‹ Documents pour une biographie complète de Jean-Baptiste-André GodinChapitre 33 sur 41 · V. — Répartition des Bénéfices · texte numérisé non relu

V. — Répartition des Bénéfices

€ Art. 13. — Les bénéfices se partagent entre les actionnaires des différentes catégories, les travailleurs et la Société de Colonisation, conformément aux règles suivantes :

€ l"" Les actions d'exploitation entrent dans le partage des bénéfices au prorata de leur chiffre nominal;

€ 2o Les actions foncières entrent dans le partage des bénéfices au prorata des 3/5 de leur chiff*re nominal, jusqu'à ce que cette part, s'ajoutant à l'intérêt stipulé en leur faveur, leur ait complété un revenu de 10 Voî au prorata, de 2/5 de 10 à 15 Vo > au prorata de 1/5, de 15 à 20 Vo; de 1/10, de 20 à 30 Vo; au prorata de 1/25, de 30 à 50 0Vo, au prorata de 1/100, au-delà de 50 o/o.

t 3® Les actions ouvrières entrent dans le partage des bénéfices au prorata du capital représenté à 5 Vo par l'intérêt auquel elles ont droit en vertu de Tart. 9.

€ 4"* Les travailleurs entrent dans le partage des

bënéâces au prorata du capital qui donnerait à 5 Vo> une rente égale à la somme qu'ils auront touchée dans Tannée à titre de rétribution.

€ 6^ La Société de Colonisation, outre la part de plusvalues et bénéfices afférents aux actions qu'elle pourra posséder comme commanditaire, aura droit, à titre de fondatrice, etc., à une part qui sera déterminée de gré à gré entre la Gérance de cette Société et la Direction de l'Association. En raison de cette participation, la Société de Colonisation cédera à l'Association, au prix de revient, les biens meubles et immeubles que cette dernière acquerra d'elle.

> VI. — Direction

€ Art. 14. — En principe tous les. emplois sont dévolus à l'élection, et, participent à l'élection tous les membres de l'Association, dès qu'ils sont en état de participer aux travaux.

€ Toutefois, jusqu'à ce que la population de l'Association compte au moins 100 personnes au-dessus de 20 ans et comprenne au moins 25 familles, la direction appartiendra à un Conseil présidé par M. V. Considérant, et composé de sept membres au moins. MM. F. Cantagrel, ancien représentant du peuple en France, Docteur Savardan, Ch. Burkly, actuellement membre du grand Conseil à Zurich, font dès aujourd'hui partie de ce Conseil (1).

< La Société générale, à titre de fondatrice, pourra toujours se faire représenter dans ce Conseil, comme plus tard dans la Régence, par un commissaire à son choix, ayant voix délibérative.

€ Lorsque la population aura atteint le chiffre et la

(1) Messieurs Savardan et Burkly furent des plus notables parmi les immigrants au Texas. Nous aurons à reparler d'eux.

composition indiqués ci-dessus, le personnel de la direction sera élu et le Conseil de Direction remplacé par la Régence.

€ VIL — Organisation Intérieure

« Art, 15. — L'organisation intérieure est essentiellement du ressort des associés eux-mêmes, agissant directement par des délégués incessamment révocables. Comme point de départ de cette organisation, FAssociation prendra les règlements, fruits de dix années de pratique, établis aujourd'hui dans la North-American- Phalanœ^ notamment en ce qui concerne le noviciat, les admissions, la comptabilité des groupes et séries, etc.

« Toutefois, et comme première extension au mécanisme de la North'American-Phalanœ . l'établissement sociétaire se propose déjà d'admettre les divers éléments suivants :

« P Des associés en capital et en travail.

< 2^ Des associés en travail.

€ 3** Des associés en^capital, travaillant pour leur propre compte.

« 4** Des travailleurs non associés, salariés par l'Association.

€ 5^ Des résidents non associés ou demi-associés, travaillant pour leur propre compte.

€ 6« Des pensionnaires.

€ Art. 16. — Les rapports [à établir entre les différentes catégories ci-dessus, seront réglés d'après le principe de la réciprocité.

€ Art. 17. — Les deux premières catégories, constituant les pleins sociétaires ou membres proprement dits , aviseront à se garantir mutuellement par un règlement intérieur, l'éducation des enfants, les soins et l'entretien des malades, infirmes^ vieillards, l'adoption sociale des orphelins, etc., etc.

t Art. 18. — Le minimum du prix du capital sociétaire étant fixé par Tacte, le minimum du prix du travail sera établi de manière à y placer, comme situation de départ, les deux éléments dans les proportions où ils se trouvent Tun à Fégard de Pautre sur le marché ambiant. >

Le document se terminait par ces paroles de Considérant :

€ Je pense que cette Convention provisoire, en concrétant le procédé de formation des entreprises particulières appelées à se développer sur le domaine de la Société générale, achèvera de faire comprendre clairement, à tous , le mécanisme de la colonisation, tel que nous Favons conçu et tel que les principes en ont été posés primitivement dans le Rapport. Toutes les relations possibles se déduisent facilement, par analogie, des conditions actuellement bien connues. »

Un dernier mot sur les études préparatoires de la Convention provisoire : Le promoteur de la Société du Texas avait examiné le plan de cette Convention, nonseulement avec les Gérants de la Société générale : MM. Bureau, Guillon et Godin, mais aussi avec un certain nombre des principaux candidats à l'immigration.

