‹ Documents pour servir à l'histoire des conspirations, des partis et des sectesChapitre 66 sur 67 · AUTANT PIERRE QUE PAUL · texte numérisé non relu

AUTANT PIERRE QUE PAUL

{N. 128, 19 décembre 1832.)

Lequel des deux préférez-vous? — Ni l'un ni l'autre. Sterne.

Ma foi , mes amis , il fut un jour où je crus en avoir fini une bonne fois pour toutes avec la royauté.

Quand je vis le drapeau tricolore flotter au dôme des Tuileries, et le peuple souverain à THÔtel-de-Ville , je

ne m'attendais guère à tout ce que nous avons vu depuis.

Pour mon compte j'aimais autant Pierre que Jacques, et il ne me serait jamais venu à l'esprit de mettre un roi à la porte pour en installer un autre.

De détrôner une famille pour donner le pays à une autre famille.

De proclamer la souveraineté du peuple, jet en même temps de l'aliéner à tout jamais à un pouvoir héréditaire, ^Atant- ainsi à la nation le droit de modifier ses institutions et de se gouverner comme elle l'entend.

De constituer des intérêts de dynastie en opposition avec ceux du pays.

De faire enfin une révolution pour se retrouver immédiatement après dant; la même position qu'auparavant.

Tout cela m'eût semblé incroyable !...

Mais tout cela s'est fait, pourtant , tout cela s'est bâclé en deux heures, comme vous savez» de peur

de laisser le temps au peuple de se raviser.

£t la farce a été jouée avec le plus grand sérieux du monde.

£t comme le nouveau pouvoir avait les mêmes intérêts que l'autre , il devait agir de la même manière.

La reconnaissance lui faisait une loi de se dévouer à la cause de la nation : mais ses intérêts de famille le plaçaient à la tête des ennemis de la nation. £t l'intérêt devait l'emporter sur la reconnaissance. Le premier soin de la dynastie nouvelle devait être de se faire pardonner son origine révolutionnaire. — Un roi devait épouser la cause des rois , et se soucier fort peu de celles des peuples , chercher ses inspirations à la cour de Rome ou à la conférence de Londres , choisir ses amis parmi les ennemis de la France , et se déclarer partout l'ennemi des principes qu'il avait juré de défendre.

Tout cela était une conséquence nécessaire d'une royauté héréditaire. — Ses intérêts devaient être for^ cément et par la nature des choses, en opposition avec tout principe de civilisation progressive. — Et soyons justes : il y avait par trop de niaiserie de notre part à exiger que la royauté, par un chevaleresque

dévoAment , épouse des intérêts directement contraires aux siens.

Tout ce que nous voyons ne nous étonne pas le moins du monde. — Nous nous attendions à voir la royauté se mettre au dessus des lois , tendre à détruire une à une toutes nos garanties ; épouser au dehors la cause des rois, et se jouer des institutions. — Ici» on peut nous croire, aucun sentiment de haine n'anime nos paroles; nous n'en voulons nullement au roi d'avoir agi dans l'intérêt de son pouvoir , mais seulement à la royauté , dont l'existence est aujourd'hui, chez nous, un contre-sens politique et un principe perpétuel de désordre.

Il était de la nature de la royauté de s'opposer , comme une barrière , aux efforts de la civilisation ; — il est aussi de la nature de cette action progressive , qui fermente au sein des sociétés , de lutter avec une force indestructible contre tout ce qui lui fait d>stacle.

L'issue d'un tel conflit ne peut être douteuse; car il est des nécessités providentielles contre lesquelles tous les efforts humains viennent se briser. — Entre deux forces opposées, dont Tune ne trouve d'appui que dans de caducs préjugés qui s'usent tous les jours , et dont l'autre , jeune et active , grandit à chaque pas , il est facile de prévoir que eelle-ci s'emparera de l'avenir , et que le terme de la lutte ne peut être fort éloigné.

BU RHOIHE.

Audience du 17 mai 1833.

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