CHAPITRE V
De l'ancien Globe t journal dodrinairé. — • Be sa métamorphose en journal SmntrSimonien,
En recherchant le type des plus importantes écoles historiques^ nous n'avons pa$ été en* traîné à de vaines digressions. Leur caractère général apparaît dans tous les efforts qui ont succédé aux complots des premières années de la restauration. On le remarque dans les doctrines du Globe et dans le SaintSimonisme , deux écoles très«opposéas en apparence, qui se sont partagé presqu'en même temps les meilleurs esprits de l'ancienne charbonnerie; il se fait voir enfin jusque dans les idées moins élevées des journaux et des sociétés constitutionnelles qui luttaient contre les agressions du dernier gouvernement.
C'est au nom de l'histoire que toutes les coteries savantes de 1824 se sont établies, amalgamées ou combattues. Dans leurs métamor-
pboses, il y a moine de philosophie que d'in- ({uiète^éniditk>ii et de stratégie politique.
Le Globe né fut pas seulement fondé par d'anciens associa de la charbonnerie, pour lesquels nous professons beaucoup d'estime et d'amitié : une autre influence présidait à cette entreprise. Quçlques.personnages étrai^ers aux dignités de Tempire, dont cependant ils avaient accepté des amplois, s'étaient trouvés à la restauration les représ^itans de la philosophie et de la réaction libérale qui s'élevait soit contre le régime ren« v^^, soit contre les nouveaux essais de monarchie absolue. Dans leurs rares écrits^ on r^ marqimt l'intention de r^>andre les idées de l'Ecosse et de l'Allemagne^ plutôt qu'un système arrêté; leur politique consistait en amendemens aux principes du droit divin monarchique et en em{»*uhts à lia constitution anglaise; le libéra- Ikme légal de cette époque marchait avec eux. Nos amis du Globe crurent devoir profiter de leur alliance^ que facilitaient d'anciennes relations de l'Université et de l'école normale. Ainsi composé, & Globe ^ nous aimons à le reconnaître , eut l'honneur de rétablir le premier la plup^ de$ principes de liberté qu'avaient conçus quelques sages du dix-huitième siècl<e. La liberté de kt pensée sous toutes les formes , l'émancipation des cultes^ des journaux , de l'é^
ducatioa publiquei de TinduKrie^. voilà iet i jets les plu* rewarquftbles de wn «n^cÂgiiemont qui a reudu seiivice au pày$. Sous teud ces rapporu^ la haute éloquence de M. di& Laeciennak recquiiaapde avee une autorité nouvelle ce qu'oa a dit avaut lui^ Il fàxA espérer qu€ le9 fondateurtdii (îi?^^ froi^yeront dall^. les. {emplois^ où plu^ siçura» d^e];4n9 eu^ sont SLppéié^^ Ita lnoyem de çûptiuiier Leur dootrfaiie avec phia d'efi&cacité qne tt'e^ ont ^m jusqu'à ce jour les généoemm réeta^* maUons de F Avenir. Malh/euremeoûieiit|esiiives^ tig^i^oi^ Ithéoriques 4§x.GkAe cnst toujours élé fort Umil^e^^ etpeut^^tre eit-oe iuié nécés&àé de ^'intercUfe des ^l^etd bien rastea > qinaid cm se. propose d'^T^erp^r sur le publfc uiie acûtm de U)^» le^ jours*
Il jiou$ d^mUet qWil Vest U^p Uyré'à de'^ub^ tilai 4îsseartatiOils aivr ^a p^y^ologkL Ce n'est pas au mioroscop^ d'une vaine métafda^Miiie ^ ea prenant séps^émént lioutasïno^ fiteuldés^ pourLeê considérer ea deho^»de Uoâ oirig^ea et da reste de )a nature^ que l'hotomé peut «tr^ èonna.
Cette oiélhodfi^ ontologique préti à des inots in*^ définis une existence qu'ils n'ont paà^ vnae réalilé e;i(tj^-*natiireU^ C^est ainsi qua depuis taiit.de siècles on. se querelle i^tir l'influenpè de la ma** tière 9U de Tesiwit, sans savoîr eé qtaé c'ecil que la nvUièfQ^o^ que c'est qi«e resporit.