En effet, il a écrit (1) à ce sujet, en date des premiers jours d'Octobre 1854 :

< Dans une ' réunion toute récente de la Gérance, réunion à laquelle ont été appelés un certain nombre des hommes qui vont apporter des premiers, sur le terrain, leurs capitaux et leur concours personnel à l'œuvre, nous avons rédigé... les bases de la Convention. > .

Mais ce que nous ne pouvons à notre grand regret déterminer, c'est le fait de savoir si quelques-unes des

(1) Au Texas. Appendice, p. 13.

propositions que J.-B.-A. Godin fit, en cette occuréncé, passèrent dans la Convention. La correspondance ne nous fournit, à cet égard, rien autre que ce qui suit :

Le 11 Novembre 1854, Godin écrit à ses collègues de la Gérance :

€ J'ai reçu les trois cahiers que vous m'avez adres- € ses, et je m'occupe activement du projet d'association.

< Si vous avez d'autres documents, faites-les moi pas- € ser. >

Quelques jours plus tard, le 20, il écrit aux mêmes : « Je m'occupe toujours d'association et j'avance. >

Le 27 du même mois, il envoie à Considérant un projet de statuts dressés par le docteur Savardan (un de ceux qui dirigèrent, on le verra, un groupe d'émigrants) et il ajoute :

€ J'ai fait de tout autres études sur ce sujet et bien € que mon travail soit encore incomplet, j'en fais lever « copie et vous l'adresserai. >

Malheureusement, nous ne possédons rien de ce travail. Godin dans la susdite lettre mentionne y avoir traité les questions suivantes .: < Capital personnel à

< tous les degrés, travail, commerce, comptabilité, cré- « dit et finance, administration, fonctions, réunions, € assemblées, répartition des bénéfices, etc., etc. >

Dans les premiers jours de Décembre 1854, Godin et Considérant conviennent d'une entrevue à Bruxelles et Godin dit : < Le plan de mes études sur le projet d'asso- € dation est terminé, je l'emporterai. > Rien n'indique pour nous qu'aucune partie de ce plan ait été adoptée.

Un mois plus tard, V. Considérant publiait, à Bruxelles, la Convention provisoire et la terminait par ces mots : < Les uns ont atteint le Texas et d'autres sont en mer. L'année 1855 commence et nous commençons

la première campagne avec elle, L^esprit vivant de Phumanité est en nous, Dieu protégera notre œuvre ! Je pars, amis, et vais vous attendre sur la terre immaculée où nous avons à semer la liberté, la science et Tamour,

€ V. Considérant,

€ Bruxelles, des premiers jours de janvier 1855. >

Instructions préliminaires de la part du fondateur. — Départ de celui-ci pour les Etats-Unis. — Etat général des biens-fonds que posséda, au Texas, la Société de colonisation.

Le départ de V. Considérant pour les Etats-Unis s'effectua le 17 janvier 1855. Il s'embarqua au Havre, sur V Union à destination de Nev7-York, en compagnie de sa femme et, de sa belle-mère. Madame Clarisse Vigoureux, personne célèbre dans les annales phalanstériennes (1).

Ils furent à New-York dès le 4 février suivant : € Avant mon départ > (a écrit Considérant dans son volume intitulé : < Du Texas » 1857, page 4), « il avait été convenu que, la saison le permettant encore, on expédierait en même temps que moi les éléments propres à la création d'une pépinière.

< Des plants et des graines, mis en terre sur un point quelconque où l'on établirait une station provisoire, un lieu où recevoir les lettres, où concentrer les premiers rapports, un pied à terre nécessaire en tout état de cause, c'était gagner une année pour l'introduction

(1) Chapitre IV, p. (>i.

^acclimatation et rexpérimentation de ces précieux éléments— qui ne trouvent leur saison de voyage qu'une fois en douze mois...

€ J'avais, en outre, moi-même émis et admis l'hypothèse que si, une fois sur les lieux, nous pouvions — et j'avais alors des raisons de croire cela possible — faire à bon compte l'acquisition du fort Worth (1) où j'avais vu des bâtiments capables d'abriter 100 et peutêtre 150 travailleurs, des jardins en plein rapport, etc. ; si nous pouvions acquérir également quatre ou cinq lieues carrées de terres ambiantes, et si lé fort Worth se trouvait, comme aussi je le supposais alors probable, devoir être à la base de quelqu'une des grandes acquisitions territoriales que nous aurions à faire, rien n'empêcherait que la première'' phase de préparation coloniale qui, dans mon plan, devait être dévolue à des salariés pris en Amérique, fût en grande partie exécutée déjà par des pionniers européens, destinés à devenir eux-mêmes des éléments intégrants de la colonisation.

« Dans ces prévisions, nous avions étudié nos listes, pointé les éléments les plus propres à figurer dans ces opérations et j'avais laissé la Convention provisoire comme un protocole ouvert à l'adhésion de nos amis .. >

Telles furent les vues qui, indiquées par le fondateur aux premiers agents de la Société en Amérique, présidèrent aux premières opérations.

