ le gouverne^ ment était renversé avec, la permission du gouvernement, et cela était juste et bon , car le gouvernement était détestable , et le seul service qu'il pât rendre , c'était de prêter les mains à sa chute.
<t Et mainienant que nous avons fait quelques nouvelles étapes dans les grandes voie» de la civilisation ; et ipain*^ tenant que nou» avons achevé et tout*à-fait dégagé le dogme de la liberté de la parole, c'est-à-dire de la raison , «'est-à-dire de l'ame pure et divine ; vou» venez
nous dérober Phéritage de Christ ^ que nos pères ont recouvré dans trois périodes de douleur! Quand dix-huit siècles d'enfantement ont mis^bas-une civilisation pacifique et intellectuelle , vous rétrogradez d'une seule enjambée jusqu'aux brutalités du matérialisme antique , et vous vous écriez ) au milieu des stupéfactions d'une société qui ne s'incline que devant la persuasion : Jllon droit, c'est la force! Mon syllogisme, c'est la saisie! «c II ne se peut pas cepeiklant que le public n'explique, à sa manière, ce grossier anachronisme. Gomme nos^versaires vivent dans les mêmes milieux que nous, se meuvent dans la même atmosphère, se nourrissent des mêmes idées, certaines personnes peuvent en induire qu'ils ont apparemment d'excellentes raisons pour employer leur redoutable logique, comme , par exemple, celle d'être asseï mal avec la nation comme avec le bon sens. Et en effet : ou nous avons tort,' et vous pouvez nous combattre dans le champ clos du raisonnement, ou nous avons raison , et une réponse rationnelle me parait alors à peu près difficile. Cependant, Messieurs, % parler sérieusement, votre bon sens comprendra que la loi du talion réclame ici sa place; que la parole est faite pour répondre k la parole, comme l'action à l'action. Si je descends dans la rue, le fusil chargé , je conçois la réplique dé vôtre fusil. Mais si je ne vous attaque qu'avec la plume, je ne conçois pas d'autre réplique légitime que celle de la plume. Si vous avez recours à un autre genre de discussion, cela me prouvera, ce que je sais déjà et que mes amis savent mienx , que vous êtes de grands logiciens, parce que vous êtes les plus forts; mais, en même tems, cela donnera peut^tre à penser à ceux qui m^écoutent, que vous avez la modestie de vous avouer implicitement vaincus dans le débat.
« Le pouvoir , pour vivre , a besoin de conserver
§a force morale,. la seule force réelle et durable. CSette force} morale existe qurad on a foi à lui» pouvoir ,^ — k sou principe., à son système^ et qu'on est. dans un état d'incrédulité rAîsotinée vis-à-vis les autres principes et les autres systèmes. Cette force morale se l^ve et brille dans^le libre examen; elle 3e perd dans la perséeu*» tien..
« Mais quoique cette puissance entraîne avec eUe l'existence matérielle des-gouvememens , il est un fait dttis leur existence mfitérielle plus palpaUe et plus^iminédiat , dont ils apprécieront mieux ^ass doute la portée.
« Dans toute société , et par quelque voie que ce soit , les idées et les sentimens qui animent les esprits parviennent un jour à se faire connaître. Dans l'empijre romain^ une mort violente > et demandée par des milliers de voix , venait apprendre au cbef de l'état que son gouvernem^it était impopulaire. Stamboul, aujourd'hui, copie Rome. Notre désapprobation est un peu moins brutale. Nous n'en voulons pas à la tète. Maia enfin chex nous aussi la haine contre le, pouvoir a re» vêtu des forflMS mei^açantes , et notre forwn a retenti des hurlemens de ces terribles orateurs qui portaient d'autres armes que la parole. Pourquoi ces meurU-es k Rome et à Constantînpple i^ pourquoi ces émeutes à Paris? — Parce que la parole n'était p%^ libre; parce qu'il* faut une expression quelconque à l'oppositioq du pays , régulière si on la li^isse obéir à s^s sympathies ,. cbmsir 90U8 l'inspiration de ses préférences, -— déscnrdonnée, si on ne lui laisse d'autre issue que le désordxN^; parce que, quand un gouvernement, pour étouffer la pensée, s'adresse à la fcHCce briitale et redevient barbare > il accorde par cela même aux gouvernés )e droit de &'adresser aussi à la force brutale et de redevenir barbai:e.
« Je le dis, Messieturs^ et je fais a^sez d'honneur aux
hommes ici rassemblés , pour espérer n*être contredît ^âl^ personne : c*est une éViàrmîté, c'est im crime *d*aimser sî insolemment ïPurie victoire é|>hémére ^ pour fouler aux (lieds la pensée , la pensée sans laquelle nous ne serions pas, la pensée qui est Dieu, — pour garrotter Wntellîgence, et nbus ramener att code des sauvages. Les fous furieux , qui se précipitent dans' un pai^eS forfait , ne doivent-ils pas s'ëstîmër heureux ^ue nônà noué î^oyons assez employés à répandre les idées d'ordre, d'humanité, d'amour universel, pour qu^lstenaient rîen à traindre de la colère du peuple au jour de son triomphe , et pour qu'ils puissent être protégés par cette dvîlîsatîon qulls ont outrageusement méconnue ?
« Je dois être juste , Messieurs , et les lois de l'équité, aussi bien que les besoins de la défense, ne*me perniettent pas de dissimulier les paroles^ et les actes dahs^ lesquels les hommes du pouvoir ont respecté les droits de la pensée humaine.
« C'est une distinction que je me plais à reconnaître, partie qu'elfe établit une supériorité morale là où réside' dè^auhd supériorité intellectuelle : des deux partis philippistes, l'un nageant dans' le vide de ses antipathies,^ Taùtre se débattant dans le cliaos dé ses com- 'binaîsons^, celui-là grossier et ignorant, puisqu'il a blanchi dans les àfiTaîres sans leur demander ce qu'elles étaient, et si elles n'étaient pas susceptibles d'amélioration ; celui-ci plus civilisé, pluS humain, parce qu'il 'a vécu dans l'atmosphère bienfaisante des méditations 'fittéraîres; les doctrinaires étaient appelés à se révolter avec moiUs d'opiniâtreté contre la légitimité de la discussion , contre la toute-puissance de là presse.
