‹ Documents pour une biographie complète de Jean-Baptiste-André GodinChapitre 23 sur 41 · GonTention nationale, 1844. — Adresse anx PhalanstérlenB · texte numérisé non relu

GonTention nationale, 1844. — Adresse anx PhalanstérlenB

de Paris

La délégation, en 1844, d'un représentant des partisans de l'Association en Amérique, vers les Phalanstériens d'Europe, s'opéra dans ces conditions :

Par suite d'un appel publié dans The Phalanx et autres journaux, les amis de la cause se réunirent en Convention nationale, dans la cité de New-York, à Clinton-Hall, le jeudi 4 avril 1844.

L'Assemblée était présidée par George Ripley. Au rang des vice-présidents se trouvaient: Horace Greeley, Parke Godwin, William H. Channing, Charles Dana, Albert Brisbane, etc., etc.

Avant de passer à l'ordre du jour, le secrétaire lut des lettres adressées à la Convention par nombre d'indi- \'idus ou de Sociétés. (Il existait déjà une vingtaine de tentatives d'Associations en différentes parties des Etats-Unis).

Après quoi William Channing, au nom du Comité des affaires, proposa une série de neuf résolutions qui toutes furent adoptées.

Le préambule et les deux premières résolutions avaient trait aux desseins de Dieu et à l'Unité universelle; ils faisaient appel à la Chrétienté, spécialement au peuple des Etats-Unis, pour accomplir ces desseins.

La troisième résolution proposait comme mode d'application des vues divines l'association d'après les principes fouriéristes, c'est-à-dire : La constitution de sociétés par actions , l'organisation des garanties mutuelles, la combinaison du travail en groupes et séries.

La quatrième protestait contre les tentatives fragmentaires, irréfléchies ; et conseillait aux partisans de l'idée de ne passer à la pratique qu'après avoir réuni, en hommes et en femmes, le personnel vraiment qualifié pour l'entreprise, et aussi les capitaux suffisants.

La cinquième recommandait de concentrer les efforts sur les expériences déjà commencées plutôt que d'en entreprendre de nouvelles.

La sixième , spécifiant que la généralité des membres

de FAssemblée n'acceptait pas toutes les idées (1) de Fourier, disait que les partisans de la cause demandaient à n'être pas qualifiés de Fouriéristes, mais à être appelés € Associationnistes des Etats-Unis d'Amérique. »

La septième résolution demandait que des mesures fussent prises pour former une Confédération nationale des Associations.

La huitième exprimait le vœu d'un concert d'action avec les phalanstériens d'Europe et disait :

€ Par la présente , nous désignons Albert Brisbane comme représentant de l'Assemblée, afin de nous entendre avec les partisans de l'Association en Europe , quant aux meilleurs modes de coopération mutuelle.

> Nous assurons à nos confrères Européens que le désintéressement , l'habileté et la persévérance avec lesquels notre représentant s'est consacré à la propagation de la doctrine dé l'Association dans les Etats-Unis, lui donnent des titres à la plus cordiale confiance. Par lui, nous leur tendons avec joie une main fraternelle.

> Puisse le Ciel bénir bientôt toutes les nations unies dans un contrat de paix perpétuelle ! >

La neuvième et dernière résolution désignait les membres d'un Comité exécutif chargé de rédiger le journal organe de la cause : The Phalanx et de faire le nécessaire pour mener à bien tous les objets de la Convention.

Suivaient les noms des membres du dit Comité, dixhuit personnes, parmi lesquelles nous retrouvons : Horace Greeley , Parke Godwin, William Channing, George Ripley, Albert Brisbane, E.-P. Grant, etc., etc.

Le second soir de la Convention, Parke Godwin, au nom

(1) La réserve comprenait surtout, dit Noyés, ce qui avait trait aux unions sexuelles.

du Comité des affaires, proposa Tadoption d'une adresse au peuple des Etats-Unis, Après Texposé des défauts du régime social civilisé, le document montrait que ces défauts pouvaient être redressés par la constitution d'un régime nouveau comprenant la réorganisation des communes en sociétés par actions; la constitution de demeures et ateliers unitaires ; la répartition des bénéfices de la production sur la base de : 5 douzièmes au travail, 4 douzièmes au capital, 3 douzièmes au talent.

Dans ses conclusions Parke Godwin rappelait la loi suprême d'amour humanitaire enseignée par Jésus- Christ et répétant avec Saint Paul :

< L'humanité ne forme qu'un seul corps et nous sommes tous membres les uns des autres, > il disait : Ces vérités divines doivent se traduire en faits sociaux. Nos relations d'affaires et autres doivent être instituées d'après la loi d'amour universel... L'Association seule nous permet l'accomplissement de ce devoir. . .

< L'histoire particulière de cette nation nous convainct qu'elle a été préparée par la Providence pour de glorieux travaux. Sa position géographique, son peuple, ses libres institutions, tout la prépare pour la manifestation du véritable ordre social... >

D'autres discours suivirent, parmi lesquels un de William Channing et un de Charles Dana. Ce dernier était membre de Brook Farm, association fondée par des Unitariens à West Roxbury dans le Massachusetts ; nous extrayons de son discours les passages suivants...

€ Depuis deux à trois ans, nous avons réalisé à Brook Farm une organisation nouvelle des travaux. Nous y sommes tous serviteurs les uns des autres. Nous accomplissons librement, par amour de la chose même, avec joie et reconnaissance, toutes les besognes usuelles. L'homme qui accomplit un de ces devoirs, creuse un

fQsaé ou fait qu^que autre ouvrage répugnant n'est pfbs, à cause de cela, en bas de l'échelle sociale, il en est au sommet.