Pour la clarté de ce récit, il nous paraît utile d'indiquer, dès maintenant, l'emplacement des tiens-fonds que posséda, au cours de son existence, la Société de colonisation au Texas. Nous le ferons par ordre chronologique d'achat.

Le lecteur sait que le Texas, Etat de l'Amérique sep-

(1) Chapitre XIX, p. 299.

tentrîonale, est situé le long du golfe du Mexique entré la Louisiane et le Mexique. Il s'étend du 26o au 34920^ lat. N/et dû 96o20' au 104o40' long. 0.

A répoque qui nous occupe,, le grand chemin de fer de New-York à San Francisco qui, réalisé aujourd'hui, passe bien au Nord du Texas, était présenté comme devant passer au centre même de PEtat.

Aussi la législature Texienne qui, dès août 1853, avait passé un contrat concédant à de certaines conditions trois lieues carrées de L600 hectares par mille de chemin de fer à la C** en projet du Pacific and Atlantic Railroad, avait-elle, en outre, en 1854, afin de pouvoir, — quand le moment serait venu et selon les fluctuations du tracé — satisfaire aux dites concessions, < mis en réserve (1) toute la zone du Texas comprise entre le 31* et le 33** degré de lat N. , c'esirà-dire un espace de 250 lieues de longueur, sur 50 lieues de largeur. >

Prévenu de ce fait, à Pépoque, par Albert Brisbane, V. Considérant Pavait consigné dans son premier rapport : € Au Texas > (2) (pages 76 et 172) comme témoignage de la rapidité avec laquelle les choses se développaient en Amérique, et du bien fondé de ses projets.

La région indiquée par lui comme lieu des premières' recherches à faire, soit le fort Worth près de Dallas (petite localité chef-lieu du Comté du même nom), se trouvait comprise dans la zone réservée à la limite nord. De vastes espaces et, spécialement les hauteurs de la Red River (rivière rouge) où Pon pouvait espérer trouver de grandes richesses minéralogiques, s'étendaient au-delà.

Les premières recherches se firent par Porgane de Cantagrel (3) dans la région indiquée par Considérant.

(1) Bulletin de la Société de colonisation, février 1856

(2) Chapitre XXU, p. 838.

(3) Chapitre XXV, p. 378.

Le fort Worth ne put être obtenu, mais fin Février 1855, un premier achat d'environ 986 hectares fut conclu à une lieue environ de Dallas, de l'autre côté de Trinity-River et à l'intersection des routes de fort Worth et Birdsville.

Des achats successifs portèrent cette propriété à envi ron 5.000 hectares (5.230 hectares 86 centiares) (1). Elle fut baptisée du nom de Réunion par ses premiers habitants et fut le siège des faits proprement dits des phalanstériens au Texas ; aussi Fappela-t-on quelque fois la colonie.

Passons au deuxième achat foncier. La plupart des émigrants d'Europe abordaient le Texas par New- Orléans. De là, ils gagnaient Galveston sur le golfe du Mexique ; puis, traversant par steamer (service régulier)la baie de Galveston, ils débarquaient à Houston, ancienne capitale du Texas, ville alors de 5 à 6 mille âmes. ,

Réunion était au nord, à cent lieues de là ; pour y atteindre, à travers le pays alors sans routes, il fallait ou remonter la Trinîty lorsque le fleuve avait suflSsance d'eau, ou se constituer en caravanes. Ce dernier moyen fut seul praticable pour la plupart des colons dont nous avons à parler. Ils avaient charge de quantités de plants apportés d'Europe ; un lieu où déposer ces plants était indispensable ; il en résulta qu'en mars 1855, par l'organe de quelques colons, la Société — ainsi que nous le verrons au cours détailé de ce récit — prit possession, à Houston, de 18 hectares, où furent déposés des milliers de plants apportés d'Europe.

Une pépinière fut ainsi constituée. La propriété fut généralement dénommée ferme de Houston ; elle était hors de la zone des terres rései^srées.

(1) Butl^tin d$ la Société de colonisation, décei^bre 1855.

Uobjet spécial de la Société de colonisation étant d'ouvrir, si possible, un Etat ou tout au moins'Fétendue d'un o.u plusieurs districts (1) à tous les essais sociaux, il lui fallait de vastes terres bien à elle. En dehors de la zone réservée, les plus grandes étendues se trouvaient au sud, spécialement au sud-ouest du Texas.

Considérant s'y rendit et, de septembre 1856 à la fin de 1857, il acheta (en plusieurs opérations), à peu près à mi-distance entre San Antonio et Rio Grande, une vallée d'environ 10 lieues carrées appelée Canon d'Uvalde.

Cette troisième et dernière acquisition de la Société de colonisation était à environ 100 lieues de chacune des deux autres : Ainsi les trois se trouvaient réparties comme suit dans l'Etat du Texas :

Réunion au nord-est ; la ferme de Houston au sud ; la vallée du Canon d'Uvalde au sud-ouest.

• Aucune opération sociétaire ne fut tentée sur ce dernier point.

Tout le Texas, du nord au sud, et de Test à l'ouest, s'offrait alors à la colonisation sans routes, sans débouchés, tout y était à faire. Impossible d'y exercer d'emblée l'industrie et le commerce. L'élevage des grands troupeaux, en un mot la vie pastorale y était la seule possible pour de longues années encore, à moins qu'on n'y provoquât — ainsi que se l'était donné pour but la Société fondée par V. Considérant — l'introduction en bloc, pour ainsi dire, de tous les éléments vitaux d'une civilisation avancée.

