109 — LETTRE À UN CURÉ
Evéché de Rimouski, : 12 juin 1896.
Mon cher monsieur, |
Je m'empresse de répondre sommairement aux questions de votre
lettre du 9 de ce mois, reçue hier dans la matinée (1)... Un curé peut et doit prêcher l'obéissance dûe aux évêques dans
la présente campagne électorale et rappeler aux électeurs catholiques, ,
qu'ils sont tenus en conscience à voter pour le candidat qui donne les plus sûres garanties qu'il appuiera en chambre la loi remédiatrice ac-
. ceptée par les évêques. Le mandement collectif des évêques proclame cette obligation pour les catholiques (?). Faites leur comprendre qu'ils
évêque use de son dioit de l'interpréter à sa manière, et surtout dans la pratique d'une manière différente. Les besoins de diocèses limitrophes dans ane province aussi homogène que la Province de Québec sont-ils si différents qu'ils demandent des interprétations différentes d'un même document, Cela parait singulier que les catholiques d'un diocèse ne puissent voter en conscience pour M. Laurier ou ses candidats, à moins que certaines paroles n'aient été retirées publiquement, tandisque les catholiques d'un diocése voisin ne sont pas soumis à cette obligation; et-pourtant M. Laurier est un homme public, également connu dans tout le pays. Ne s’expose-t-on pas à jeter le trouble et la confusion dans les esprits? Aussi, c'est ce qui est arrivé. De ce document, si sage dans ses vues générales, on en a fait, dans plusieùrs endroits, en voulant le plier à des exigences particulières, un instrument de division. ‘
.() Cette lettre a circulé dans les. presbytères du diocèse de Rimouski pendant
. les dix derniers jours de la campagne électorale. Les points de suspension rem-
placent quelques mots, par lesquels Mgr Blais demandait au curé à qui cette lettre était adressée, de la lui renvoyer, parce qu ‘il n'avait pas eu le temps d'en garder une copie,
(). Le Mandement collectif ne renferme. pas ces sept mots-la loi remédiatrice acceptée par les évêques. Dans tous les cas, il aurait été plus juste de dire une loë,
. La loi laissait supposer qu “il s'agissait de l'acte réparateur présenté à la dernière session par. Je gouvernement Tupper. ‘Du reste, c’est ainsi que le comprenait :eb |
*’lenseignait à son peuple Mgr Blais, En effet, il dit plus loin; dans cette même : lettre: “ on ne doit pas wofer pour ces candidats-là, surtout lors ils ont déjà réfusé . de voter. pour la loi remédiatrice acceptée per les ébêques. » "OéiFa' x avait eu qu'u que seule, loi remédiatrice pour laquelle on avait pu refuser de voter, c *était l'acte répé-
rateur de M. Tupper. Donc.
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ne peuvent, pas s'y soustraire. Dans une question religieuse comme : celle dont il s’agit, il n'appartient pas aux laïques, qu'ils soient partisans’ de M. Laurier ou que ce soit Laurier Ini-même d'indiquer d’autres moyens (?) ou d'autres limites pour régler cette question. Un électeur qui est sincèrément ‘catholique et qui veut obéir ‘aux évêques ne peut pas dire sans pécher gravement, eb se rendre indigne des sacre-
ments: “ C’est mon opinion qui est de même — Je dois voter suivant'ma
conscience , et ne pas suivre le mandement des évêques, cette opinion est coupable, et cette conscience est fausse. L'opinion vraie, la con-
: science juste, sont l'opinion et la conscience du catholiqué qu : se met
audessus de l'esprit de son parti eb qui vote pour les évêques” ‘êt avec les évêques (?), suivant leur mandement. L’ opinion personnelle d'un. électeur n'est pas sa bonne conscience, si cette, opinion n'est pas con-,
‘forme à ce que les évêques veulent et demandent ‘äans leur mande-
ment. Les évèques ‘sont les senls interprètes officiels de leur mandement (#) et ils veulent que les catholiques donnent :leur vote aux candidats ‘qui donnent des garanties certaines que la question des écoles