Pourquoi sur ce tm*am rà peu assuné^ et mat^ ffté leurs prétentions à la l^érahce, nos psydlcvk^e^ se 8ont*»ils laissé alkr à ' flétrir par des în^utations pldnes d'amertume leé .c^nions mpjà n'éteûeul pas les leurs? Pourquoi du mépris jtour ce qu'ils cmyaîent de simples, erreurs ? Tant qud lïotis restons indépendanB et de bonne &àf notre dignité d'hèmmes ne dépend point de nos idées sur IWigine ou la nature de nos fa-^ cvàtéê, car l& loismotales qui nous gourretitent sont en nQus-^mémes^ non daiis des axiomes qui expriment plus ou moin^ mat les motiis de nos aètioifô«
. Quelquefois les écrivains du Oioke et leurs slmia ORt accusé la pkilosopl^e du siééle passé dé 0e(rtainesidées.aiiari;ltM|ués{et immorales dontili^ cfU Yôir yittftuence sur nos mcÉUî^y depuis qué l'andieBsiomotiarekiéa comtiiencé Asediisotidre.
Ou^re que le dix^^huitième siècle 4 émis des ornions mëtaphty^iques très-<lirerses, it tious scmlde bien injfu^e de ne pas i^ndre Hbmmage à ses puissani e^rts pour arracher l'élude dé l'komfiÉier aux chimères scholastiqttes ^ et la re-^ fiào&r dauDâ l'humanité. Si plù^mirs philosophes de cette époque se sont égarés^ ^e n'^st pas. que leur méùïoée de psychologie expérimentale ^ été ticieuse} seulement^ leurs i^cherches étant restées ineonipiètes ^ ils se sont trop pressé;^
de qoaclure» Leur génie était épuisé, ilisait-on, pui^u'ils avaient rempli leui* tâche qui consistait à détruire l'ancien régime; mais quand leurs travaux qu'cm Juge ainsi furent interrompus par des révolutions , étaient-ils donc achevés? La méthode que depuis quinze années on oppose à celle de nois pères neT noitô a point délivrés du joug de la restauration , et dans ses meilleures parties, elle n'a guère servi qu'à remettre en crédit quelques-unes de leurs idées de liberté , sans nous rendre toutefois le magnifique empire de leur littérature sur les peuples^
Quoi qu'il en soit, le Globe y malgré ses prév^itions un peu dédaigneuses à l'égard du dixhuitième siècle, exposait avec sincérité ce qu'il savait des différentes philosophies. Son intention bien franche était de réunir en une sorte de statisticpie morale, toutes les idées et tous les sentimens qui partagent le monde. 11 voyait la régénération de la littérature, de la philosophie, de la politique dans les rapprochemens infinis qui pouvaient naître d'une semblable entreprise.
Telle a été sa pensée sur les divers sujets de l'activité humaine. Cette habitude éclectique de ne jamais accorder de préférence exclusive aux idées et aux sentimens qu'on rassemble , donne la raison des rapports intimes de notre littérature actuelle et de notre régime parlementaire.Trans-
porté dans la politique , réclectisme , en effet ^ devait amener des transactions légales. En littérature^ il devait multiplier avec le secours de l'histoire et d'une philosophie plus complexe les contrastes passionnés , les données pittoresques et dramatiques où les artistes cherchent des inspirations.
Mais réclectisme n a pas seulement élargi le drame en mettant^ pour ainsi dire^ à son service tous les lieux, tous les temps , tous les systèmes ; il a introduit le drame dans l'histoire et dans la .[^ilosophie elle-même. Cela tient à l'incertitude d'esprit qui est son essence. Dés qu'on étudie sans doctrine faite, on s'étonne de tout ce qu'on rencontre. Le doute enfante alors mille prestiges et passions confuses qui passent dans les écrits des philosophes. Au lieu d'un langage calme et reposé comme la pensée quand elle est claire, on remarque en eux je ne sais quel tourment d'indécision mêlée d'efïroi. Cette disposition d'âme devient souvent une manie, et, qui pis est, une mode: la prétention d'émouvoir remplace le désir d'éclairer, et sur des matières où il fistudrait être simple avant tout, il semble qu'on se propose de jeter dans lés esprits d'agréables épouvantes .
Un autre défaut des éclectiques doctrinaires, c'est qu'ils se sont montrés plus Êivorables aux
prpfrèg de feur$ études qu'aux pik)grèé de h science. Ils :se {>! opoiiaient moins la décoUT^rte «te quelque nouvelle vérité, qm le dépouillement de ce que les systàones connus peuvent avoir de vrai. Dans leur extrême empressemccit à ressasser les travaux des diverse» école» , il» àe sont trop habitués à traiter les science» morales comme si elles étaient achevées/ L'éhiditibn limite ainsi la science* On se figure^ à forcé d'études spéciales, que tout ce qu'il e^ possible de savoir est renfermé dans ce qu'on sait.