> Nous avons, en outre, établi dans TAssociation un système naturel d'éducation : justice est rendue à chacun, et l'enfant du pauvre bénéficie de la culture intégrale de toutes ses facultés, autant que le permettent les ressources actuelles de l'Association.

> Autre fait : nous sommes en état maintenant, nonseulement d'assigner au travail manuel son juste rang et sa dignité dans l'échelle des occupations humaines, mais aussi de lui assurer sa juste récompense... Chez nous, le travail se fait pour le mutuel avantage du travailleur et du capitaliste;., nous avons établi la justice envers le travail et ennobli l'industrie.

> Nos deux ou trois ans d'expérience démontrent par les faits que des relations d'amour et non d'égoïsme et de conflits mutuels... sont possibles entre les hommes. >

Le samedi 6 avril, à midi, la dernière résolution était adoptée et la Convention allait s'ajourner, quand William Channing se leva et , dans une magnifique improvisation, appelant sur ses auditeurs et sur la race humaine toute entière la bénédiction du Ciel, continua : € Qui sommes-nous , mes frères, pour que nous ait été confié l'honneur de nous dévouer au plus grand possible de tous les efforts humains : l'établissement de l'Unité universelle, l'établissement du règne de Dieu sur la terre.

> En vérité, c'est par la bouche des enfants et de ceux qui sont encore à la mamelle que Dieu fait exprimer la sagesse et la vérité. Des rois et de saints hommes ont désiré voir ces choses et ne les ont pas vues ! Souhaitons que nos imperfections et nos faiblesses n'em-

péebeiït pas le progrès de ramour, de la vérité. et du bonheur! >

La Convention fut close alors par une prière ; et s'a^ jrarnant au soir même pour un dernier repas , une dernière fête en commun, les membres se séparèrent sous ces paroles de bénédiction : « Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux. Paix et bienveillance entre les hom-. mes sur la terre ! »

La fête du soir eut lieu au salon d'Apollon. Elle précédait de quelques heures seulement la célébration du grand jour de Pâques qui, cette année-là, tombait le 7 avril. Or le 7 avril était aussi la date anniversaire de la naissance de Charles Fourier. Cette coïncidence fut relevée et célébrée avec empressement dans la soirée du samedi 6.

€ Le repas fut simple, > disent les documents que nous consultons, € mais la communion intellectuelle et sociale fut délicieuse. >

Des toasts, préparés dit-on par William Channing, furent portés à la mémoire de Fourier et à chacune des douze passions qui, selon lui, constituent les mobiles d'action de la nature humaine. Des discours émouvants suivaient chaque toast. Ce fut Charles Dana qui répondit au toast porté à l'amitié.

Aux dernières paroles de Dana, Macdaniel se leva enthousiasmé et proposa que toutes les mains s'unissent et que toutes les voix redissent ensemble le toast à l'amitié. Aussitôt tous les auditeurs furent debout, chacun saisissant à droite et à gauche la main de son voisin, un frisson d'émotion électrique passa par tous les nerfs, tandis que les voix émues répétaient le toast.

Puis les discours reprirent, célébrant les travaux accomplis, ceux projetés, et identifiant avec force le Fouriérisme et le Christianisme.

En montrant vers quelle pensée théosophique se por* talent, dès 1847 , les sympathies de J.-B,-A. Godin Chapitre VI, pages 93 à 96), nous avons signalé déjà à nos lecteurs la hauteur et la fécondité des vues religieuses et sociales des hommes notables qui, aux Etats* Unis, furent à la fois partisans des idées d'Emmanuel Swedenborg et de Charles Fourier. Nous avons reproduit à ce propos des paroles de Parke Godwin, distinguant entre tous, ces deux génies: Swedenborg et Fourier, comme se complétant Pun l'autre pour nous découvrir les voies de la terre promise, du royaume de la paix , de Fabondance et de la bénédiction.

Ce qui frappe tout d'abord dans les vues de ces socialistes américains, c'est la façon dont ils envisageaient le Travail, En attendant qu'on ait environné l'exécution de toutes les besognes usuelles des multiples causes d'attrait imaginées par Fourier, les novateurs dont nous parlons allaient droit au but en attachant au travail un premier, un suprême attrait. Ils en écartaient l'antique malédiction et montraient que toute besogne est, proportionnellement à son utilité sociale, une cause de gloire pour qui l'accomplit.

Le travail est le véritable accomplissement de notre devoir dans la vie.

Même les esprits qui ne pouvaient saisir pleinement ce haut idéal du travail devaient être influencés par la nouvelle opinion publique ainsi créée; de même que nous le sommes tous, généralement , par la déplorable idée de malédiction attachée au travail, qu'on nous prêche dès l'enfance, et depuis des générations.

Lorsque minuit sonnant annonça l'arrivée du jour consacré à la grande fête de la Résurrection, les membres de la Convention se séparèrent définitivement,^ lais-

sant en fonctions le comité exécutif chargé de la suite à donner aux résolutions prises.

Le lendemain même, ce Comité se réunit et rédigea au nom de la convention l'adresse qu'Albert Brisbane porta, peu après, aux chefs de PEcole sociétaire à Paris,

Cette Adresse et la réponse qu'y fit la direction de l'Ecole furent publiées in extenso dans le journal même de l'Ecole sociétaire : La Phalange j Revue de la science sociale^ xiv* année, 1" série in-8% tome P', janvier-février 1845 ; pages 129 à 142.