Le lecteur mesurera la grandeur de la tâche !

jl) Chapitre XIX, p. 305.

Suite des travaux de Godin touchant la colonisation. — Chronologie des six premiers départs pour le Texas. — Vues générales de Godin sur le développement des choses à la colonie. — Poursuite de son idée de se rendre au Texas. — Lettres de lui jusqu'au 14 février 1855.

Les efforts et travaux de Godin, si considérables déjà(l) en faveur de la Société de colonisation avant la signature du pacte statutaire, se multiplient encore dès que s'engagent les opérations en Amérique et que commencent les départs proprement dits de colons pour le' nouvel Etat qu'on espérait fonder au sein du Texas et ouvrir à tous les essais sociaux.

Il serait impraticable de reproduire ici toutes les lettres qu'il écrivit à cette époque concernant la Société.

Sa correspondance nous révèle qu'il se renseignait activement sur les objets dont l'énumé ration suit :

Instruments aratoires. Moulins à bras et à manège, Fours et pétrins mécaniques. Plantes textiles, Rails en bois. Fabrication d'objets en tôle. Meules, Turbines, Battoir à manège. Machines à bouchons. Briques, Tonneaux, Rouissage du lin. Tôle galvanisée. Serrurerie, Etamage, Emploi du cuivre, Tarifs et dessins de tous objets. Comptabilité et finances, etc., etc

Nous continuerons à ne relever de cette volumineuse correspondance que le nécessaire pour suivre le mouvement de l'entreprise conjointement à celui de la pensée de Godin.

Le premier départ pour le Texas fut celui de Cantagrel en compagnie du docteur-médecin Roger, Un mot

(1) Chapitre XXIII, p. 359, 360.

a déjà été dit de ce départ (1) qui s'effectua le 3 octobre 1854, à Ostende. Cantagrel, un des principaux chefs de l'Ecole sociétaire, et pour ainsi dire le bras droit de Considérant, était « muni de toutes les instructions > nécessaires (2) pour remplir, en Amérique, une mis- » sion préparatoire. »

Les deux voyageurs durent être à New-York (nous manquons de renseignements précis) vers la fin d'octobre ; là, près de Brisbane ou autres amis de la cause, ils apprirent que le mouvement de la population commençait à se porter au Texas, principalement vers la région du Nord qui était celle même où Considérant les envoyait; c'est du moins ce qui ressort pour nous de

l'examen de la correspondance de Godin. En effet, le 24 novembre 1854, il avait reçu en communication de la part de ses collègues de la Gérance, à Paris, des lettres de Cantagrel et Roger, et retournait les dites lettres avec les observations qu'il jugeait utile de transmettre à Cantagrel et que nous résumons comme suit :

€ Si le peuplement du haut Texas devance l'organise sation de la Société de colonisation, il se peut que le « mieux soit pour la Société de s'emparer des quelques € points les plus favorables à la centralisation de l'in- € dustrie et du commerce dans la région.

« Pour déterminer ces emplacements, il faut tenir

< compte de la richesse du sol et du sous-sol ; recher- « cher s'il y a des matériaux pour bâtir ; s'il serait « facile d'y établir des voies de communications ; . . . . ne € pas trop escompter l'avenir, en disant par exemple : € telle rivière est canalisable mais en voyant si présen-

< tement elle est navigable.... »

Ces études et recherches devant occuper plusieurs

11) Chap. XXV, p. 378, 379.

(2) Bulletin de la Société de colonisation, janvier 18513,

mois, il concluait < en s'en remettant au jugement de € Cantagrel, pour la détermination finale, quand celui- € ci arrivé dans le haut Texas aurait vu, de ses yeux € vu, Fétat des choses et du pays. >

En attendant, lui-même poursuivait assidûment ses études sur le meilleur emplacement, non d'un ou plusieurs points préliminaires, mais de la colonie même.

Le 10 janvier 1855, il écrivait à Considérant (celui-ci allait partir le 17 (1) pour les Etats-Unis) une lettre où il lui demandait instamment de voir < si les hauteurs « de la Rivière-Rouge ne recelaient pas de grandes ri- € chesses minéralogiques. >

Il montrait ces richesses économiquement distribuées et à frais presque égaux entre les nombreuses usines qui pourraient s'établir sur les bords accidentés delà rivière et, aussi, les produits mêmes de ces usines transportés à bon marché par la voie fluviale, non-seulement jusqu'au golfe du Mexique (Isi Rivière-Rouge se mêlant au Mississipi peu au-dessus de l'emboi^7 chure de celui-ci) mais aussi jusqu'à la voie ferrée que les plans d'alors montraient traversant la dite ri- , vière .

* Je porte, ,> continuait Godin, < d'autant plus dMnté- € rêt au commencement des opérations minéralogiques

< et sidérurgiques au Texas que je crois ces opérations € nécessaires au développement de la richesse de la colo-

< nie et qu'ensuite ma place est surtout marquée là € utilement.