« Wous savons gré au Journal des Débats , qui s'est efforcé d'ailleurs de corrompre la morale publique par ses impudens sophismes, d'avoir, une ou deux fois, pris 'en main la cause des publLcistes persécutés
m M. Villemain n^$ rappelait avec élogci ti/t covij^ai-^ sance, dans ses leçons sur la tribune «niasse ^;qu^«a Angleterre, dans Fintervalle des sessions, la ré|nibli< que était proclamée et soutenue impunément. Puisque le mkiistère passe si souvent le défaroit pour ratdvér son système d^emprnnt à l'air natal , }e ferai avec hû le voyage, pour vous rappeler encore, Messieurs^^ la ^ rareté des procès j^itiques chez nos voisins d'outre^ mer, et lé chef du parquet britannique s'excusani yen pieiu parlement , de hepas mettre eu cause les tl^ories des pi3d)licî»t0s radicaux. . ^
cr Le roi vien^t de rétablir la claf^e des sciences mondes et' poli^ues, sous le titre d'académie. Ce rétablissement lui avait été proposé par M. Guizot, dans un raf^rt Soti remarquable^ Les bases de la morale et fie la politique ; toutes les légUlations civile^ eH reK* gieuses relèvent dp Fetàmen libre des trente me^nbres qui composent cette académie.^ ^
« Le principe qui a engagé M. Guiiot à proposer , et le roi à ordonner le retour d'ime pareille institution, e^st le principe^ de la discussion indépendante. Les £rr0i0n'9pê^%dative$ n'ont pas besoin de répression; et le pâelë fottdameiitàl d'un pays bien gouverné fefid les hrai)!^4 Si les institutions soQt bonnes.et répandent le hmhemt wtoiff d'elles, lapefisée, dans sçb tèmirUét les fim hasardeuses^ nesauraUfrévaloir contre leur vériié-frê,tifHé,Kn gouvernement, créé par le peuple «t ioùe* %iôiiua»t pour le peuple, s^mpjmia syrla raison pvHùptei et ne redoute pas les égaremens de la raison individuelle* -C«W fe privilège des govéernemens libres dé résilier aux éfreu9B8 dont S'effimm le pouvoir absolu^ Il n'y a qu'un pèifvoir, usurpateur d^ droite de Vhumanité^ qui ait à rêdêiàkr bs raioon i la raison , lors même qu^e ac l^atfaquè pa», lui est funeste ; car elle est ir«ii^eii\ elle eftf ^NMs'te irrai, et lui est duns lé f|Kix. Le» amaé^
quenees du principe leplus^paeifique et le plus désarmé , deviennent hostiles ;- et .s'arment contre lui. -
Messieurs, dans un pays qui. cultive d*une manière spéciale les sciences morales et politiques^ aucune doctrine ne saurait être poursuivie légalement. Car une doctrine quelconque, par son apparition, consacre un principe auquel le souverain lui-même a doni^é une plus solennelle consécration en lui élevant imë académie. Cette académie, Messieurs V nie semble une inflation faite à chaque intelligence d'examiner et de discuter et la source du gouvernement, et les faits qui jailUsseni et coulent de cette source. -
«^Màis, dirait-on , si le rapport Guizot demande l'impunité pour ks témérités les plus hasankuses delapensée^ pour la proclamation de l'excellence du principe répu- -plicain, par exemple, la eîrcutaire Bartbe déclare qu'il n'est pas licite de dire que la république cofmenne à la France mieux que la royauté.
« Messieurs, un ministre, tant sôit peu moins élevé en raison et en science que son collègue, a ociroyé à la presse, dans sa circulaire, la critique des doctrines et des actes de gouvernement, mais il lui a interdit la mise en question du gouvernement dans son principe'et dans son essence. -Il me semble que par cette inter4iction, M. Barthe a compromis les intérêts de la logique et ceux de M. Barthe , qu'il à^ contre toute manche rattonôelle, débarrassé le principe du gouvernemenf d'inimitiés qui assailliront et engageront davantage sa responsabilité ministérielle.
Est-iï possible d'exercer le droit de-contrôle avec l'impartialité d'une justice distrtt>utive sut lesïwîtes de l'administration , si on ne peut remonter au principe du gouvernement , dont plusieurs de. ce» attes sont des effets simples et nécessaires ? N'est-il pas , certain qu'un gonvernemeni <[tielconque , république comme monar-
chie> par les inspirations de son principe originaire , par les besoins de conservation, projette son^ombre sur letf actes ministériels ? — £n politique, comme en philosophie, c'est le signalement d*un esprit peu étendu et peu façonné aux pratiques du iraisonnenient , de ne pas s'élancer des effets aux causes , et de ne pas demander raison k celles^:i de ceux-là. C'est ainsi qu'on risque de témoigner aux ethts uno partialité et me haine qu'ils ne méritent :pas.
«Messieurs, le ministère est forcé à bien des actes , parce qu*il est le ministère d'un roi , et cela alors même que le roi ne paraît pas dans le conseil. Il serait donc in|uste d'attaquer le ministère pour un acte qii'il faut rejeter 4ur une nécessité de position, et 4ont le principe du gouvernement seul est coupi^ble. Une autre po^lémique ne peut être que celle de niais et de tarùifes qui abondent dans l'opposition comme ailleurs, et qui,, là plus qu'ailleurs , sont méprisables^ et ridicules : car ^elle plus grande inhabileté que l'hypocrisie dans notre siècle clairvoyant ? .
