‹ Documents pour servir à l'intelligence de la question des écoles du Manitoba: avec quelques notes explicativesChapitre 10 sur 37 · LL · texte numérisé non relu

LL

Je dis que ce n'est pas sans un certain sentiment de plaisir que J'ai accepté; mais j'aurais certainement refusé si je n'avais regardé qu'aux difficultés de.la tache. Cependant, si les difficultés de\ cette tâche sont nombreuses et délicates, d'un autre côté je suis tellèment

tacle & été aussi ‘imposant qu'instructif, Les premiers hommes’ du pays, app: rbe- . nant à la magistrature, au barreau, à toutes les professions libérales, au commerce, à l’industrie, aux métiers, — car il n'y avait pas d'exceptions pour ce que l'on considérait comme une grande démonstration nationale — s'étaient donné rendezvous. pour encombrer la salle où! M. Laurier faisait sa conférence, eb pour mêlèr leurs applaudissements, sans distinction d'opinions, de partis ou de tendances.” |

Il y avait plus de deux mille personnes rassemblées dans une salle qui- en contient à peine douze cents dans les occasions les plus chères au public ; les gar-|

diens des portes, envahis par un flot montant eb grossissant sans cesse, avaient \

renoncé à recevoir les billets d'entrée; la foule était trop nombreuse et trop avide |

pour attendre; on ne pouvait pas la contenir ni la soumettre aux règlements or- :.

dinaires, il a fallu de bonne heure lui laisser libre cours et Jui ‘abandonner toutes les issues; la grande porte centrale elle-même, toujours fermée, même dans les plus attrayantes circonstances, et qui ne mesure pas moins de vingt pieds de largeur, avait dû être laissée toute grande ouverte, et les gradins qui mènent de cette porte au plancher de la salle étaient littéralement inondés d’anditeurs qui se pré-

- taient appui pour tenir le plus profond silence, sfin de ne rien perdre des paroles

qu'ils venaient entendre. ‘.

I avait quelque chose de magnifique dans le spectacle de cette foule atten-

tive et en même temps enthousiaste, qui voulait applaudir à chaque phrase de

l'orateur et qui se contenait malgré elle, pour ne rien perdre de ce qu'il lui disait, de ce qu'il, lui démontrait ; car le discours de M. Laurier a été une démonstration en même temps qu'une harangue; il a été une exposition éclatante et vivante de ce que sont Îjes véritables principes libéraux, si méconnus, si dénaturés, si calomniés, et que l'on veut assimiler en vain aux élucubrations funestes du libéralisme européen. .

On peut dire que ce discours ouvre une ère nouvelle dans notre politique. Il l'affranchit des coteries, de toutes les: misérables petitesses qui coustituent l’aliment, quotidien des partis qui se disputent sur des riens ou pour des satisfactions passagères ; le libéralisme, envisagé à ce point, de vue, devient une grande eb féconde thèse qui le débarrasse ‘des accusations vexatoires, et qui rend son action : salutaire en même temps qu'il l'élève à la hauteur d'une théorie sociale. L'évènement du 26 juin est pour nous surtout, Canadiens-français, un sujet d 'orgueil. et de ‘superbe encouragement. On nous a crus jusqu'ici improprès à ‘la vie parlementaire, et Ton a eu trop souvent raison, tant notre éducation ‘est peu

|. dé nature à nous donner le tempérament nécessaire, tant notre conduite dans les

circonstances politiques trahit cette lacune de l'éducation, et tant notre presse, presque uriquement occupée de querelles secondaires où les personnes éont seules,

‘en cause, semble‘ en avoir peu l'intelligence. Mais il ne faut. pas confondre une

1 Ce : " , . , 8

pénétré de l'importance qu'il y a pour le parti libéral de définir nettement sa position, devant l'opiuion publique de la province, que cette considération a été pour moi supérieure à toutes les autres. En effet, je ne me fais pas illusion sur la position du parti libéral dans‘la province de Québec, et je-dis de suite qu'il y occupe une position fausse au point de vue de l'opinion publique. Je sais que, pour un grand nombre de nos compatriotes, le parti. libéral est ) ” N ’ .

certaine inéxpérience avec de l'inaptitde, et les Canadiens-français ont démontré, dans la soirée désormais mémorable du 26 juin, qu'ils pouvaient, tout aussi bien que leurs concitoyens d'origine anglaise, comprendre le jeu eb saisir la portée des institutions ‘représentatives, lorsqu'ils leur sont exposés avec la clarté, la méthode lumineuse, l'argumentation caline autant qu'éloquente, en un mot avec le sens exact qu'a déployés M. Lauriër dans tout le cours. de sa conférence.

"5 : Cette conférence n'a pas été une simple plaidoirie en faveur d'un parti poli-

tique, comme on pouvait s'y attendre en toute justice, elle a été une définition des choses, des choses depuis si longtemps oubliées pour les mots, et nous a ramenés par l'histoire, par l'exemple des libéraux de la Grande-Bretagne, eb par

À l'aperçu de la marche progressive des institutions, aux sentiments des principes, guides indispensables dont nous ‘contemplons tristement le naufrage de plus € en plus - profond dans les chicanes journalières de la vie publique.

C'est de la reconnaissance que ses compatriotes doivent maintenant à M. Laurier, après l'hommage éclatant qu'ils lui ont: rendu, Îls lui devront d'avoir soulagé la conscience populaire des accablantes doctrines qu'on veut lui imposer, et qui sont la négation absolue de tout principe constitutionnel; ils lui devront d'avoir ouvert une voie et montré la route à suivre, bienfait inestimable pour un peuple égaré dans toute espèce de brouillards, en proie à toutes les incertitudes ; ils lui devront enfin de les ‘avoir rendus au ‘sain amour du libéralisme, ce glorieux et.immortel penchant qui a été le salut des peuples eb auquel ses adversaires ont rendu hom-

‘ mage, dans fous les âges, par la concession des réformes nécessaires ‘et par la re-

connaissance de droits populaires longtemps combaîtus et désorihais inaliénables.

C'est donc une sorte d’apostolat dont M. ‘Laurier a jeté lés premières semences dans la soirée du 26.jhin. À nous d'en suivre avec un soin jaloux les développements et de les recueillir au temps de la moisson. À nous de marcher sans crainte eb sans hésitation, * le front haut ,, comme dit l’orateur libéral, et avec l'orgueil de nos principes. Nous savons où:nous allons désormais: nous n'allons pas aux cataclysmes révolutionnaires ; la libéralisme est dégagé de ses aspects farouches, . de son caractère’ anti-social et auti-religieux, ef il ne gérde plus que sa physionomie véritable, celle de l'amour des libertés légitimes et nécessaires, des libertés progressives, qui résultent des conditions naturelles du progrès, et non des brasques poussées en avant que veulent imprimer des esprits dangereux.

{ Voilà la physionomie qu'a le libéralisme canadien, celle que M. Laurier a .

indiqués et celle que nous devrons à Pavenir savoir lui conserver.

un parti composé-d'hommes à doctrines perverses et à tendances dangereuseë, marchant sciemment et délibérément à la révolution. Je sais que, pour une portion de nos compatriotes, le parti libéral est un parti composé d’ hommes à intentions üroites peut-être, mais victimes et dupes de principes par lesquels ils sont conduits inconsciem-

. ment, mais fatalement, à la révolution. Je sais enfin que pour une

autre partie, non pas la moins considérable peut-être de notre peuple, le libéralisme est une forme nouvelle du mal, une hérésie portant avec elle sa propre condamnation.

