‹ Documents pour une biographie complète de Jean-Baptiste-Amdré GodinChapitre 4 sur 36 · GondndoDB · texte numérisé non relu

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Rassemblons , à titre de conclusions , les principales données de cette étude.

La Science expérimentale se rapproche du principe d'unité par la vérification de la double action des lois de causalité et continuité.

Par évolution graduée , les modes matière peuvent arriver à un mode unitaire : état corpusculaire, où la substance chimique trouve une équivalence physique : loi de continuité et loi de causalité, puisqu'on saisit ainsi dans l'efifet la fonction continue de la force ou cause et que la force ou cause révèle un principe de diversité d'action.

Les modes substantiels sont donc, entre eux , à la fois continus puisque Tun peut passer à Pautre et distincts par leurs relations de principe , cause , effet.

C'est la synthèse à la fois mathématique et dynamique expérimentalement démontrée en ce qui concerne le mode proprement dit matière.

Expression de force ou cause et d'un principe déterminant 9 le monde phénoménal n'est donc pas chose en soi ; il est le résultat d'un idéal de finalité.

La représentation môme en nous (êtres phénoménaux) des principes purs de la connaissance — principes illimités dépassant l'expérience et ayant l'expérience pour objet — nous porte à concevoir que cet idéal de finalité est l'idéal même d'expérience ou d'usage de la raison pure.

Mais une telle conclusion, tout en nous conduisant au concept de l'Incréé ou Absolu, ne nous révèle point ce qu'est l'Absolu , ni même , relativement au concept de l'Être en soi , la nécessité de l'idée d'Usage de la raison pure comme principe conditionnant la réalité phénoménale. Pour saisir une telle nécessité, il faudrait sortir de l'univers conditionné, ce que nous ne pouvons faire.

Tout conditionnement supposant l'Inconditionné nous pouvons, seulement, nous expliquer à nous-mêmes notre propre existence par l'objet final , évident , de la représentation en nous des principes purs de la connaissance : soit l'expérience , le travail , l'harmonie des rapports dans chaque système pris individuellement, dans les groupements de systèmes et dans l'universalité de l'Idée.

Par la représentation en nous du principe d'unité synthétique d'aperception à pWon, parles intuitions pures : temps et espace , par les concepts purs de l'entendement ou catégories, nous sommes à la fois objets

d'usage ou d'expérience (systèmes) puisque des forces constitutives s'équilibrent en nous, et instruments d'action ou de travail dans le milieu (système) auquel nous sommes reliés. Par l'idée d'usage de la raison pure comme substance ou principe do l'unité Naturelle , l'univers phénoménal est rattaché à l'Incréé, l'Être en soi, l'Absolu.

Qu^un lien de valeur objective rattache le conditionné à l'Absolu et qu'une puissance illimitée soit — dans les conditions voulues — à la disposition du relatif, c'est ce que vérifie la chimie dans les opérations de synthèse : La puissance du savant est illimitée lorsqu'il agit dans le sens des lois naturelles.

La liberté morale impossible si les phénomènes étaient des choses en soi — puisqu'alors cette force même appelée liberté rentrerait sous des conditions qui la détermineraient dans le temps — se révèle , au contraire , comme cause déterminant les phénomènes d'après les lois empiriques , dans le système de finalité.

En l'Idée d^usage de la raison pure comme principe d'unité évoluent tous les instruments d'usage ou valeurs de fonction possibles ; en elle, ces valeurs se classent , s'utilisent , se développent , se modifient , passent — relativement à elles-mêmes — par des accroissements ou diminutions qui n'aflfectent point l'ensemble ; Idée de Tusage de la raison pure ; bien que ces modifications soient d'intérêt capital pour les systèmes euxmêmes.

La filiation précise, graduée, fatale des transformations d'états d'équilibre matériel dans les synthèses chimiques sont un exemple — les lois étant universelles — de notre propre mode d'évolution.

De même que le chimiste , selon le but qu'il poursuit, dispose des circonstances au point de départ de ses opé-

rations y ainsi nous disposons de nos forces intellectuelles et autres au point de départ de nos actions.

