‹ Documents pour servir à l'histoire médicale des possédées de LoudunChapitre 4 sur 6 · DES · texte numérisé non relu

DES

POSSÉDÉES DE lOUDEN

Tantum Relligio possit suadere malorum l (Lucrèce. De natura rerum.)

Dans l’année 1626, il s’établit à Loudun, ville importante du Poitou, une communauté de religieuses Ursulines. Cet ordre, introduit en France depuis peu d’années, subit le sort commun à toutes les institutions de nouvelle fondation, ses débuts furent difficiles. « Les Religieuses de Loudun, dit M.jMicbelet, étaient un petit couvent de demoiselles nobles et pauvres : pauvre couvent lui-même. » Réduites tout d’abord à prendre à loyer une maison vaste, il est vrai, mais de pauvre apparence que le sieur Moussaut du Fresne mit à leur disposition, elles en firent un pensionnat destiné à l’éducation des jeunes filles de la ville.

La supérieure, Madame de Belciel, fille du baron de Cose en Saintonge et parente de Laubardemont intendant des provinces du Maine, d’Anjou et de Touraine, avait l’ambition d’élever son couvent, de l’enrichir et sur-

tout de lui donner un grand renom. Elle sut donc réunir autour d’elle les filles les mieux apparentées, capables à défaut d’instruction de jeter par leur naissance un certain lustre sur la communauté.

C’étaient : Madame Claire de Sazilly (en religion sœur Claire de Saint-Jean), parente du cardinal de Richelieu;

Les deux dames de Barbeziers de l’illustre maison de Nogeret (en religion, Louise de Jésus et Jeanne de la Présentation) ;

Madame de la Motte, fille du marquis de la Motte- Baracé, en Anjou (en religion, sœur Agnès de Saint- Jean) ;

Les deux dames d’Escoubleau de Sourdis de la même famille que l’archevêque de Bordeaux (en religion, sœur Anne et sœur Jeanne du Saint-Esprit).

Une seule roturière, sœur Séraphique Archer faisait ombre parmi tous ces grands noms. Outre ces huit religieuses on en comptait deux autres dont les noms de famille sont restés inconnus ; c’étaient les sœurs Elisabeth de la Croix, Monique de Sainte-Marthe (probablement de la même famille que l’illustre Scévole de Sainte-Marthe) ; plusieurs sœurs laïques parmi lesquelles la sœur Marthe, et la fille d’un des habitants les plus considérés de la ville, le sieur du Magnoux.

Avec de tels éléments le couvent ne pouvait que prospérer. Tous, en effet, tinrent à honneur d’y envoyer leurs filles. Le bourgeois, vaniteux de son naturel n’était pas fâché de faire prendre à ses filles le bon ton et les grandes manières des gens de qualité.

Dès lors le succès fut assuré et la maison des Ursulines prit rapidement une grande extension.

A toute maison religieuse il faut un directeur de cons-

cience ; les Ursulines se soumirent à la règle commune et firent choix du frère de leur propriétaire, le prieur Moussaut.

Il le fut peu de temps, car la mort vint le leur enlever.

Il y avait à cette époque, à Loudun, un jeune curé qui, par ses bonnes grâces, son exquise politesse, et son éloquence surtout, avait su gagner les sympathies de toute la population féminine.

Né à Rouère, près Sablé, dans le diocèse du Mans, Grandier fut envoyé de bonne heure au collège de Bordeaux chez les PP. Jésuites. Il y fit d’excellentes études, et ses maîtres, remarquant en lui les dons les plus heureux, le prirent en affection et le pourvurent de la cure de Saint- Pierre-du-Marché à Loudun, ainsi que d’une prébende dans le chapitre de l’église collégiale de Sainte-Croix.

La ville de Loudun, à cette époque, avait une population extrêmement divisée ; d’un côté les protestants, de l’autre les catholiques (magistrats, moines, nobles et manants).

c< Le moine surtout, dit M. Michelet, tenait alors le haut du pavé contre les protestants, confessait les dames catholiques » et faisait fonction de missionnaire-convertisseur dans une ville où il y avait tant à convertir.

Le choix d’un étranger à la cure de Saint-Pierre mit en émoi la Loudun catholique. Les moines qui ne devaient leur réputation qu’à leurs sermons virent d’un mauvais œil ce concurrent redoutable.