Je sais tout cela, et c'est parce que je le suis que j'ai accepté

de venir devant vous. Je n “ai pas l'outrecuidance de croire que rien

de ce que je pourrai dire ici ‘ce soir aura l'effet de dissiper aucun,

des préjugés qui existent aujourd’ hui contre nous; ma seule ambition

‘est d'ouvrir la voie, comptant que la voie ouverte sera suivie par

d'autres, et que. l'œuvre. commencée sera complétement achevée ; ma prétention ne va pas au delà. Æ Et que personne ne dise que cebte manifestation: eshsiputile ou

intempestive.

I n'est ni inutile ni intempestif de combattré les préjugés qui

- 8e dressent partout eñtre. nous et l'opinion publique ; il n’est ni inutile ‘ni intempestif de définir nettement notre position telle qu'elle est,

Il est vrai que nous avoris été assez longtemps déjà devant l'opinion publique, pour qu’elle aït eu l'occasion de nous connaître

eb de nous apprécier. Mais il est également vrai que si, comme tout

parti politique, nous avons eu nos ennemis, plus qu'aucun parti politique nous avons.été attaqués. Des ennemis que nous avons, les uns nous ont systématiquement dénigrés, les autres nous ont de bonne foi calomniés. Les uns et les autres nous ont représentés comme pro-

fessant des doctrines dont l'effet, prévu et calculé pour certains d'entre nous, non entrevu, mais fatal pour les autres, serait le bouleverse- . ment. de notre société, la révolution avec toutes ses horreurs. +. C'est

pour répondre à ces. accusations, pour définir notre position, que la . démonstration de ce soir a été organisée par le Club Canadièn.…

D'après ma manière de voir, le moyen le plus efficace, le. seul moyen de mettre à néant ces accusations, de défendre nos idées eb nos principes, c'est de les \faire connaître. Oui, j'en suis convaincn, la seule exposition de nos principes en sera la meilleure comme la plus éloquente apologie.

Et quand nous nous serons fait connaître tels que nous sommes, .

Lt

60 quand nous aurons fait connaître nos principes tels qu ‘ils sont, nous

aurons, je crois, obtenu un double résultat. Le premier sera d'amener à nous tous les amis de la liberté, tous ceux qui, avant comme après

‘1837, ont travaillé pour nous obtenir le gouvernement responsable,

le gouvernement du peuple par le peuple, et qui, cette forme de gouvernement établie, se sont éloignés de nous, par crainte que nous ne fûssions ce que l'on nous représentait, par crainte que la réalisation des idées qu'on nous attribuait n'amenât la destruction du

gouvernement qu'ils avaient eu tant de peine à établir. Le second

résultat sera de forcer nos ennemis véritables, bout. ceux qui au fond sont des ennemis plus ou moins déguisés de la liberté, non plus à en appeler contre nous ‘aux préjugés eb à! la peur, mais à se présenter franchemént comme nous devant le peuple avec leurs idées et leurs actes. |

Et. quand la lutte se fera sur les pures questions de principes, quand les actes. seront jugés d’après les pensées qui les inspirent, et les peusées d'après leur valeur propre ; quand on ne craindra plus d'accepter ce qui est bien ou de rejeter ce quiest mal. de peur qu'en acceptant ce qui esb bien, en rejetant ce qui est mal, on ne rende trop fort un parti à doctrines perverses ‘et à tendances dangereuses, il m'importe peu de quel côté sera alors-la victoire. Quand je dis qu'il m'importe peu de quel côté sera la victoire, je n'entends pas dire que je suis.indifférent au résultat de la lutte. Je veux dire ceci: si la lutte tourne contre nous, l'opinion exprimée sera la libre expression du peuple; mais j'en ai la conviction, un jour vien-

. dra où nos idées, jetées en terre, germeront et porteront leurs fruits,

si la semence en est saine et juste. .

Oui, j'en ai la confiance, j'en ai la certitude, si nos idées sont justes comme je le crois, si nos idées sont une éimanation du vrai éternel et immuable, comme ‘je le crois, elles ne périront pas; elles peuvent ètre rejetées, honnies, persécutées, mais-ua jour viendra où on les verra germer, lever et grandir, lorsque .le ‘soleil aura fait son œuvre et suffisament préparé le terrain. .

J'ai déja signalé quelques-unes des accusations que l'on fait cir-

.culer contre nous, je reviendrai encore sur. ce sujet, car c'est là le - point le plus important. Toutes les accusations portées contre nous,

toutes les objections à nos doctrines, peuvent ‘se résumer dans les propositions suivantes : 1° le libéralisme est une forme nouvelle de l'erreur, une hérésie déjà virtuellement condamnée par le chef de l'église ; 2 un catholique ne peut pas être libéral.

rt | | = 61 —

Voilà ce que proclament nos adversaires. |

M. le président, tous ceux qui me font en ce moment l'honneur de m'écouter me rendront cette justice que je pose la question telle qu'elle. est, et que je n'exagère rien. Tous me rendront cette justice que je reproduis fidèlement les reproches qui nous sont tous les jours adressés. Tous admettront que c'est bien là le langage de la presse conservatrice.

| Je sais que le libéralisme. catholique à été condamné par le chef. de l'église. On mé demandera: qu'est-ce que le libéralisme catholique? Sur le seuil de cette question, je m'arrête. Cette question n'entre pas dans le cadre de mon sujet; au surplus, ‘elle n'est pas de ma compétence. Mais je sais et, je ‘dis que le libéralisme catholique n'est pas le libéralisme politique. S’il était vrai que les censures ecclésiastiques portées contre le libéralisme catholique dussent s'appli- quer au libéralisme politique; ce faït-constitueraitpour nous, Français. d'origine, catholiques de religion, un état ‘de chose dont les conséquences seraient aussi étranges que . douloureuses. .

‘: En effet, nous Canadiens-français, nous sommes une race conquise. C’est une vérité triste à dire, mais eufin c'est la vérité: Mais si nous sommes une race conquise, nous avous aussi fait une con- -quête : la conquête de la liberté. Nous sommes un peuple libre; . nous somines une minorité, mais tous nos droits, tous nos privilèges nous sont conservés. Or, quelle est la cause qui nous vaut cette liberté ? C’est la constitution qui nous a été conquise par nos pères, . et dont nous jouissons aujourd'hui. Nous avons une constitution qui place le gouvernement dans. le suffrage des citoyens ; nous avons une | constitution qui nous a été octroyée pour notre propre protection. Nous n'avons pas plus de droits, nous n'avons pas plus de privilèges, mais nous avons autant de droits, autant de privilèges que les autres populations qui ‘composent avec nous la famille canadienne. Or, il ne faut pas oublier que les autres membres de la famille ‘canadienne sont partagés en deux partis : le parti libéral et le parti conservateur. |

Maintenant, si nous, qui sommes catholiques, nôus n'avions pas le droit d'avoir nos préférences, si nous n'avions pas le droit d'appartenir au parti libéral, il arriverait de deux choses l’une: ou nous serions obligés de nous abstenir complétement de prendre part à la direction des affaires de l'État, et alors, la constitution — cette constitation qui nous à été octroyée pour nous protéger — n6 serait plus

entre nos mains qu'une lettre morte; où nous serions obligés ‘dé: ‘ 1°

prendre part à la direction des affaires de L'État sous la direction ot au profit du parti conservateur, eb alors, notre action n'étant plus libré, la constitution ne serait encore entre nos mains qu’une lettre morte, eb nous aurions par surcroît l'ignominie de n'être plus, pour ceux des autres membres de la famille canadienne qui composent le parti conservateur, que des instruments et desi comparses.

Ces conséquences absurdes, mais dont personne ne pourrait con-

tester la rigoureuse exactitude, ue montrent-elles pas jusqu'à l'évi- dence .à ‘quel point est fausse l'assertion qu'un catholique ne saurait appartenir au parti libéral?