Selon notre orientation librement prise ou vers Fidéal d'Unité : subordination de nos actes au bien général ; ou abstraction faite de cet idéal vers notre satisfaction simplement personnelle , au détriment s'il y a lieu de l'ensemble auquel nous sommes rattachés, nous gagnons ou perdons graduellement , fatalement — relativement à nous-mêmes — en valeur de fonction.

Tout phénomène étant l'expression de Tintelligible c'est dans l'intelligible d'un système donné, dans la causalité|de l'intelligible que s'opère la perte ou le gain.

Notre ascension ou dégradation morale évolutive, graduée , dépend donc de nous-mêmes. Nous valons selon ce que nous aimons , selon ce que nous cultivons dans l'intime de notre pensée et sommes utilisés en conséquence dans la Vie ou champ de travail universel.

Une inéluctable sanction est donc attachée à tout acte conscient.

La relation dynamique de cause à effet existe nécessairement, mais aucun phénomène n'est nécessaire en tant que phénomène; aussi n'a-t-il pas de durée et s'efface-t-il évolutivement selon les lois empiriques, pour faire place, par les mêmes lois , à Tétat phénoménal successif, expression de l'état causal.

Les phénomènes de naissance, nutrition, croissance, réparation, génération, régénération, mort, etc., ne sont que des a'spects de l'évolution incessante qui est le propre des êtres conditionnés. La pensée d'un anéantissement de valeur intelligible de fonction , au moment du rejet en bloc du corps matériel (phénomène de mort) n'est pas plus fondée que celle du stationnement indéfini d'une telle valeur dans un paradis ou enfer quelconque à l'occasion du même phénomène; stationne-

ment imaginé, du reste, à peu près exclusivement pour Fhomme, tandis que ce sont des lois universelles qu'il faut voir en action dans tout l'univers conditionné.

Autonomie des éléments dans chaque système, petit ou grand, et subordination des éléments au bien de l'ensemble ; phases d'évolution pour tout système ; relations des systèmes entre eux en vue de l'unification par eux de champs de vie de plus en plus étendus : tel est le mode d'exister, telle est la vie de tous les éléments de l'univers conditionné.

Le concept d'éternité n'est applicable à aucun de ces éléments, puisque l'éternel est abstrait du temps et que les êtres conditionnés évoluent dans le temps ; mais on conçoit aussi que l'ascension du conditionné vers l'absolu ne peut être qu'illimitée : cette ascension ou tension est la source même de vie pour tout élément conditionné. Le lien entre les individus à travers les évolutions phénoménales , c'est l'entretien d'un même amour du travail, d'un même idéal de vie.

Saisie dans son principe d'unité, la réalité phénoménale ne peut, un seul instant, être envisagée comme système abandonné à soi-même. La Science, nous a dit M. Poincaré, cherche le mode de compensation à la dégradation d'énergie constatée dans le système solaire, et croit être sur la voie. La découverte n'est évidemment qu'une question de temps et d'effort.

Nous ne pouvons clore ces pages sans indiquer une théorie dont l'étude est appelée par tous ces travaux et qui en facilite une vue d'ensemble. Cette théorie est celle des degrés continus ("expression de la loi de continuité) et des degrés discrets ou distincts (expression de la loi de causalité), exposée par Em. Swedenborg dans son volume : < La Sagesse angèlique sur le divin Amour (1). >

(1) Dépôt de livres de la Nouvelle Jérusalem^ 12, rue Thouixif Paris-

M. H. Poincaré, dans son Mémoire, nous a signalécommentle savant — à mesure du développement des moyens d'investigation — trouve le complexe sous le simple ; puis arrive de nouveau à iine simplicité sous laquelle le complexe se révèle encore et ainsi de suite. C'est qu'indéfiniment l'unité s'exprime par causalité et continuité , soit par séries de degrés : P Continus , 2® et en même temps distincts ; autrement dit degrés où les états substantiels sont entre eux dans les relations de principe, cause, effet: le dernier de chaque série, l'effet étant fonction de principe dans la série immédiatement descendante.

Quand on arrive à la fonction principe d'une série, on y saisit une simplicité relative ; mais cette fonction est l'effet (donc complexité) de la série immédiatement ascendante ; série dont bientôt la Science s'empare à mesure de la pénétration de ses moyens d'étude.

