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Organisation de la propagande. William, H. Ghanning

En face de ces nombreux échecs, les véritables apôtres de l'idée furent fortifiés dans leur sentiment qu'il fallait : développer les capacités de tous ordres, administratives et autres ; cultiver, chez tous, les sentiments d'amour unitaire ; équilibrer les esprits et les dresser vers la conception d'un haut idéal social.

A cette époque, et peut-être pour répondre à ces besoins, se produisit un changement notable dans la direction du mouvement: jusque-là, mai .1845, l'étal^major du Fouriérisme américain avait résidé à New- York. Brisbane, Horace Greeley, Parke Godwin, les premiers apôtres de l'idée, y demeuraient et y publiaient leurs ouvrages. Le journal € The Phalanx> paraissait à New- York. La Convention nationale y avait été tenue; et là était le siège du comité exécutif constitué par la dite Convention.

Mais, après la conversion de Brook Farm au Fouriérisme, le centre des opérations fut transféré de New-

York au Massachussetts, nominalement à Boston, en fait à Brook Farm même,

Le journal t The Phalanx > dont la rédaction (9""® résolution delà Convention nationale d'avril 1844,) (1) était déjà passée en partie aux mains des directeurs de Brook Farm, se transforma de revue niensuelle en revue hebdomadaire sous le nom de « The Harbinger > et fut désormais rédigé et imprimé à Brook Farm Phalanx.

A partir de ce moment, la fonction de Brook Farm fut de propager la doctrine Fouriériste.Ses principaux membres étaient admirablement qualifiés pour cette tâche.

William Henry Channing fut Tingénieur en chef de cette organisation. Son zèle et son éloquence rélevèrent à l'honneur d'être reconnu comme le principal apôtre du Fouriérisme. En fait, il succédait au poste de Brisbane ainsi que nous allons le voir.

Le 27 mai 1846 fut tenue à Boston une Convention à la suite de laquelle, le 6 juin, William Henry Channing publia dans « The Harbinger > un appel aux partisans de l'Association, afin d'accomplir les résolutions votées par l'Assemblée.

Or, il s'agissait de vulgariser dans tous les Etats-Unis les principes de l'Association, afin de préparer le jour où la nation se lèverait comme un seul homme et réorganiserait ses territoires communaux sur la base de la parfaite justice.

La voie d'accomplissement d'une telle œuvre était indiquée comme suit :

lo Tous les partisans de l'Association devaient s'unir en une seule société intitulée: l'Union américaine des € Associationnistes >.

2o Chacun d'eux devait envisager comme but de ses efforts l'établissement d'un nouvel ordre social ayant

(1) Chapitre XVI, 2. Page 192.

pour bases: la propriété par actions, le travail coopératif, Fassociation des familles, la glorification du travail, réducation intégrale, l'union des intérêts; toutes choses d'accord avec les lois de la divine Providence et les destinées de l'homme.

3** Les premiers travaux devaient comprendre:

A. De la part des membres ou des sociétés reliées à la Société-mère : la tenue de réunions ou de conférences où seraient propagés les principes de l'Association ; la publication d'écrits vulgarisant les mêmes principes; le recueillement de fonds en vue de passer à la réalisation.

B. De la part de la Société mère : la désignation et l'envoi d'agents instructeurs et de conférenciers ; la publication d'écrits ; la constitution en séries des sociétés affiliées, auxiliaires de la Société-mère, etc.

€ Jamais certainement, > s'écriait Channing, « n'a été offert aux hommes une plus noble tâche : formuler la vraie parole dont le peuple a besoin comme guide de sa destinée.

€ L'association montre comment les sociétés humaines peuvent être organisées en fidèle obéissance à la volonté de Dieu, et de manière à devenir de véritables fraternités où l'amour universel soit traduit dans toutes les institutions.

> Troublés parles discordes sectaires et les controverses théologiques, choqués des inconsistances qui déforment le monde religieux, et aussi de l'égoïsme, de l'ostentation, de l'esprit de caste qui prévalent même dans les assemblées du culte, — les chrétiens soupirent après des Eglises qui soient vraiment des maisons de Dieu, où réside l'esprit de sainteté et d'où rayonne une surabondance de charité céleste...

< Une honte permanente demeurera sur nous, si nous

n^employons pas nos plus hautes énergies à raccomplissement du devoir actuel que nous assigne la Providence. Levons-nous et agissons.

> Les mesures que vous êtes présentement requis de pousser de Favant sont: P d'organiser des sociétés affiliées qui agiront de concert avec FUnion américaine des associationnistes; 2" de propager le Harbinger et autres journaux dévoués à l'association ; 3"* de recueillir des fonds on vue de couvrir. les dépenses pour brochures et conférences,

> Notre bannière blanche est déployée dans l'espace montrant notre triple devise:

€ Unité de Vhomme avec Vhomme dans la vraie société ;

€ Unité de Vhomme avec Dieu dans la vraie religion ;

€ Unité de Vhomme avec la nature dans Vart et le travail créateur.

> Que les cœurs puissants en foi, en espérance et en charité 's'unissent pour la porter en triomphe et nous sommes certains de vaincre. Dieu est avec nous, en avant! »

A la suite de cet appel venait un article intitulé : La mission de Charles A. Dana. On y lit :

€ Les opérations de The américan Union vont commencer sans délai. M. Dana, en qualité d'agent de l'Union, parcourra TEtat de New-York. Il donnera des conférences dans les principales villes et organisera la propagation des principes de l'association.