Puisque a Providence a réuni sur ce coin de terre des populations différentes d'origine et de religion, n'est-il pas manifeste que ces populations doivent avoir ensemble des intérêts communs et identiques, et que, sur tout ce qui touche à ses intérêts, chacun est libre de suivre soit le païti libéral, soit le parti conservateur, suivant que sa conscience lui dicte de suivre l'un ou l'autre parti? "

Pour moi, J'appartiens au parti libéral. Si c'est un tort d’être libéral, j'accepte qu'on me le reproche ; si c'est un crime d'être libéral, ce crime, j'en suis coupable. Pour moi, je ne demande qu'une chose, c'est que nous soyons jugés d'après nos principes, J'aurais honte de nos principes, si nous n'osions pas les exprimer ; notre cause ne

| vaudrait pas nos efforts pour la faire triompher, si le meilleur moyen

de la faire triompher était d'en cacher la nature. Le parti libéral à èté vingt-cinq ans dans l'opposition, qu'il ÿ soit encore vingt-cind ans, si le peuple n’est pas encore arrivé à accepter ses idées, mais . qu'il marche le front haut, bannières déployées, à la face du pays!

Il importe cependant avant tout de s'entendre sur la significa-"

oz, la valeur et la portée de : ce mot “libéral ,, et de cet autre mot “ conservateur ,

Jd'affirme qu vi n'est pas une chose : si peu connue en ce’ pays par ceux qui l’attaquent que le libéralisme. Il y à plusieurs raisons à cela. | .

Nous n'avons été initiés que d'hier aux institutions représentatives. La population anglaise” comprend le jeu de ces institutions en quelque sorte d'instinct, en outre par suite d’une expérience : sécu-

laire. Notre population au contraire, ne les connaît guère encore. .

L'éducation ne fait que de commencer à se. répandre parmi nous, et pour ceux qui sont ‘instruits, notre éducation françaisé nous conduit naturellement à étudier L'histoire de la liberté - moderne, non pas

ul

—— ; dans, la terre classique de la liberté, non pas dans'l'histoire de la vieille Angleterre, mais chez les peuples du continent. Européenÿ: ‘chez . les peuples de. même origine et de même religion que nous. Et là, malheureusement, l'histoire de la liberté. est écrite en caractères de. sang, dans les pages les plus navrantes que contiennent peut-être les

annales ‘du genre humain. Dans toutes les classes de la société ins LE truite, on peut voir, effrayées par ces pages lugubres, des âmes loyales qui regardent avec terreur l'esprit de liberté, s'imaginant que l’esprit de liberté doit produire ici les mêmes désastres, les mêmes crimes que dans les pays dont je parle. Pour ces esprits de bonne foi, le

* seul mot de libéralisme est gros de calamités nationales.

Sans blâmer tout à fait ces craintes, mais sans nous ‘en’ laïsser effrayer, remontons jusqu'à la source même, et examinoné avec calme ‘ce qui se trouve au fond de ces deux mots: libéral, consérvateur. | | Quelle. idée cache ce mot de libéral qui nous à valu tant d'anathè- : x mes ? Quelle idée, cache ce mot de conservateur, qui semble tellement gonsacré qu'on l’applique modestement à tout ce qui est bien? L’ an

E bst-il, comme on le prétend,-comme de fait on l'affirme tous les j jours,

ee expréisi m d’une forme nouvelle de. l'erreur? L'autre est-il, comme Ê

née fobie. constamment l'insinuer, la définition du bien sous tous ses

ms FA in est-il la. révolte, l'anarchie, le désordre? L'autre est-il

“5 - “le: # principe: ‘table de la société? Voilà des questions qu'on. 88

nt -Bosé! dus les jours dans notre pays: Ces- distinctions subtiles que l’on

Sxetro ve sans Cesse dans- notre presse ne sont pourtant pas nouvelles.

“ 3 Elles Le sont que lé répétition. des rêveries de quelques publicistes

Î de France, ‘qui. ‘reïformés dans leur cabinet, ne voient que le passé et géitiquent amèrement toüt ce qui existe aujourd’hui, pour la raison

queïte. gi existe aujourd hui ne ressemble à rien de ce qui à existé

Le

‘autrefois.

Ceux-là disent que l'idée libérale est une idée nouvelle, et ceux-là | se trompent. L'idée libérale, non plus’ que l'idée contraire, n'est pas . | . . une idée nouvelle; c'est une idée vieille comme. le monde, que Yon retrouve à chaque. page de l'histoire du monde, mais ce n'est que de nos jours qu'on en connait la force et les lois, et qu'on sait l’utiliser. La vapeur existait avant Fulton, mais ce n'est que depuis Fulton qu'on connait toute l'étendue de sa puissance eb qu’on sait lui faire produire ses merveilleux effets. C’ est la combinaison du tube eb du - piston qui est. l'instrument dont on se sert pour utiliser la vapeur ;. 7, c'est la forme des gouvernements représentatifs qui a révélé au monde

e nn

—#— , les deux principes libéral et conservateur, et cette forme de gouver-

nement. est l'instrument qui leur fait rendre tous leurs effets. . :

Sur quelque sujet que ce soit, dans le domaine des choses hu-.

.maines, le vrai ne se manifeste pas également à toutes les intelli-gences. Il en est dont le regard plonge plus loin dans l'inconnu, mais embrasse moins à la fois; 1} en est d’autres dont le regard, s'il est moins penétrant, aperçoit plus nettement dans Ja sphère où il peut s'étendre. Cette distinction primordiale ‘explique ‘de suite jusqu'à un certain point l'idée libérale et l'idée conservatrice. Par cette seule raison,. le même-objet ne sera pas vu sous le même aspect par des yeux différents; par cette seule raison, les uns prendront une route que les autres éviteront, quand cependant les uns et les autres 80 proposeront d'arriver au même but. Mais il y a une raison concluante qui. explique clairement la nature, la raison d'être et le pourquoi dés deux différentes idées. Macaulay, dans son histoire d'Angleterre, en donne la raison. d'une manière admirable de clarté. Parlant de la réunion des Chambres pour la seconde session du Long Parlement, sous Charles 1°, Je grand historien s'exprime ainsi:

De ce jour date l'existence organique des deux grands partis qui, depuis, ont toujours altérnätivement .goiverné le pays. À la vérité, la distinction, qui alors devint évidente, a toujours existé. Car cette distinction a son origine dans la diversité de tempérèments, d'intelligences, d'intérêts, qu'on retrouve dans toutes les

sociétés, et qu'oh.y fetrouveré aussi longtemps que l'esprit humain sera attiré.

dans des directions “cpposées, Par, le charme de l'habitude ou par le charme de la nouveauté. «Cette “st tyction s sé retrouve, non pas seulement en politique, mais dans

< la litératare, dngéfes Bts, ans les ‘sciences, dans la chirurgie, dans la mécani- .

Ke que, dans d'égriculbure, jusque dans les. mathématiques Partout il existe une classe

d'hommes qui s ’attachent avec amourà tout ce qui est ancien, eb qui, même lorsqu'ils

‘geux; n’y “consentent cependant u’avec regret et répugnance. Il se trouve aussi partout une autre classe d’hoïomes exubérants d'espérance, hardis dans leurs idées, allant toujours de l'avant, prémpts ävdiscerner les imperfections de tout ce qui existe, estimant peu :les risques et les inconvénients qui accompagnent toujours . les améliorations, eb disposés à à regarder tout changement comme une amélioration.