€ Les recherches que vous ordonnerez à ce point de

< vue pourront donc rapprocher le jour où vous croirez « devoir m'appeler. »

Ainsi Godin entretenait la pensée déjà formulée par

(t)Ghap. XXVII, p. 39'i

lui en avril 1854 (1) de se rendre au Texas pour s'y consacrer à la recherche d'une meilleure organisation sociale, cette œuvre étant alors impossible en Europe.

Quant à Favis de Godin touchant les hauteurs de la Rivière-Rouge, il est très intéressant de le rapprocher de celui de Brisbane, qui, lui, connaissait de visu le pays. Or, à la même époque, Brisbane écrivait une lettre qui fut à Paris, à un mois de là, dans les premiers jours de février; Godin en reçut communication par les soins de ses collègues et retourna la dite lettre, le 8. février 1855, avec ces paroles :

< J'ai écrit à Considérant , avant son départ , une € lettre qui s'accorde singulièrement avec celle que vous € me transmettez de Brisbane, au sujet des points à € occuper et des avantages de la Rivière-Rouge compa- « rée aux autres voies fluviales. >

Revenons à la première quinzaine de janvier 1855. A cette époque le véritable état des choses et les graves obstacles à l'acquisition des terres commençaient (nous le verrons quand nous dirons les opérations au Texas) à se révéler à Cantagrel et ils allaient se révéler de même à Considérant, dès que celui-ci aurait pris pied aux Etats-Unis, c'est-à-dire dans les premiers jours de février ; mais la lenteur des communications (2) était telle alors entre la France et le haut Texas que la gérance, à Paris, ne reçut un premier avis de ces difficultés qu'à la fin de février 1855,

En attendant, dès le courant de janvier et avant même le départ de Considérant, Godin commençait à être

(l) Chap. XXII, p. 336.

(2} « Il faUait » dit le Bulletin de la Société de [Colonisation (numéro de septembre 1856), compter trois mois pour un échange de lettres. Aucun service télégraphique n'existait en 1855 entre la France et les Etats- Unis.

inquiet du silence de Cantagrel; oelui-ei étant parti le 3 octobre précédent devait, dans l'opinion de Godin, être depuis assez longtemps arrivé à Dallas (Texas) pour qu'on eût reçu de lui des informations datées du lieu même, s'il eût trouvé les choses telles qu'il s'y attendait, san3 complication aucune. L'envahissement du pays par des pionniers s'était-il accentué ? Quelles en étaient les conséquences ?

On comprend combien une telle incertitude devait peser sur l'esprit des Gérants.

Cependant, on ne pouvait que poursuivre les opérations conformément aux indications du fondateur de l'entreprise.

Celui-ci partait d'Europe pour les Etats-Unis le 17 janvier 1855. Trois départs de colons avaient eu lieu avant le sien et deux autres suivirent de près. Total, six. Ces six premiers départs constituent une série spéciale en ce qu'ils comprennent les chefs d'ordre (depuis M. Cantagrel, parti en premier lieu, jusqu'à M. Ch. Burkly parti en sixième lieu) désignés dans la Convention provisoire (1) (art. 14) comme faisant dès ce temps-là même (premiers jours de janvier 1855) partie du Conseil de direction institué à l'intention du premier groupe de colons au Texas.

Voici la chronologie de ces six premiers départs :

lo MM. Cantagrel et Roger s'embarquèrent à Ostende, le 3 octobre 1854.

2o MM. Cousin, ingénieur, et onze ouvriers de professions diverses,* belges et français, s'embarquèrent à Anvers sur VUriel^ le 25 décembre 1854.

3o MM. Raisant, Nusbaumer-Rupert, etc., ensemble 8 personnes, s'embarquèrent au Havre, sur le Leœington^ le 12 janvier 1855.

(1) Chap, XXVI, p. 39a,

4* V. Considérant, sa femme et sa belle-mère, M"* Or. Vigoureux, partirent du Havre sur V Union, le 17 janvier 1855.

5** Le docteur Savardan (désigné comme conseillerdirecteur dans la Convention provisoire, art. 14) et 43 colons, hommes, femmes et enfants s'embarquèrent an Havre sur le Nuremberg, le 28 février 1855.

Go 27 Suisses, parmi lesquels nous citerons M. Burkly, ancien membre du Grand Conseil de Zurich, et désigné, comme M. Savardan, pour être un des directeurs du premier établissement colonial. Ce groupe s'embarqua, à Brome, sur la Franciska, le 12 avril 1855.

. Huit jours seulement après ce dernier départ, c'est-àdire le 20 avril 1855, la Gérance de la Société à Paris eut connaissance de la réalisation du premier achat foncier : la station provisoire appelée < Réunion >.

Les colons embarqués sur VUriel , le Lecoington, V Union, le Nuremberg et la Franciska, s'en allaient donc, à l'aventure , par New-Orléans , vers le Haut- Texas, spécialement Dallas, confiants dans les prévisions du chef de l'Ecole, V. Considérant. Celui-ci, du reste, ayant gagné les Etats-Unis par la voie la plus rapide, devait se trouver au débarquement môme des premiers colons, ce débarquement ne pouvant guère se faire avant le P' mars 1855, tandis que Considérant devait être à New- York au commencement de février.

On comptait si fermement sur le bien-fondé des prévisions de Considérant que nul ne doutait que le point initial au moins de la colonie serait en possession de la Société lors des premiers débarquements, et que le fondateur, et peut-être même . son fondé de pouvoirs, Cantagrel, auraient le plaisir de diriger vers ce point les émigrants.

