Lob premiers Apôtres
Albert Brisbane, Horace Greeley, Parke Godwin, Charles Dana, Georges Ripley, William Henry Chan-
ning..,. tels sont les premiers noms qui viennent aux lèvres quand on pense au mouvement fouriériste américain.
Bien d'autres et d'un très grand mérite se joignent à ceux-ci et nous aurons le plaisir d'en signaler quelques-uns au cours de ce récit.
Arrêtons-nous présentement aux deux initiateurs du mouvement : Albert Brisbane et Horace Greeley :
Albert Brisbane, dont nous avons ci-dessus signalé : P La venue à Paris en 1844, à titre de représentant des partisans de l'Association aux Etats-Unis ;
2^ La nouvelle rencontre, en 1852, à Bruxelles, avec les chefs exilés de l'Ecole sociétaire ; Brisbane, disonsnous, était précisément le publiciste et l'orateur qui, dès 1840, par la publication d'un ouvrage intitulé : Social destiny of marij avait fait connaître aux Etats- Unis la doctrine de Ch. Fourier.
Mais ce qui surtout lança le mouvement fut le fait par Horace Greeley d'ouvrir quotidiennement une colonne de son célèbre journal « NeuhYorlCs Tribune > à l'exposé de la nouvelle doctrine.
Horace Greeley est une des grandes figures américaines. Né le 3 février 1811 à Amherst, dans le New- Hampshire, il était fils d'un fermier. Il reçut une éducation très élémentaire à l'école de son village, puis devint apprenti imprimeur.
En 1830, il était à New-York où il s'efforçait de créer des journaux populaires qui réussirent plus bu moins. Onze ans plus tard, le 15 avril 1841, il fonda < New- YorKs Tribune >, journal dont le succès fut très vif et qui aida puissamment, ainsi que nous venons de le dire, à la propagation du Fouriérisme aux Etats-Unis.
Horace Greeley fut un ardent apôtre de l'abolition de l'esclavage. Au cours de la guerre de sécession, les
bureaux de son journal furent envahis par la foule esclavagiste de New-York et les rédacteurs durent se défendre par les armes,
Lors des élections présidentielles, en 1868, Pancien parti esclavagiste, en quête d'un candidat à opposer au général Grant, porta ses voix sur Horace Greeley, son adversaire de la veille. Un tel choix dit hautement en quelle estime publique était tenu Horace Greeley. Aussi est-ce un bonheur pour nous de rappeler ces incidents en présentant ce grand citoyen comme un des premiers apôtres du Fouriérisme aux Etats-Unis.
Albert Brisbane ayant à sa disposition une colonne de € Neto- York 's Tribune > y exposa pendant plus d'un an et avec une très grande habileté la théorie phalanstérienne.
Simultanément, Horace Greeley lui-même et d'autres écrivains ou orateurs, en tête desquels nous devons citer Parke Godwin, publièrent des brochures, des articles, ou donnèrent des conférences sur le même sujet.
Brisbane aussi donna, en 1843, des conférences sur l'association dans l'Etat de New-York, et la même année, en octobre, il fonda, en collaboration avec Macdaniel, un journal mensuel : « T?ie Phalanx > où il publia entre autres choses un rapport sur ses conférences et sur le mouvement des esprits
Nous allons donner quelques lignes de ce rapport, afin de mieux faire saisir au lecteur la personnalité d'Albert Brisbane. En même temps se témoignera pour nous — puisque déjà des associations se constituaient aux Etats- Unis — le trait si connu de la race Anglo-saxonne : Besoin de traduire en fait tout principe accepté.
Signalons au passage que ce trait, non exclusivement dévolu à la dite race, était en dominance chez J.-B.- André Godin ; il y joignait un très haut idéal social ;
aussi fut-il de ces hommes dont l'existence se marque par la fécondité des œuvres au point de vue du bien général.
Passons aux extraits du rapport de Brisbane : < Les partisans de la réforme sociale seront heureux
> de savoir que Tidée progresse dans tout TEtat de New-
> York. J'ai visité dernièrement le centre et l'ouest de » cet Etat et constaté que, partout, les gens commen- » cent à voir la vérité et la grandeur du système du tra-
> vail attrayant et glorifié, ainsi que les avantages de
> l'association : Economie, moyens supérieurs d'éduca-
> tion, garantie contre la spoliation légalisée et indirecte » des classes intermédiaires.