Ces documents sont beaucoup trop longs pour que nous puissions les reproduire ici. Bornons-nous à en indiquer le contenu.

Le préambule de l'Adresse américaine signale que le Comité s'est réuni le jour même de Pâques et il relève l'heureuse coïncidence, cette année-là, de cette grande fête avec l'anniversaire de la naissance de Charles Fourier.

Entrant en matières, l'Adresse rappelle ensuite les termes mêmes de la résolution par laquelle la Convention a délégué Brisbane vers les Phalanstériens d'Europe ; puis elle passe aux objets mêmes de la délégation qu'elle expose en quatre divisions : A, B, C, D.

A. — Embrassant d'abord les choses en principe, les auteurs du document demandent:

P Comment instituer l'enseignement , la direction , l'autorité par le vrai mérite et concilier le travail et le culte?

2" Quels sont les moyens d'obtenir et de conserver une Unité de foi qui empêche les controverses présentes et prépare l'avenir ?

3** Comment organiser l'industrie, l'art et les sciences sociales, de manière à en faire des symboles de la vérité éternelle ? Comment faire que toute habitation socié-

tàire sodt nn temple, tout travail un holocauste etTexistence terrestre une préparation à l'immortalité ?

B, — Passant ensuite aux moyens d'application , ils demandent aide pour obtenir :

P La connaissance exacte et intégrale de la loi de série.

2^ Des exemples d'application de cette loi dans l'univers et dans l'homme ?

3*^ La connaissance des analogies qui révèlent l'Être infini à travers l'Unité dans la variété des choses,

4^ La complète et exacte application de la justice à l'organisation de l'industrie, à la répartition des richesses et aux relations sociales,

5® Les conditions et moyens de l'Union parmi les associations, et les lois que la série prescrit à l'égard de semblables relations.

C. — Serrant enfin d'aussi près que possible les exigences de la réalisation , ils demandent le libre usage des plans, devis, études, projets, etc. , dressés à l'efiet de constituer le Phalanstère et de classer et disposer les séries et groupes de la Phalange.

Puis questions plus précises encore :

P — Comment substituer efficacement la coopération bienveillante à la rivalité dangereuse qui existe aujourd'hui dans la commerce ?

go — Quelles règles doivent présider à la distribution proportionnelle de la population par l'émigration ?

8». — Comment organiser l'échange certain, rapide, complet des livres,inventions, brevets, instruments, œuvres d'art, etc ?

'D. — Finalement , envisageant les efforts déjà accomplis aux Etats-Unis, ils s'appliquent à faire ressortir la ^eféeesèitéée^eMteentrertous les efforts phalaiistériens sur

le mouvement sociétaire américain ; et, plaidant leur cause, ils ajoutent :

P — Plus de vingt associations sont en activité ou en voie d'organisation ; et sans doute les Etats-Unis sont le seul pays propre à de telles tentatives en ce moment. Des hommes de la plus haute valeur sont gagnés à l'idée phalanstérienne.

2o Le système politique (confédération de villes, comtés, Etats) l'absence d'institutions oppressives vestiges du passé, l'esprit général de libre examen et de libre action, les habitudes universelles d'efforts associés dans les mouvements financiers, commerciaux, philantropiques, etc., *^ respect général pour le travail^ l'expansion sur un ^^1 vierge, l'enthousiasme, l'activité, la hardiesse du peu- \ ^nxéricain sont autant de dispositons providentielles ^ ^ désignent les Etats-Unis pour lieu de la première réa- 0^^Joxi de l'ordre social combiné.

«.j^jTÎTant à la conclusion et saisissant par anticipation N^^ bcrt qu'ils visent, ils montrent en :

3* Il«^irrésistible influence sur l'ancien monde de la transformation sociale réalisée dans le Nouveau, l'organisation d'une grande confraternité des sociétés pacifique», ^n un mot la constitution unitaire de l'humanité.

Qii^ répondirent les phalanstériens de Paris à leurs

coU^&xaes des Etats-Unis ?

î'^xx 8 engageons ceux qui possèdent le numéro de La

?y^lcc^ge où cette réponse se trouve, à la lire in-extenso. CHôi^chant les points spéciaux à mettre en regard de ceux touchés par les Américains, le lecteur sera amené, coninie nous l'avons été nous-même, à reconnaître que i'Ifeole sociétaire — jusque-là non exercée à des tentatives de réisjrsâtïon de ses théories — est forcément impuissante à fournir les enseignements demandés. Saiis

suivre jusqu'au bout les Américains dans leurs modes gradués de questions : A. Principes — B et C. Moyens d'application — D. Réalisations déjà opérées et perspectives d'avenir, — l'Ecole sociétaire prend à partie les propositions traitées en A (celle des principes) et fait de tout le reste un seul objet.

A. P — A la question américaine si précise et de nécessité vitale touchant l'enseignement, la direction, le travail, l'Ecole répond par des généralités sur l'obligar tion de ne point créer un nouveau culte et dit que la variété et l'engrenage dans les fonctions hiérarchisées préviendront tout abus d'autorité.

2^ — € L'unité de foi sera obtenue et conservée » dit l'Ecole sociétaire < par une connaissance de plus en plus profonde de la loi sériaire. > C'était cette connaissance même que les Américains demandaient. «Il faut», poursuit l'Ecole, € laisser à chacun liberté d'expression et responsabilité de ses actes. Seules, les propositions universellement acceptées seront soutenues par le centre de l'Ecole. >

3^ — « La solution de tous les problèmes sociaux est contenue dans la loi sériaire légitimement appliquée. >

Bon, mais comment faire cette application légitime ? Encore une fois, c'était ce que demandaient les Américains .

