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Continuation des éoheos. — Fin de Brook-Farm

Charles Dana, nous l'avons vu (1), avait été délégué pour donner des conférences dans TEtat de New-York.

€ Les renseignements font défaut » dit Noyés < sur les travaux de M. Dana. Mais nous avons des informations sur ceux de deux autres notables conférenciers également délégués par Brook-Farm : MM. John Allen et John Orvis.

€ Ces Messieurs firent deux ou trois tournées à travers la partie nord de la Nouvelle-Angleterre et, dans l'automne de 1847, ils donnèrent des conférences, ou plus exactement essayèrent d'en donner, à Utica, Syracuse, Rochester et autres parties de l'Etat de New-York.

€ Dans une lettre au ffarbinger^ en date de 1847, ils se plaignirent amèrement de l'indifférence qu'ils rencontraient à cause de la mauvaise influence des nombreux échecs > .

Une seule tentative nouvelle avait vu le jour depuis le redoublement des efibrts propagandistes : celle de Spring-Farm association, dans le Wisconsin ; et des échecs nouveaux s'étaient ajoutés aux précédents, portant à 31 le nombre total des associations défuntes.

Cinq tentatives seulement subsistaient encore, y compris Brook-Farm qui allait disparaître le mois d'après, en octobre 1847.

Des quatre autres, une s'éteignit en 1848, une en 1850 ; cette dernière : Wisconsin Phalanœ forma avec Brook-Farm et North'Américan-PfialanXj le lecteur le sait, le trio célèbre des entreprises fouriéristcs américaines.

Deux seules tentatives dépassèrent 1850, mais pour

2) 8* section du présent chapitre, page 230.

quelques années seulement. North American Phalanx disparut en 1855-1856 ; enfin, Hopedale, une des sociétés fraternelles et religieuses qui avaient préparé la voie au Fouriérisme survécut d'un an à toutes les phalanges et' s'éteignit dans l'hiver 1856-57.

Quant à Raritan-Bay Union, la SV et dernière de notre nomenclature (1), sa fondation en 1853 fut due à une scission dans North American Phalanx (nous verrons ces faits en leur temps) et la tentative s'effaça presque aussitôt sans laisser d'autre trace.

Horace Greeley, le grand apôtre de la cause fouriériste, résumant, après tous ces échecs, l'enseignement de son expérience, disait :

€ Toute tentative socialiste sera contrecarrée par un sérieux obstacle : la nature des gens qui y sont communément attirés. A côté d'esprits nobles et élevés, dont les impulsions sont purement philantrophiques et qui sont disposés à supporter le travail et la peine pour le soutien d'une cause dont ils espèrent le bien du genre humain, on trouve vingt fois plus de visionnaires, d'exaltés, d'égoïstes, d'esprits forts, de batailleurs, d'incompris, de gaspilleurs, de paresseux, en un mot de propres à rien. Ne se trouvant bien nulle part, ces gens concluent témérairement qu'ils sont exactement qualifiés pour une société plus parfaite.

€ Ils ont pu entasser faute sur faute, faillir à tous leurs engagements, ils ne s'en précipitent pas moins dans tout nouveau mouvement, comme s'ils étaient nés expressément pour le surveiller et le diriger. Dépourvus de ressources, d'habileté pratique, de tact et de sens commun, ils ont un tel fond d'audace et d'aplomb qu'ils s'emparent des positions dont les responsabilités sont telles que les gens capables et modestes hésiteraient à

(1) 4« section du présent chapitre, page ^7.

les accepter ; de sorte que les soins dont les plus capar blés devraient être chargés sont malheureusement dévolus aux plus aveugles. Telles expériences qui eussent prospéré, guidées par les meilleurs membres, courent ainsi au naufrage. >

Les fondateurs des essais qui avaient sombré s^accordaient généralement sur ce point que la défectuosité commune était cause de la ruine. L'un d'eux disait : < Les temps ne sont pas encore venus ; les esprits ne sont pas préparés ; il y a à la surface des sociétés une somme d'individus remuants, mécontents, jaloux, paresseux, dégoûtés du présent système social, non parce que ce système enchaîne la masse dans la pauvreté, l'ignorance, le vice et une servitude sans fin, mais parce qu'ils ne peuvent pas faire tourner ce système à leur satisfaction personnelle •

€ L'expérience montre que cette .somme d'individus est toujours prête à se rallier à tout mouvement nouveau qui promet bien-être, abondance et liberté personnelle. Mais, lorsque l'entreprise se refuse à prendre la Uceace pour la liberté et exige que chaque membre mette sa force et sa capacité au service du mouvement, alors le cri de tyrannie et d'oppression est jeté à la face de ceux qui se sont faits les avocats du travail et de l'abnégation ; et la tentative même est considérée comme responsable des vices des gens dont nous parlons >.

Il est remarquable que celui qui s'exprimait ainsi était précisément CoUins, le fondateur de la Skaneateles community dans l'Etat de New-York, entreprise reposant sur la théorie de liberté absolue ; chacun des membres croyait et faisait ce qu'il voulait.

Un autre socialiste, fondateur d'une tentative dissoute, disait aussi : € Généralement les hommes ne sont pas préparés, l'association est pour l'avenir >.

