II
^ VA communauté : c'est la proportionnalité, c'est l'associa-
tion.
)) L'ordre véritable doit se fonder sur la liberté et sur
l'accord des besoins naturels de la créature humaine, avec la diversité des productions de la nature, du génie et du travail de l'homme »
Page 61. « Si les hommes naissaient égaux, comme le veut le principe communiste, pourqmoi la communauté aurait-elle des directeurs? L'égalité du savoir et des vertus s'opposerait a ce qu'elle fit choix des plus capables ; car discerner la capacité chez les uns et l'incapacité chez les autres, ce n'est plus de l'égalité, et ce n'est plus de la communauté, — puisque les uns ordonnent et que les autres obéissent.
» La vie humaine .est autre chose que matière, et
pour que la communauté et l'égalité fussent un principe vrai, il ne faudrait pas seulement qu'elles existassent dans les faits matériels, elles devraient aussi exister dans les faits intellectuels et moraux »
Tout cela était senti, exprimé, discuté. Parallèlement au Communisme, le Saint-Simonisme s'offrait à l'attention des travaileurs.
« L'idée principale de Saint-Simon » a écrit Godin (Solutions sociales pages 51 et suivantes) « c'est la reconstitution du régime autoritaire sur de nouvelles bases.
» Il demande qne la direction politique, religieuse et administrative smt donnée aux savants, aux artistes et aux industriels ; il veut que la science et la capacité soient seules appelées dans les conseils du gouvernement, à la direction des affaires publiques et à la direction des affaires de l'industrie.
» Il croit que ces corps d'élite seront capables de réaliser la meilleure organisation possible des sociétés.
» Mais par quel moyen ? sur quelle base ? d'après quel plan ?
» Il le laisse à découvrir,
» On trouve bien dans ses écrits quelques affirmations comme celles-ci :
« Les intérêts généraux de la société, tant sous les » rapports physiques que sous les rapports moraux, » doivent être dirigés par les hommes dont les capaci- » tés sont les plus générales et les plus positives »
'« La meilleure organisation sociale est celle qui rend » la condition des hommes composant la majorité de » la société la plus heureuse possible, en lui procurant » le plus de moyens et de facilités pour satisfaire ses » premiers besoins. »
» Il signale bien qu'il y a urgence à procéder à rétablissement d'institutions ayant pour objet l'accroissement du bien-être et l'amélioration intejlectuelle, morale et physique de la classe la plus nombreuse ;
» Il affirme que le précepte :
(( Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'il vous fît, » est susceptible d'applications tout à fait neuves et infiniment plus précises ; mais ces applications, il ne les. indique pas.
» De pareilles aspirations sont incomplètes ; il ne suffit pas de dire que le bien est à faire, il faut en enseigner les moyens, et c'est ce que Saint-Simon ne fait pas
» Il ne suffit pas de dire qu'il faut s'aimer et s'entr'aider comme des frères ; la fraternité a son milieu nécessaire. Quand, de nos jours encorîî, on range les hommes en colonnes serrées, les armes à la main, pour s]5 détruire les uns les autres, c'est la haine et la guerre qu'on entretient parmi eux, et non le dévouement et l'amour qu'on éveille dans leurs cœurs.
» Les lois de la Fraternité, de la Justice et de l'Amour ne peuvent recevoir leur application que dans le milieu qui leur est propre.
)) Je me rappelle avoir entendu, étant ouvrier, circuler dans les ateliers de Paris ces aphorismes Saint-Simoniens :
» A chacun suivant sa capacité,
» A chaque capacité suivant ses œuvres,
» A chacun suivant ses besoins.
» Mais ces aphorismes ne comportaient en aucune façon la règle d'une répartition équitable ; ils n'étaient que l'expression de justes aspirations, venant fort à propos tempérer le Communisme égalitaire alors en vogue.
» Ils étaient un stimulant des idées propres à diriger les esprits vers la recherche et l'application de la justice distributive, mais j'avais besoin de données plus positives et plus arrêtées : je désirais la formule applicable de ces aphorismes, J'en cherchais les voies pratiques,
C*était dans le domaine des faits de la vie usuelle que je désirais trouver cette formule, et, à mes yeux, elle devait dériver d'une loi morale dont je ne voyais ni démonstration ni trace dans le Saint-Si monisme.