€ Le sujet s'élucidera > ajoute l'Ecole, < par les travaux des phalanstériens en tous pays. >

B. C. D : — Englobant les treize points restants de l'Adresse américaine, l'Ecole se contente de dire qu'en fait de devis, plans, études, etc., elle communiquera au délégué des Américains, Albert Brisbane, tout ce qu^elle possède.

Et relevant un dernier point, celui d'une Union à établir entre les Associations, elle signale les difficultés fi-

— âoi —

nancières d'une telle entreprise, conseille de recourir de préférence aux sociétés ordinaires et les mieux constituées pour couvrir de tous risques.

€ Néanmoins > dit-elle, < si le nombre des associations américaines est tel qu'une Agence spéciale d'assurance puisse être viable, cette Agence pourrait plus tard devenir le germe d'une Fédération entre les Associations et servir d'intermédiaire entre producteurs et consommateurs.

* L'état embryonnaire des Associations et la différence des milieux ne permettent pas, » termine l'Ecole, « d'entrer dans plus de détails. »

Finalement, elle conseille dans sa dernière proposition de fonder une caisse de haute charité sociétaire pour parer aux impérities, fausses manœuvres, etc., des tentatives d'associations.

Evidemment, l'Ecole ne pouvait répondre autrement que par des généralités, mais il faut autre chose pour passer à l'expérimentation.

Cette dernière exige des formules nettement arrêtées et surtout applicables dans le milieu où il s'agit d'opérer. Il faut alors compter avec les lois, les mœurs, en deux mots : avec les êtres et les choses.

Certainement, les lecteurs au courant de l'œuvre do Godin, y compris ses écrits ( spécialement son premier volume Sohitions sociales où il a exposé sa doctrine de la vie et du travail), n'auront pu lire les propositions sur lesquelles les Américains demandaient si possible en 1844 des lumières, sans être frappés des relations directes entre ces propositions et les efforts de Godin pour fournir une solution pratique de la plupart de ces problèmes.

Au prix de nombreuses recherches et expériences (1), J.-B.-A. Godin a dégagé les possibilités pratiques de Fheure présente dans le monde du travail ; et par la fondation de Thabitation unitaire, comme par le contrat d'association qu'il a réalisé entre le travail et le capital en 1880, il a instauré dans le milieu social français ce que celui-ci pouvait porter.

€ J'ai fait quelque chose », consentait-il à reconnaître, quand la discussion l'y poussait, « mais combien cela est loin de ce que j'aurais voulu faire, de ce que j'aurais fait, si les institutions, si les hommes surtout s'y étaient prêtés. >

Godin disparu, les membres de l'association du Familistère se peindront eux-mêmes, foncièrement, dans l'usage qu'ils feront du pacte social à eux confié ; et ils contribueront ainsi à éclairer les difficultés sociales attenant au monde du travail. Car c'est le temps et l'expérience qui feront saisir, de plus en plus étroitement, les multiples conditions du problème et en dégageront des solutions qui iront se perfectionnant proportionnellement à l'évolution intellectuelle et morale de la masse entière des intéressés.

C'est pour aider à cette évolution qu'il est si utile de relever tous les mouvements des tentatives sociales ; en pareille matière, échecs ou succès sont également instructifs.

Nous ne terminerons pas sur ce sujet sans revenir sur la question si importante de l'abaissement ou de la glorification du Travail. 11 y a parfaite concordance de pensée sur ce point entre les auteurs de l'Adresse américaine et J.-B.-A. Godin.

. (1) L'étude publiée par nous, dans Le Devoir, de janvier 1896 à janvier 1897, sur Tessai pratique de la Représentation du travail au Familistère par Torganisation de Groupes^ Unions et Conseils, en est un exemple.

C'est qu'on ne peut -s'attacher à la réalisation, à la mise en pratique des idées, sans que le rôle sacré du Travail s'impose à l'attention.

Evidemment l'Ecole sociétaire, à l'époque de sa réponse, était trop éblouie par les perspectives du travail attrayant pour mesurer les distances sociales à franchir et saisir toute la portée de l'idée américaine : Concilier le travail et le culte, faire que l'existence terrestre soit une préparation à l'immortalité.

L'Ecole croyait proche la réalisation des conditions d^attrait indiquées par Fouricr, mais que de progrès industriels, intellectuels et moraux sont à réaliser auparavant !

Ces progrès seront dus au travail, celui-ci est à la base de toute évolution ; c'est pourquoi le premier attrait, Tattrait essentiel à y attacher, est de démontrer qu'il est le véritable culte. Ecoutons ce qu'a dit Godin sur ce sujet. {Solutions sociales, 1871, pages 204 et suivantes) :

c C'est à l'action exceptionnelle que l'homme exerce j» sur la matière qu'il doit sa supériorité. C'est le Travail

> qui rélève au-dessus de tous les êtres de la terre.

» L'homme n'est pas seulement appelé à la vie comme » les autres créatures pour élaborer la matière par l'a- » limentation, il lui est donné l'intelligence pour

> travailler au progrès de la substance matérielle sous y toutes ses formes.. .

> Nécessité et gloire : tels sont les deux pôles d'acti- » vite, sur lesquels Dieu a fuit reposer le travail hu- 3 main.

» La nécessité attachée au travail est le pôle des âges > d'ignorance, des âges du travail manuel et des écono- » nomies matérielles : c'est le mobile de l'enfance de » l'humanité, c'est la misère et la pauvreté faisant agir P' la grande majorité des hommes ; c'est le mobile de la

» constitution du capital ou des réserves matérielles, » dont le monde s^enrichit par la prévoyance individuelle, » pour avancer à son insu, plus sûrement, dans la voie » de Tavenir.

