Organisation politique et administrative. EgaUté
de l'homme et de la femme.
(f Le fait de l'association intégrale étant admis dans la commune, le travail et les fonctions se divisent et s'organisent pour le plus grand avantage de l'association. Les bandes de travailleurs se composent ; les groupes se forment pour chaque branche de travail, et délibèrent sur l'ordre et l'exécution de leurs travaux : les agriculteurs se concertent sur les cultures ; les Jardiniers, sur les potagers et les vergers ; les charpentiers et les maçons, sur les constructions ; les artisans, sur la fabrication des meubles utiles ; les fabricants, sur l'amélioration des produits de la fabrique, etc.
» Les sociétaires reconnaissent bientôt le mérite particulier de chaque individu dans les divers travaux auxquels il prend part : l'adresse, la capacité et le talent s'établissent aux yeux de tous, et la hiérarchie se forme par degrés de savoir et de mérite reconnus par les membres coopérateurs.
» Chaque spécialité de travail nomme ses chefs immédiats, de sorte que l'individu qui pratique différentes branches d'industrie émet son vole dans chacune d'elles.
» Au jour de l'élection, chacun arrive avec la con- •naissance des mérites qu'il a pu apprécier au milieu des faits pratiques : chaque . capacité est reconnue pour ce qu'elle vaut dans chaque genre de travail; les grades
elles directions se décernent ainsi à ceux qui en sont dignes.
)) Le suffrage porte avec lui sa bienfaisante vertu dans l'organisation du travail ; l'élection devient le mode général de promotion à toutes les fonctions ; elle n'est plus seulement un rouage politique, elle devient un rouage social: c*est bien le gouvernement du peuple par le peuple lui-môme l Tel l'a pensé Pourier.
» N'y a-t-il pas là des vues remplies de conséquences considérables, et grosses de pacifiques progrès dans l'organisation industrielle et politique des nations?
» Le vote, tel que le conçoit Fourier, n'est plus livré aux chances du hasard, de l'ignorance, de l'indifEérence ou de la eaptation ; le vote ^'exerce dans les limites où chacun est apte à le bien pratiquer, et intéressé à un bon choix, à une bonne Justice distribitive
» Mais si Ton conçoit que le membre attaché à une spécialité de travail soit apte à donner son vote à celui qui peut le plus habilement diriger les coopérateurs de la spécialité, il n'en est plus de même lorsqu'il s'c^git d'un vote d'ordre supérieur, comme par exemple celui qui concerne la direction générale des rapports des diverses spécialités entre elles, ou des intérêts généraux de l'Association.
» Fourier prétend qu'ici les connaissances de l'électeur doivent s'élever d'un degré ; il faut qu'elles lui permet: tent de distinguer, parmi les sociétaires, les mérites hors ligne dans l'ensemble des spécialités que renferme l'Association. C'est aux chefs élus par chaque groupe de travail et d'industrie que revient alors cette élection de second degré : désignés comme les plus capables dans chaque fonction de détail, il leur appartient de désigner, à leur tour, les plus savants, parmi eux, pour diriger l'ensemble des grandes divisions du Travail et des intérêts de l'Association.
» La hiérarchie du vote s'établit donc sur la hiérarchie
de la capacité, et Télection des membres de la gérance de TÂssociation appartient ainsi aux chefs de division des diverses branches de l'activité sociétaire.
» Leur choix a toute chance d'appeler les plus ca^bles à ces hautes fonctions ; on conçoit difficilement que la sincérité du vote, unie à la hiérarchie des capacités, puisse conduire à un autre résultat ; mais en admettant que cela puisse fortuitement arriver, le vote en Association, fonctionnant presque en permanence, doit promptement redresser les erreurs de cette nature, parce que chacun est, pour ainsi dire, constamment jugé et apprécié par ses pairs.
» Ce mode d'élection concentré dans la commune sociétaire peut s'étendre dans son application.
» Dès que les hommes les plus intelligents, les plus instruits et les plus capables, sont arrivés à ta direct tien des Associations représentant un ensemble d'intérêts équivalant à ceux de nos communes actuelles, OB comprend que les Conseils de gérance et de direction de toutes les Associations d'un canton puissent se réunir à leur tour, pour élire les Conseils cantonaux ; les conseî-ls cantonaux se former en collège électoral pour conetituer le Conseil départemental ; et les conseils départementaux se réunir en conseil électoral régional pour élire les Conseils provinciaux ; ceux-ci éliraient alors les Conseils de la Nation ; chaque conseil nommerait dans son sein les membres qu'il trouverait dignes d*étre élus aux fonctions administratives reconnues nécessaires.
» On peut remarquer que le vote hiérarchique, tel qu'il vient d'être décrit, semble particulièrement embrasser le côté administratif à tous les degrés de l'échelle sociale. Le vote hiérarchique peut, suivant Fourier, servir aussi bien pour composer les Assemblées chargées de réformer nos codes et nos lois, que pour les Conseils chargés de gérer nos intérêts matériels. On
peut donc concevoir par ce procédé la formation d'Assemblées législatives, et même la création d'un Sénat des Anciens, préposé à la sanction des vérités sociales et à l'abrogation de toutes nos erreurs ; ce procédé de votatlon peut être appliqué à l'élection de tout corps délibérant.
» Fourier, faisant table rase de nos préjugés, reconnaît l'intégralité des droits de la femme à la gestion des affaires sociales.
» Quel admirable moyen, pour ceux qui veulent un élément pondérateur dans nos assemblées composées d'hommes, que celui d'établir un Sénat de femmes sorti de l'élection générale de la nation.
» Mais si ce système d'élection générale semble le plus naturel dans l'hypothèse de l'organisation prévue par Fourier, on le conçoit difficilement applicable dans notre régime industriel et social actuel.
» L'Association est la base fondamentale sur laquelle la démocratie sociale, sœur cadette de la démocratie politique, fait reposer ses principes d'organisation ; et c'est en ceci que les idées de Fourier méritent la plus grande attention, car si ces principes ne comprennent d'abord que la commune, leur développement embrasse le canton, puis le département, puis l'Etat, et la Constitution politique naît de la Constitution sociale.
» De rénumération que nous avons faite des points de la doctrine de Fourier, on peut conclure que s'il est tombé dans l'exagération de quelques-uns des principes qu'il a posés, il n'en a pas moins le premier signalé la justice et les conséquences du principe démocratique appliqué dans le travail et l'industrie. Le premier, il a établi le droit des travailleurs, de l'ouvrier et de l'ouvrière, au titre de sociétaires, ayant faculté, par la voie du suffrage, d'élire ceux et celles qu'ils affectionnent pour les guider dans la production »
Ceux de nos lecteurs qui ont suivi notre Etude de l'an dernier, iMr l'Essai de Représentation du travail au Familistère de Guise, par les Groupes, Unions de groupes et Conseils d'unions, penseront certainement que l'électeur en général est loin de posséder — à Tlieure actuelle— les connaissances et les mérites indispensables au bon fonctionnement du suffrage dans les faits du travail ; et qu'un énorme effort national éducatif est à accomplir pour préparer, si non la réalisation des vues de Fourier, du moins l'inauguration réclamée aujourd'hui du régime démocratique dans râtelier.
Le crible humain dont nous parlions plus haut (page 48) permettrait au suffrage de s'exercer sur une base nouvelle. Les électeurs pourraient toujours avoir devant eux un corps d'éligibles dont les capacités et les mérites auraient été, au préalable, véridiquement déterminés.
Reprenons notre esquisse :