• « Cest à la Chapte du 7 août à concilier ces divergea* ces ministérielles. La Charte du 7 août , sous la royauté qu'Ole a fondée,^ est l'autorité qui doqiine de droit toi^te autre autorités '
<c Dans la Charte de St-Ouen, l'article qui constituait la liberté de lâ presse renferml»t en germe, dans son sein, la mort de cetteUl^erté. C'était le caractère, sou^ vent reproduit, de cette Charte d'énoncer d'abord les concessions faites à l'esprit nouveau, et de les annihiler pmr des restrictions, dernier refuge de Tesprit féodal>>
«Aussi, les législateurs du 7 août s'efEorcSferent à ce que- cette liberté , existant dans les mots, pût aussi s'emparer des faits : ils brisèrent à tout jamais. les cliatnés de la censure. . ^ .
« Mais de ce qu'ils avaient jonché le soi de ses dé^-
brU, ce a'éttU vas pour ^u*oa ramMi&l oc» ana^aia IrompttSi et qu'o# «garrottât ^ par d^ Iteni d'uoe autre natur?^ la liberté quHb avmeot décbatuée^ — S'il» ar vaieot tué laceosure préalable, ce n'était pas pour engendrer une censure répressive. A quoi eût servi de briser un obstacle moindre, pour en créex un plus xe* doutable ?
. « La Charte est pour M. Guizot et pour noios.
u La Charte ne pouvait statuer autrement Kée de la presse , elle devait reconnaître la souveraineté de sa -«nère.
> La pressée est tout, Messieurs, car la presse^ c'est la pensée. La presse accuse les actes mauvais du pouvmr, et lui dicte bien longtemps d'avance les amélior rations qu*il se décide enfin à réaliser. La presse^ Mes* aîèurs, c'est le vrfû gouvernement.
ç Qu'iuie idée ^avancée arrive au pouvoir , eUe est ctbligée de se replier sur elle-mëmeu, d'arrêté sa mar* cbe intellectuelle pour exécuter. La pr^se^ ^e, va toujours, et elle précède^ par la peni^ée,. le pouvoir de fait dans des institutions que se^ actes n'atteindront que detnain.
« AttAfu^x la presse I le pouvoir le plus saint et le plus vrai, -c'est la révolte d'un esprit turbulept^ brutal t OOupaUe.
« Messieurs, j'ai parlé jusqu'ici dans une bjtpotbése , dans l'hypothèse que j'avs^s tort. Je vaiç i^sayer de prouver que j^avais raison^ .
, «c A parcourir l'histoire^ on voit l'bumaDÂté. traverser diffié^ent^ coi^titutions t adopter f^ quifti^r diSérenf modes d'êtres, présenter différentes phases ^ parcourir des transformations nombreuses. PâU'mi les esprits éclaié&» appelés à me, juger » eu 64t-il un seul, en Je s^pT posant (et je vous demande pardon de cette su{^>Qsition doute. gratuite:), quelque peu^ hostile. aux ^éias.re-
5d ligiçuses, même athée, en est- il un seul qui m reconnaisse que la théocratie exclusive de rjode-, etlath^o^ cratie mêlée de la Judée et de l'Egypte, n'aient contenié les besoi/i9 des temps et des lieux , n'aient aidé au^ proportions gigantesques de la civilisation orientale ? £h bien l dans llnde, dans la Judée, en Egypte, le pontificat a été sei^siblement modifié; il avait donné ce qu'il pouvait donner, il cédait la première place* , «. Je prends un exemple plus rapproché de noits. .
v Quelque$*utts de vous^ Messieurs (excusez encore la familiarité de ces aUocutio|9s directes que j'affectioo^e } , quelques'-uns de vous ont pejut^étre assisté k l'agonie de la féodalité. Quelle féodalité , bon Dieu ! Une iéodalit^ enépée de soie, en bottes dévoie, encuirfSse de soie; puis , pour payer toute cette soie ,.la corvée et la dime s'élançant d'uû bal pu d'un fouper fin; le ridicule et l'horrible se regardant face à face ; la. justice pré vitale après la maison du faubourg! Vous étiez jeunes ^ alors, Messieurs : que pensiez^vous de la féodalité f de ces férbces débauchés qi^e pensie^-vous ? Cependant l^ féodalité n'avait pas toujours éïè oisive ni ridicule. Eljle avait e,u ses journées, et de glorieuses journées 4 en Palestine, en Italie, en Espagne, en AU^ip^gpe, ,en France. Elle n'avait guère été parée que des ^qrt^s militaires : mais enfin elle le^ avait professées tout^, couragie, adresse, intelligence, activité : et qommeda^ la vie du moyen-âge les arm^s jquaient un r^le MFPih tant et de -tous les jours, elle avait été utile et xe^gBfr tée. Son temps s'acheva; la so<4été diereha ^^id^es mains; le progrès sH)uvrit d'autres voies ^ s'aid{i d'il» sqI moins êifite, La féodalité devint in|n^>ride « parçfD qu'elle était vieille et qu'on n'en avait :bes^^ .^ ^
. « U me semble qu'il s'ei»t passé quelque ^hoso d'assez aoalogue pour la royauté. Je ae sms pas. 4^ ceux qui prétendant, avec i^n aplon^ di9g»#jtiqiief igm l^royau^
est détestable 9 sur quelque société qu^elle se superpose; que lés rois sont nécessairement des monstres , des vampires, et constituent une des plus effrayantes familles de la Zoologie. Cette opinion même, à vrai dire, mé paraît témoigner d'un esprit étroit et superficiel. U est certainement des époques où je me serais fait un devoir et un honneut d'être ardent royaliste, parce que la royauté représentait la société ^ et que s'insurger contre la société eàt l'œuvre d'un séditieux égoïste et d'un malhonnête homme. Mais tout de même que j'aurais soutenu la royauté alors qu'elle était jeune, nécessaire, brillante expression des besoins nationaux, qu'elle marchait à l'avant-garde des idées contemporaines, tout de même je l'attaque aujourd'hui parce qu'elle est vieille , e'estrà-dire mauvaise. Maintenant qu'une manière nouvelle de seqtir et de penser