» Avec quelle impatience, je m'en souviens, j'attendis le jour d'un sermon dans lequel l'abbé Chatel avait promis de traiter la question du Bien et du Mal I Avec quel empressement, aussitôt ma journée de travail finie, je courus, du haut du faubourg Saint-Antoine au faubourg Saint-Denis, dans l'espoir de l'entendre résoudre cette profonde énigme.
» O désillusion 1 l'abbé Chatel parla de la philosophie, de la vertu des grands hommes, et je sortis de l'église catholique française avec le cerveau aussi affamé de la solution du Bien et du Mal que mon estomac l'était de DQon souper. Je retournai au faubourg Saint-Antoine, le long des boulevards, en mangeant des marrons pour donner un aliment au corps, en attendant l'aliment de l'esprit que je ne pouvais trouver »
« Le problème social, » dit encore Godin (Solutions sociales^ page 69) « est plus complexe que beaucoup d'hommes ne le pensent ; et ceux-là qui se jettent dans la mêlée des idées avec la prétention d'y apporter des solutions improvisées, sont loin, bien loin, de savoir tout ce qu'exigent les réformes sérieuses et véritables.
)) Une idée les domine, et souvent cette idée n'est qu'un point des mille côtés du problème dont vous ne pouvez leur montrer l'ensemble, sans que la confusion se fasse dans leur esprit; et le doute leur paraît alors plus simple à mettre en pratique qu'une étude sérieuse
par laquelle la vérité se dévoilerait à eux Ils vont
à l'aventure, espérant que l'ordre sortira du chaos, sans que l'intelligence en ait cherché, préparé et déterminé les moyens.
» Erreur. L'ordre est un fait du travail de l'esprit ; la
société ne se réformera que par la science ao(|uise des
lois véritables du progrès social, m
Au lecteur qui s'étonnerait de ne pas voir figurer ici à côté des Ecoles Saint-Simonienne et Communiste, l'Ecole phalansléri enne alors, aussi, en activité, nous rappellerons ceci : L'année qui nous occupe, 183i, est précisément celle ou la dite Ecole interrompit la publication de son premier journal : Le Phalanstère ; ce qui indique qu'elle avait alors peu d'écho dans le public. Il est donc tout naturel que rien du mouvement fouriériste ne fut, à cette époque, arrivé jusqu'au jeune Godin. Nous allons voir comment il en eut connaissance en 1842 ; puis reprenant — vu son importance — ce sujet dans un chapitre spécial, nous donnerons les grandes lignes de la théorie de Charles Fourier et ce qu'en accepta J.B.-A. Godin.
Poursuivant le récit de son existence, André Godin dit qu'il rentra au logis paternel en septembre 1837. Un bon numéro lui étant échu au tirage au sort, il ne fut pas soldat.
Il travailla dans l'atelier de son père en 1838 et 1839.
Qu'on veuille bien nous permettre ici une digression nécessaire au fond du sujet. La serrurerie était le métier principal du père de notre héros ; mais, à l'occasion, il fabriquait des poêles composés de tôle et de fonte commune. Cette branche de travail, accessoire pour Godin père pouvait, en y donnant les soins voulus, devenir l'occupation principale d'André Godin.
Celui-ci hésita quelque temps entre ces deux idées : Poursuivre la fabrication des poêles ou bien fonder une industrie nouvelle : la fabrication d'instruments aratoires, faucheuse-mécanique, etc.
Il en causait, non seulement avec son père mais avec un voisin dont nous aurons plusieurs fois occasion de parler : M. Lh. Ce voisin avait dix ans de plus
qu*André Godin, Il s'occupait d'industrie. C'était un homme d'esprit pénétrant, de sens très sûr. Ouvert à toutes les idées généreuses, M. Lh. sympathisait vivement avec André Godin. Il s'intéressait donc à ses plans d'avenir.
Après bien des réflexions, Godin abandonna l'idée de fabriquer des instruments aratoires, sentant quelle résistance opiniâtre lui opposeraient l'ignorance et la routine. Non pas qu'il craignît les obstacles, toute sa carrière devait prouver avec quelle constance il savait y faire face et les vaincre; mais il avait besoin de marcher à son but avec activité et il sentait que le combat contre la routine et l'ignorance entraînerait un temps considérable. Il se décida donc à poursuivre l'industrie des poêles.
De profondes améliorations dans cette industrie se présentèrent bientôt à son esprit; et la tôle ne se prêtant pas aux perfectionnements entrevus, Godin résolut de fabriquer des poêles nouveaux tout en fonte.