Ho Lu F

Les premiers sont les conservateirs ; Les seconds sont. les‘ dibéraux. Voilà le sens. réel, l’explication véritable éb du principe libéral’ et du principe conservateur. Ce sont deux attributs de notre nature. Comme le dit admirablement Macaulay, on les retrouve partout: dans les arts, dans les sciènces, dans toutes les branches ouvertes à Ia

a Lo. . a

sont convaincus par des argume és péremptoires qu'un changement serait avanta-

me ie = - 5 À

nature-humaine. - Si F |.

YA

on 65. .

spéculation, humaine; mais c'est en politique qu ils sont le plus. apparents. Fo à

" Aïnsi, ceux qui condamnent le libéralisme comme une idée nou-

velle LS ‘ont pas réfléchi à ce qui se passe chaque jour sous leurs jeux. | ‘Ceux Qui condamnent le libéralisme comme une erreur n'ont, pas ré-

fléchi qu'ils s'exposaient, en le faisant, à condamne, un ättribut de la a +

Maintenant, il ne faut pas oublier que. là for 1e de notre gouvernement. est celle de la monarchie représéntativé. C'est là l'instru-

‘ment qui met èn relief et en action Jes deux principes libéral . et

conservateur. On nous accuse ‘souvent, ous “libéraux, d'être- des ré-

publicains. Je ne signale pas ce reproche. “Pour le relever ; le reproche . ne vaut pas d'être relevé. Je dis ni la formb importe :

peu; qu'elle ‘soit monarchique, qu'elle soit ré qu'un peuple a le droit de vote, du moment qu’il à un gouverne-

ment responsable, il ‘a a pleine mésuresde là liberté. Cependant, la. -

liberté ne serait bientôt q'un vain, mot, si elle läissait sans contrôle

‘ceux qui ont la direction du pouvoir. Un hgrame, dont la sagacité

‘étonnante a formulé les .axiômes de la science gouvernementale avec une justesse qui n'a jamais erré, Janjus, ‘ à dit: * Eternal vigilance is the price of liberty. , Une vigilance éternelle bst le prix de la liberté. ‘ Oui, si an peuple veut rester libre, AT lui faut comme Argus avoir

cent yeux, € toujours être.en éveil.-S'il s’éndort, s'il faiblit, chaque

| moment d’indblence lui coûtera une parcelle de ses droits. Une vigi-

lance étérnelle, de tous les instants, c'est laile prix dont il doit payer cé bienfait”inappréciable de la liberté. Or, là. forme de la monarchie

‘représentätive se prête merveilleusement, — plus peut-être que la forme

. républicaine — à l'exercice de cette vigilance\ nécessaire. D'un côté, vous avez ceux qui gouvernent, et de l'autre,\ cou qui surveillent. D'un côté, vous avez ceux. qui sont au pouvoir, et qui ont intérêt à L rester; de-l'autre, vous avez ceux qui onb intérêt à y arriver eux- |

mêmes. Quel sera le-lien de cohésion qui réunira chacun de ces dif-

férents groupes? Quel sera Île principe, le sentiment qui rangera les

divers éléments de la population, soit parmi Ceux qui gouvernent, soit parmi, ceux qui surveillent? Ce sera où le principe libéral ou le principe conservateur. Vous verrez ensemble ceux qu'attire le charme

de la nouveauté, et vous verrez ensemble ceux qu'attire le charme

de l'habitude. Vous verrez ensemble ceux qui s'attachent à tout ce qui est ancien, eb vous verrez. ensemble cenx qui sont. toujours dis-

posés à réformer. Mo

ublicaine, du moment

Maintenant, je le demande; ‘entre ces deux idées. qui constituent la base des partis, peut-il y avoir une différence morale? L'une est:

elle radicalement bonne et l'autre radicalement mauvaisoi N'est-il pas

manifeste que toutes deux sont ce qu’on appelle en morale indifférentes, c'esttàa-dire que toutes deux sont susceptibles d’ appréciation, ‘de

pondération et de choix? Ne serait-il pas aussi injuste qu'absurde de .

condamner ou d'approuver, soit l'une soit l'autre, comme absolument mauvaise ou bonne? oo

L'une et l'autre sont susceptibles de beaucoup de bien come de beancoup de mal. Le conservateur qui défend les vieilles institu-

tions de son pays peut, faire beaucoup de bien, de même: qu'il peut

- faire beaucoup de mal, s'il s’obstine à vouloir maintenir des abus

devenus intolérables. Le libéral qui combat ces abus, et après de Jongs efforts parvient à les extirper, peut être un bierfaiteur public, de mème que le libéral qui porterait une main légère sur des institutions sacrées pourrait être. un fléau non-seulement pour son pays, mais pour

‘l'humanité tout entière. a Certes, je suis loin de faire.un reproche à nos adversaires de

leurs convictions, mais pour moi, je l'ai déjà dit, je suis un libéral, Je suis un de ceux qui pensent que partout, dans les choses humaines, il y a des abus à réformer, de nouveaux horizons à ouvrir, de nouvelles forces à développer.

Du reste, ‘le libéralisme me paraif de tous points supérieur à

- J'autre principe. Le principe du libéralisme réside dans l'essence même de notre nature, dans cette soif. de bonheur que nous apportons avec

nous dans la vie, qui. nous suit partout, pour u’être cependant jamais complétément assouvie de ce. côté-ci de la tombe: Notre âme est immortelle, mais nos moyens sont bornés. Nous gravitons sans cesse vers un idéal que nous n'atteignons jamais. À'peine' sommes-nous arrivés'aux termes que nous nous. ‘étions aséigné, que nous y découvrons des horizons que nous n'avions pas. même soupçonnés. Nous nous y précipitons, et ces horizons, explorés à leur tour, nous en découvrent d’autres qui nous entraînent, encore et toujours plus loin. N

Ainsi ‘en. Csora-t-il tant que l'homme sera ce qu'il est, tant que*

l'âme immôrtelle habitera le corps mortel; sés désirs seront toujours "plus. vastes ‘que ses .moyens, ses actions n'arriveront jemais à la - hauteur de ,ses: conceptions. Il est le véritable Sysiphe de la fable;

son’ œuvie toujours finie. est: toujours à recommencer. Cette condition de notre nature ést précisément:ce qui fait la

grandeur de l'homme ; car élle condamne fatalement au mouvement, . :

au progrès; nos moyens sont bornés, mais notre nature est perfectible, :

et nous avons l'infini pour champ de. course. Ainsi il y a toujours :

place pour l'amélioration de notre. condition, pour le perfectionnement

de notre nature, et pour l'accession d'un plus grand nombre à ‘une

vie plus facile. Voilà encore ce qui, à mes yeux, constitue la supé-: riorité du libéralisme. 7.

‘En outre, l'ekpérience : constate qu'insensiblement, imperceptiblement, il se glissera dans le corps social des abus qui finiront par entraver sérieusement son ascension progressive, peut-être par mettre ‘son existence en. danger.

L'expérience constate encore que des institutions qui, au début, auront été utiles, parce qu’elles étaièut appropriées à l'état. de société Do où elles avaient été iutroduites, finiront par devenir, par le’fait seul que tout changera autour d'elles, d' intolérables abus. Telle à été parmi nous ‘la tenure seigneuriale. Il est incontestable qu'aux débuts de là * colohie, ce système avait singulièrement facilité l’ établissement du sol.