> Le pôle de la gloire du travail est, au contraire, celui

> des conquêtes de Thomme sur la matière; c'est la ma-

> tièrc elle-même élevée au service de Thomme, c'est le » mobile de Fhumanité intelligente créant le bien-être et la

> richesse par l'activité, les machines et les instruments

> de toute espèce ; c'est le mobile de la constitution de

> la science ou des réserves intellectuelles que l'Huma-

> nité accumule pour suivre la voie du progrès, afin d'ac-

> complir glorieusement sa destinée terrestre, à ses pro-

> près yeux comme aux yeux du Créateur.

> Mais les phases diverses du travail sont bien loin de

> revêtira leur origine la sainte apparence du but divin

> qui leur est assigné. Le travail est le moyen par lequel

> l'humanité s'élève, mais c'est lentement et péniblement

> qu'elle acquiert les connaissances par lesquelles cha-

> que progrès se réalise et les vertus sublimes du travail,

> à peine comprises aujourd'hui, ne sont alors nulle-

> ment pressenties...

> Le travail cessera d'être un fardeau, et sa peine

> aura l'attrait d'un devoir accompli, le jour où l'hom-

> me aura compris que le travail est une mission divine

> dévolue à la créature humaine, pour son avancement

> dans la vie infinie.

> Et le travail ne sera plus un simple moyen de sa-

> tisfaire à Fégoïsme du besoin des sens et des passions

> organiques : il sera le champ du grand concert des

> intelligences , des cœurs et des âmes pour la con-

> quête de la liberté, de la fraternité et de la justice sur

> la terre.

> Alors l'activité de l'homme sera sans cesse p^roduc-

» tive des biens qui créeront, pour tous, les moyens de

> participer dignement aux bienfaits de la vie , et

> Tabondance effacera rapidement les traces du mal et » les iniquités du passé.

> Le travail des âges a développé un contingent d'idées » propres à guider l'humanité vers l'interprétation reli-

> gieuse et vivante du Travail : les vérités qui le concer-

> nent se montrent une à une, depuis plus d'un demi-

> siècle ; mais combien d'erreurs restent encore entas-

> sées devant elles, et s'opposent à leur application so- » ciale ! >

3. — Recherche cTune méthode pratique pour déterminer la part équitable du travailleur dans la production. — Les mannsorite de Macdonald.

Le groupe des associations fondées aux environs de Rochester et qui, dès le mois d'août 1843, avait tenu, à Rochester même , une première assemblée, en tint une seconde à Batavia en avril 1844. Nous n'avons pas la date précise; évidemment, ce fut après la Convention nationale qui avait délégué Brisbane à Paris.

En attendant la réponse des Phalanstériens d'Europe aux questions qui préoccupaient si ardemment les Américains, ceux-ci poursuivaient leurs essais pratiques.

T. C. Leland, le conférencier déjà mentionné par nous, a écrit touchant la seconde assemblée des associations de la région de Rochester : « J'assistai à la réunion qui eut lieu à Batavia. Le déploiement des forces sociétaires était étonnant.

> Presque toutes les villes de Genesee County étaient représentées. Beaucoup de délégués vinrent de 5 à 12 milles à pied. Réellement tout Touest de New-York est dans une agitation profonde à ce sujet. Neuf associations sont en projet dans un rayon de 50 milles de la ville. L'entraînement est tel que l'on peut évaluer sans

hésiter à vingt mille le nombre des personnes désireuses d'entrer dans Tunitc associative. »

Attirées les unes vers les autres parleur commune origine, les associations des environs de Rochester formèrent une Ligue appelée « American industrial Union. »

Les travaux de cette Ligue sont d'un grand intérêt ; ils montrent quels enseignements étaient exigés dès qu'on voulait traduire en faits la théorie Fouriériste ; et comment, en attendant la réponse de l'Ecole sociétaire , les Américains demandèrent aux essais pratiques mêmes les leçons indispensables. Ils marchèrent donc de l'avant et firent bien, puisque c'est de l'expérience seule que se dégageront les enseignements cherchés ; et il est à noter que dix ans plus tard, en 1854, c'est aux leçons de l'expérience américaine que recourra le chef même de l'Ecole sociétaire, V. Considérant, quand il voudra constituer, au Texas, un premier noyau d'application sociétaire.

Revenons à The American industrial Union. Un conseil de délégués constitué au sein de la Ligue tint une session de deux jours au domaine de North Bloomfield Association, le 15 mai 1844, et formula les conclusions suivantes :

€ Résolu qu'il soit recommandé aux diverses associations composant la fédération d'adopter, autant que possible, la pratique des échanges mutuels entre elles et de prendre immédiatement telles mesures pouvant les mettre en état de devenir les agents commerciaux des classes productrices dans les parties du pays où les associations sont respectivement installées.

Glasslflcatton du travail.

> Résolu que dans l'opinion du Conseil le premier pas vers l'organisation doit être une distribution des diff^

rentes branches du travail : agricole, industriel ou domestique, en trois classes : nécessité, utilité , agrément. > L'exacte répartition des travaux dans chacune de ces classes devant être influencée plus ou moins par les circonstances locales, les propositions à ce sujet ne peuvent être au début que conjecturales; l'observation et Texpérience les rectifieront. En attendant , le Conseil prend la liberté de proposer l'arrangement suivant :

Classe de nécessité :

^Terrassements, maçonnerie, filature de laine et de coton, taille de pierre, briqueterie, chauffournerie, vidanges et fumures, boulangerie, buanderie, fonderie, cuisine, tannerie et corroirie, surveillance de nuit et tout travail de nuit, serrurerie, soin des enfants et des malades, soins du bétail, meunerie, pêcherie, moulerie, débitage du bois pour la charpente et autres.

