‹ Documents pour servir à l'histoire des conspirations, des partis et des sectesChapitre 59 sur 67 · EUX · texte numérisé non relu

EUX

(N. 96 ^16 octobre iS^2.)

AhlahL

Voila où ils voulaient en venir ; tant mieux ! tant mieux cent fois ! car il n'y a plus moyen pour eux de se tirer de là. Ils ont enfin passé le Rubicon \ ils ont voulu jouer le tout pour le tout.

Nous aimons beaucoup mieux cela.

Le but de la quasi-restauration est avoué maintenant. -<*- La composition du nouveau • ministère en dit assez : quand on s'entoure de pareils hommes , c'est qu'on veut décidément en finir avec la révolution, et fouler aux pieds les intérêts et les droits du pays; c'est qu'on prend un parti extrême , irrévocable, et qu'on se place dans une position à ne plus pouvoir reculer.

Plus d'alliance possible maintenant avec Topinion libérale : on a perdu à tout jamais sa confiance : restent les

monarchistes quand même , décidés à tout sacrifier aux intérêts de cour; fraction imperceptible au milieude toutes celles dont se compose l'opipion , et en mwie temps la plus abjecle et la plus méprisée, parce qu elle est sans conviction et sans conscience; —ceux-là ^^^^^' querontpas au pouvoir tant qu'il y aura un budget à dévorer ; mais tous les hommes de bonne foi , tous les partisans sincères de la révolution de juillet, tous les vrais amis du pays qui ont pu jusqu'à présent s'abuser, passent dans nos rangs. ^ .

C'est qu'entre gens de bonne foi et de conscience , les querelles politiques ne sont souvent que des^ querelles de mots. — Quand on veut , au fond , la même chose, o^ finit toujours par s'entendre,— mais il fallait cela pour nous mettre si tôt d'accord.

Il fallait cette énorme maladresse du pouvoir pour nous rallier tous contre lui ; il fallait qu'il en vînt à cet inconcevable degré d'aveuglement pour* éclairer 'tout à coup la nation entière sut ses projets et ses espérances.

Il y a pour les hommes qui gouvernent de ces momens de vertige et d'extravagance qui semblent être le résultat d'une fatalité providentielle.

Cela est étrange, incroyable, mais cela est.

Qu'on se reporte au 8 a©ût 1829 !

Alors, comme aujourd'hui , la cour se sépara ouvertement de la nation ; — alors comme aujourd'hui elle voulut seule résister à la force des choses; — éomme aujourd'hui elle se jeta dans une voie rétrograde , et manifesta hautement l'intention de résister. par la force aux besoins progressifs delà civilisatiou ; — comme aujourd'hui elle souleva contre elle toutes les antipathies du pays.

La position est la même....

Reste à savoir si l'on persévérera jusqu'au bout; — si l'on voudra faire de la violence pour se maintenir ou si l'on reculera devant les conséquences de sa position.

Ou , le pouvoir se désistera de ses projets et renver» le ministère doctrinaire.

El dans ce cas, il faudra faire amende honorable au pays; — il faudra, après tant de fanfaronnade , s'humilier et montrer toute sa faiblesse : — il faudra se ré-

sgnev a devenir la risée de la France et de PEnrope y — et personne ne tiendra compte au pouvoir de ce retour vers la raison , tout le monde sera bien convaincu qu'il n'a cédé que parce qu'il n*a pu mieux faire. — Il aura perdu l'estime publique : il aura perdu la confiance , parce qu'il ne sera plus possible de croire à sa bonne foi.

Ou bien le pouvoir persistera.

Et alors il s'engagera dans la voie périlleuse des coupsd'état; — . bon gré, malgré, il faudra qu'il y arrive, et alors nous verrons.

Nous n'osons croire qu'on ait calculé tout cela , qu'on ait réfléchi à toutes les conséquences de la position où Pon se plaçait ; — non , il serait impossible de croire à un tel degré d'aveuglement et de folie 1 — non , seulement on aura été bien aise de faire une sotte fanfaronnade , de porter un insolent défi à cette révolution dont on veut bien profiter, mais dont on veut à tout prix étouffer le principe.

Quoi qu'il en soit, nous voila tout-À-fait revenus au régime de Charles X.

