ÉCOLE DE FRANCE
En France, les mémoires anecdotiques, les drames, les chansonnettes locales, les vieilles chroniques de tous les genres ne nous ont pas manqué. Cependant l'esprit de la révolution française est trop répandu parmi nous, pour qu'il ne se reproduise pas sans cesse à travers le scepticisme et les égaremens de notre école historique. Cet esprit se manifeste en continuelles allusions contre la tyrannie de ceux qui nous gouvernent. Il y a dans nos travaux une secrète répugnance à nous éloigner de l'école philosophique , à qui nous devons la dignité de notre
(i) « Les lecteurs de Berlin ont pris goût à mes inspirations du Voyage « en Morée»,, Hem! aurais-Je été par hasard Allemand, quand je me a croyais Oriental? »
( Mémoires d& lord Bfron.)
nouveau régime social. On y voit Iintention de justifier nos devancière du dix-huitième siècle ^ alors même que nous avons la faiblesse de désavouer leur enthousiasme. Notre histoire, en u|i mot , est plus digne de ce nom que partout ailleurs , car elle poursuit plus ou moins ouvertement un but social, un résultat philosophique. Son caractère est une^sorte de milieu entre la mystique érudition de F Allemagne et les minuties sentimentales de l'école anglaise. Pour nous servir de Tinulile jai^on des métaphysiciens, elle se tient, autant que possible, entre r absolu et le variable. L'historien français conserve sa physionomie nationale , soîi instinct éivique et populaire ; il ne ressemble pas plus au paisible rêveur de Weimars , qu'à cet égoïste qui, de l'autre côté de la Manche, se montre si altéré de mélancolie , d'émotions nouvelles, et si dédaigneux des souffrances de ses concitoyens.
Dans nos récits sur la révolution d'Angleterre, il semble que nous nous efforcions de prédire la chute de nos Stuarts.En même temps, notre propre révolution est présentée comme un enchaînement de faits tellement nécessaires, qu'on finit par oublier la Convention et réclamer les fruits de sa victoire.
jLes résumés et les généralités historiques oc-
ôupent une g^rloide pkèe dans notre Impftlictttr liltémture» Nous entateons les sièoles et le^ évé^ tiemèti^ eti quelques pages > oomme pout dire au létlêUr : k y&f&L^ et concluiez bien vite^ car la 'x( téVeiiÈLtiotï tCtsH pas finie. .. * »
CAÏlACTÈRE GÉNÉRAL
m l'AcOLK ffiSTORf<^6ti DU DUC-MtJYlàilE «tikSIiE.
Si récole historique du dix-neuvième ^ècle est tantôt desoriptive , tantôt fataliste , c'est qu'elle n'ose pas se montrer philosophe. Dans l'impuis^ sfemeed'avouer franchementson espritde réforme, et cependant incapable qv'elle était d'embrasser de Ixmne foi la tradition ^ elle n'avait pas d^autres ressources que de se jeter dans les bras de la latalité ^ ou bien de s'amuser à des descrip^ tions sensuelles^ Ce s^oat dewc manières de séduire et de tromper l'ennemi. Le publiciste se met à l'abri derrière le poète > le philosophe donne à ses idées une vie dramatique , les cache avec soin daiis l'eKposé des faits qu'il dé*olare nécessaireSé Voilà tout l'artifice. Ainsi y l'école historique sVîst rapetissée jusqu'au romaû ^ et à travers les enchantemens de l'imagination , elle a établi cette lau^e et flétrissante doctrine qui ^n&iste à nier Ut Ub^té momie de
Vhmmmtéf k spontanéité des peuples ^ le cé^ lesté jèfisipitedil génie et de l'héroïsme corrigetnt, dans lous lés siècles, l'ignorance et les vices des sociétés^
Sam àonXBy le grand homme peut n'être que le représeifttaiàt de son sîèele ; maïs c'est à con^ dition qu'il le dirige. Sans doute , les peuples ne se perfectionnent que lentement ; maiâ st)us l'influence dil génie et dé la vertu de leurs <^fs> ils sont capable en une seule réroluttoà de plus grands progrès qu'ils n'en pourraient faire en mille aimées de gouvememens stw> pidei ou médiocres. Historiens et politiqiues^ 1 TOUS répétez sans cesse qu'il &ut surtout pren^ dre garde aux nécessités du moment, et ne pas aller phts vite que ses contemporains^ Hélas ! rassurez^vous , tous serez assez de votre siéde.
XX Mcm ami , dit Jean-Jacques , au pauvre «( l^Mnme qui <^roit que la Provideni^ prend i< un vif intérêt à ses génuflexions^ reste de toute tk «a iiaùt6ùr> tti seras toujours (brt près de
Ckitfê ftuyeur niulve d'avoir du génie ^ ees pr^ veiitiôM bassement logiciernie^ contre toutes \s^ atniôns libres et d'éclat , sont une de nos |daift listes HiâladieSi II est vrai que le âttalisme hi^ totU|ue ^t assez ^mmode pour s'incliner avec j^lfidte ^Vant r^èt^eitteuse traditiDii> et ré^
pondre à tontes ses menaces : u Ce nWt pas moi qui prétends que vous mentez , c'est l'expérience des siècles. » L'histoire s'oppose dé la ^orte à l'histoire , l'on sollicite le pardon de ses emiemis en même temps qu'on essaie de les renverser, ce qui paraît réunir le double avantage de combattre et d'éviter le martyre.
