‹ Documents pour servir à l'histoire des conspirations, des partis et des sectesChapitre 34 sur 67 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Qui suis-je? A quel titre et dans quel but £ais-je cette pubKcati(Mi? Le moment est-il bien opportun? Ai-je mandat ou caraclère public asse% reconnu pour cela? ^erai-je approuvé ou improUTe par mes amis, par «les concitoyens? ;

Voilà bien des questions qu'on serait en droit de m'adresser. Je me les suis déjà posét^ à moi-même depuis qù^ ce travail est achevé, c'est-à-dire depuis plusieurs moiS. . Elles sont résolues dans mon esprit, et il me serait facile d'y répondre; mais ce serait trop occuper le public de moi. Le résultat &(t^l justifiera ou condamnera mon entreprise. J'ai l'intention de faire une bonne œuvre., nn acte utile à tous. Comme homme, j'en ai le droit; comme citoyen^ je crois remplir un devoir.

L^idée d'une semblable publication me préoccupe depuis plusieurs années. L'insuffisance de mes moyens aurait dû m'y faire renoncer, mais la conviction profonde de son utilité m'a toujours .déterminé à y persister.

Le fait qui m'inspira cette idée fut le ralliement spontané et presque sucx^ssif des deux révolutions d'Espagne et de Naples à la fameuse constitution des Certes. J'aperçus dans ce fait une grande amélioration de l'esprit révolutionnaire des peuples. « Le temps approche

(2) donc 9 me disais-je, où les naiio«6, si souvent dupe» des noms fSfopres, si cruellemettl. troiupéespar cespor-* fides notabiliiés dans lesquelles elles octt trop aTtuglément placé ^ur confiance > sentiront enfin qu'elles ne doivent plus s'attachei* au char de personne, qyiis que leur bonheur dépend uniquement des choses et des institutions, et que c^est à la recherche de ceties qui leur conviennent le plus qu'elles doivent s'appliquer. »

11 fut un moment y sous ta restauration, où j'allais en- .treprendre ce que j'exécute aujourd'hui; mais c'eût été sur un plan beaucoup plus restreint. L'insurrection des Grecs venait d'éclater. Leur courage héroïque pour le recouvrement de leur liberté , leur résurrection instantanée comme corps de nation, à laquelle l'Euit)^ entière applaudit, l'espoir enfin où j'étais qu'en déchirant avec tant d'énergie les langes d'un si long et si pénible esclavage , ce* nouveau peuple ne consentirait jamais a se remettre sous le joug d'un tyran ou d'un fantôme couronné ; tous ces motifs me portèrent à mettre la main k l'œuvre , et je traçai dès lors le jrfau d\ine constitution républicaine pour la Grèce. Elle devait paraître comme étant la traduction d'un ouvrage en grec moderne que j'eusse attribué à l'une des premières victimes de ce terrible ébranlement. Un de mes amis, alors chef d'une des principales institutions* de Paris, devait m'en procurer un^ texte dans l'idiome grec. Les deux textes eussent été publiés en regard l'un de Tautre, pour servir de stimulant tant au peuple révolutionné qu'à tous ceux qui aspiraient à l'imiter, à briser leurs draines et à reconquérir leur liberté. Les conseils

et les talent die cehii qi«e j'avak cboisî pour confident et CoUâfborateur étaient vin grand' encouragement pour moi ; mais la rapidité des événemens, la CEtlale influencé des intrigues de la sainte-allftncè , ejt quelques occigiitieii» meretmiUes auxquelles j'ai toi^ours été peu pn^re, et qui absorbaient la majeure partie de mon temps (1); firent que ce projet ne reçut aucune exécution. Mon traTail fut entièrement mis de côté.

Cependant je n'abandonnai jamais mon idée prémièrcy et si la prévision de la grande secousse de Juillet avait pu m'être donnée, j'eusse certainement repris la plume, transformé et agrandi mon premier projet, eit l'appliquant spécialement à ma patrie. Ce travail préparé dans la solitude, enfoiii dans uu.cartôh, eût pu voir lé jour dans un moment propice, et nous épargner peutêtre trois années de bonté et d'avilissement

C'est sous Iç poids de ce sentiment pénible que je mé suis remis à l'œuvre. La tâche était grande et bien, au dessus de me$^force»; aussi n'aurais-je jamais pu Pachever si des amis que les événeitiens politiques ont glroupésautoui* de moi n'avaient consenti à m'aider cite tous leurs efforts. Leur concours seul pouvait me faire surmonte^ tous les obstacles. Nous nous sommes réunis plusieurs fois ; je leur ai communiqué mes idées et mon ébauche. Nous avons travaillé ensemble. La discussion a éclairé lés points les plus importans. J'ai fait bien volontiers, surleurs observations, le sacrifice d'une grande partie de

(i) J*étais alors assDcié-gérànt d'une itiaison de commerce en Iw brairie.

mon premier je(, dont le peu de valeur disparait euiièrement devant Tensemble du travail coinmun tel que je le publie aujourd'hui.