Classe d'utilité :

* Tous les travaux industriels non mentionnés dans la classe de nécessité, puis ceux de : agriculture , enseignement, comptabilité, direction, surveillance générale, mécanique, cartographie, arpentage , approvisionnements, jardinage, élevage des vers à soie, enseignement de la musique, services domestiques, transports.

Classe d'agrément :

» Culture des fleurs, des fruits, peinture de portraits et de paysages, soins des vignes, de la basse-cour, des abeilles, embellissement des terrains publics.

Groupes et séries.

€ Le Conseil recommande aux différentes associations

le plan suivant pour l'organisation des groupes et séries, savoir :

€ p Assurez-vous, par exemple, du nombre total des membres qui désirent s'attacher aux travaux d'agriculture ou y prendre part quelques fois. Dans le nombre , organisez autant de groupes que les opérations agricoles le permettent.

» 2^ Nous recommandons les nombres 30, 24, 18 comme le rang maximum à attribuer aux individus dans les travaux des classes de nécessité, utilité, agrément.

» Les séries seront énumérées dans l'ordre de leur formation: P% 2% 3% etc. ; il en sera de même des groupes, dans chaque série.

» Des séries de travail mécanique peuvent être organisées de la même manière et embrasser les différents métiers usités dans l'Association ; si les groupes ne peuvent être d'emblée remplis avec des adultes, dans la mesure suffisante au but poursuivi, qu'on y adjoigne des apprentis.

» Chaque groupe aura un chef dont la fonction sera de relever soigneusement le compte des heures de ti*avail, de surveiller et diriger Taccomplissement de l'œuvre, etc.

> Un individu sera élu comme surintendant des séries; sa fonction sera de s'entendre avec le comité d'agriculture, d'informer les différents chefs de groupes des travaux à faire, et d'inspecter ensuite les mêmes travaux après leur achèvement.

> Le Conseil serait pleinement satisfait si tout le travail d'une Association pouvait être accompli par des groupes et séries : cet ordre combiné sera sans doute difficile à installer au début; pourtant, son adoption éviterait l'incohérence et par lui chacun des membres aurait le sentiment de sa responsabilité personnelle.

Temps et rangs des travaux

> Le temps et le genre d'occupations dans chaque classe des travaux seront relevés journellement ou aussi souvent qu'il y aura changement d'occupation. Le nombre des heures de travail de chaque individu multiplié par le chiffre représentant son rang comme exécutant dans tel ou tel travail sera porté au crédit de l'intéressé. Les totaux indiqueront ainsi la valeur des services

rendus.

> A.-M. Watson, président.

» E.-A. Stillman, secrétaire. >

Le lecteur peut être curieux de voir comment ces instructions étaient appliquées en comptabilité. Heureusement € The Phalanx », à qui les détails ci-dessus sont empruntés, fournit aussi un spécimen d'application. Il s'agit de feuilles de comptabilité afférentes à un groupe delà série des tailleurs et à un groupe de la série des bûcherons dans Clarkson Phalanx.

Le nombre total des heures de travail des membres de chacun des groupes, pendant une semaine, est multiplié par le chiffre représentant leur rang respectif dans le dit travail ; ce qui donne un nombre fixant la valeur relative des œuvres de chaque membre et, conséquemment, du groupe entier au sein de la phalange , c'est-àdire par comparaison avec les autres membres et groupes. Pour chaque mille unités du nombre ainsi porté à son compte, le travailleur pouvait, à Clarkson , toucher sur le fonds social 75 cents (3,75). Le nécessaire à la subsistance était avancé par l'Association.

. ÇlABBe d'utUité

Série des tailleurs, groupeN© 1. maximum de rang: 24.

iJ

M. Weed . . .

J. Peabody.

S. Clark

E. Clark . . .

■aUe

H. Lee. . .

J. Foison . . .

Elisa Mann.

€ Je certifie l'exactitude du relevé ci-dessus pour le groupe placé sous ma direction pendant la semaine dernière.

(Signé) Julia Peabody, chef.

Porté aux livres de l'Association par

Wm . Seaver, comptable.

Clarkson domaine, 6 juillet 1844. »

dasse de nâoesaité

Série des bûcherons, groupe n" 2. Maximun de rang, 30.

laig

Chas. Odell.

John Allen Jas. Smith..

Wm Allen .

Jas. Griffith.

■alade

€ Je certifie l'exactitude du relevé ci-dessus, pour le groupe placé sous ma direction pendant la semaine dernière.

James Griffith, chef.

Porté aux livres de l'Association par

Wm. Seaver, comptable.

Clarkson domaine, juillet 6, 1844. >

Le lecteur aimant à aller au fond des choses trouvera insuffisant le peu que nous fournissons ici sur ce sujet si difficile et si grave de la méthode essayée pour faire à chaque travailleur sa part équitable selon le résultat de ses efforts. Nous souffrons nous-mêmes de cette insuffisance. C'est dire que si nous avions eu plus de renseignements sur la matière, nous les aurions fournis avec empressement.