« En peu de temps il sut brouiller à fond la petite ville, ayant les femmes pour lui, les hommes contre, du moins presque tous. Il criblait de ses sarcasmes les capucins et les récollets, déblatérait en chaire contre

les moines en général. On s’étoulffait à ses sermons. » (Michelet. La Sorcière.)

Doué d’un extérieur séduisant, savant (1) et lettré, Grandier, avec tant d’heureuses qualités, était dominé par les passions les plus violentes. Galant, trop galant même avec les femmes, il ne sut pas garder la réserve que devait lui inspirer son ministère. Ses ennemis ne lui pardonnèrent jamais ses bonnes fortunes.

Autant ses amis trouvaient en lui un commerce doux et facile, autant les ennemis qu’il s’attirait par ses sarcasmes et sa hauteur le trouvaient violent et impitoyable.

Tl serait trop long d’énumérer ici le nombre de procès qu’il eut à soutenir. Il n’entre pas dans le cadre de cette thèse d’insister longuement sur des faits trop connus pour qu’il soit besoin de les rappeler ici.

Nous dirons seulement qu’une plainte portée contre lui par ses ennemis à l’official de Poitiers, le fit [condamner le 3 janvier 1629 par son évêque à jeûner au pain et à l’eau tous les vendredis pendant trois mois, interdire a divinis pendant cinq ans et pour toujours dans la ville de Loudun.

Grandier appela de cette sentence auprès de l’archevêque de Bordeaux, Escoubleau de Sourdis. « Ce prélat belliqueux, amiral et brave marin autant et plus que prêtre ne fit que hausser les épaules au récit des peccadilles du curé de Saint-Pierre. » Une sentence d’absolution prononcée le 22 novembre 1631, l’innocenta complètement des faits qu’on lui reprochait.

(1) On a de lui l’oraison funèbre de Scévole de Sainte- Marthe.

Parmi ceux qui mirent le plus d’acharnement â calomnier le curé de Loudun, près de son évêque, nous ne pouvons omettre de citer le chanoine Jehan Mignon dont le nom reparaîtra si souvent dans le cours de ce travail.

On peut maintenant s’expliquer comment le nom de Grandier qui était dans toutes les bouches et dans bien des cœurs, franchit les grilles du couvent des Ursulines. L’imagination des démoniaques, dit M. Calmeil, était remplie de la peinture du brillant prédicateur, du prêtre qu’il fallait fuir sous peine de subir la plus dangereuse fascination. Les malheureuses hallucinées n’eurent plus sous les yeux d’autre image que celle de Grandier. Cependant, de l’aveu même de ses ennemis, le curé n’était jamais allé rendre visite aux religieuses. On dit qu’à la mort du prieur Moussaut, il sollicita d’être le directeur du couvent. Mais ce fait n’a pu être prouvé. Ce fut Jean Mignon, chanoine de l’église collégiale de Sainte-Croix, que la supérieure choisit pour confesser les religieuses. Peu de temps après elle se plaignit de visions et de spectres qui venaient la tourmenter pendant la nuit. Elle fit part de ces hallucinations à ses compagnes qui, à leur tour, « sentirent toutes plusieurs fois de jour et de nuict sur soy des touchements de personnes invisibles et se trouvèrent cent fois dans l’horreur de ces visions espouvantables. »

Mignon, loin de chercher à les calmer^ ne fit au contraire que les entretenir dans ces idées et prononça même le mot de possession. Par ses soins,la crainte des esprits fit bientôt place à celle des démons. Il fit d’abord quelques exorcismes en secret, puis bientôt s’adjoignit un autre fanatique du nom de Barré, curé de Saint- Jacques de Chinon. Alors commencèrent en grand

les exorcismes, ce qui, comme ou doit le penser, produisit les résultats les plus déplorables. C’était un moyen infaillible d’augmenter les crises. « Et ne voyez-vous pas, disait plus tard à Barré le cardinal de Lyon, que « quand même ces filles ne seraient pas effectivement « possédées, elles croiraient l’être sur votre parole, « tant à cause de leur mélancolie qu’à cause de la bonne « opinion qu’elles ont de vous. » Paroles profondes et bien vraies que les exorcistes dans leur zèle et leur haine aveugle pour Grandier feignirent de ne pas comprendre.