Nous regrettons que les écrivains du Glùb&^ de même que les IndU^idualistes ^ n'aient pas apepçu ce que k principe de la souvecàhiêté du peuple a de. conforme à la nature humaine. Ils soutenaient, quÉ^nSà l'origine des droit» politiques^ Une théoriet dolit «m abuse aujourd'hui^ Seloii euxi noU» lEtvons tou» les mènes droit» naturels; mais les droits politique» n'en fqntpa» partie* Qu'on, ait pôn^ que ees droit» politique» ne pouvaient être utilement esereés par de» 'va* ca{>al;>le&, ce n'est point là oe qui nous étonne j nous admettons aussi des préoauttiohs et ime marche progressive veri l'égalité dans l'eifelx^ice de tous^ les droits. Cependant l'incapacité si mal définie et si peu définitive, ddnt on voit le» ioconvéniens , n'est pas une raison pour remplacer cette idée de droit naturel appliquée aux droit»
politiques y par une vague ilaclaratiûD de dinits individuels sans garantie efficace, dès qi;i'uii6 portion suffisante du peuple ne se jnç^t pas à Tœuvre pour les faire respecter | en un mot, les garanties politiques ne résident pas seulement dans des règles variables de piorale ou de législation^ mais dans des institutions, dans des assemblées animées de passions publiques^ dans lana^ ture humaine en activité. Quand on considère comme principale garantie la loi au lieu de l'institution , les maximes politiques au lieu de Vétat des âmes, la lettre et non l'esprit, on prend l'efFet pour la cause* Tôt ou tard, la souveraineté du peuple , que Rousseau a si bien établie par des vérités de sentiment, sera démontrée par la science. Cette souveraineté, comme nou^ l'eit» tendons^ est une force naturelle, une propriété humaine qui , là où s'agitent les destinées d'un pays, rallie inévitablement les volontés vers un but commun , exalte tous les genres dé dévouement, fait dominer l'intérêt général sur l'intérêt exclusif de chacun, et de tous les individus ainsi réunis, compose en quelque sorte une seule personne morale , un nouvel être collectif.
Quelle est cette force inconnue, cette puissance des assemblées nationales ? L'étude des phénomène» de la vie publique doit en faire connaître l'intime élément, le collectisme, c'est-^
à-Hlire Fensemble des penchans sociaux qui dan» certaines situations nous font agir irrésistiblement au profit des masses^ de même qu'en d'autres circonstances les penchans personnels doivent nous gouverner dans l'intérêt de notre propre conservation (1).
H La volonté générale n'est pas infaillible^ dit l'auteur du Contrat social ; mais elle est toujours droite. » Ce peu de mots renferme les vrais fondemens de la souveraineté populaire. On conçoit qu'il y a un demi-siècle l'harmonie naturelle den passions sociales , devait échapper aux philosophes trop préoccupés des rivalités de tant de corporations et des intérêts contraires qui se partageaient l'état. Aussi les pressentimens de Rousseau tiennent du prodige. Mais aujourd'hui l'Amérique du Nord, avec des institutions qui sont loin d'être parfaites, a cependant confirmé Texcellence du setf-goi^ernement.
Parmi nous, la destruction de tant de personnalités monarchiques , sacerdotales ^ aristocratiques, industrielles, a préparé le moment où l'opinion publique, ne cherchant plus sa direction dans des pouvoirs qui lui sont étrangers
(i) Le» idëcs etpriméfs ici , et les termes dont nous nous servons , se trouvent dans r Association inteUeciuelle du docteur Amar. Nous ren* voyons à cet ouvrage, publié en i8ao , ceux qui éprouvent lé besoin d*itpprofandir un sujet aussi neuf qt'.'imporlanl.
et par conséquent hostiles^ se confiera tott(*àfait en elle-même.
L'habitude des grandes assemblées , la jurïice admirable des révolutions quand elles ne soni: pas contrariée^ , des formes d'association plus larges en* toutes choses^ ces remarquables pro^ grès achèveront de iaire sentir aux esprits les plus méfians que désormais l'art politique se rér duit presque entièrement à consulter sans cesse le bon sens national » à lui trouver des organes réguliers et véritables, soit dans la commune^ le département ou l'état, soit parlapresae, le jury, la garde nationale, et toutes les ressources d'une société livrée à ses libres inspirations.