Cependant, en face des échecs fouriéristes, se maintenaient prospères, grandissaient et se multipliaient des tentatives communistes ayant une cause de lien, de ciment, un fondement d'harmonie dans Tunité des vues religieuses de leurs membres, hommes et femmes ; ce qui fait dire à J.-H. Noyés :

€ La connexion entre une religion, quelle qu'elle soit, et le succès des expériences socialistes est généralement reconnue même parmi les partisans des associations non religieuses. Ainsi Horace Greeley, un phalanstérien des plus notables, a écrit : La théorie la plus plausible est bien obligée de tenir compte des faits. Or, il est indéniable que les expériences socialistes qui ont su vivre et prospérer sont précisément celles qui reposaient sur une base que j'eusse cru fatale à leur développement. Tandis que des milliers de banques, de fabriques, de maisons de commerce, dirigées par des hommes habiles, rompus aux affaires, ont périclité depuis 60 ans, les communautés des Shakers fondées sur l'esprit religieux sont vivantes et prospères. Et il en est de même des communistes d'Economy, de Zoar, d'Ebenezer, etc., ».

Il relève aussi ces paroles de Charles Dana : < Les expériences socialistes basées sur des vues religieuses particulières ont généralement prospéré. Les Shakers en sont un magistral exemple, en face des échecs des disciples de Fourier, Owen et autres ; ce qui prouve que sans le soutien de la pensée religieuse les plus brillantes théories sociales sont de peu de valeur >•

Nous avons vu dans la précédente section que Charles Dana était rallié aux vues du grand Théosophe suédois Swedenborg ; et que ces vues faisaient en quelque sorte de la religion l'âme de la science, comme elles faisaient du travail le véritable culte. Mais de telles propositions ne pénètrent les esprit que très lentement.

L'évolution morale est indispensable à révolution sociale, il faut donc s'employer sans relâche à l'éducation générale. Un des puissants moyens d'action dans cette voie sera la réalisation , à côté de l'outillage industriel perfectionné, de la vraie méthode à suivre pour déterminer , — par la vérification des mérites effectifs et la vérification permanente ^ — la juste part de chacun dans les fruits de la production (1),

Ainsi sera réduite au minimum l'action perturbatrice du personnel humain insuffisant, incapable ou dépravé dont, petites ou grandes, toutes les sociétés ont à souflTrir.

Observons enfin que les entreprises religieuses communistes citées plus haut n'abordent en rien la solution d'un problème qui s'impose aujourd'hui : celui du rôle social de la femme ; et qu'à ce titre leur longévité n'est qu'un demi succès.

Du reste, ces expériences voient d'année en année diminuer le nombre de leurs membres ; l'une d'elles, Zoar, s'est dissoute récemment. (Le Devoir^ numéro d'avril 1898, page 226).

En mai 1845, nous l'avons vu, la Société de Brook Farm s'était définitivement constituée en phalange. L'année d'avant, elle avait préparé cette transformation par le développement de ses entreprises agricoles, la construction d'un vaste atelier et d'une section de demeure unitaire ou phalanstère. A peine ces travaux étaient-ils achevés qu'un effroyable incendie (en mars 1846) détruisit le grand édifice unitaire, lequel n'était pas assuré. Cet édifice était en bois ; il mesurait 175

(1) Question déjà touchée. Voir : chapitre III, section 15, page 48 ; présent chapitre, section 3, page 211.

pieds de longueur et avait trois étages, y compris le rezde chaussée, avec jolies mansardes pour les célibataires. Cent cinquante personnes environ devaient y être logées.

Le premier et le second étages comprenaient 14 suites d'appartements indépendants les uns des autres et composés chacun d'un salon et de trois chambres à coucher. Les appartements de chaque étage étaient reliés par une galerie.

Une partie du deuxième étage avait été réservée pour rinstallation d'une église ou chapelle. Le service religieux eût été pratiqué par William-Henri Channing.

Le rez-de-chaussée comprenait une grande et commode cuisine, une salle à manger pouvant recevoir 300 à 400 cents personnes, deux salons publics et une vaste salle de conférences.

€ Bien que ce ne fût sous aucun rapport > dit The Harbinger « un modèle de phalanstère ou d'habitation unitaire à destination d'une phalange, il était bien adapté aux besoins présents du personnel...

4c Le coût du bâtiment, y compris le travail accompli par l'association, montait à environ 7.000 dollars (35.000 fr ) et l'on évaluait à 3.000 dollars les frais nécessaires à son achèvement

€ Comme l'édifice n'était pas encore habité, sa destruction n'apporta aucun changement essentiel dans les arrangements domestiques et les travaux... Mais chacun sentait que la perte subie était une véritable calamité dans l'état naissant de l'entreprise ».

En effet, cette perte nécessitait un redoublement d'efforts et de labeurs très rudes, peu en rapport avec les aptitudes de la plupart des membres de l'association.

En juin suivant , Brook Farm Phalanx procéda , comme nous l'avons vu (1), à l'organisation de la propa-

(1) Pages J228 et suivantes.

gande et, à partir de ce moment, tous les efforts se portèrent de ce côté.

Les échecs démontraient combien l'œuvre éducative était urgente, et, en^même temps, combien peu Brook- Farm pouvait compter sur Paide du dehors ; la vraie besogne pour hâter l'avènement du nouveau régime était de préparer les hommes . Les directeurs de Brook- Farm n'envisagèrent plus autre chose.

Le 30 octobre 1847, The Harbinger ^\x\À\é pour la dernière fois à Brook-Farm , annonça qu'il paraîtrait désormais à New-York sous la direction de Parke Godwin, assisté de Georges Ripley et Charles A. Dana, de N^w-York, et de William Henry Channing et John S. Dwight, de Boston.

Ainsi fut dissoute une des trois sociétés les plus célèbres parmi les entreprises américaines.

Donc, à la fin de 1847, des entreprises reliées au mouvement fouriériste, il ne restait de vivantes que Spring Farm association (Etat de Wisconsin) qui s'éteignit l'an d'après, 1848 ; Wisconsin Phalahx et North American Phalanx qui vont faire l'objet des dernières sections du présent chapitre.

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