C'est ici le cas de faire venir un mot de notre héros qui peint l'homme mieux que de longs discours : Au cours d'une conversation qu'il eût avec son voisin, M. Lh..., Godin exposait ses vues d'avenir, la position qu'il comptait se faire dans l'industrie nouvelle qu'il fondait.
— « Vous aurez bientôt des concurrents et très puissants peut-être, » disait M. Lh..., « comment vous maintiendrez-vous à la tête de cette industrie ?
— « En faisant mieux qu'eux, » répondit André Godin.
Toute sa carrière devait justifier ce mot, aussi ne pouvions-nous le laisser tomber dans l'oubli. Non seulement en matières industrielles, mais en matières sociales, — celles-ci bien plus complexes, conséquemment bien plus difficiles è traiter que celles-là, — par*
- té--
• tout, toujours, J.-B, André Godia chercha le mieux et le ; réalisa dans toute la mesure du possible.
Les faits que nous venons d'indiquer se passaient en 1840. Lançant une industrie nouvelle, notre' héros s'établit à son compte, afin de ne point engager la responsabilité de ses parents dans ses opérations particulières. Cette môme année, il contracta son premier mariage. Son père lui remit, à cette occasion, 4,000 francs. Ce fut avec cette somme qu'il débuta" en industrie.
La même année, aussi, il prit un premier brevet touchant la fabrication qu'il innovait. Il raconta dans son discours comment il avait fait, seul, ses premiers modèles en fer ; puis, s'était rendu à Trélong (Nord) dans un établissement de hauts fourneaux où ses premiers appareils de chauffage furent fondus. Cette opération se continua pendant environ deux ans. Tout en allant surveiller les fondeurs , Godin apprit le métier ; et, en 1842, il installa sa propre fonderie dans des hangards, à Esquéhéries, son village natal. Tel fut le début de l'établissement qu'il transféra à Guise, quatre ans plus tard. Mais n'anticipons pas.
Godin dit aussi à ses auditeurs qu'à celte môme époque, 1842, un article publié par le Guetteur de St- Quentin suscita en lui la plus vive attention. C'était l'exposé de la théorie de Charles Fourier, sur l'organisation du progrès et du bonheur pour tous dans la commune nouvelle, « le Phalanstère )>.
Son cœur bondit de joie, à cette lecture. Il en causa avec M. Lh.., qu'il savait sympathique à de telles idées, et celui-ci ayant été appelé à Saint-Quentin pour quelque affaire, en rapporta un des principaux ouvrages de Charles Fourier : L'Association domestique agricole ou Attraction industrielle. Les deux amis lurent l'ouvrage et prirent un abonnement au journal fouriériste d'alors, intitulé : La Phalange.
La théorie de Fourier, basant la régénération sociale *l sur l'Association du capital, du travail et du talent, frappa si profondément Godin qu'elle détermina en lui, disait-il, une intuition analogue a celle qu'il avait eue, étant jeune ouvrier, quand il pressentait qu'il deviendrait chef d'industrie : En face de la supériorité des conditions d'existence que comportait le Phalanstère ou Palais social dépeint par Fourier, il se dit que sa aiaison définitive ne serait pas bâtie pour lui seul. En effet, il avait édifié — et c'était ce qu'on fêtait ce jourlà — une Maison de dimensions considérables : le Familistère, où il voulait vivre avec son monde de travailleurs, toutes les familles s'efïorçant de réaliser leur bien mutuel.
Nous renvoyons — le lecteur le sait — à notre prochain chapitre l'exposé des grandes lignes de la théorie phalanstérienne, le sujet étant trop vaste pour trouver place ici.
Godin passa ensuite au transfert de son établissement à Guise, dans l'aulomne de 1846; le village d'Esquéhéries ne se prêtant pas au développement que prenait son industrie. Une trentaine d'ouvriers l'avaient suivi dans ce déplacement, et la plupart d'entre eux étaient présents à la Fête.
Tous savaient comment, dès l'ouverture de ses ateliers à Guise, il avait causé l'élévation des salaires de la région, et quelles améliorations, il avait réalisées dans les conditions habituelles du travail, à mesure que les circonstances lui avaient permis d'agir. Car elles avaient été loin de le favoriser tout d'abord.