Pourquoi les penseurs sont-ils si divisés, quoi^ que en même temps une merveilleuse harmo-rnie règne dans la nation , toutes les fois que son salut l'exige?
C'est que les plus saines traditions de la révolution française sont bien souvent oubliées des premiers, tandis qu'elles sont pleines de vie parmi le grand nombre de ceux qui jugent de la situation du pays avec le sens commui^ et sans prétention personnelle. Au milieu de I4 lutte actuelle et de la déconsidération de tous les pouvoirs comme de tous les partis , l'exercice de la souveraineté populaire réglé par de 3ages institutions^ est l'unique bien pos^ble
dafïé rétat. Tout ce qui ne s^étahilira pas ftanchement sur cette force et cette harmonie naturelle des passions publiques^ sera contesté et <létttiit. Sous œ rapport , les questions électorales nous paraissent de véritables, questions religieuses. ^ ^
En rçsumé , nous pensons que fe Ghbe s'est égaré en poli(i(pie^ par sa théorie abstraite et arbitraire des droits individuels substitués aux vrais principes de la souveraineté du peuple; en philosophie^ par de minutieuses dissertations de psychologie, et son indécision habituelle à l'égard de jM'esque tous les systèmes; en littérature comme dans l'histoire, par son engouement pour des traditions surannées, certains e(lfets dramatiques , monstrueux ou frivoles , et surtout par une manière d'argumenter où domine souvent le fatalisme historique.
Ces défauts lui ont fait obstacle dans la carrière qu'il s'était ouverte ; il s'est parfois embarrassé dans ses recherches, au point de n*avoir plus de pliilosophie qui lui fût propre. De là, une sorte de septicisme nonchalant et sentencieux, qui s'est pourtant démenti avec honneur toutes les fois que le gouvernement s'est mis à violenter l'esprit national.
La rév^dution de juillet , en portant aux emploi» publics une partie des rédacteurs du
(7/o^<?^ a surpris ceux qui retient fidèles à lieur mis^on d'écH vains ^ en un tel ^tat d'impuissance ^ qu'il n'ont trourë de i^fuge que dans le SainuSirmmisme. Cette double métamorphose des journaliers doctrinaires en hommes d'état ou hmi en cheâ de sectes^ nous semMe fbrt naturelle. Le Globe représentait une position poUtiqtdë plutôt qu'une doctrine Aiiteet arrêtée, C^iKdont les idées étaient immédiatement pratiquo9 «oot profité d'une occasion^ sans doute hononaHe^ d'utiliser leur position. Ceux qui tenaient davantage à des reehei:*che$ purement tbéoriqtœs^se trouvant libres de toute influence contraire à ce penchant de leur espï4t , ont dft comprendre en mémç temps qu'une révolution sociale était une révolution intellectuelle. Le besom d'assurer les prii>cîpes du Globe sur des bases plus larges se faisait sentir, Aînsî la réunion de quelques doctrinaires avec les néo-chrétiens de M. de Saint-Simon s'est opérée par des défauts et des qualités qui leur sont propres. No^s croyons nous rendre compte de Tanalogie et de la transition de ces deux écoles, qu'on dirait si contraires.
Leur méthode historique était à-peu-près 1^^ même et leur tendance cfimm^iié était évidcBiment vers une plus grande émancipation des facultés humaines. L'éclectisme et leurs sentie
mens d'humanité pouvaient les réunir. Nou^ voyom, en effet, une nuance d'éclectisme dans la méthode saint-3imonienne , malgré les prétentions sacerdotales dont on l'enveloppe; et cettedoctrine, offerte comme unensligion, n'est, selon nous,. que l'ancien Globe systématisé plus largement. D'un autre coté, l'ancien Globe ^ quoique très-circonspect dans les affaires politiques, a souvent appelé de ses vœux une réorganisa-^ tion religieuse et sociale , résumant ce que les religions et les divers systèmies contenaient de vérité. De part et d'autre, on promettait une croyance où, disait-on, la société, que la révolu-^ tion avait couverte de ruines, devait se reposer. Après les travaux de critique et de destruction , les travaux d'ordre etd'avenir allaient enfin commencer! ilne s'agissait que de s'entendre sur les moyens. Ceux du néo-christianisme oiit été présentés avec cet ensemble de vues et cette force morale que devait obtenir, plus facilement, une congrégation libre de tout soin politique. Voilà comment le trône pontifical d'un nouveau saint Pierre s'est élevé sur les débris d'un illustre canapé*
Nous allons expliquer davantage ce bizarre empire de la religion qui vient de naître.
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