demande à modifier, demande à transformer la forme du gouvernement et le fond de la société, qu'une somme, relativement immense, d'instruction et de moralité a pénétré les masses et leur a acquis des droits plus étendus', nous né pouvons nous passionner pour une institution devenue inutile et nukible. Quel est Télémeut capital dé la seule république possible en France, de la république démocratique? L'es* prh d'égalité. Or , quelle époque plus que la nôtre s'est montt*ée impatiente de toute aristocratie , a mis en dehors un esprit d*égalité plus éclatant ? Considérez les formes du langage , les habitudes du corps, la coupe des vêtemens; de différence, aucune. Qui aujourd'hui, je vous prie , a le monopole de l'éducation , des belles manières , des délicatesses de la parole ? Nous luttons dans les collèges avec toutes les chances de la guerre contre les fils de roi : depuis le collège jusqu'à la guillotine , depuis la consignation pour dette jusqu'à l'incarcération pour excitation à la guerre Civile, la même fortune nous reçoit , nous enveloppe,
Qous-protége etnous punit. La hiérarchie qtti-se montre à la surface et dans les mots ne vivifie plus le cœur des choses/Autrefois il y avait une royauté, une noblesse: il y avait des distinctions sociales brodées sur les coutures de chaque habit« Les sujets étaient ani« mes du sentiment de leur infériorité , et leur fidik dévoùmerU obéissait à un roi qui était le délégué de Dieu. -^ Messieurs de la Cour , Messieurs les Jurés, vous vous croyez assurément royalistes : - mais qui ûe vous au' fond de son ame pense valoir moins que son roi? Et ici je n aiguise pas une épigramme de mauvais ton comm^ elle serait ^e mauvais goût; je veux seulement constater que les hommes mêmes qui ont une opinion monarchique , nWtplus le sentiment monarchique , et qu'ils sont débordés jusque dans leur intelligenee par une pensée toute républicaine.
Ce que je dis- des loyalistes avoués qui dans les détails de leur vie sont soâs le joug des inspirations républicaines sans en étudier la nature et la portée, rayonnera de tout l'éclat de l'évidence , si on veut bien se rappeler la conduite d'une chambre monarchiste dans la décision d'une haute question constitutionnelle: La chambre de 1831 était bien réèHement frappé» de monemanie j quand après les discours, remarquables pour la plupart , de MM: Thiers , Royer- Collard , Guizot , Berryer , Kératry et Jars , après Và^ 'mendemeut désespéré de MM. Enouf et Jay , elle rejeta, le 10 octobre ^ l'hérédité de la pairie à la majorité de 324 voix contre 86. Et dépendant. Messieurs, quelle chambre plus royaliste , plus ministérielle, plus attentive au signe du maître , plus i^ésignée quand il demandait le sacrifice d'une prédilection méritée ? Le 1*' Août elle s'était imposé M. Girod(de l'Ain): le 22 Septembre elle avait adopté l'ordre du jour motivé de M. Ganneron , et s'était confiée à la soUieUtih
4$' du ' ministère du !sow de PêiUer à la digniié tt '• ^mx intérêts de 4a France. Le 26 Novembre , le 14 janvier, le 9, avril > elle devait vbter à uoe hoRteu^e BOiajoriié une. adresse servile sut la révolution de Lyon , june liste civile trop grasse pour Gargantua, une loi inhospitalière contre deitobles proscrits* Cette ehambrè , si iong^^tèmps sage, fut monomanè un jour : si patianmedt eonsuUaiipe, elle s'avisa d'être déli^ bérante^, et cela au mépris de la yokmté, de Pék>'qufioee ministérielles, et aussi ,' il £sint bien le dire, au mépris: de la" logique, d'une conduite rJillgieMsèmeni uuiforme, des antécédens les plus fortement dessinés, le comprends (et c'est mon opinion) qu'on rejette l'hérédité de la pairio j et même la pairie: je comprends (et c'est monc(q>inipn} qu'on rejette la royauté. Ceci n'impKque pas contradiction , et de ce rejet*m découle celui-là. Mais nommer une royauté, la flanquer de châtaux, Técra^er d'or, lui apporter d© complaisantes paraphrases , des respects aippoulés, de oi^onarchiques bons mots et de pl^s ^piirituels ^liUions: ^'enrouer de vivat peut elle quand on .lui a, donné ia. distraction, d'un coup- de pistolet sau^ balle : ->- et dénK)ljr Is^ pairie, élevée pour empêcher le torrent populaire de balayer cette royauté bien aipaée, bien logée, bien payée: bien paraphrasée : ceci n'accuse pas une raison rassise,, et ne semble pas pouvoir être co^s^nti par la même intdligence; — Messieurs, cette étrange inconséquence a encore été une inspiration républicaine, ^n hommage h Pesprit envahissant de l'êgaUté. 3eaucoi^ de gens , fort hopnêtes d'a^leurs, travaillent de la meilleure foi du monde à amener un réginie que leur éloquence hebdomadaire décide im^ .|K)ssi]^le : ils se constituent des instrumens dociles aux i^ains à^ui^ idée qu^l$méG0nnais9enjt. Cet aveuglement, n^dsieurs^ uousle rencontrons à chaque pas dans l'his-
loire den naliops : partqut nous icQjttyom dje ^ej» .ouvrjuors igapraos qpi poursuivent ^Bns le^ ténèbres de le^ w^ et ayeçja.nfïveté dé l'infl^tinct, w q^ujrrç doat iU a*oo( pas le sQcç^t. C'est qu'isui d^f^sus de ces, igpoi^aoiliis et de^es téoèbr^es,. plane le supi^éme savpir.çt }a .suprême lumière: c'est que Dieu, dingje . et conduit ces n^i^Wtès qui fs'ignprent, k travers les ipacçhes prévuei, 1^ rév(dutii(^ pi;éde$jtinées, 4 travers 1^ fatalités d§ son action piiovidentielje. . ...