Dans l'effet dernier, mode matière, la Science a saisi, avons-nous vu au cours de ces pages, la fonction continue de la cause, mode force, CJ.-J. Thomson et autres savants) et dans le mode force elle a montré une causalité supérieure, un principe de diversité d'action (attraction ou répulsion chez l'atome d'électricité. Lord Kelvin).

Autre exemple : Dans l'être phénoménal, Kant nous a indiqué une même série de degrés, soit le caractère empirique, schème sensible (fonction continue) du caractère intelligible lequel, « avec sa causalité > : raison, est en dehors de la série phénoménale.

Ce sont là des exemples de séries de degrés : principe, cause, effet.

Mais ce n'est pas tout :

Le concret ou l'effet sous un mode quelconque récelant en lui cause et principe, ou si l'on veut étant la fonction continue du principe par la cause, est en outre

influencé par le jeu des systèmes qui lui sont extérieurs, de même qu'il influence ses éléments constitutifs. Il faut donc concevoir que des séries indéfinies de degrés continus et distincts se présentent non seulement en ordre simultané dans tout phénomène, lorsqu'on pousse vers Fintime du phénomène ; mais encore qu'elles se présentent en ordre successif lorsqu'on embrasse les actions réciproques des systèmes dans Tensemble de l'univers. Le tout se résumant dans le mot Vie ou Usage de la Raison pure.

De cette théorie trop complexe pour être agitée davantage ici, nous avons déjà dit un mot au cours des présents Documents biographiques, à l'occasion de l'œuvre didactique de Brook-Farm (1), Etats-Unis.

Finalement, toutes les données rassemblées en ce chapitre se résument — au point de vue de la morale pratique — en un idéal de vie et de travail dont l'accord parfait avec les conclusions de Jean-Baptiste-André J Godin sera évident pour le lecteur. Donc, la Science nous a fçurni ce que nous cherchions : l'appui auquel aspirait J.-B.-A. Godin dans ses conclusions philosophiques et sociales.

Terminons en signalant que la Rev^ue générale des Sciences pures et appliquées (2) avait signalé — dès le mois d'août 1900 — c'est à dire aussitôt la tenue du Congrès international de Physique < l'importance actuelle et la haute portée philosophique de l'œuvre qui venait d'être accomplie. »

(l)l«rvol. Chap. XVI, sect. 9«, p. 233 à 243.

(l) N« du 15 août 1900, p. 915. — Editeurs : Armand-Colin, Paris.

Règle morale pratique. A la recherche de la véritable organisation du travail industriel. Etat de Tindustrie chez Godin en 1856. Rôglements d'ateliers, participation aux bénéfices et fonds de secours mutuels.

Se considérer comme élément d'un système ; se gouverner soi-même en vue du bien de Tensemble; se prêter à toute mesure tendant à baser, pour chacun, Pexercice du droit sur le devoir accompli, c'est-à-dire à maintenir chacun, par l'organisation môme de la responsabilité individuelle, dans la voie la plus utile au bien collectif : telle est la loi d'ordre pratique indiquée par les enseignements de la Science.

Quels furent les efforts de Godin pour traduire en faits cet idéal de morale pratique dont il était si hautement animé , et quelles leçons ressortent de ces efforts mêmes : c'est ce que nous avons à voir maintenant.

Dès 1855 , Godin , à propos de la tentative faite à Réunion, Texas, fournissait à ses amis ces indications : < Etablir (1) les choses de façon à ce que chacun se sente à l'aise , maître de ses mouvements et à ce qu'il endosse , en même temps , autant que possible , toute la responsabilité morale et matérielle de ses axâtes. > Il signalait comme « œuvre indispensable la nécessité € de rétribuer le plus grand nombre possible des mem- « bres de la Société, en raison de l'importance des bé- « néflces de chaque spécialité de travail.

« Il faudrait >, disait-il, « une comptabilité telle- € ment organisée qu'elle rendît compte des frais et des € produits de chacune des divisions et subdivisions du

(1) l«r vol. , chapitre XU , p. 559 à 563.

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