Voyons maintenant les travaux qu'occasionnaient à la Gérance les départs de colons.

Mn raison de ses connaissances et aptitudes spéciales^ Godin avait pris un rôle déterminé dans ces travaux. Ce rôle était annoncé comme suit dans le Bulletin de la Société, en date de janvier 1855 :

€ Communications relatives aux procèdes industriels.

€ M. Godin-Lemaire, l'un des gérants de la Société, résidant à Guise (Aisne), s'est chargé spécialement de l'étude des questions de procédés industriels, emploi des machines, etc., en vue de la colonisation.

f Les personnes qui désireraient obtenir ou auraient à fournir des renseignements dans cet ordre d'idées, pourront lui adresser directement leurs communications à l'adresse suivante : M. Godin-Lemaire, manufacturier à Guise (Aisne). »

Quelques lettres vinrent de ce chef directement à Godin, mais le plus grand nombre des adhérents à la Société s'adressait à Paris et Godin réclamait alors de ses collègues les indications pour l'examen des choses dont il s'était spécialement chargé. Ainsi, le 10 janvier, il écrit à MM. Bureau et Guillon :

€ Amis, je suis toujours sans moyens de communi- « quer avec qui que ce soit des personnes qui sepropof sent pour l'émigration, faute d'avoir leurs adresses. € Vous m'avez parlé de fondeurs aux usines d'Indret ;

< ces personnes vous sont-elles suffisamment connues

< pour que j'entre en relations avec elles ? En ce cas, € remettez-moi les indications voulues.

€ Avez-vous maintenant une liste plus complète d'ou- € vriers travaillant le fer? Y a-t-il de ces ouvriers « parmi les colons dont le départ doit s'effectuer en « lévrier (1) et n'ai-je rien à leur dire ?

€ Etes-vous fixés sur Tépoque du départ dont je parle?

(1) Ci*de88U8, p. 404.

«.J*ài besoin d^être renseigné à cause des moulins et € autres objets que je dois tenir prêts.

« Demandez aux agriculteurs partants s'ils ont les € premiers instruments nécessaires au labourage; si «non, il faut qu'ils soient sûrs de pouvoir s'en pro- €, curer à New-Orléans. Peut-être ferait-on bien d'em- € porter un Brabant d'Europe? Donnez sur ce point € toutes les recommandations... Si ma présence devient € utile à Paris, dites-le moi.

« Amitié dévouée. Godin. >

Nous avons rappelé ci-dessus (1) l'idée qu'il nourrissait de se rendre lui-même au Texas ; une lettre qu'il écrivait, le 13 janvier 1855, à un habile employé d'industrie , va nous montrer ce qu'il comptait faire à la colonie. Voici cette lettre :

Monsieur et ami , € Vos anciennes sympathies pour la cause sociétaire « et l'oôre que vous nous avez faite dernièrement d'être

< prêt pour le Texas quand on le jugera utile, m'enga- « gent à vous demander quel concours vous pouvez « apporter aux travaux de fonderie et moulerie, et à la € direction de ces opérations. Connaissez-vous quelque € chose du travail des hauts fourneaux? etc. . .

€ Pour moi, je me propose de m'employer à la fonda- € tion et au développement des premiers établissements « métallurgiques dans la colonie , une fois les travaux

< d'exploration effectués. Si, comme je l'espère, les € minerais de fer et de charbon sont faciles à trouver , a mon intention est de fournir les premiers capitaux € nécessaires à leur exploitation et , dans le cas où: ces € avantages ne nous seraient pas offerts par l'état du € sous-sol au Texas , je n'en persisterais pas moins à y

« introduire très prochainement toutes les opérations « de la fonderie et à y élever des ateliers de construc- « tion en rapport avec les besoins de la colonie.

< Assez familiarisé avec le travail des métaux, j'é- « prouve le besoin de me concerter avec les hommes « qui , de près ou de loin , sont disposés à me seconder « au Texas , pour la fondation de la partie industrielle € dont peut dépendre grandement la richesse future de

< la colonie.

<Vous connaissez trois, ou quatre personnes dispose sées à émigrer, faites-moi, je vous prie, le plaisir de € me donner tous les renseignements possibles sur

< elles et sur leurs dispositions à concourir à un sem-

< blable projet.

€ Recevez, je vous prie, mes amicales civilités. € L'un des gérants , Godin. >

Cependant, au cours des préparatifs du départ qui s'effectua en Février et qui comprit le plus de colons, l'inquiétude grandissait chez Godin et, le 16 Janvier 1855 , il écrivait à un de ses collègues , le digne et sympathique Allyre Bureau :

« Mon cher Bureau, € Vous êtes donc toujours sans nouvelles de Cantagrel € que vous ne me dites pas un mot de lui ? Cela est

< regrettable , car nous devrions avoir maintenant des € renseignements assez complets pour nous permettre € de savoir quelles choses nous devons envoyer d'Euro- € pe, afin de pourvoir aux besoins matériels de ,1a € colonie...