La position est prise.

Il faut qu'elle porte ses conséquences.

(B<DQ1QI3 (DSI ^r(DVII>I&ii«

(iV.98,21 «?dofcre 1832.)

Pallais dire comme voudra son excellence. — Mais M. Soult n'a pas de volonté qui lui appartienne. — Tout le monde connaît la portée politique du nouveau président du conseil, on sait qu'il ne s'avise jamais d'avoir une idée.

*La chose ne lui est pas arrivée de sa vie.

Nous ne voyons donc en lui que l'homme de paille , Pinstrument de la pensée d'au trui.

C'est le plastron obligé, le mannequin constitutionnel où l'opposition doit frapper.

A peu près comme ces mannequins qu'aux journées de septembre les soldats hollandais attachaient la nuit

* aux arbres du parc de Bruxelles pour recevoir les balles.

M. Soult est Phomme responsable,

La charte-vérité veut que nous voyions en lui le véritable auteur du système, la pensée incarnée du pouvoir ; — que nous nous en prenions à lui , pauvre homme, d'une volonté qu^il n'a jamais eue, d'une idée qu'il n'a peut-être jamais comprise.

Autrement nous n'aurions pas à nous occuper de la nouvelle circulaire 4e M. le président du conseil. — Nous laisserions pour ce qu'elle vaut celte sotte phraséologie sans en tirer aucune induction.

Cette circulaire est bien l'œuvre personnelle de M. Soult , car il est impossible de rien imaginer de plus niais, de plus pauvre, de plus complètement ridicule. —Maïs la fiction constitutionnelle veut que nous y cherchions la pensée du gouvernement. — A ce titre nous devons prendre la peine de relever tout ce qui peut avoir un sens dans cette élucubration plate et insignifiante.

• Elle est adressée à MM. les présidens de cours royales, procureurs généraux, préfets, lieutenans-générraux, etc., etc.

C'est la première fois que la magistrature judiciaire reçoit les ordres d'un homme de guerre. — On n'avait pas encore osé, depuis l'empire, mettre la justice sous la dépendance ^u sabre!

M. Soult nous apprend que son système de gouvernement sera le système suivi par son prédécesseur , sera le système du 13 mars.

Nous le savions. — - Au dedans , guerre acharnée à la presse; profond mépris de tous ses intérêts et de toutes les sympathies populaires ; système de corruption et de vénalité ; persécution contre tous les hommes qui ont embrassé la cause de la révolution ; gaspillage d^s deniers publics, impôts énormes, embrigademens, assassinats soldés sur les fonds de police occulte. — Au dehors , lâche abandon de tous les intérêts du pays ; anéantissement des peuples qui ont combaUu sur là foi de nos promesses ; solidarité honteuse avec leurs bourreaux ; la France humiliée , insultée , traînée dans la boue!... — M. Soult nous le dit, voila ce que nous devons attend];^.

M. le maréchal pouvait encore ajouter qu'on renonce dès à présent à l'hypocrisie qui avait servi de base à ce système , qu*on veut enfin marcher ouvertement à un but contre- révolutionnaire ; que pour y arriver on se place déjà dans une position extra -constitutionnelle, qui n'a d^autre issue que la voie des coops-d'état.

Eh bien! comme on voudra! Nous qui avons vu sans trop de déplaisir le parti extrême où s'est jetée la monarchie du 7 août, nous acceptons de grand cœur notre rôle dans, la lutte définitive qui va s'ouvrir entre elle et le pays.

-* Où sait de quels c6tés sont nos sympathies: nous y demeurons fidèles. — • Pas d'inquiétudes! Nous avons pour nous le droit et la force. — ^ Aujoqr dudanger nous ne formerions tous qu'un seul faisceau 1

On se croit en mesure de faire de la violence

Comme on voudra!

Ah! j'oubliais... M. Soult nous dit que le roi l'a appelé à la présidence du conseil pour représenter l'honneur de la France, L'honneur de la France lui,

Sôult! l'honneur delà France, à propos du système du 13 mars!!!

Ceci , en vérité , est par trop ridicule et a l'air d'une mauvaise plaisanterie....^

Comment ne pas avoir pitié de pareilles gens l

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