La plus choquante lacune des informations ci-dessus est celle touchant le mode de détermination du rang attribué au travailleur. S'efïorçait-on de saisir, pour leur donner leur juste part , non-seulement l'habileté d'exécution, mais le zèle, la conscience, l'économie de temps et de matières qui pouvaient être apportés à tant de différents degrés par les travailleurs dans l'exécution des opérations ? Si oui, comment procédait-on à cet égard?

Nous n'avons absolument aucune lumière à ce sujet. Et ces lumières existent peut-être, car voici :

C'est au livre de J. Humphrey Noyés : History of American Socialismsj nous Pavons dit, que nous empruntons la plupart de nos détails sur le mouvement fouriériste aux Etats-Unis ; mais Noyés lui-même a dû une grande partie des matériaux de son ouvrage à un homme dont il n'est que justice de faire venir ici le nom , c'est celui de A, J. Macdonald.

Macdonald était un Ecossais. Sa profession était celle d'imprimeur. Admirateur et disciple de Robert Owen, il se rendit aux Etats-Unis en 1842, pour y voir et suivre les expériences socialistes dues au mouvement créé par Robert Owen ; mais avant trouvé < VOwenismo en ruine et le € Fouriérisme > allant à la ruine, il se donna la tâche d'écrire un livre qui transmît aux générations futures le bénéfice des leçons ressortant de ces expériences et de ces échecs.

11 ouvrit une vaste enquête, rassembla une masse énorme de matériaux, allant visiter les lieux et consulter les gens sans mesurer ni peine, ni travail. Il semblait, dit J.-H. Noj^es, un revenant du socialisme, allant de tombe en tombe, déchiffrant les épitaphes des phalanges et sociétés défuntes.

En 1854, après douze ans consacrés à la recherche de ces matériaux, A.-J. Macdonald était à New- York prêt à revoir et à classer ses manuscrits, il écrivait même la préface de l'ouvrage projeté, lorsqu'il fut atteint du choléra et mourut.

Dix ans plus tard, J. H. Noyés reprit le projet de Macdonald, le besoin d'enseignements pratiques sur les essais sociaux se faisant de plus en plus sentir.

La première pensée de Noyés fut de rechercher les travaux de Macdonald, mais quelle improbabilité d'en retrouver trace dans l'énorme cité de New- York ! Néanmoins, il se mit à l'œuvre ; car il s'agissait d'une collection d'enseignements devenus, avec le temps, de plus en plus difficiles à reconstituer.

Après bien des efforts. Noyés finit par entrer en relations avec des personnes qui le conduisirent chez un beau-frère de Macdonald.

Là, Noyés, à sa grande joie, trouva les précieux manuscrits eux-mêmes et le possesseur tout disposé à les lui

remettre. Noyés emporta et classa son trésor ; il y puisa largement pour la rédaction de son propre ouvrage, mais il s'aida aussi de renseignements pris à d'autres sources.

Son livre — il le déclare lui-même — n'est pas la publication des matériaux recueillis par Macdonald. Il n'a tiré de ceux-ci et le plus souvent en condensant que ce qui rentrait dans le cadre qu'il s'était assigné. Mais il lui doit beaucoup car les dits matériaux sont une mine inappréciable .

Aussi Noyés désirant que cette collection unique restât à la disposition des étudiants et des penseurs, la confia à la garde d'une Institution publique qui en comprend toute la valeur. Cette Institution est Yale Collège à New- Haven, Connecticut. Les manuscrits de A. J. Macdonald sont dans la Bibliothèque où l'on peut les consulter.

Nous espérons que par les soins de la dite Bibliothèque, ou de toute autre façon, les importantes et rares leçons contenues en ces manuscrits seront, un jour, publiées in-extenso.

Cela fait, et les nécessités de l'évolution sociale se révélant de plus en plus, les dites leçons ne tarderaient pas à être traduites dans les principales langues, afin — comme se le proposait Macdonald en recueillant ces enseignements des faits — < de montrer, à tous, les écueils déjà > relevés sur la route du progrès social et d'aider à dé- * couvrir l'entrée du port. »

4. —Nomenclature des SooiôtéB reUées au mouTement louiiériste.

Les États-Unis étaient un champ d'action admirablement préparé pour le Fouriérisme, en raison des nombreuses expériences sociales qui s'y étaient produites depuis plus d'un demi-siècle. Citons-en quelques-unes :

Dès 1774, des Shakers étaient venus d'Angleterre aux

Etats-Unis établir leur première communauté religieuse; en 1805, des Allemands du Wurtemberg (les Rappites) également communistes religieux avaient fait de même ; en 1817, de nouveaux communistes religieux, les Zoarites, vinrent aussi du Wurtemberg trouver aux Etats- Unis un lieu d'asile contre les persécutions qu'ils subissaient dans leur pays.

Tous ces communistes se multiplièrent dans leur nouvelle patrie-

De 1825 à 1828, onze sociétés s'y formèrent sous l'inspiration des idées de Robert Owen ; enfin la division qui, vers la même époque, se produisit dans l'Eglise de la Nouvelle-Angleterre entre Orthodoxes et Unitariens contribua aussi à la fondation de publications et de sociétés qui préparèrent la voie au Fouriérisme.

Noj'^es indique à ce sujet les quatre associations suivantes :

Brook'Farm , dans le Massachussetts , unitarienne d'origine ;

Hopedale , également dans le Massachussetts, due à l'esprit universaliste ;

Northamptorij toujours dans le Massachussetts, fondée par les c Nothingarians » gens n'appartenant à aucune crovance ;

SkaneateleSj dans l'Etat de New- York, due à l'esprit à la fois communiste et < nothingarian >.