- Mais en 1850, tout avait tellement changé parmi nous que ce système ‘aurait fini par produire des' complications ‘déplorables, si notre assemblée, sur l'initiative des libéraux, n ‘avait eu la sagesse de l'abolir. © Comme conséquence de cebte loi que j'ai indiquée comme la cause ‘déterminante des idées libérale et conservatricé; il se trouvera toujours des hommes qui s’attacheront avec amour à ces abus, qui les : défendront à outrance et qui verront avec terreur toute ‘tentative. d'y porter la main. Malheur à ces hommes, s'ils se trouvent avoir le pouvoir ét s'ils ne savent pas faire le sacrifice de leurs préférences! Malheur à ces hommes, s'ils ne savent pas céder et adopter les ré- ! formes proposées ! Ils attireront sur leur pays:des commotions d'autant | plus terribles que justice aura été refusée plus longtemps. L'histoire, “hélas! constate surabondamment que bien peu de ceux qui gouvernent ‘ont su comprendre ces aspirations de l'humanité. ‘et y faire droit. I y a eu plus de révolutions causées par l'obstination des conser- ‘. vateurs que par ‘les exägérations des libéraux. .. | ‘ k L'art suprême. de gouverner est de guider et diriger, en les con- ., | | | trélant, es aspirations de l'humanité. Les. Angläis possèdent cet ärt | Fe Fo au” “subie “dégré.Aussi voyez l'œuvre du grand parti libéral anglais. Que ‘de réformes il a opérées, que d'abus il a “fait disparaître, sans ie secousse, Sans perturbation, sans .violence! I à compris les-aspirations des opprimés, il à cormpris ‘les besoins nouveaux créés par des

situations nouvelles, et, sous l’autorité de la loi, et: sans autre instrument que la loi, il a opéré une série de réformes qui ont fait du peuple ‘anglais le peuple le plus libre, le plus prospère et le plus

"heureux de l'Europe.

Voyez au contraire les gouvernements du continent. La plupart n'ont jamais su compreudre les aspirations de leurs peuples. Quand les malheureux relevaient la tête, pour faire arriver jusqu'à leurs’ poumons quelques souflles d'air et de liberté; ils ont été brutalement repoussés dans un : cercle toujours de plus en plus hermétiquement *

. l'ESSeTTÉ. : : u

Mais, un jour est venu L où les “obstacles onb volé en éclats; où

. ces peuples se sont rués hors des machines qui les paralysaient, et, alors, sous Je nom sacré de la liberté, on à vu s'accomplir les plus,

effroyables crimes. Faut-il s’en étonner?

‘ S'étonne-t-on quand Jes nuages amoncelés sur notre tête. éclatent

en grêle et en foudre? S'étonne-t-on quand la vapeur fait voler en

éclats les parois qui la retenaient captive, parce qué le mécanicien’

n’a pas eu la prudence de lever la soupape qui doit la dégagék | dé. l'exubérance-de sa propre force? Non, il y a là une loi fatale, qui

aurà toujours le même effet, dans l'ordre moral, comme dans l’ ordre

physique. Partout où il y a ‘compression, il y aura explosion, vio-

‘lences et ruines. Je ne dis pas cela pour excuser les -révolubions ; . ‘je hais les. révolutions; je déteste toute tentative-de vouloir faire

triompher ses opinions par la violence. Au surplus, je suis. moins disposé à en faire retomber la. responsabilité sur ceux qui les font que sur ceux qui les provoquent par leur aveugle obstination. Je dis cela ‘pour expliquer Ja supériorité du libéralisme qui, comprenant les aspirations de la nature humaine, au lieu de les violenter, tâche de. les diriger. | |

. Croyez-vous, par exemple, que, si l'Angleterre avait porsisté. à

refuser aux Catholiques leur émancipation ; si elle avait persisté à

refuser aux catholiques, aux juifs, et aux dénominations protestantes qui ne font pas partie .de l’église établie, la plénitude des droïts-

.civils et politiques; si elle avait persisté à conserver le suffrage

restreint au petit nombre ; si elle avait persisté à refuser le libre. commerce des céréales; si elle avait persisté à refuser- le droit de

. suffrage aux classes ouvrièrés, — pensez-vous qu'un jour ne serait " pas venu où le peuple se fût levé én armes, pour se faire à Juimême cette justice qui lui aurait été obstinément refusée? Pensez-

vous que le lion hideux de l'émeute n'aurait pas | grondé sous les.

fenêtres de Westminster, et que le sang de la guerre civile n'au-

rait pas eusanglanté les rues de Londres comme il à tant de fois ensanglanté les rues de Paris? La nature humaine est partout la, même, et là, comme ailleurs, la compression aurait produit explo- L sion, violences et ruines. Ces’ calamités terribles ont été évitées,

. grâce à l'initiative des libéraux qui. comprenant le mal, ont pro n posé eb appliqué le remède. ‘ DA

‘Qu'y- a-t-il de plus beau que l'histoire du grand parti libéral

‘anglais dans ce siècle? Au début, c'est Fox, le sage, le généreux

- Fox, défendant la cause des opprimés, partout où il y a des op- … primés. Un.peu plus tard, c'est O’Connell, le grand O'Connell, | \

u n revénidiquant et obtenant pour: ses coreligionaires les droits et les

Te Sgtes | de sujets anglais. Il est assisté dans : cette oeuvre par su “ous, des libéraux des trois royaumes, Grey, Brougham, Russell, Jéfrey et une. foule d'antres.. Puis viennent successivement l’abo- | “tien de l'oligarchie gouvérnementale; le rappel des lois prohibant . | Ù Je ‘éommerce. .des ‘céréales, l'extension -du suffrage aux classes: ou-

. vrières, “eb ‘enfin, pour” couronner le tout, l'abolition de l'église :

d'Angleterre comme religion. d'état en Irlande. . Et remarquez-le

| “bien, les libéraux, qui opèrent ces réformes successives ne sont .. &

* +: "pas recrutés seulement dans les classes moyennes, ‘mais quelques- oo c

.. uns dé ‘purs chefs les plus illustres sont recrutés dans la pairie LT # d'Angletérre. Jé ne sache pas de, spectacle qui fasse plus d'hon- | | neur à Y'humanité, que le spectaclé de ces pairs d'Angleterre, de ‘ces nobles, de /cesxiches, de ‘ces puissants, | combattant opiniâtrement pour déraciner me foule d'abus séculaires, sacrifiant Jeurs |

- privilèges : avec un calmè” enthousiasme pour rendre la vie’ plus fa- cile et plus heureuse à un plus grand nombre. À ce sujet, laissez-

‘ moi vous citer une lettre de Macaulay à un de ses amis, écrite au , lendemain di vote sur -le fameux bill. de réforme, ‘qui mit fin au. | ‘système des! | bourgs-pourris. Cette: lettre, suivant moi, fait voir ad=

mirablement: ce que c'est qu un libéral anglais. Je demande pardon de cette : citation, parce qu elle est un peu: loûgne.

u . Je ne réverrai jamais, je ne m ‘attends pas à jamais. revoir une scène sem- | L ; blable à la division (division) de mardi defnier, Si je devais vivre cinquante ans, «l'impression m'en. resterait aussi fraiche et aussi vive que si elle venait d'avoir SU lieu. Cela doit être.comme d'avoir vu César poignardé dans le sénat, ou Cromwell ‘ enlevant le masse" (mace)-de sur la table du. Parlément; une scène qu ’on voit une:

a TO —TD—

fois et qu'on n'oublie jamais. La foule. débordait de la chambre de toutes parts, . Quand les étrangers eurent reçu l'ordre de se retirer et que les portes eurent été fermées, nous étions‘ six cent huit membres présents, .cinquante-cinq de “plus qu'on n'en avait jamais vus dans aucune autre division précédente, Les oui et Jes non furent comme deux volées de canon, tirées des deux côtés opposés d'un champ de bataille, Lorsque l'opposition se fut retirée dans le cortidor (lobby), opération qui dura plus ‘de vingt minutes, nons nous répandimes sur les. banquettes des deux côtés de la chambre; car il ÿ en avait plusieurs parmi nous qui n'avaient pas pu trouver de siège pendant la soirée. Quand les portes eurent été-fermées, nous com-

mençâômes à faire des calculs sar notre nombre, Tout le monde était découragé. u : .