du Manitoba sera sûrement règlée conformément à leur mandement.:
IT. C'est agir contre la direction des évêques que de dire:, Obéissons à la lettre des évèques et votons suivant la conscierice ne
cuper qu'il ait pris l'engagement public, formiel et solènnel ‘de voter à son four en chambre ‘pour une loi réparatrice, accoptée par les évè-” ques. Jusqu'ici les déclarations de Laurier ne sont pas suffisantès”ni complètes (4) et ses partisans qui ne promettent pas ‘plus genre estent
f () Certainement dans une question de cette nature, il ‘appartient à l'évêque
d'indiquer le but où il convient d'arriver, mais, pour le moyen constitutionnel y
arriver, le laïque ne pourrait-il pas aussi: avoir son petit mot à dire? “Sans. cela
le député catholique dans cette ‘question purement politique ne serait ‘plus du A
commencement à la fin qu’une machine à voter dans les mains d'un facteur qui ‘ n'aurait pas été élu au parlement: l'Eglise n’a jamais prétendu s' arroger te pouvoir. (*) En lisant ces lignes, on dirait que les Evêques . ont, ou ont eu, devant: x les Chambres une loi présentée au nom ‘de tous par l’un d'eux ou paæ um man . ; dataire autorisée, or (6) Très vrai, mais quand ils n'ont pas la même. manière d'interprétér le “ même mandement? N'est-ce pas pénible, pour la conscience catholique, de voir ‘que Ia même chose est péché’ grave sur la Rivière-aux-renards (Rimouski), et n'est pas même péché véniel sur la Rivière-à-la-graisse (V alleyfeld). (*) M. Laurier avait ait à S..Roch: “ Que l'on ne se méprenne pas sur mes .# intentions ; je veux que la minorité du Manitoba obtienne justice entière. C'est
‘ dans- 16 vaguo et ne donnent pas aux évêques l'assurance voulue que de question-religiense des écoles du Manitoba sera sûrement réglée par eux, on ne doit pas voter pour ces candidats là, - -surtout lorsqu'ils
ont déjà refusé. de voter pour | la loi remédiatricé acceptée par les évéques (. ue
IL. Tout le monde doit savoir que Mgr Guay n'est pas évêque ét : ne peut être considéré comme évêque, il est un prêtre qui n'exérce point le ministère des âmes, et s'il parle ou écrit autrement que les évèques sur la question des écolés du Manitoba, s'il veut favoriser son parti politique, fl manque à son devoir et à sa dignité de prêtre. Ses paroles ou ses écrits sont Alors un scandale, et il ne doit pas
être écouté. Il n'a aucune autorité dans la présente question religieuse
des écoles du Manitoba, il: n ‘est. alors qu'un partisan libéral condamné. 1. IV. Les électeurs CA Peuvent pas donner en sureté de conscience, leur vote à un -candidat qui se contente de dire comme Fauvel, qui a déjà voté contre la loi rémédiatrice : Je suis en faveur des
écoles séparées, Je soutiendrai que justice soit rendue à la minorité, catho-
lique du Manitoba (?) et qui n'ajoute pas: par une loi rémédiatrice
. accépiée par les évêques, et même après cette déclaration complète dé la part.de M. Fauvel, les électeurs ont encore le plein droit de choisir ‘
l'autre candidat, qui appartient au parti politique opposé, dont les
” chefs ont déjà combattu sous la bannière des évêques (?), et qui ont
“un principe écrit en lettres “d'orfêins le programme de mon parti, qu'il faut “ respecter les droits des minorités. Si le peuple du Canada me porte au pouvoir,
“ comme j'en ai la conviction, je règlerai cette question à à la satisfaction de toutes
# les parties intéressées... Et puis, en fin de compte, si la conciliation ne réussit ‘ point,. j'aurai à exercer ce recours constitutionnel que fournit ls loi, recours que “‘j'exercerai complet etentier. , Alors on ne trouvait pas les promesses de M. Laurier
assez formelles ; aujourd'hui on l'accuse d'avoir manqué à ses promesses formelles ! (?) Il n'y a pas eu de loi acceptée-pur les évêques. Les évêques {nous ne