> Nos amis sont priés de faire tous leurs efforts pour aider aux travaux de M. Dana et les rendre efficaces ».

Peu après se produisit une nouvelle assemblée des membres de l'Union américaine. Cette assemblée est relatée dans The Harbinger du 27 juin 1846. Tous les ora-

teurs, sauf Brisbane, étaient des membres de Brook Farm Phalanx. La session dura deux jours.

Chacune des journées fut close par un discours de W. H, Channing, Du premier de ces discours, il est dit :

€ M. Channing délara que le grand problème et l'œuvre du jour étaient de réaliser une Eglise unitaire. Il montra combien ces soi-disant Eglises actuelles sont à l'opposé du véritable esprit du Christ, et combien il est impossible de réaliser l'Eglise Unitaire (1) avec le présent régime industriel qui isole les hommes entre eux et les pousse à l'égoïsme.

> Il termina en proclamant que les partisans de l'association unitaire dans le pays engageaient leur vie toute entière à la défense de la cause, qu'ils ne s'en détourneraient pas et ne prendraient pas de repos tant qu'ils n'auraient pas amené la nation entière à voir et à reconnaître la vérité de leurs doctrines >•

A la fin du second jour, nouveau discours de Channing, The Harhinger dit à ce propos: ^ Il exposa ce que l'assemblée avait de plus pressant à faire. Son appel aux amis comme aux opposants de la cause demeurera dans toutes les mémoires.

> Il s'adressa directement au plus profond sentiment religieux de chacun et éveilla chez tous la conscience d'une énergie nouvelle. Toute la richesse d'images et la poésie du style de l'orateur animaient ce discours, comme si Channing eut voulu verser sa vie entière dans lo cœur de ses auditeurs pour y introduire la conviction.

> Il semblait ôtre lui-môme une illustration de la splendide image dont il fit usage pour peindre la crise présente du Fouriérisme.

(1) H faut comprendre que dans resprit de Channing TEglise unitaire était non-seulement le corps social américain, mais le corps socia^ humain, l'Humanité.

> N'ayant pas le texte même du discours, il nous est impossible de le reproduire exactement pour le lecteur, nous voulons cependant lui en donner une idée :

> Le mouvement < dit William Channing > a été puissamment, noblement engagé dans ce pays, mais il subit un arrêt. Quand Benvenuto Cellini moulait sa grande statue de Jupiter, à un moment donné,au cours des opérations, il tomba endormi, épuisé de fatigue. Bientôt les cris de ses ouvriers le réveillèrent: € Maître, venez vite, les feux s'éteignent, le métal se coagule ! >

€ Debout aussitôt : ^c II nous faut recommencer » dit Benvenuto et, se précipitant dans le palais, il saisit la vaisselle d'or et d'argent, les objets d'art, jette tout dans le four à fusion; et prenant de même les objets combustibles, il les jette au fourneau pour ranimer le feu.

> Peu après, les flammes rugissent, la fusion du métal commence et bientôt Jupiter apparaît dans sa complète majesté.

» Amis, il en est ainsi de notre grand ouvrage : le mouvement se coagule dans sa course, nous nous sommes attiédis, nous avons dormi. Ne jetterons-nous pas dans la fournaise et notre or et notre argent et nousmêmes, lorsqu'il s'agit de produire non une simple statue, mais une humanité harmonieuse et parfaite à l'image de Dieu.

< Qui eut jamais un pareil but?.. >

Le rapport sur les travaux du Comité exécutif, lu à l'Assemblée et approuvé par elle, avant sa séparation définitive, se terminait par ces paroles :

« Action ! Camarades associationnistes. Frères, Sœurs, chacun et tous ! Vous êtes encore une fois suppliés au nom de notre cause, celle de l'Unité universelle, de coo-

pérer énergiquement à Pexécution des plans de FUnion américaine: P Vous grouper en sociétés; 2» propager The HarUnger^ 3° recueillir des fonds.

» Il s'agit de trouver dans les Etats-Unis une centaine de personnes souscrivant 100 dollars annuellement pendant trois ans, oU bien 200 personnes souscrivant 50 dollars, afin d'établir la permanence de la propagande.

» Il faut faire entendre à la nation le vrai sens de l'Evangile, ne nous aiderez-vous pas? >

Signé € William H. Channino >.

Les paroles enflammées de Channing évoquant l'image du grand artiste Benvenuto Cellini dans le sacrifice de ses meubles et bijoux précieux pour achever la fonte de la statue de Jupiter, témoignent^ du profond enthousiasme qui animait les novateurs de cette époque; mais l'entraînement, si grand qu'il soit, ne suffit pas à la solution des problèmes sociaux. Celle-ci exige l'immense concours de tous et des recherches scientifiques, longues et méthodiques. D'ailleurs, les échecs successifs étaient là pour témoigner des difficultés de l'entreprise ; aussi, ces premiers apôtres , malgré toute leur foi et leur ardeur, ne purent-ils, d'emblée, transformer la société. La suite de cette étude nous montrera une partie au moins des difficultés d'ordre si varié qui paralysèrent leurs efforts.

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