La première de ces quatre associations, Brook-Farm, se rallia au Fouriérisme dans l'hiver de 1843-1844, et devint en 1845 le principal organe de propagation de la doctrine phalanstérienne. A ce titre, nous lui consacrerons un chapitre spécial.

Bornons-nous à indiquer présentement que les sociétés classées par Noyés comme ayant préparé la voie au Fourisme avaient ce principe commun :

Réaliser rUnion : P des intérêts ; 2» des arrangements domestiques.

Nous allons donner maintenant la nomenclature des sociétés classées par J. H. Noyés comme appartenant à l'époque du mouvement fouriériste, y compris celles qui préparèrent la voie.

Mais signalons d'abord, d'après Noyés lui-même, que plus d'une Société réclamerait peut-être contre son classement au rang des phalanges fouriéristes ; car, parmi ces essais, il s'en trouvait reposant sur les conceptions les plus diverses, depuis le haut idéal de l'Eglise vivante universelle enseignée à Brook Farm par William Henry Channing, jusqu'à la négation de toute idée de Dieu, de toute loi gouvernementale, en passant par le mélange dans un même groupement de gens, les uns très attachés à leurs vues religieuses respectives, les autres indifférents à toute croyance, et d'autres enfin allant jusqu'à l'athéisme.

Certaines de ces tentatives, on va le voir, n'ont laissé d'autre trace que leur nom. Nous les classons après les quatre qui préparèrent la voie et faisons venir le reste, autant que possible, dans l'ordre de fondation.

Enfin, il est bon de noter que la nomenclature n'est pas complète ; le nombre des essais ayant dépassé celui énuméré ici.

Sociétés ayant préparé la voie:

1841 — Brook Farm à West Roxbury, Massachussetts.

1 15 membres. Dura 6 à 7 ans.

1841 — Hopedale. Massachussetts. 200 membres. Dura

17 à 18 ans.

1842 — Northampton association. Massachussetts. 130

membres. Dura 4 ans.

1843 — Skaneateles Community. New- York. 150 mem-.

bres. Dura 2 ans et demi.

SooiétéB dont le nom booI est donné:

1843 — Washtenaw Phalanx. Michigan.

> — Garden Grove. lowa.

> — Grande prairie Community. Ohio.

» — Sangarnon Phalanx. Illinois.

> — Brooke^s Eœperiment. Ohio. Peu de membres.

Sooiôtés aveo dates et pins on moins de détails.

1841 — Malboro Association. Ohio. 24 membres. Dura

4 ans.

1842 — Social reform unity. Pennsylvanie.

1843 — Hopewell. Ontario County.

> — Mixville. Alleghany County.

» — Bureau Co Phalanx. Illinois. Petite entreprise. 20 membres. Dura 10 mois.

> — North American Phalanx. New-Jersey. 112

membres. Dura près de 13 ans.

> — Sylvania Association. Pennsylvanie. 145 mem-

bres. Dura un peu plus d'un an.

> — Jeff'erson Industrial Association. New- York. 400

membres. Dura quelques mois.

» — Mac Kean Co Association. Pennsylvanie.

> — Goose Pond Community. Pennsylvanie. 60 mem-

bres. Dura peu de mois.

> — Moorhouse Union. New- York. Dura peu de mois.

> — Prairie home Community. Ohio. Dura un an.

"> — Adelphia Phalanx. Michigan. 400 à 500 membres. Dura près de 3 ans.

* — Lagrange Phalanx. Indiana. Dura environ 3 ans. » — One mentian Community . Pennsylvanie. Dura environ 1 an.

1844 — Clarkson industrial Association. New- York. 420

membres. Dura environ 9 mois.

-èl7 -

1844 — LeraysviUe Phalanœ. Pennsylvanie. 40 mem-

bres. Dura 8 mois.

> — North Bloomfield Association. New-York. Dura

17 à 18 mois.

> — Sodtcs Bay Phalanœ. New-York. 300 membres.

Dura peu.

» — Ohio Phalanx. 100 membres. Dura 18 mois.

> — Trumbull Phalanx. Ohio. Dura 3 ans et demie.

> — Wisconsin Phalanx . 180 membres. Dura 6 ans. ^ — Clermont Phalanx. Ohio. 120 membres. Dura

au moins 2 ans.

> — Ontario Phalanx. New- York. Brève durée.

1845 — ColumMan Phalanx. Ohio.

^ — Intégral Phalaax. Illinois. 30 familles. Dura 17 mois.

1846 — Spring Faivn Association. Wisconsin. 10 famil-

les. Dura 3 ans.

1853 Raritan Bay Union. New-Jersey. Peu de membres.

Brève durée.

Les plus célèbres de ces expériences dans le monde phalanstérien furent :

Brook Farm Phalanx .

'Wisconsin Phalanx.

North Amerioan Phalanx.

Nous nous occuperons séparément de chacune d'elles.

La dernière nommée fut celle qui eut le plus de durée. Elle fut contemporaine de Tentreprise de colonisation européo-américaine au Texas.

La nomenclature ci-dessus permet au lecteur de voir comment les tentatives furent réparties dans les Etats- Unisy soit:

— 2id —

8 dans l'état d'Ohio.

— de New-York.

— — Pennsylvanie.

— — Massachussetts.

— — Illinois.

— — Michigan.

— — New-Jersey.

— — Wisconsin.

— — lowa.

— — Indiana.

37 au total.

A noter que presque toutes ces entreprises furent faites au sein de pays pleinement cultivés et pourvus des ressources de la civilisation. Ceci dit par opposition à remplacement qu'occupera plus tard la tentative de colonisation européo-américaine au Texas.

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