< Qu'est-ce qui détermine le départ projeté pour

< Février en l'absence de ces nouvelles ? Sur quelles

< nécessités est-il fondé ? Quel est son but ? Je ne le

< vois pas et crois que jusqu'à ce que nous soyons € mieux fixés sur ce qui se passe au Texas et sur ce

« quî y est fait, nous ne devrions rien presser ; il sei*a

< encore temps de partir en Mars . . . >

Ses collègues, MM. Bureau et Guillon, lui répondent selon sa demande par retour du courrier et, trois jours plus tard, il leur écrit à nouveau :

« Amis, mes réflexions sur la précipitation du pro- € chain départ me paraissent plus que jamais fondées « car vous ne me dites pas en quoi il y a urgence de or nous presser autant. . . > (Ce départ qui s'effectua le .28 Février devait alors s'effectuer le 10).

€ Rien ne sera prêt ; songez donc que nous voilà le « 20 janvier et que, si nous ne voulons précipiter les « choses pour Penvoi des colis, il ne reste plus guère € que dix jours devant nous. Je n'aurai qu'un moulin à f bras de fait, celui à manège ne sera pas achevé ; € et nous allons seulement étudier sérieusement les

< besoins de ce départ. . .

< Puisque c'est le dernier groupe que vous êtes d'avis € de laisser partir d'ici à l'automne, ne faisons pas les

< choses à demi . . . >

L'ardeur des gens résolus à émigrer était difficilement contenue, d'autant plus que le fondateur, nous l'avons vu ci-dessus (1), avait admis la possibilité de confier à des pionniers européens le travail préparatoire réservé dans son plan primitif à des américains.

La voie ouverte ainsi était donc suivie. Aussi lisonsnous dans une nouvelle lettre adressée, le 21 janvier 1855, par Godin à l'employé d'industrie auquel il avait déjà écrit le 13 du même mois :

€ M.onsieur et Ami,

... < Un mot sur les débuts des pionniers, des proie miers amis dévoués qui vont à la conquête du désert : € là, plus de civilisation avec toutes les ressources que

(1) Ghap. XXVII, p. 395.

€ son mouvement industriel renouvelle chaque jour* . 4 € tout est à créer.

€ Il faut ouvrir la terre et l'ensemencer; il faut € construire des habitations ; il faut extraire du sol € tous les matériaux et minerais qui donneront le jour € à Patelier industriel dans ces solitudes.

€ On conçoit de suite avec quelle ardeur il faut € prendre corps à corps la nature vierge pour s'en ren- « dre maître; et combien puissamment le travail com- « biné des premiers colons doit aider à vaincre les « difficultés. C'est pourquoi nos premiers choix por-

< tent sur tous ceux qui, par leur fermeté de carac- € tère en même temps que par leur foi aux principes « de l'association, nous paraissent ne devoir point se € rebuter, et joindre à ce mérite celui de se rendre € immédiatement utiles dès leur arrivée, par l'exercice € d'une de ces professions indispensables à la création

< des choses de première nécessité... »

Suivent des réflexions sur le petit atelier de fonderie qui pourra être nécessaire dès les débuts. Puis Godin ajouta :

« Considérant va faire chercher le charbon de terre

< et le minerai de fer. Si ces matières se trouvent € aussi facilement que nous l'espérons, notre dévelop- € pement industriel en métallurgie sera prompt. En

< tous cas, nous ne pouvons être bien longtemps sans € avoir des ateliers de construction mécanique.

€ La mécanique aura beaucoup à faire dans notre € colonie. N'allons-nous pas labourer et ensemencer la € terre à la vapeur, faucher nos moissons, battre et « vanner avec des machines ? Ne ferons-nous pas des € briques mécaniquement ? etc. etc. Il faut donc que

< nous ayons sous la main tous les éléments d'industrie

€ de notre époque, et la fonte de fer joue un tçop grand € rôle aujourd'hui pour que notre colonie n'en soit pas € pourvue.

f Vous me demandez quels engagements nous faisons € avec les émigrants? Aucun.

€ Ils couvrent leurs frais de traversée,..

« A leur arrivée (et à condition qu'ils résident pen- € dant. trois ans sur les terres de la coloiiie), l'Agence « executive délivre à chacun d'eux une reconnaissance € de ces frais de voyage, laquelle leur donne droit pour « pareille somme à tous les bénéfices de la première € série d'actions en cours d'émission au moment de « leur participation aux opérations de la colonie.

€ En raison du désir généralement manifesté par ceux € qui s'offrent à émigrer, le premier centre doit cons-

< tituer un village sociétaire. Les premiers colons arrê- € teront donc avec l'Agence executive leurs émoluments € et ils détermineront entre eux les bases de la réparte tition à tous les degrés de participation.

€ Quant aux personnes qui iront fonder des établis-

< sements particuliers .sur les terres de la colonie, € elles auront à faire leurs conditions à l'avance.^

€ Pour vous, seriez-vous même disposé à procéder € aux opérations de fonderie en petit comme je l'ai € indiqué plus haut, que vous ne pourriez partir au € plus tôt qu'à Tautomne prochain. Alors, des habiter € tiens seront faites pour recevoir un noyau de quel- « ques centaines de personnes et, selon votre désir, € vos demoiselles pourraient vous accompagner... >

Passant ensuite à l'examen de quelques propositions d'émigration de la part de gens connus de son correspondant, Godin termine par ces mots :

€ Dites à M. Br. qu'il apprenne l'anglais. Cela lui sera € nécessaire pour utiliser ses aptitudes commerciales... >

Par le même courrier , Oodin écrivait à ses collègues de la gérance :

€ Mes amis ,

< Si je ne puis me trouver à Paris en temps conve-

< nable pour le moment où vous écrirez à Considérant , € dites-lui de ma part que je m'occupe de la formation € du groupe qui ira donner au Texas la véritable im- € pulsion au développement régulier du travail des € métaux et de ses applications aux besoins de la colonie.