En effet, à peine Godin avait-il installé son nouvel établissement que la révolution de 1848 éclata. Suivirent des années très difficiles pour les affaires jusqu'à la constitution de l'Empire. Les efforts de Godin se concentrèrent sur ce point vital : éviter le chômage. Simultanément, de graves embarras lui furent suscités,
par les agents du gouvernement, comme à tous les hommes partisans des réformes sociales.
\ Dans ce discours prononcé en 1860, sous le règne
de Napoléon III, l'orateur — on le conçoit — ne toucha aux années 1848 et suivantes, que dans la mesure voulue pour rappeler strictement les faits de sa vie se rattachant à rœuvre qu'il inaugurait ce jour-là. Il se borna à spécifier que l'opinion publique s'était égarée en considérant les adeptes du Fouriérisme comme des perturbateurs de l'ordre social ; et qu'ayant été englobé dans cette réprobation, il avait eu à subir alors des tracas de toute nature.
Serrant de près les faits de sa vie qui tendaient à l'explication de la fondation du Familistère, J.-B.-A. ' Godin raconta que, de 1848 à 1854, l'idée phalanstérienne réduite au silence en France xîontinuait, au dehors, d'occuper l'opinion publique. Il dit les espérances qu'on entretenait encore d'un essai pratique de la théorie de Fourier en Amérique, au Texas. ^
« Jusque-là » a* écrit Godin « je n'avais cru pouvoir mieux faire, pour le progrès des idées sociétaires, que d'aider au mouvement qui leur était imprimé par les principaux disciples de Fourier. L'unité de direction me paraissait une condition de succès, aussi avais-je toujours appuyé de mon concours toutes les demandes et propositions faites au nom de la propagande et en vue de la réalisation.» (Solutions sociales, page 148.^
Godin versa dans l'entreprise de réalisation d'un Phalanstère au Texas le tiers de ce qu'il possédait I La tentative échoua lamentablement. En face de cet échec, il avait pris, dit il, la ferme résolution de ne plus attendre de personne le soin d'appliquer les réformes sociales qu'il pourrait accomplir par lui-même. Car, plus il avait approfondi lia question, plus il s'était convaincu qu'avant de songer à une transformation
complète de Tétat social, Il faut préparer les conditions . de cette transformation.
C'est là le point essentiel, fondamental: il faut créer v un esprit public capable de confier l'autorité et la direction à la véritable capacité, au véritable mérite. Alors seulement, dit Godin, on sera en mesure de réaliser, d'une façon durable,des conditions supérieures d'existence pour tous. Mais quelle somme de culture cela sous-entend chez tous les membres du corps social. L'eflort est tel qu'il exigerait le concours de l'enseignement public. En attendant que la nation soit pénétrée de ce même besoin, que pouvait-il, que devait-il faire individuellement? S'attacher à cultiver dans le personnel relié à son établissement les idées qu'il jugeait de première impor tance pour l'avenir social. Mais, comment opérer la culture de ce personnel, quand les familles n'ont pour ainsi dire aucun point de ralliement, vivent isolées chacune chez soi, sans esprit de solidarité.
De plus en plus, il avait donc reconnu que la pre- i mière chose à réaliser pour le bien des travailleurs, ' c'était la Réforme de Vhabitation\ celle-ci devant être conçue de façon à placer l'ouvrier et sa famille dans des conditions de bien-être physique qui entraîneraient et faciliteraient la culture intellectuelle et morale ainsi que l'organisation des garanties mutuelles de l'existence.
Nous ne pouvons mieux faire que de recourir de nouveau au volume Solutions sociales, où Godin a exprimé lui-même sa pensée touchant la nécessité de cette réforme architecturale. Il dit :
Page 415. — « C'est une vérité trop peu connue que Tordre moral est intimement lié à l'organisation matérielle ; tant que les institutions propres à mettre les hommes dans la voie pratique du bien ne seront pas fondées, les efforts tentés pour réaliser Tordre moral seront marqués d'une impuissance proportionnelle à l'écart
où Ton sera de la véritable organisation matérielle de ces institutions »
Page 423. — (( L'habitation et son régime constituent une des parties essentielles du bien-être et des satisfactions de l'existence. Ils marquent le degré de sociabilité auquel la créature humaine s'est élevée.... »
Ce qui est à faire, c'est de commencer par aiçsurer aux familles ouvrières un logement commode :
« Entourer ce logement de toutes les ressources, et de tous les avantages dont le logement du riche est pourvu ;
» Faire que le logement soit un lieu de tranquilité, d'agrément et de repos ;
M Remplacer, par des institutions communes, les services que le riche retire de la domesticité :
» Telle est la marche à suivre si l'on ne veut pas que Ufes familles ouvrières soient perpétuellement exclues du j bien-être qu'elles créent, auquel toute créature humaine I a droit, et qu'il est dans les nécesités de notre époque Vde réaliser pour tous. »
On ne peut efficacement s'employer à la culture de l'espèce humaine, tant que « de profondes modifications ne seront pas introduites dans l'organisation domestique et économique des populations.