Quant aux opinionPpSlitiques. qui font la base de cette public^ûon, on sentira facilement que la pp^^ que homogénéité de sentimens 0n|re 1^ amis auxquels j'en ai con^é la refonte , était néoeasaire pour arriver à un tout aussi compact et auati concordaNit* Cependant, jq dois le dire, nous avpns dû nous faire réciproquement quelques concessions, mais elles sont telles , qu'aucun des collaborateurs n'a regret d'y avoir consenti, car c'était plutôt dans les voies et moyens que daQs les intentions et le but qu'il pouvait exister entre nous quelqqea divergences. Par exemple, quelques uns de nos amis avaient pensé d'abord que le mot r^/yu^//^»^ pourrait effaroucher xeux de noa concitoyens qui ont vécu et vivent encore $ou$ Vinfluence des calomnies lancées depuis tant d'années contre cetm/orme de gouTernem^ot. Qn avait alternativement prQpoaé d'adopter, pour la désigner, la dénomination de isecrmlie du mot §rec isos (égalité), ou celle de ncmarehU,, de nontos (loi), qui ayrait signifié, selon l'adoption Ue l'un ou l'autre de ces deux mots, règne de tégaUté ou rigm des lois. Mais la lutte énergique que les républicains français ont soutenue depuis près de trois ans avec tant de courage et de constance contre le gouvernement qui pèse sur la France; la propagation rapide de nos idées et de nos principes dans les masses populaires, tant en France qu'en Allemagne, en Italie , en Irlande, en Angleterre, et même en Portugal et en Espagne, m'ont détermine à ne point déguiser sous une autre appellatio

cette pensée qui est ^our nàvié une conviction pt^qfonde , «avoir : a Que la république est le seul ordre so- « eial qui puisse amener les peuples modernes à Id « jouissance des bienfeits de la société^ et assurer le bonjct het|r eommun par l*ëfta[blisseik)ent définitif et complet « du grand principe de régalilé réelle entre tons les « hommes. »

Ce principe fut là base de ma prenûère éducation. Il me fut inspiré dès l'ettfance, et je n'ai cessé d'y être fidèle dans toutes les circonstances de ma vie. Chacune des nombreuses persécutions auxquelles j'ai été en butte n'a fait qu'accroître ma persévérance. Elles commencèrent de bonne heure, ces persécutions ; car j'avais à peine onze ans lorsque les poignards des réacteurs thermidoriens du midi m'atteignirent» en haine des principes révolutionnaires de mon père. Ai-je jamais usé de représailles envers ces misérables? Que-ceux qui me connaissent le disent.

J'ai parcouru pendant plusieurs aidées une carrière purement administrative ; j'y .ai rempli les diverses fonctions qui m'y ont été confiées avec désintéressement et loyauté : ma pauvreté Ta tteste, et j'en suis fier.

Je n'ai prêté serment à aucun des gouvernemens qui se sont succédé^ et je m'en suis même abstenu pendant les Cent Jours , seule époque où j'aie exercé des fonctions politiques, parce que je fus irrité alors de l'acte additionnel, comme je l'ai été depuis de l'indigne escamotage de la révolution de Juillet , à laquelle je m'honore d'avoir pris une part active. Aussi , dès le lendemain , je protestai avec mes amis contre tous les actes contre-révoluiionnaires qui suivirent ce grand mouve-

nient populaire. Depuis, mon nom s'est trouvé rattaché a presque toutes les manifestations qui ont eu quelque vigueur; cependant ce n'était pas là ma pensée toute entière : c'est ce qui m'a déterminé à formuler complètement mes principes, que Ton trouvera firanchè^lent ex- « posés dans cette publication.

Je prie mes concitoyens et les hommes libres de tous les pays de les accueillir avec bienveillance et sans prévention, de les peser, de les discuter, et de méjuger.

Ch.-Ant. TESTE.

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