Quelques capucins et quelques carmes furent aussi invités à seconder Barré et Mignon. Le 3 octobre 1631, commença l’interrogatoire en présence d’Eusèbe de Saint-Michel, de Pierre-Thomas de Saint-Charles et de quelques autres. Procès-verbal en fut dressé.

€ Au nom de la saincte et suradmirable trinité Père, Fils et Saint-Esprit, nous soubsignez étant assemblés dans le monastère des dites religieuses sur leur mandement et à leurs prières, elles nous ont fait entendre que, dès la nuict des 21 et 22 septembre dernier, elles auroient été obsédées jusques à ce jour, troisième de ce mois, des malings esprits l’un desquels apparut la nuict depuis une heure jusques à quatre à sœur Marthe en forme d’un homme ecclésiastique revestu d’un grand manteau et soutane tenant un livre couvert de parchemin blanc en la main et luy tenant ouvert luy montra deux images et après lui avoir tenu plusieurs discours sur le dit livre la voulut forcer de le prendre. Ce que refusant disant que jamais elle ne recevrait dé livres que de sa supérieure, le dict spectre se teut et demeura quelque temps pleurant au pied de son lict. Enfin la dicte fille espouvantée et le dict spectre lui commençant

à dire qu’il estait en grande peine, qu’il ne pouvoit prier Dieu et qu’elle priast Dieu pour luy ; icelle présomant que ce fust l’ânie peut-être de quelqu’un en purgatoire, dit qu’elle en avertiroit sa supérieure et cependant ne pouvant plus supporter la présence du dict spectre, elle appelle une fille pensionnaire qui estoit en un aultre lict proche du sien ; se lèvent toutes deux et en môme temps elle ne voict plus rien sinon qu’estans à genoux une heure durant elles entendirent une voix de leur côté se plaignant.

En oultre elles nous ont dict que tout le reste du dict mois, il ne s’étoit passé aucune nuit qu’elles n’eussent reçeu de grands troubles, ravages et terreurs et mesme sans rien voir elles entendoient les unes ou les aultres, recevoient des coups de poing?, les aultres des soufflets, les aultres se sentoient excités à des rires immodérés et involontaires.

Signé : Barré, Mignon, Eüsède de Saint-Michel, Pierre-Thomas de Saint-Charles. »

Le § octobre, un nouvel exorcisme eut lieu. Mais les démons, car depuis ces pratiques ils avaient élu domicile dans le corps des religieuses, ne voulurent pas répondre en latin aux questions qu’on leur adressait dans cette langue suivant le rituel catholique. Cependant dans l’exorcisme fait sur la Mère prieure, le démon dit trois fois en la violentant «Sacerdos, » et le répéta lors de la prononciation des mots qui sont dans l’exorcisme.

Enfin le troisième exorcisme finit par faire déclarer une attaque convulsive chez la supérieure, car « agitée grandement, privée de sens et de raison, le diable commandé de dire son nom respondit par deux fois. Légué.

ennemy de Dieu. » Ensuite, ordre fut donné à ce diable de la laisser en repos, « ce qu^il fit après beaucoup de a violences, vexations, hurlements, grincements de « dents, dont il y en eut deux de derrière cassées. »

Le lendemain, 6 octobre, sœur Claire de Sazilli fut exorcisée ; elle riait continuellement et répondit quand on lui demanda le nom du diable qui la possédoit, qu’il s’appeloit Zabulon.

»t Le soir, les convulsions et vexations étoient si c< grandes et si fréquentes qu’elles sembloient conti- « nuer et redoublaient quand les religieuses cliantoient « dans la chambre le Salve regina et aültre office de la « Sainte-Yierge. » ^

Le samedy 10 octobre 1632, à deux heures du matin, il se fait un grand bruit sur l’escalier du couvent et elles entendent distinctement prononcer ces mots : Chat, chat. .

Jusqu’au 20 novembre, le couvent jouit d’une tranquillité relative. Mais à partir de ce jour, la plupart des religieuses se trouvèrent inquiétées et infestées des malins esprits. Dès cette époque la mère supérieure possédait cinq démons « qui faisoient dans tout son corps un grand vacarme. »

Tous les exorcismes faits jusqu’à ce jour dans le couvent n’avaient pas peu contribué à augmenter le nombre des crises. Barré et Mignon jugèrent opportun de prévenir les Magistrats de ce qui se passait. Ils députèrent donc Granger, curé de Veniers, vers Guillaume Cerisay de la Guérinière, bailli du Loudunois pour le prier de se transporter au couvent et d’y voir quelques religieuses possédées du malin esprit.