(( Pour l'administration parfaite de l'intérieur d'une maison, il faut une réunion de connaissances que ne peut posséder le personnel composant une seule famille. La salubrité, l'hygiène, la propreté et tous les soins domestiques intelligents qui sont l'apanage de la fortune, ne peuvent devenir le partage des masses, sans une organisation particulière des relations domestiques, qui, en concentrant toutes les fonctions, permettra de mettre l'intelligence, la science et le savoir au service de chacune des institutions indispensables au vrai bien-être de tous.
» Voilà pourquoi le Familistère a été fondé. Non seu-
lement, une telle fondation rend possibles les améliorations qu'on ne peut réaliser au profit des familles éparpillées et sans lien entre elles, elle fait plus, elle les rend nécessaires, »
L'orateur développa ensuite chacun des points inscrits au sommaire donné ci-dessus, depuis les institutions à créer pour le bien de l'Enfance dans l'habitation nouvelle et les garanties de la vie à réaliser pour tous, jusqu'à l'économie générale des choses dans le palais unitaire et jusqu'aux mœurs qui devront y caractériser la population et la disposer à réaliser, pour son bien propre, des conditions toujours meilleures d'existcnre, au triple point de vue : physique, intellectuel et moral.
Les dernières paroles de son discours eurent pour objet de recommander aux convives — quand ils sortiraient de l'enceinte du Banquet — d'éviter toute discussion à propos de la fondation nouvelle, d'attendre patiemment que les faits aient appris au public ce qu'allait être le Familistère. « L'œuvre », leur dit-il, « avait besoin de paix et de silence pour prendre corps M et- se développer. »
Les résistances et les critiques étaient déjà vives autour du Familistère ; en outre, on était sous le régime des lois impériales et l'œuvre eut pu être radicalement empêchée si le fondateur, alors considéré comme suspect au point de vue politique, n'avait travaillé dans le silence, se gordant bien d'occuper la presse de ce qu'il faisait et concentrant ses efforts sur ce seul objet : Toiganisation pratique des meilleures conditions d'existence de son personnel ouvrier.
Initiation de Godln & la théorie de Charles Fourier, 1842. Les grandes lignes de cette théorie.
Le discours résumé dans notre dernier chapitre nous a fourni l'esquisse, à grands traits, de la première partie de la vie du fondateur du Familistère.
Le lecteur a pu voir que J.-B.-A. Godin dès son adolescence, s'était préoccupé des divers systèmes sociaux et avait recherché, étant jeune ouvrier, les enseignements que pouvait lui offrir, sur ce point, la propagande qui se faisait à Paris en 1834. Il a pu voir aussi que ni l'un ni l'autre des deux systèmes alors le plus en faveur : le Comniunisme égalitaire et le Saint- Simonisme n'avait pu gagner L'adhésion de Godin, celui-ci saisissant trop nettement les contradictions ou les lacunes de ces systèmes.
Il en . était donc là, le cœur plein d'amour social, mais l'entendement libre de toute doctrine, — et il était tout occupé de l'établissement industriel qu'il fondait à Esquéhéries (Aisne), son village natal, — lorsqu'en 1842, un article du journal Le Guetteur de Saint Quentin attira, nous le savons, son attention sur Charles Fourier, le promoteur de l'Association universelle et du Phalanstère ou commune régénérée. Nous savons aussi comment, de concert avec un de ses voisins. M, Lh, il prit connaissance des ouvrages de l'auteur. Nous ne pouvons mieux faire pour exposer les grandes lignes de l'œuvre de Charles Fourier et ce qu'en accepta Godin, que d'emprunter à notre héros lui-môme une partie de ce qu'il a écrit à ce sujet, dane son volume: « Solutions Sociales », pages 68 à 143. Voici :