* Nous sommes battus, nous ne sommes au plus que deux cent quatre, vingts. Je’ne

“ pense, pas que nous soyons même deux cent cinquante, L'échevin Thompson les.

| “a comptés. Il dit qu'ils sont ‘deux cent'quatre-vingt-dix-neuf. , Voilà ce qui se ©. disait parmi nous. La chambre, lorsque les ministériels seuls s’y trouvaient, était déjà très remplie, plus même qu’elle ne l'est généralement dans les débats d’un intérêt considérable. Cependant je n'avais pas d'espérance que nous fussjons trois

cents, Comme les scrutateurs (éellers) passaient le long de la plus basse rangée,

gauche, l'intensité de notre attention devint intolérable — deux-cent-quatre-vingt-

| onze-deux cent quatre- vingt-douze, — nous étions tous debout, le cou tendu, comp-

' tant avec les scrutateurs. À trois cents, il y eut un léger cri de joie: à trois-

cent-deux, un autre, mais supprimé au même instant, car nous ne ‘connaissions

pas encore le nombre des forces ennemies ; nous savions cependant qué, si nous étions

battus, la défaite ne pouvait pas être considérable. Enfin, les portes sont ‘ouver-

tes, et les voici qui entrent. Chacun d'eux, comme il entrait, apportait un compte

différent du nombre qu'ils étaient. En effet," pressés comme ils l'étaient dans le

. corridor, il” était impossible de se rendre compée exactement de leur nombre.

D'abord on nous dit qu'ils étaient trois cent trois, puis ce chiffre s’accrut jusqu’à

trois cent dix ét décrut de suite jusqu’à trois -cent sept. Nous étions tous muets

d'anxiété, lorsque Charles Wood qui se tenait près de la porte, sauté sur un banc

- en eriant: ils ne sont que ‘trois cent un. Alors nous poussons un cri qui aurait

pu être entendu jusqu'à Charing Cross, nous jetons nos chapeaux en l'air, nous battons des pieds, nous. nous frappons les mains. Po TT,

| “ Les scrutatèurs, peuvent à peine se frayer un passage dans la foule; la

‘ chambre était remplie jusqu’à la table, et une mer de têtes s'y agitait comme dans

. le ‘parterre d'un théâtre. Mais vous auriez pu.entendre tomber une épingle, lors

pete #5

+: miennes, Et il fallait voir la mâchoire de Peel tomber, et la figure de Twiss qui!

avait l'air d’un: damné, et Herries qui avait l'air de Judas ôtant sa cravate pour. ls dernière opération. Nous nous donnons des poignées de mains, nous nous frappons dans le dos, nous sortons riant, pleurânt, et poussant des houtras. Et à peine .

les portes sont-elles ouvertes, que d’autres acclamations répondent aux nôtres. Tous les passages, tons les escaliers, toutes les antichambres étaient pleins de gens qui étaient restés là jusqu'à quatre heures du matin, pour connaître quel serait le ré-

sultat, Nous nous frayons péniblément un passage à travers deux masses compac-

que Duncannon lut les chiffres. Alors," de nouvelles. acclamations éclatent, et plusieurs d'entre nous versent des larmes, Pour moi, je pouvais à peine retenir les’

. tes de gens qui crient et agitent leurs chapeaux au-dessus de leurs têtes. Enfin

nous voici en plein air;.j'appelle une voiture, e6F la première chose que le cocher

me dit: “ Le bill est-il passé, monsieur? — Oui, par une voix. = Que le ciel'en

soit béni! , Et Macaulay finit par-une phrase qui indique bien le libéral: “ Ainsi, continue-t-il, finit une scène qui n'aura probablement ‘pas d'égale, jusqu'à ce que le parlement réformé ait lui même besoin d'être réformé. ,

EN

Celui qui écrivait ainsi, dans ces termes exhilarants, venait de voter: l'abolition du système en vertu duquel il tenait son mandat.

. Macaulay tenait son mandab de la générosité d’un pair d'Angleterre,

Lord Lansdowne,. qui l'avait fait élire par le bourg pourri de Calne. Je connais peu de pages qui fassent plus d'honneur à l'humanité que

opiniâtres ‘dans la lutte, qui s'émotionnent enfin, pleurant, et #ignt”à. la

fois, parce qu'un acte de justice vient d'être accompli, parée. qu' un

abus vient d'être: déraciné du sol de la vieille Angleterre. Membres du Club Canadien, libéraux de la province de Québec,

cette simple lettre qui üous montre ces natures anglaises, pr et . . FE .

voilà quels. sont nos modèles ! voilà quels sont no. « principes ! voil à

quel est notre parti! ï » Pom

I est vrai qu'il existe. en Europe, en Franté, eù- Italie et eu Al-': -lemagne, une classe d'hommes qui se donnent le titre : de libéraux, mais qui n'ont de libéral que le nom, et qui sont les plus dangereux . des hommes. Ce ne sont pas .des libéraux, .ce sont des révolution

naires; dans leurs principes, ils sont tellement exaltés" qu'ils n ’aspi-

rent à rien moins qu'à la destruction de la société moderne. Avec,

ces hommes, nous n'avons rien de commun; mais c'est .la tactique

de nos adversaires de toujours nous. assimiler à eux. Ces accusations

sont au-dessous de nous, et la seule réponse que .nous puissions faire

dignement, c'est d’afirmer nos véritables principes, eb de faire de telle sorte, que. nos ‘actes soient toujours conforthes à nos principes.

“Maintenant, arrivé à cè point de mon exposé, je passerai en revue l'Histoire ‘du parti libéral dè notre pays. Je: suis de ceux qui ne crai-

gnent pas de. scruter l'histoire de mon parti. Je suis de ceux qui

pensent qu'il y. a plus à gagner. à dire franchement la vérité, qu'à essayer de se faire illusion à s i-même et aux autres. Ajons le courage de dire la vérité! Si notre arti a commis des fautes, nos dé-

négations n'empêcheront pas les choses d’avoir été ce qu'elles ont

été. Du reste, si ‘notre parti a commis des fautes, nous trouverons

. ‘toujours dans l’autre parti assez de faubes pour. compenser les nôtres,

sb au ‘surplus, l'autre parti fot-il immaculé, nos principes n'en se-

sent

eo

La

Lou

raient, pour cela, ni meilleurs ni pires. Ayons le courage de dire la vérité, et que la vérité dite sur: nos fautes passées nous empêche-: d' S retomber à l'avenir. CU

"Jusqu'à: 1848, tous les Canadiens-Français n’avaient formé qu'un seul parti, le parti libéral. Le parti conservateur, ou plutôt le parti tory, comme on l'appelait, n'était qu'une faible minorité. C'est de 1848 que datent les premières traces des deûx partis qui, depuis, se sont disputé le pouvoir. M. Lafontaine avait accepté le régime établi

. en 1841. Lorsque M. Papineau fut revenu de l'exil, il attaqua le nou-

vel ordre de choses avec sa grande éloquence et de toute la hauteur de ses idées. Je. n’entreprendrai pas ici de faire la critique de

la politique réspective - de ces deux grands hommes. Tous deux aimè- «rent leur pays,. ardemment, passionnément, tous deux jui dévouèrent | leur vie; tous - deùs, par ‘des voies différentes, n'eurent d'autre but “ue de le servir: tous deux fürent probés et désintéressés. Restons

sur ces squyenirs, sans chercher qui des deux- eut tort et qui out raison. - -Il se trouvait, à cette sépoque, une génération de jeunes gens

“d'un - grand talent: et d'une impétuosité de caractère plus. grande en- | core. Désespérés. d'être venus, trop ‘tard pour jouer leur tète dans les ‘événéments .dé 37, il :se- précipitèrent, avec une alacrité aveugle, Le dans. le mouvement politique de l’époque. Ils se trouvèrent an pre- Lier: rang des partisins de M. Lafontaine, dans sa glorieuse lutte condre Lord Metcalfe. Ts l'abandonnèrent ensuite pour la politique plus . avancée de. ‘M. Papineau, et, tout en se rangeant -à'sa suite, comme

il était naturel, ils Jl'eurert bientôt devancé.