« M^s^eurs , quel est le système « qwl e^^ le gouvernement d'un siècle ? -f- l^st-ca le gouv^n^mept qp} gouyeri^ie ou celui qui n'est encpre qpe^jsuf Iç papier?
— Est-ce un système qui lotge dans un, hôtel de niinistre et que, peut-être xnème le siècle a adopta à l'étourdie sans lui demander d'où il venait et où il aUait?
— Le système d'uid siècle^ M^sieurs, que le siècle en jouisse ou qu'il en subisse un ai^tore, est cel^i.qui résume toutes les idées de c^ siècle. Lq g0uvei:nement d'up §iiècle| qu'il gqiaverne ou qu'il, en spij; >eQpore k proteft^r, est celui .<iui réalise ce système, s'i^ esjt trouva , . pu qui le deviï^ , .qui l'invente , comm^ ,il lit ea 93, quand la tbéope est en arrière, t- Crpyes-vous, par. exemple , qu'a¥ec le§ n^racles sublin^e^ dq sa pjiiilosophie , avec son instruction .si pppulaire et si cour ficiencieuse, avec ses vertus de la vie privée .graves et touchantes 4 le gouv^^rçement de. rAJil(3magne.,sQi|t le gouvernenient iéodal , mèmç retpucl^é,,badigepfmé« replâtré, modernisé , Nçp^lé^nisé. par ]>}^^.lj6on ? Le gouvjBtjrikement de l'AMem^giie , Jtlessiçurs, est ^i^iom d'toe l^ go!uvei:j[|0ipont jCéodfl, qu'après l^vioir secoué ( et cela ne tardeira p^, à ppnsidérer ,sop jbouk voulpir) «lie ne d^a pâs .forcée .d^ id^chirqr ses. piijBd#, àtça*vers les gouveraemens provisoires PÙ pon^ agirons pecr du ^amt ^ sueu74 et d^ boiii^s. journées. Api^si, sa fuite d'Egypte,. oUevaaul^a de plein pied AurMAm^ promise , sans passer par le désert.
« Messieurs, le gouvernement monarchique n'est p^f plus le gouvernement de la France que le gouvernement féodal n'est le gouvernement de l'Allemagne. Dans ces deux nobles pays l'esprit hummn a marché de façon à avoir depuis long-^temps épuisé les qualités de ces gouvememens préparatoires. Je vous ai parlé tout-à-l'heure de l'esprit d'égalité : il faut aussi mettre en ligne de compte cette dignité personnelle qui se développe tous les jours et apparaît plus ombrageuse , ^ cette vénération pour l'hôte immortel qui 4iabite en nous et qui nlionore que les supériorités intellectuelles et morales, ne s'incline que devant les auréoles de la vertu et du géhie. ' . * •
« Ainsi ce n^est pas le roi que nous repoussons; nous ne faisons pas une sotte et vk>lente guerre dé prétendant. Nous repoussons la TOyauté. Notre antipathie, impersonnelle, philosophique, inspirée par les élémens d'une société nouvelle, ne s'acharne pas à des cadavres, ou à des corps qui seront bientôt cadavresw II est bien plus rationnel , et d'une importance tout autrement sérieuse de s'attaquer à une institution que de ne viser qu'un homme. Les hommes tombent et revivent dans d'autres hommes: une institution, morte une fois , ne se relève pas. -
« Cependant un fait lie peut se dérober au regard le plus austère., le plus philosophique, le plus- impartial : c'est que les institutions vieillies sont, dé coutume, représentées par des hommes peu élevés et peu moraux , comme elles-mêmes sont immorales. Cela entre encore dans la providence de Dieu: Dieu envoie les âmes nobles et g^éreuses pour soutenir les choses nouvelles : lés anciennes, il les abandonne à des âmes qui ne sont bonnes que là.
« Je ne parle pas du présent. Messieurs, mais la branche des Bourbons ne semble^t-elle pas . montrer
cette vérité à chaque rameau qui s'en élance? La faiblesse de Louis xiii, si mélancolique, si chaste, si poétique, si intéressante pour les cœurs priviligiés^mais aussi bien méprisable pour la foule ; la faluité cru^e et bigotte de Louis xiv; la débauche crapuleuse et iknte-diluvienne (1) de Louis xv; la trahison de Louis xvi, témoignaient asses haut que la royauté s'en . allait puisque Dieu li^ livrait à ces imbécilles et à ces brigands. L'hypocrisie sanguinaire de Lckuis xviii nous apprit que la volonté de Dieu n'était pas chtegée; Charles x avec son ignoble cortège fut une preuve surabondante de la céleste persévérance.
C'est sous la figure des hommes qu'une institution apparaît au peuple. Les idées générales, les abstractions n'arrivent pas jusqu'à son intelligence: quand il voit un système professé par une société de malhonnêtes gens , il s'en dégoûte. Ainsi il a fait à la royauté. Depuis quelques années surtout sa haine ^tait devenue irrémissible, étemelle. Il y » tant de boue ot tant de sang sur cette famille qui mendie à travers l'Europe! Le peuple maudissfait le fétichisme dans Charles x, l'idiotisme dans M. d'Angoulème, la vengeance hideuse et insatiable de crimes dans M"** d'An^ goulème y et ailleurs la débauche la plus vulgaire et la plus effrontée. — La royauté a. recueilli ce. qu*elle semait : une moisson de mépris.