“disons pas. quelques évêques, mais les évêques) n'ont. jamais fait connaître qu'ils. avaient accepté comme règlement nécessaire et indispensable .de la question, la |
loi remédiatrice à laquelle il est fait allusion ici, cest-à-dire la loi du gouvernement
- Tupper, Une pareille intimation, si importante, si pleine de conséquences, ne peut
pas être servie, sous le couvert de paroles vagues que chacun peut interpréter à sa manière. -
(?) Pourtant le Mandément collectif n'en demandait pas davantage : .* C'est pourquoi, N.T. C. F., tous les catholiques ne devront accorder leur suffrage qu'aux candidats, qui s'engageront formellement et solennellement à voter, au Parlement,
. en faveur. d'une législation rendant à la minorité catholique du. Manitoba les drojts
scolaires qui lui sont reconnus par l’Hon. Conseil Privé d'Angleterre, , à (5) La métaphore n'est pas heureuse; chez plusieurs elle réveillera l'idée de
€ — 12 — ' inscrit: à la tête de leur programme, dans la présente campagne électorale, qu'il réglerait la question religieuse. des écoles du. Manitoba suivant la demande et le voeu des évêques (À). Bien plus, si ces électeurs catholiques veulent être sérieusement. prudents et franchement obéissants aux évêques, ils se feront un devoir de voter contre le candidat Jibéral (?). ù | | V. Le mandement des évèques esb un guide éclairé et autorisé * des consciences sur le règlement de la question des écoles dû Mani- . toba, il demande justice en faveur de la minorité catholique injustement et cruellement dépouillée du droit qu'elle avait à cès écoles’... séparées, eb il commande aux catholiques de ne voter que pour des candidats franchement disposés à appuyer le'chef du parti politique qüi s'ést engagé à rendre cette justice sans restriction comme le AN lent- les évêques. Voilà mes réponses à vos questions, vous pourrez en. Aire un .usage prudent, éclairé, discret, et impartial, que vous : jugbres nécessaire ef utile et que Dieu vous soit en aide. “ = Les électeurs doivent compréndre que par leur vote ils doivent | aider les évêques à faire règler par des moyens sûrs la question reli- , #*. gieuse des écoles du Manitoba (?).
. Votre tout'dévoué en Notre Seigneur, # Ÿ AwDRé AcBERT | Evêque de # Germain de Rimouski. °
savoir. si c'est bien M. Tupper! M. Foster, M. Montague et M. Me Donald qui ont \ combattu sons Ja bannière des évêques, ou si, ce ne sont pas quelques éréqnes q qui ÿ . ont combattu sous la bannière de ces cliefs politiques. . () Nous nions formellement que le grand chef Tupper ait, inscrit une telle : promesse‘ “dans son progratime, eb son programme est le seul.qui soit le programme ° du Gouvernement. (Poir au N° XVI, le discours de M. Tupper à Winnipeg). Quand : le peuple constate que l'on peut faire une pareille erreur en une matière aussi- ‘sérieuse, n’est il pas justifiable de n'avoir pas üne confiance illimitée dans la direction politique d'un prélat, distingué du reste, mais qui. n’est. pas’ suffisamment ” au'courant de ce qui se passe dans le monde gouvernemental. L’inconvénient: est que dans ces directions la note politique et la. note religieuse sant tellement mariées, comme à dessein, que les âmes simples ‘et droites se trouvent presque“! dans l'alternative ou de manquer d'obéissance à à leur supérieur ecclésiastique ou de: sâcrifier leurs justes droits à la liberté civique. :. mer (es) Quoiqu' il fasse, M. Fauvel:est toujours .certain d'é tre condamné, goit par la conscience, soit par l prudence. Suivant cette direction, si tous les ‘électeurs eusseut été prudents, il ne serait plus” resté en chambre un seul libéral, et une: roue nécessaire aurait manqué aù fonctionnement de la. constitution! + " (8) Voilà la vraie note, :ce. naüs semble. :. : onu LE