Le bailli accompagné de Louis Chauvet, lieutenant civil, de son greffier et de plusieurs autres officiers au

bailliage s’y rendit en effet, et dressa un procès-verbal de tout ce qui se passa sous ses yeux.

C’est d’après ces procès-verbaux qui sont publiés aujourd’hui pour la première fois, que nous espérons mettre sous un jour nouveau l’histoire de cette posses* session qui passionna le xvii® siècle. Dans toute cette volumineuse procédure qui se trouve à la Bibliothèque nationale, on a enlevé avec soin ce qui pouvait être nuisible à le croyance de ces phénomènes bizarres et extraordinaires, que la science médicale de l’époque était absolument incapable d’expliquer. Mais pour ne pas entraver la partie historique de ce travail, nous nous bornerons à indiquer très-succinctement ce qui se passa, nous proposant d’analyser dans la panije médicale les pièces, dont nous donnons scrupuleusement le texte.

Donc dans tous les exorcismes qui se firent en présence du bailli, le nom du curé de Saint-Pierre revint constamment. Toutes les religieuses d’un commun accord l’accusèrent de les avoir ensorcelées. Sous le poids d’une accusation aussi monstrueuse, Grandier adresse immédiatement sa requête au bailli. Celui-ci homme d’un grand sens et d’un jugement droit avait pu apprécier la valeur de ces accusations, il demanda le séquestre et menaça Barré et Mignon de diverses peines et amendes s’ils continuaient en secret leurs exorcismes.

Mais c’était mal connaître les deux exorcistes que de croire qu’ils se soumettraient si facilement aux ordres du premier magistrat de la cité. Ils répondirent nettement au bailli qu’ils ne connaissaient pas sa compétence en pareille matière et Barré eut l’audace d’ajouter

que désormais il ferait les exorcismes sans y appeler de personnes laïques.

Dans une assemblée de tous les officiers du balliage, il fut décidé d"un comilnun accord que le séquestre aurait lieu et ordre en fut tranmis immédiatement à la supérieure qui, en digne émule de Barré, protesta contre cet attentat au voeu de clôture perpétuelle et déclara hautement qu'il n'y avait que la force qui pût le lui faire rompre (1).

Comme il répugnait au bailli d’employer la violence, il se contenta d’envoyer une plainte à l’évêque de Poitiers qui ne daigna même pas répondre. Fort heureusement l’archevêque de Bordeaux vint, à cette époque de l’année, à son abbaye de Saint-Jouin-les-Marnes. Le curé alla le trouver et lui fit part de tout cc qui s’était passé depuis son dernier voyage. Le prélat, beaucoup moins crédule que l’évêque de Poitiers, adjoignit à Mignon et à Barré deux autres exorcistes, le père Escaye, jésuite de Poitiers, et le père Gau de l’Oratoire, réglementa la manière de procéder aux exorcismes et ordonna enfin le séquestre tant désiré.

La crainte du séquestre fit cesser comme par enchantement les convulsions des religieuses, et pendant plusieurs mois le calme sembla renaître au couvent.

Sur ces entrefaites, arrive à Loudun Jean-Martin de Laubardemont avec commission de faire abattre et raser le château et la forteresse de Loudun qui, en temps de guerre, pouvaient servir d’asile aux protestants fort nombreux à cette époque dans le Poitou.

Laubardemont apprit ce qui s’était passé depuis quel-

(1) Pièce manuscrite à la Bibliothèque nationale (collection Dupuy, 641).

ques mois à Londun, et comme il était parent de la supérieure, il alla lui rendre visite. Justement celle-ci eut quelques convulsions en présence du conseiller du roi, et comme il n’était pas fâché d’être convaincu, il se retira pleinement satisfait des exercices des Ursulines. Il faut dire aussi que Mignon avait eu soin de le prévenir que Grandier était l’auteur d’un libelle, intitulé la Cordonnière de Loudun. Ce pamphlet fort injurieux au cardinal de Richelieu, dit le père d’Àvrigny, « avait « été publié sous le nom de Hammon, fille née de la lie < du peuple, mais qui avait trouvé le moyen de s’insic nuer auprès de la reine-mère. »

C’était un moyen habile d’intéresser Laubardemont à la cause des ennemis de Grandier. Car il savait que Richelieu avait été fort sensible aux attaques dirigées contre lui dans ce libelle, et qu’il en avait eu un extrême ressentiment (i).