Cette . royauté , Messieurs, dont le princijpe n'est }dus dans nos mœurs et dont les représentans sont si impopulaires : cette royauté doublement mauvaise, comment est-elle du moins considérée par les fidèles et dévoués serviteurs? hélas les purs, les lévites n'adorent plus que de la bouche : leur foi intime passe au veau d'or. L'un d'eux qui naguère proposait le
' (1) Àprèi iM9< i^ dékift : Dict. de honi» xt«
despotique gouvernement de Fèrdinanâ vn à Padmi-^ rution et à Timitation de la France , et qui ne con» sidéntit notre brillante et vertueuse révolution que comme une histoire de crimes opérés par une gêné** ration de brigands , se proclame républicain par prin-cipe , et pronostique pour Chaque état de l'Europe un avenir de démocratie répréieniaiive. *^ Un autre. Messieurs , d'un génie plus vrai ^ et assurément d'un p\ii$ noble caractère , changé tout-à-eoup.de pointde vue historique 9^ et bénit \eê ré^oltitions'ent lesquelles il livajt -dit anathéme. Enfin daas^ une' épître s^endi^ de quoique familière ^ îl s^criei
' Pour le genre bumaân (]fiie te 8ce)ptre abandonné Le satot éit dans toîid ^t n'est pla«^< dÂns.pcrspam.
Chàteaubriant et Lamartine! quels nom^, Messieurs! étsuttout quels aveux f
Messieurs, puisque la république est dans nos mœurs, qu*el!e est désirée par le peuple , annoncée par la haute raison des seKiteurs dévoués de Pancienne royauté , le seul obstacle qu'elle ptft rencontrer à s'emparer du pays sei^ait la crainte d'un bouleversement. La résolution pourtant ne seratt- ni violente , ni trop sensible pour \es îicttérèfs actuels.
Nous vivons sous le régime constitutionriel. Demandons aux publicistes anglais, plus vëYsés que nous dans les expériences du régime conStHutionnel, quelles dor^ Vent être les fonctions dévolues au roi ? Une seule , MessievH's : le choix des ministres de la nation; AKotis plus loin. Le roi peut-il choisir les ministres hotis îdes chambres ? Non pas : ce serait inconstitutionnel. Pest dans le parlement que la faveur royale va cherchei' les hommes d^état qui lui Sont désignés par la naiissahcé eu par Pélëcfâon. Lé roi peut-il éhoisir ses ministres sur tous les bancs de la haute chambre ou des communes ; sur les bancs «le la knindrilé, psar exemple ?Tetrt-il
appekr à volonté, le parti patriote ou la coterie arîsio* cratique^ wigs, radicaux ou torys? Non paa, ce serait encore inconstitutionnel. Le roi ne peut cjboisir que def mémb^s de la majorité. — Je sais bien cjue dan» la longue vie parlementaire de la Grande Bretagne i il ne serait pas mal aisé de déterrer des accidenil qui dé* liassent de la sévère rectitude de cette ligne Con^tiiu<«> tionneHe. Au mmuft ne contester a«t-on pas que les cho« ses doivent se'pass^ ainsi, et se passent ainsi asseîor-*diâairèment. — - Ainsi, Messieurs,, dans le système anglais, lé roi n^est roi <^ue pour choisir les^ ministceA dans la majorité parlementaire. ^i la cbambre soulageait le roi de cet embarras , il n'y aurait plus de roi. ^ C'est ce que j'ai démandé pour la France. Le sys^téiée anglais est celui que nous avons adopté. Ainsi, je pou;vais penser que sans trop de secousse, sans trop de dommage pour la chose publique , la France poutait et |iass'er d'un de ses fonctionnairesv En Angleterre., 1^ toi a été quelquefois utile à établir l'équilibre entre deux chambres égalementpùissantes. En France:^ îl n'en {)eut être «nsi: la charte du 7 Août ne reconnaît qu'une souveraineté, celle du peuple ; comme le peuple e4t sensé représenté par la chambre des députés, la cham^ bre des pairs peut paraître une superfétation. 3i la chambre des pairs représente Farii^toaratie , elle n'est lien car elle représente <^ (Jui n'existe pas. Considérez ensuite que cette pauvre chanabre a été telle-^' ment abreuvée d'huniiliatioQS depuis plus de deux aa^| qu'elle inspire Âe la pitié de pi^éférence. h tout autre sentiment. <r^ Ainsi de^ trois pouvoirs le seul quipûjt ^prétendre à une etistence rationnelle y c^€fst . la .eham^ bre des députés, ^jourd'bui? ,La chambre a-t-elle 5iné pareille prépondérance ? La royauté s'^rrange^-t- "6lle de la nullité toat anglaise de son auguste po- «ftipn?
«< Je ne m'aventurerai pas dans pareille discussion.
Pour que les trois pouvoirs fussent réellement pouvoirs, il faudrait absolument qu'ils fussent égaux entr'eux : sans quoi si un pouvoir était plus faible que les deux autres , il n'y aurait de fait , que deux pouvoirs: si un pouvoir était plus fort que les deux autres , il n'y aurait qu'un pouvoir. Donc , pour que le gouvernement des trois pouvoirs ne soit pas une fiction, ils doivent être égaux. Calculez les interminables lenteurs dans le vote des projets ^e lois ; les rivalités des chambres entr'elles et entre la royauté ; toujours trois personnes pour une seule chose , embarras et guerre dans la législation et dans Padministration, l'activité des corps de l'état moins occupée aux. affairs du pays qu'à maintenir uu/ équilibre qui inclinerait chaque jour de quelque côté.
Messieurs, il ne (aut pas avoir grande expérience de la vie humaine , pour s'apercevoir que l'unité est la condition nécessaire de toute entreprise , de tout acte combiné, et aussi d'une société durable. Là où il y a deux forces rivales , deux' pouvoirs , il y a nécessairement de l'anarchie ; et si le chiffre hausse , l'anarchie croit d'autant. Les deux seuls gouvernemens qui auraient chance de durée, seraient la monarchie absolue et la république une et indivisible, parce que aux mams'd^une seule chambre démocratique ou d'un roi héréditaire , l'action gouvernementale est une, et par conséquent prompte et obéie. Quand un peuple met le pied sur un de ces échelons extrêmes de sa vie politique , il y a pour lui repos , sécurité ^ confiance , profit. Les intelligences fécondes ne se stérilisent plus dans, un duel achutié; les défiances ne veillent pas au seuil de chaque décision ; on s'occupe davantage et plus obstinément des gouvernés , parce que les moyens de gouv^mement sont plus faciles, les rouages politiques plus simples.