Enharäis par Jeur propre succès, entrainés par leur propre en-

thousiasme; ils- fondèrent: “un jour L’Avenir, dans lequel ils se posè- - rént en réformateurs et en ‘régénéräteurs de leur pays. Non contents de s'attaquer à la situation politique, ils s 'attaquèrent audacieusement à la situation sociäle. Ils lancèrent un programme contenant pas:moins de vingt- et-un. articles, qui commençait par l'élection des juges de paix et Énissait par l'annexion aux Etats-Unis, et qui n’était: en somme

rien ‘autre chosé : qu’ "une révolution complète de la province. S'il eût été possible. que,.par un coup de baguette magique, les vingt-et-un

É articles de-ce programme 86 fûssent réalisés dans le cours d’une nuit, “le. pays au matin :n’eût plus été reconnaissable, Celni qui l'éurait | L quitté la veille et 7. serait revenu le lendemain, n'aurait pus y re- “trouver. Do Re . Ut

Vu

La -seule excuse de ces libéraux, c'était leur jeunesse ; le plus âgé’ d’éntre-eux. n'avait pas Yingt-deux ans. ,

‘Messieurs, je constate des ‘faits, je. n'éntends pas faire de repro- | che à qui que ce soit. Là talent et les convictions Sincères ont toujours droit à notre respedt. Quel est celui. d'entre nous, du reste, qui, s'il eût. vécu à cetté époque, peut se ‘fatler qu'il aurait été plus sage, et qu'il ne serait pas tombé dans les mêmes écarts? Tout prêétait alors à ces exagérations; à situation dé notre pays, Ja situation en Europe. . |

Le pays n'était pas encore guéri des. blessures de l'insurrection ; on nous avait octroyé une constitution libre, il est vrai, mais la nouvellé constitution n'était pas appliquée de bonne.foi par le bureau colonial. Il- y avait, au fond de chaque âme, des. grondements que comprimait séul le souvenir de la vengeance tirée de l'insurrection.

De tous les côtés, du reste, arrivaient jusqu'ici des’ effluves de démo- .:

cratie ét de révolte. La société frémissait déjà aux premiers souffles de cettè ‘grande tempête qui devait éclatér' quelques années plus tard, presqué par tout le monde civilisé,. et. qui fit un momént chanceler la société sur elle-même. Les ‘années -qui precèdent 1848- sont offrayants à . contempler. On éprouve de l'horreur à constater ce travail

sinistre qui se faisait partout, eb qui: jeta dans la révolte, à un mo-

ment donné, plus : -de quatre-vingt . millions d'hommes. | . Cet état de choses devait püissamment agir sur des imaginations

| jeunes, ardentes et iñexpérimentées. “Aussi, nos jeunes réformateurs, * non contents de vouloir révolutionner leur pays, saluaient avec transport

chàque. révolution: nouvelle en Europe. : L

Cependant, à peine avaient-ils’ fait deux ‘pas daps la vie qu'ils s'apercevaient de leur immense erreur. Dès 1852, is publiaient un nouveau journal. Ils abandonnaient l'Avenir aux énergumbnes et cher-

‘ chaient dans le nouveau journal le Pa ys, Sans toujours la. trouver, il

est vrai, la voie nouvelle que devaient suivre les amis de la liberté

. sous la nouvelle constitution.

On né peut: aujourd’ hui, en relisant le programme de LAvenir, s empêcher de sourire; On ne peut 8 ‘empêcher de sourire, en retrou-

vant, .avec' un si. grand bon sens quelquefois, tant de propositions

absurdes ou impossibles. Il serait oiseux de repasser, une à une, toutes

les propositions incongrues que contenait le programme de. L'avenir.

J'en prendrai une au hasard: les parlements annuèls. Je ‘suis certain que chacun des jeunes réformateurs d' alors, qui esb arrivé aujourd’hui : 0 -

| Cm —

à la députation, est fermement d'opinion qu'une: élection: tous 165 cinq ‘ans’ est tout-à-fait suffisante. Et d'ailleurs, n'est-il pas manifeste que les parlements annuels sergignt une entrave constante à toute législation sérieuse, eb une source d'agitation en permanence ?

Cependant, le mal était fait. Le clergé, alarmé de ces allures qui | ne rappelaient que trop les révolutionnaires d'Europe, déclara de suite une guerre impitoyable au nouveau parti. La population anglaise, amie - de la liberté, mais amie de l’ordre, se déclara également contre le nouvear parti, et pendant vingt-cinq ans ce parti est resté dans :

l'opposition, bien que l'honneur lui rèvienne d'avoir pris l'initiative :”

de toutes les réformes àccomplies depuis cette époque. C'est vainement

qu'il demanda et obtint l'abolition de la: “tenuré seigneuriale ; c'est

vainement qu'il demarda eb obtint la- décentralisation judiciaire; c'est

| vainement que le premier il donna l'élan à l'oeuvre de la colonisation,

‘ces sages réformes ne lui furent pas comptées; c'est .vainement. que

| ces. enfants, devenus hommes, désavouèrent les entraînements de leur

jeunesse ; © "est vainement enfin que le parti conservateur comroit faute

* - sur, faute: la génération des libéraux de 1848 étaitéphesqu entièrement,

=: disparue de l'arène politique, lorsque commença oindre l'aurore

d’un jour nouveau pour le parti libéral. Depuis ce temps de nouvelles

accessions ont été faites au parti; des idées plus réfléchies, plus calmes, |

y ont prédominé; quant à l’ancien programme, de toute la partie sociale, il ne reste plus rien du tout, et, de la partie ‘politique, il ne

reste que le principes du parti, libéral d'Angleterre. |

Pendant ce temps, que faisait l'autre parti? Lorsque la scission: .

SE à dpinong at M: Läfontaine fut devenue complète, la fraction ;

# du par i hbéral qui-suivit M. Lafontaine, finit, après quelques tâtonà nements, par s'alller aux fories du' Haut-Çanada ; alors, au titre de : libéral qu'elle rie ouvait ou n "osait pas encore avouer, elle ajouta

Là celui de conservatlur Le nouveau parti se donna le nom de ‘Hbé- ‘

. xal-conservateur. -Quelques années s’écoulèrènt, et de nouvelles mo-

difications” sur vinrent; le nouveau parti abandonne entièrement le titre

de libéral, eb ne.s’appela plus que le parti conservateur. Quelques ..

années s'écoulèrent encore, de nouvelles modifications’ survinrent :: je

. ne sais plus de quel nom nous appelons ce parti. Ceux qui aujourd'hui

“semblent y tenir le haut du pavé, s'appelleront eux-mêmes le païti.