De retour à Paris, Laubardemont instruit le cardinal, ministre alors tout-puissant, de ce qu’il a vu et appris. Celui-ci lui fait donner immédiatement une commission « pour informer diligemment contre Grandier, assister aux exorcismes qui se feront, et de tout faire procèsverbaux et autrement procéder comme il appartiendra pour la preuve et vérification entière desdits faits et surtout décréter, instruire, faire et parfaire le procès au dit Grandier et à tous autres qui se trouveront complices desdits cas jusque à sentence définitive exclusivement, nonobstant, opposition, appellation ou récusation quelconque pour lesquelles et sans préjudice d’icelles, ne sera différé même, attendu la qualité des crimes

(1) Cet ouvrage se trouve à la Bibliothèque nationale sous ce titre : Lettre de la cordonnière de Loudun à M. de Barradas.

sans avoir égard au renvoi qui pourrait être demandé par le dit Grandier. >

Cette commission était parfaitement en règle, et, comme on peut en juger, tout y était admirablement prévu. Laubardemont était en Outre muni do deux ordonnances du Roi <c pour faire arrêter et constituer prisonnier ledit Grandier et ses complices. »

Dans la soirée du 6 décembre 1633, Laubardemont arrive à Loudun ; et le lendemain de grand matin, le curé de Saint-Pierre était arrêté et conduit, sans autre forme de procès, dans les prisons d’Angers. Les scellés furent immédiatement apposés sur ses chambres et armoires. On se saisit des livres, papiers, titres, sentences d’absolution dont l’accusé aurait pu se servir dans ses défenses. On retrouva en outre un manuscrit contre le célibat des prêtres (1), et deux feuilles de vers français que les juges se sont bien gardés de publier, mais qu’ils ont qualifié de sales et d’impudiques.

Cependant Laubardemont ne trouvant pas encore ses pouvoirs assez étendus, revient à Paris et obtient du Conseil d’Etat un arrêt qui prouve jusqu’à quel point pouvait aller l’esprit de vengeance de Richelieu. Cet arrêt portait que, a sans avoir égard à l’appel interjetté (2) au Parlement et aux procédures faites en conséquence, que Sa Majesté a cassées, il est ordonné que le sieur de Laubardemont continuera le procès par lui commencé contre Grandier, nonobstant toutes oppositions, appellations ou récusations faites ou à faire et sans

(1) Ce manuscrit fut recopié probablement par un des juges; il existe et nous avons eu la bonne fortune de le lire.

(2) Grandier avait récusé comme juge Laubardemont qui était parent de la supérieure et interjeté appel au Parlement.

préjudice d’icelles. Qu’à cette fin, le Roi, en tant que besoin serait, lui en attribue de nouveau la cognoissance et icelle interdit au Parlement de Paris et à tous autres juges, avec défense aux parties de s’y pourvoir à peine de cinq cents livres d’amende. »

Maître absolu avec une pareille pièce, qui, à elle seule, suffirait pour démontrer quel a été le but de ce procès célèbre, Laubardemont retourne à Loudun et y fait ramener Grandier.

Dès ce jour, le couvent fut hanté par une légion de démons. Jamais, dit une relation, ils n’avaient été aussi nombreux. Cependant, pour donner un semblant de légalité à cette honteuse procédure, on séquestra les religieuses en maisons bourgeoises, tout en ayant soin de les réunir dans les diverses églises de la ville pour les exorciser.

Les habitants indignés adressèrent une supplique au Roi. Mais elle ne parvint jamais (1).

Laubardemont fit en même temps publier, à son de trompe, qu’il était expressément défendu de porter un jugement sur la possession des religieuses Ursulines sous peifte de 10,000 livres d’amendes. Si nous n’avions retrouvé l’original (2) de cette incroyable proclamation, nous n’aurions jamais pu croire à tant d’infamie. Nous allons la citer textuellement :

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