Aiaû, messieurs, j'ai dû dire dans Partieie idcrimnié qu'il y avait un principe d^aoarcbie dans le gouTernerment anglo-^frauçais , et il a dû rigoureusement en découler cette conséquence que ceux qui étaient pomr ce gouvernement étaient pour l'anarchie, puisque Panarchie était au cœur du gouvernement : ce n'était pas moi qui conchiais, messieurs, c*était le sens commun.
Regardons de près^ messieurs, les habitudes d'esprit des doctrînMres , ces honmtes si éminens entre toutes les diverses factions qui se rallient plus ou moins sincère, ment à la dynastie actuelle, et peut-être reconnaîtronsnous qve ces hal»tudes sont merveilleusement propres à répandre avec fracas dans les masses l'anarchte qu'ils organisent soijurdenïent au pouvoir.
Toute l'activité intelleetuelle des doctrinaires se consume dans la Gondbini^ison ingénieuse de différons élémeiis historiques. Constater les klétûens , les mêler à doses égides sans prendre garde si la société contem-poraine ne se lasse pas de celui-ei^ et n'aime pas exrclusivementcelni-'là, et même faire la plus large part à l'élément dont os se lasse , c'est un travail^ de poliit* que p«re oà on peut dépensier boatieoup d'esprit et d^habîleté 9m gr«id dommage de la nation. Mats quâiul même ce travail ne serait pas mauvais, quand même il serait fécond' en heureux résuUats ^ vous le savte nûâiix q^e moi , messieui?s , mieux qja^ nu>i vous oon*naistes las exigeûces et les ùécesûtéf deë gouverne^ inens actuels : le moAde politique lie it suffit plus k luimon» , il doit encore renfermer s» uouteau système fina*ciev et une direction industrielle. La somme de droits accordés aux prolétakes n'est {ias bien eonsldé^ rableç msâîA si die étail plus importmle, si elle était complète comme le bon sens et la juatice Péxigent impérieusement ^ je doute fort que leur itort fût plus heureux et qu'A» Pestimassent tel* B est bien évident que
les droits 80ht nuls , si à côté d'un droit il n'y a pas une jouissance; et le mendiant qui grelotte de. faim et de froid sous les fenêtres , troquerait volontiers toutes les libertés du monde , si elles étaient dans sa main , contre un morceau de pain et une place au coin de votre feu. Non seulement les droits politiques seraient illusoires; mais ils seraient peut-^étre dangereux livrée aux prolétaires , si l'état n'accomplissait pas un autre devoir Correspondant , s*il ne dégrevait pas d'autant les charges imposées aux instrumens du travail.
Messieurs, parmi les doctrinaires plusieurs ont une intelligence étendue , un immense savoir , une sagacité fine et impartiale ; mais ils ne sortent pas de leurs connaissances philosophiques , politiques , littéraires. Peu propres à l'action, ils ne prêtent pas la main à la mise en œuvre de la science ^onomique qu'ils ne connaissent pas. D'ailleurs, en supposant qu'ils aient aperçu cette branche importante de toute sage administration , leur système aristocratique préférerait le système financier aristocratique qui impose le travail et ménage l'oisiveté. — Ainsi partie erreur , partie mauvais vouloir , ils ne s'inquiètent pas des misères de ceux qui travaillent et qui ne mangent pas. Mais ceux qui travaillent veulent manger ; et depuis deux ans la faim s'est souvent insurgée dans nos villes et dans nos campagnes. Faut-il accuser la faim ou ceux qui la réduisent à ces horribles extrémités ? L'industrie est en souffrance , l'industrie joue un rôle immense dans la na-^ tion, la nation peut- elle s'arranger d'un pouvoir qui n'entend rien à l'industrie, qui, par son ignorance et son système, redouble ses douleurs, et qui après avoir, par ses fautes, jeté l'anarchie chez elle, répond avec des fusils à ses légitimes doléances ?
Anarchie dans le pouvoir , anarchie dans la société : voila les fruits de l'aîrbre amer sous lequel nous reposons et qui nous donne le vertige.
J'ai encore k parler d'autres hommes qui dirigent aussi les affaires, et dont les doctrinaires partagent certaines qualités.
Le pouvoir est à Popposition de la restauration. Comme l'opposition de la restauration a été purement négative, qu'elle n'a fait qu'attaquer, que critiquer , sans dire jamais par quoi il fallidt remplacer ce qu'elle critiquait et attaquait, comme elle n'a jamais émis d'idées gouvernementales , affiché de système politique , je demande si l'-opposition anarchique de la restauration ne doit pas nécessairement être un pouvoir anarchique aujourd'hui.
Le. pou voir actuel n'aurait qu'un moyen d'échapper ii l'anarchie, ce serait l'inccmséquènceetlHmmoralité; ce serait d'exécuter ce qu*il a si long-temps attaqué et critiqué, encore faudrait-il supposer généraleiheiit que la restauration ne touchait pas à Fanarchie , toutes les fois qu'elle n'essayait pas du despotisme.
Le pouvoir n*est pas né sous la restauration ; il est plus vieux , le roué ; Voltaire est le patron du pouvoir actuel.
Yoètaire , c'est le renversement de la société féodale , et grâces lui en soient rendues : mais Voltaire c'est aussi le système d'argent substititué aux nobles élans de la pensée religieuse et chevaleresque; le système d'argent, c'est-à-dire , l'absence de tout système ; c'est-à-dirc , l'anarchie.
Voltaire , à le considérer du point de vue de l'opposition, c'est une démolition fimide et hypocrite qui n'aventure jamais son avenir.