> La conviction que l'association réalisera pratique- » ment le Christianisme sur la terre s'empare de beau-
> coup d'esprits, et les rend ardemment désireux de » voir briser la duplicité qui existe aujourd'hui entre
> la théorie et la pratique dans le monde religieux.
> Le peuple américain est si prompt à mettre en pra-
> tique toute idée jugée par lui exacte et avantageuse,
> qu'il est à peu près inutile de lui prêcher la modéra-
> tion dans les essais de réalisation. Cependant, je re-
> commande instamment aux individus , au nom de
> leurs intérêts propres, d'éviter les entreprises petites
> et fragmentaires, et de s'unir aux plus grandes dans
> leur région.
» Quatre conférenciers de Rochester et du voisinage
> propageront cet hiver les principes de l'association à
> l'ouest de New-York. Ils ont commencé la publication
> de Traités qui , nous l'espérons , seront largement
> répandus. Rochester devient un centre important
> de propagande et exercera , croyons-nous , une très
> grande influence....
> Le nom de Fourier est maintenant acclamé de l'At-
» lantique au Mississipi. Des parties les plus éloignées
* du Wisconsin et de la Louisiane, des échos nous re- » viennent, témoignant que les grands principes de » Tassociation universelle ont été jusque-là; et ce travail
> important a été accompli en quelques années , princi-
> paiement depuis qu'Horace Greeley , directeur de La » Tribune^ avec un courage et une libéralité sans précé- » dent, a ouvert les colonnes de son journal à une loyale
> exposition du sujet. Qu'apporteront les dix années » qui vont suivre ? >
Les dix années qui suivirent multiplièrent le nombre des tentatives ainsi que le verra le lecteur.
Ecoutons maintenant un autre orateur, John Grey, de Bochester , raconter à son tour les débuts de la prédication du Fouriérisme aux Etats-Unis :
€ Nous, à Pouest de New-York, fûmes initiés en 1842-
> 43, aux vues et découvertes de Fourier (que l'avenir
• rendra illustre) par les écrits de Brisbane , Greeley ,
> Parke Godwin , et les belles conférences de T, G, » Leland. Ces idées tombèrent dans des oreilles et des » cœurs sympathiques et par milliers on afflua de tous
> les points pour entendre les orateurs , adopter leurs
> principes et participer à l'impulsion qu'ils allaient
> donner.
> Le premier fruit de cet enseignement fut la convo-
> cation d'une assemblée àRochester, en août 1843. » Plusieurs centaines de délégués de la cité et des villes
> et villages voisins se rendirent à cet appel.
» Je fus un des vice-présidents de l'assemblée. Dès » l'ouverture de la discussion, divers points de doctrine
> furent agités et divers plans de réalisation proposés.
> Il en résulta la formation de quatre tentatives.
€ Les membres les plus déterminés à suivre autant » que possible les indications de Fourier, étaient dirigés
> par le docteur Theller (patriote canadien), Thomas
> Pond (un quaker) , Samuel Porter de HoUy, et plu-
> sieurs autres moins notables , y compris le présent
> écrivain. Ce premier groupe s'établit à Clarkson,
> Monroë County. Les autres groupes s'établirent à So- » dus Bay (Wayne County) ; à Hopewell, près de Cana-
> daigua (Ontario County); à North Bloomfield (Ontario
> County) et à Mixville (AUegh any County),
> Les associations qui rayonnèrent ainsi de Rochester
> ont un intérêt tout particulier dans l'histoire du mou-
> vement fouriériste , par ce fait qu'elles furent les pre-
> mières à essayer pratiquement une confédération
> d'associations. >
Nous dirons quels furent les fruits de cette confédération partielle, laquelle s'organisa en mai 1844, sous le nom de The american industrial Union.
Nos renseignements sur les faits relatés dans le présent chapitre, nous sont fournis par J, H. Noyés dans son bel ouvrage : History of American socialisms.
Nous avons traduit en entier cet ouvrage et nous nous proposons de publier cette traduction dans le Devoir. En attendant, nous allons lui emprunter des informations touchant les expériences fouriéristes aux Etats-Unis; car les dites expériences furent longuement discutées en 1853-54 parmi les phalanstériens de Franco. Godin prit part à ces discussions; sa correspondance nous en témoigne; mais ces discussions furent surtout verbales et tous les éléments n'en sont pas venus jusqu'à nous. Nous ne pouvons donc y pourvoir qu'en nous reportant aux expériences mêmes.