Selon nous, rien ne prouve davantage la raiatm secrète du fatalisme des différentes écoles historiques, que de le voir adopté pour ce qui concerne les peuple , par les écrivains mêmes cpai soutiennent en faveur de l'homme considéré' inchviduellement, la doctrine du libre arbitre. Ce fatalisme est de plusieurs sortes; Quelquefois il consiste à mettre notre liberté aux prises avec les acciden» du globe, les nécessités du climat, à supposer un pénible duel entre l'homme et la nature , au lieu de reconnaître leur parfaite harlaoaie. La diversité des race», des txibus, paraît ^[ftlement un obstacle nécessaire à la liberté , quoique la raison humaine soit partout susceptible de progrès indéfinissables. Les plus sages opposent à la liberté ses propres œuvres, c'està-dire les institutions établies. Ce dernier fatalisme a cela de raisonnable , qu^en effet Thomme ^béit irrésistiblement à ses inspirations, au système moral qu'il a conçu. Maison se trompe si l'on prétend que les institutions établies sont
définitives. Il vient un moment où deé inâ|àrâi-^ tiens nouvelles changent la politique et la religion elle-même- De telles révolutions, toujours spontanées chez les peuples, attestent les plus hautes manifestations de la liberté morale, le génie pu l'héroïsme de ceux qui savent éclairer rhumanité^
Outre le plaisir d'aimer ses ennemis'et de se l^s concilier en lesattiusant, l'école historique moderne ofir^ à ses lecteurs une autre espèee dlUusîon , celle de croire qu'on n'^t jamais battu^i&i effet, oomnde ubc opinion importante ne peut être étouffée en un jour, il se trouve toujours quelque coutume où elle se retranche, pour de là contester les victoires qu'on remporte sur elle. Le gouvernement a beau presser cette opinion avec une effroyable puissance , elle se réfugie dans une infinité de précautions qu'imaginent les partisans qui lui restent. Dans cette extrême situation , il se forme contre les tyrans une espèce de guérillas raisonneuse , où chacun prend confiance dans sa petite bande jusqu^à ee qu'elle soit dispersée. C'est merveille alors et voir comment on «e démontre historiquement que non-seulement on a raison, mais qu'on est le parti le plus fort. Puisque la philosophie fait peur, ce n'est plus elle qu'on invoque, mais l'histoire, sorte de divinité fatale qui entretient
Te^pair ctoa vaînoiu savii encourir la responsabilité de leur système.
De ces difïerens caractères de servitude résultent des dissertations moitié prose ^ moitié poésie , où Ton perd beaucoup de temps à prouver d'aJM>rd qu'on est honnête homme ^ ensuite qu'on a songé à tout^ puis enfin que tout va le mî^tix du monde.
Tel a été , selon nous y l'abaissement des pen-^ seurs de l'Europe depuis que la sainte-alliance a paru l'emporter Mir la révolution française. Le grand peuple dé juillet n'a pas tenu compte des faiblesses de /[^enx^ qui le dirigeaient. Il s'est sou*venu de ses pères , et il a été victorieux. Ce jourlà , toutes lies Utténatares et tous les gouverne-* iiie»s d'ËUfppe ont vieilli de plusieurs siècles ; ear ^ en la philosophie , en l'histoire comme mi la politique , nous étions serviles et person- «lels. Fuissions-nous retrouver notre gloire dans une vie publique, large et harihonieuse! Désormais la poésie des nations ne peut plus exister §m dehors de leur gra^ideur nv>rale et du sentiilie»t 4m leur avenir.
COKOLUSfOTl t)E Cfi CnxTtTKE.
L'histoire en elle-même n'est pî^s émuo scip^^e, mais une matière d'ohsçrvatioiKs pow t<mtes les
sciences. Il est étrange qu'on y prenne d'autant plus de confiance , qu'on s'efforce davantage de lui ravir sa véripstbfe utilité* Chez les peuples libres, elle doit surtout servir à la confirmation des lois naturelles de l'humanité. Pour appuyer en effet la vérité d'un système religieux ou politique , il faut d'abord que le système soit vrai intrinsèquement, conforme à nos besoins ; et, dans ce cas, il peut à la rigueur se passer du luxe des démonstrations historiques. Quelle ridicule opinion, quel infâme intérêt de ce monde n'a pas eu et n'a pas encore une histoire à son service? Selon Bacon, les philosophes font àe la morale par impuissance de connaître les lois dç la nature; il comprenait san$ doute l'histoire, dans la morale (1). ' ♦
(i) Voltaire, quelques moîs' nvant sa mort, déclare : « que Tbistoire 4t n'«it npt^èl fottt qu'une gMMté , et quf }» ^»s vniîe est remplie At « faviff tés. »,
( Lettre de P^oUaire au roi de Prusse, Ferney, 6 janvier 1778.)
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