CONTENANT
LES DOUZE ARTICLES INGR1BIINËS ; LE COMPTE KEND0 DES AUDIENCES DU il ET DU 17 MAI,
Avoc Unu Im ineidena ;
LA DÉFENSE DE M. ADOLPHE GRANIER , ET LES PLAIDOIERIES RECUEILLIES EN ENTffiR
We MXM. Dupont,
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AUX BUREAUX DE LA GLANEUSE ET DES JOURNAUX PATRIOTES, Et chez tous les Libraires.
LYON. *- lllPfôHERlË DE JEROME PERRET,
RDI 8T-DOMINIQUB , H. 13.
L'intérêt universel qki s'attachait d'avance aux procès intentés contre la Glaneuse^ nous avait d'abord déterminés à en publier les débats. — Quel qu'en fût le résultat, nous savions qu'un grand enseignement politique devait surgir de la lutte qui s'engageait , et que cet enseignement - ne serait pas perdu pour la cause de la presse. La question d'acquittement ou de condamnation par le jury , n'était qu'une question secondaire et d'un intérêt presque personnel dont la solution importait peu,
£n soumettant aujourd'hui au jugement du pays les pièces du procès , nous avons plus que jamais la conviction de faire une œuvre utile. Rien n'a manqué à l'intérêt de ces débats, ni les sympathies de nos concitoyens, ni les entraves tracassières et mesquines opposées à la liberté de la défense , ni les empbrtemens du ministère public , ni le talent et la fermeté des orateurs qui ont prêté à notre cause le secours de leur parole. C'était pitié que de voir le ministèi^e public faire appel aux plus dégoûtantes passions, renouveler contre le parti républicain ces stupides accusations d'anarchie , de pillage, de loi agraire, etc. (Tétait pitié surtout , lors de la discussion de la première cause que ces sottes réquisitions contre )a défense, et ces indécentes interruptions , vingt fois déconcertées par l'imperturbable san^froid et la spirituelle ironie de M® Dupont. — Nous regrettons bien sincèrement de ne pouvoir reproduire ici
l'incroyable réquisitoire de M. Pavocat-général Nadaud« Cette élucubration prétentieuse, bo\iffie de déclamations atrocement niaises contre les républicains , et de flagorneries monarchiques , dont la servile exagération a fait plus d'une fois liausser les épaules aux plus dévoués parûsauïs du juste-milieu méritait d'être conservée en entier comme un type du genre boufifon , comme un chef-d'œuvre d'impertinence et de ridicule. — Cette fois au moins, l'attente des amis de la liberté de la presse n'a pas été trompée : sur trois procès réunis en un seul, par une ordonnance de jonction , le gérant de la Glaneuse a été acquitté.
Mais les espérances qu'avaient fait naître cet acquittement, devaient bientôt être déçues. — Un second procès restait à juger , et rien ne fut épargné par les hommes du pouvoir. — On insinuait que le premier verdict d'acquittementétait le résultat de la peur , et dans un article publié à dessein la, veille du jugement, le jouriial royaliste de Lyon délayait dans ses colonnes ces insinuations lâches et honteuses. — D'un autre côté, tous les jurés qui avaient acquitté dans la première affaire étaient désignés aux récusations du ministère public^ — Avant l'ouverture de l'audience, la cour témoignait déjà son hostilité contre la défense , eh s'opposant à ce que le bureau fût disposé selon le désir et la commodité des avocats: les portes de l'enceinte réservée étaient défendues au public, et un appareil inouï de force militaire , donnait à rintérieur du palais de justice l'aspect d'une caserne. — C'était aussi pendant les débats chose significative que l'attitude de la cour,, que ces sourires d'assentiment donnés complaisamment aux périodes de M. le substitut Leuillon-Thorigny, — et l'air dédaigneux et presque ricaneur qu'elle aucctaît en écoutant la défense. Tout annonçait un parti pri5 d'avance d'influencer par tous les moyens l'opinion du jury, et il était aisé de prévoir que s'il y avait condamnation cette fois , la cour prendrait largement sa revanche. — Cette prévision s'est réalisée ; déclaré coupable par le jury, M. Granier , gérant de la Glaneuse^ a été condamné à 15 mois de prison et quatre MILLE FRANCS d'amende ! la plus exhorbitantc condamnatioa qui ait jamais été prononcée à Lyon , en matière de presse.
Nous n'accusons pas la bonne foi du jury. — Mais nous
ie plaignODS sincèrement de n'avoir pas compris le rAle honteux qu'on lui a fait jouer. Nos mœurs politiques déjà prennent en pitié les condamnations de ce genre. — Ces condamnations sont un fait anti-social que la rai* son publique repousse, et le temps n^estpas loin ^ nous Tespérons, où ces atroces persécutions dirigées contre la pensée , seront rangées au nombre des monstruosités historiques, auxquelles l'esprit humain refuse d'ajouter foi. — Tant pis pour les hommes qui peuvent associer leurs noms à de pareils actes! si le jury n'a pas compris cette idée ^ la faute n'en est pas à la défense : MM. Dupont, Michel- Ange Périer et Charassinont gagné notre cause au grand tribunal de l'opinion publique. — Ajouter à la publicité de leurs plaidoiries, c'est rendre un incontestable service k la cause de la liberté de la presse.