à ultraimontain, le païti catholique. Ses principes se sont modifiés comme

son nom. Si M. Cartier revenait aujourd'hui sur. la terre, il ne recon-

naîtrait plus son parti. M. Cartier était dévoué aux principes de la.

constitution anglaise. Ceux qui aujourd'hui, parmi ses anciens partisans, tiennent le haut du pavé, repoussent ouvertement les principes de la ‘constitution anglaise comme une concession à ce qu’ils appellent l'esprit du mal. Ils ne comprennent ui leur pays, ni leur. époque. Toutes leurs idées sont valquées sur celles des réactionnaires de France. Ils 8e passionnent pour Don Carlos et le comte de Chambord, comme les libéraux 8e passionnaient pour Louis Blanc et Ledru-Rollin. Ils crient: vive le roi! comme les libéraux criaient: vive la, république ! En parlaut

de Don Carlos et du comte de Chambord, ils affectent de ne jamais

dire que Sa Majesté le roy Charles VII, Sa Majesté le roy Henri V,

tout comme .les libéraux, en parlant de Napoléon HI, ne. disaient”

jamais que M. Louis Bonaparte.

Certes, je respecte trop l'opinion de’ mes adversaires pour leur’

| lancer jamais aucune injure; , mais je leur fais le reproche dé.ne comprendre ni leur époque, ni leur pays. Je. les accuse. de’ juger ‘la situation politique de notre pays, non pas d'après ce qui s’y passe, mai d’après ce qui se passe en France. Je les accuse de vouloir introduirb .ici ‘des idées dont l’ application serait impossible- dans notre état de société. Je. les accuse de travailler laborieusement, et par

malheur trop efficacement, à rabaisser là religion aux simples pro-

portions d'un parti politique.

‘C'est l'habitude, dans le parti de. OS adversaires, de nous accu-

‘ser,. nous libéraux, d'irréligion. Je ne suis pas ici pour faire parade

de mes sentiments religieux, mais 'je déclare que j'ai trop de respect : pour les croyances dans lesquelles. je suis né ‘pour jamais les : faire .

servir de base à. une organisation politiques .

- Vous voulez organiser un, parti catholique. Mais n’avez-Vous pas songé que, si vous aviez le malheur de réussir, vous attireriez sur votre pays des calamités dont il est ‘impossible de prévoir | les con- ” séquences ? '

Vous voulez organiser ions | Jes catholiques comme un seul parti, sans autre lien, sans autre base que la communauté. de religion, mais n’AVez-VOuSs .pas réfléchi que, par le fait même, vous organisez la ‘population protestante comme un seul parti, et qu ‘alors, au lieu de Ja paix et de l'harmonie qui existent aujourd'hui : entre les divers ‘éléments de la population canadienne, vous amenez la guerre, la ‘guerre religieuse, la plus terrible de toutes les guerres ?

Encore une fois, conservateurs, je vous accuse à la face du Canada de ne comprendre ni votre pays ni ‘votre époque.

’ : K€ Nos adversaires nous font encore un reproche; ils nous reprochent d'aimer la liberté, et ils appellent l'esprit de liberté un

‘principe dangereux et subversif.

Est-il quelque raison à ces attaques? Aucune, sinon qu'il existe en France un groupe dé catholiques qui poursuivent la liberté de Jeurs im-

précations. Certes, il n'y & pas en France que des ennemis de la liberté:

qui la regardent avec terreur. Les amis lés plus arderits de la liberté,

la contemplent souvent avec le même sentiment. Rappelez-vous* le:

dernier mot de Madame Roland. Elle avait ardemment aimé la liberté, elle l'avait appelée de tous sés voeux, et.s0n dernier mot est.ce mot

| Hävrant: “ O liberté, que de crimes on commet en ton nom! , Com-

bien de fois les mêmes paroles n'ont-elles pas éfé répétées aussi sin-

| cèrement, par des amis aussi sincères de la Hberté! ; Je conçois très bien, sans cependant les partager, les sentiments de ces Français qui, regardant ce que'là liberté leur a coûté dé lar-

mes, de ruines et de sang, appellent quelquefois pour leur pays un

despotisme vigoureux: je conçois leurs aïathèmes: mais que ces ana-

thèmes contre la liberté soient répétés parmi nous, c'est ce “que je ne saurais comprendre.

Eh quoi! c'est nous, race conquise, qui irions maudire la liberté ! -

Mais que serions-nous donc sans la liberté}. Que serions-nous mainte-

nant, si nos pères avaient eu les mêres sentiments que les con-. --servateurs d'atjourd’ huï? Serions-nous autre chose qu'a use race de - pariasŸ . " N ee ; :

y avoue bien que la liberté, telle’ quelle a été généralement comprise et pratiquée er France, n'a rien de séduisant. Les: Français - “ont eu le nom. de la liberté, ils n "ont pas encore eu la liberté. Un de leurs poètes, Auguste Barbier, nous'a donné une idée assez exacte ‘de la liberté qui a quelquefois passé en ‘Fraïce, et: qu’ on à vue pour la dernière fois à l'oeuvre on 1871: pi la représente comme unê femme.

Alfa voix rauque, aux durs appas D Qui, du bran sur:la peau, du feu dans les prunelles, . ;, ‘ Agile et marchant à grands pas, Se plait aux cris du peuple, aux sanglantes mélées,

Aux longs roulements des tambours,

r À l'odeur de la poudre, aux lontaines volées .

Des cloches et des: canons sourds: : L

Qui ne prend ses amours que dans la populace, Et ne prête son large flanc

Qu'à des gens forts comme elle, et qui veut qu'on V'embrasse Avec des bras rouges de sang.

77 — | Si la liberté était bien cette virago sinistre, je comprendrais les anathèmes de nos adversaires, et je serais le premier à m'ÿ associer. Mais co n'est pas la liberté. Un poète anglais, Tennyson, a chanté la liberté, la liberté de son pays et du nôtre. Dans son poëme Jn Memorigm, Tennyson s'adresse à un ami qui lui demande, pourquoi il ne

va pas chercher, dans les îles: des mers du sud, un climat plus doux,

et pourqnoi, malgré sa santé altérée, il persiste à rester sous le ciel

brumeux de l'Angleterre. Et le poète lui répond :

It is the land that freemen till, That sober-suited Freedom chose, The land “here, girt with friends or foes, oo À men may ‘spèak: the thing he will; 7 | À land of settled government, . À Jand of just and old renown, Where Freedom - broadens slowly down, From precedent to precedent !

Where faction seldom:gathers head :

But by, degrees to fulness wrought, The strength of some diffusive thought - à Hath time end space to work and spread.

. Le poète répond à son ami a il ne veut t pas s'éloigner de l'An-

gleterre, parce que : ce ;

C'est la terre des hommes libres, c ’est la lors choisie par. l liberté calme * et modérée, où, qu'il.soit environné d'emis ou ennemis, un homme peut dire ce ‘qu’il. veut dire. - Une terre d'un gouvernement; stable, ‘une erre d'un juste ét antique renom, y la liberté .s’épand lentement de précédent en précédent. . Où les factions lèvent rarement la tête, où la force de toute pensée : féconde, s'élâvant par degrés jusqu” à la maturité, 8 Je temps eb £ l'espace pour se développer.

Ÿ elle est la liberté dont nous jouissôns, telle est la liberté que nous fléfendons et que. nos adversaires attaquent sans la comprendre, | et al en en possédant les bienfaits. Jean- “Baptiste Rousseau O0». dans

inepte ik piété:

() 'orateur a ici confondu J, B. Rousseau avec Lefranc de Pompignan; mais les deux grands lyriques sont si souvent cités ‘côte à côte dans les recueils de dittérature, qu'on peut aisément pardonner ce qui pro quo au conférencier, qui citait de: mémoire. . en

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