Voltaire, c'est quelque chose de monstrueux ; c'est le matérialisme, et sur cette ame desséchée, comme sur celle de ses misérables écoliers , jamais Dieu et l'éternité ne semaient ces germes qui poussent des moissons pouF les peuples.
Voici son sysêème politiique ; M parte des républiques : <c Je u^aime pas le gouvermeut de la canaille. »
Yoici son économie : « Il me paraît essentiel qu'il y ait des gaeui ignoraiis. >}
Quant k son opposition à la royauté , voici un échantillon de sa hardiesse : « L'auteur du Chistwnmne dé^ voilé ^ me parait trop ennemi des puissances. »
Je n'ai cité ces trois phrases qui résument tout Yol* taire que parce qu'elles résument aussi toute l'oposition de la restauration dans ses deux périodes. L'opposition de la restauration trouvait Manuel trop ennemi des puissances : aujourd'hui elle n'ouvre pas les collèges électoraux aux prolétaires , parce qu'elle n'aime pas le gouvememeni de la canaiUe ; elle ne dégrève pas le tra>vail et n^instruit pas le peuple , parce qu'il lui parait essentiel qu'il y ûiÉ des gueux ignoran».
Messieurs V à c6té de Voltaire, Rousseau détruisait avec plus de courage , plus de franchise. Mais Rousseau ne détruisait pas seulement : Rousseau fondait. Cest pourquoi le fait religieux et le fait moral jouent un grand rôle dans ses ouvrages : c'est pourquoi il y a chez lui ce sentiment et cette inspiration qui maoÉfuent k un oBuvre de pure destruction.
La jeunesse républicaine, qui ne manque ni de franchise ni de courage pour détruire, fonde aussi. Messieurs, c'est une misérable mission que de renverser aveuglément : il siérait mieux aux habitudes de notre caractère et de notre esprit de soutenir un pouvohr moral que d'attaquer et de démolir pierre à pierre un pouvoir mauvais. Mais comme le pouvoir actuel est mauvais , et qu'un pouvoir nouveau n'est pas encore possible aujourd'hui, nous attaquons quelquefois et plus souvent nous répandons des idées politiques et surtout économiques. Quand ces idées seront suiffisanmient propagées , une révolution sera, juste et légitime , et elle s'opérera d'elle-même.
Les éoarmea Mvuoi dans le»qiaellQi sont toinbéQS d^s personues graves et éclairées ea jugeant les républicains, viennent de ce qu'elles ne se sont arrêtées que devant un esprit de criticisme qui existe bien chez eux^miûs qu'elles ont exagéré; et de ce qu'elles n'ont tenu compte d'aucun des travaux de réorganisation.
Elles seraient bien étonnées si elles entraient dans la vie intérieure de ces républicains si décriés ; atticisme de langage et de manières , affection simple et vraie pour tous , qui enchante par le regard et par le geste ; amour profond des arts , sans le^fquels H n'y a pas de société avancée ; amour de Pieu > sans lequel il n'y a pas de société: il n'y a ici, en vérité, rien d'effrayant. Du reste, pas un bonnet rouge; pas une allusion çy^ nique ; pas une épigramme $ur le mariage ; des hom^ mes graves et doux plaisantant quelquefois avec une gaité pieuse , ou s'abimant dans une tristesse qui n'a rien de revèche. Que si vous me citez un républicain qui demapde l'incendie de toutes les bibliothèques ; si vous m'en montrez un autre qui dresse les guillotines ; un troisième qui improvise une société avec du dévoû* ment, saps se donner la peine de voir et d'apprendre ^ un quatrième qui pense que la république n'est qu'un énorme développement de la liberté individuelle , sans qu'elle ait à subir aucune charge sociale : c'est une recrue que chaque opinion doit à Cljiarenton.
Nous ^'ayons pas oublié les glorieux et infortunés spiritualistes du 9 thermidor. C'étaient des hommes de bonne naissance, d*une éducation soignée, d'une position honorable dans le monde. Leur parole et leur vêtement , parés tous deux d'une noble simplicité , ne descendaient pas dans les niaiseries dégoûtantes , mais excusables, du sans-culottisme. Forcés d'adopter un grossier tutoîment, sotte injure adressée aux délicatesses modernes, ils conservaient du moins une urbanité
grave , une politesse du cœur qui a le droit d'être comprise de toutes les éducations , parce qu'elle a à la fois quelque chose d'exquis et de sentimental. Nous serions fiers de les continuer en tout, ces intelligences gênérenies : elles avaient fondé la science économique , reconnu le lien religieux et moral , projeté l'abolition de la peine de mort. Gloire à elles ! gloire à ceux qui réaliseront ce magnifique avenir!
Je finis, messieurs. J'espère que ma parole n'a pas engendré ici la haine ; j'espère que ce qu'il y a dans mon cœur d'affectueux pour vous tous a trouvé une réponse dans le vôtre. Je vous aime , messieurs , parce que vous êtes hommes. Si vous me condamniez d'erreur et de bonne foi; je vous plaindrais, parce que l'erreur est un malheur. Si vous présumiez que le triomphe de mes doctrines pût un jour ébranler vos prospérités et vous précipiter de votre riche position; si vous accordiez mon arrêt à l'égoïsme et à une inspiration mal calculée de l'esprit de conservation, je vous plaindrais davantage, messieurs, et je vous aimerais encore , parce que le vice est un grand malheur , et Due d^ tous les vices , le plus honteux , le plus fécond c'est l'égoïsme. Que j'emporte d'ici acquittement ou condamnation, j'ai le droit de me flatter, messieurs, que j'emporterai toujours votre estime! C'est ici le seul triomphe que j'envie, comme ailleurs c'est la seule ambition qui m'anime. Puissé-je , messieurs , a chaque halte de ma vie la rencontrer toujours bienveillante et fidèle , cette estime chérie ! — Il est si doux de dormir
sur une réputation d'honnête homme même en
prison !
Lyon, imprimerie de Perret, rue Saint-Dominique, n® 13.