< Dites-lui aussi que je le prie instamment de me

< renseigner sur les voies et moyens (y compris les € délais , une fois la demande faite) , d'obtenir au

< Texas les fontes de fer au coke n®' 1 et 2 ; les fers au

< bois et à la houille , en carrés , méplats , ronds et € feuillards de toutes dimensions; les fils de fer de

< !'• etS""" qualités; le fer blanc et Tétain en saumons;

< le cuivre, le zinc, le. plomb laminés et en saumons; « les outils de grosse ferronnerie , tels que enclumes , € étaux, marteaux, soufflets, machines à forer, outils € de charpentiers , menuisiers , charrons , bûcherons , € terrassiers , etc . .

« Qu'on voie , sans tarder , si à New Orléans , ces ap- « provisionnements peuvent se faire à de justes condi-

< tiens? Pour cela, qu'il demande aux différents € détenteurs de ces marchandises , leurs prix-courants ,

€ et qu'il se fasse adressjer ces mêmes prix-courants des

< Etats du centre, des lieux de production ; qu'il voie € si nous pouvons faire nos approvisionnements direc- € tement par le Mississipi ; et enfin si de tous ces arti- « clés il n'y a rien à envoyer d'Europe ?

€ Qu'il nous envoie aussi une nomenclature des ins- € truments d'agriculture et des machines avec prix; € et qu'il examine si nous n'avons rien à envoyer de € France , en ce genre.

€ Nous avons adressé des demandes de cette nature « à Cantagrel et n'avons encore obtenu aucune réponse. € Il est temps que ces renseignements nous parviennent « pour que iious ne marchions pas toujours en aveugles.

€ Avons de cœur.

€ GODIN

En post-scriptum , il ajoutait qu'il expédiait par le prochain départ divers produits de sa fabrication : fourneaux, marmites, etc., permettant de faire le bouillon en campagne.

Enfin , la Gérance est avisée de l'arrivée de Cantagrel (29 décembre 1854, nous le verrons au prochain chapitre) dans le nord du Texas ; des lettres peuvent lui être adressées à Dallas.

Godin se rend à Paris ; les trois gérants se concertent, renseignent Cantagrel sur les faits généraux de la Société en Europe et lui signalent les points touchant le Texas sur lesquels ils ont un besoin urgent d'être eux-mêmes renseignés.

Rentré à Guise , Godin écrit de nouveau à Cantagrel une lettre dont nous extrayons ce qui suit :

c A Monsieur Cantagrel, à Dallas.

« Guise, 3 février 1855.

€ Mon cher Ami,

€ Après. la lettre collective que nous vous avons écrite € pendant mon séjour à Paris, je sens le besoin de vous « écrire personnellement. Notre Société vient de rece- « voir pour le progrès de son existence et les dévelop- € pements dont elle est susceptible un acte de confir- < mation nouvelle par le départ de Considérant.. . (1). « Ses chances d'avenir vont se dessiner promptement.

Celui-ci était parti le 17 janvier. PréBent chapitre, page 408.

< Avant tout, il est nécessaire de lui donner un corps. « Les grandes terres du Texas ne sont encore que des

< espérances, espérances insuffisantes aujourd'hui pour € permettre la continuation du rapide mouvement de « souscriptions qui a eu lieu jusqu'en Décembre.

« Maintenant, ce n'est que lorsque nous pourrons € dire , ici , que la Société possède au Texas de vastes « prairies, des forêts, des carrières- et des mines, que

< nous nous sentirons véritablement en état d'entrer

< dans une phase nouvelle. J'ai la ferme confiance

< qu'une fois ce but atteint, il n'existera plus d'obsta- « cle réel au succès de notre entreprise; nous trouverons € les capitaux nécessaires ; les capacités utiles vien- € dront à nous et le choix des travailleurs nous sera € possible.

€ C'est à Considérant de déterminer le plus vite pos- € sible les points devant servir de siège à nos opérations € coloniales. Des lenteurs qui n'auraient pas pour résul- € tat certain de procurer à notre Société des conces- « sions avantageuses pourraient compromettre grave- € ment le mouvement d'émigration qui se prépare en € Europe, et faire avorter dans une proportion notable € la réalisation des capitaux que nous pouvons attirer € à l'œuvre.

« Il peut donc être utile que vous soyez renseigné sur € les nécessités qui dominent ici toutes les autres, afin

< que vous aidiez à ce qu'on ne les perde pas de vue.... € Les données sont changées, ce n'est plus avec des

€ pionniers américains que la préparation du premier « champ d'opération va se faire.

« Le flot colonisateur nous pousse ici et l'Europe va « fournir les premiers colons nécessaires aux débuts. € Nous n'en sommes que plus pressés d'avoir des idées € précises sur tout ce qui a rapport aux besoins maté-

< riels de la colonie, afin d'organiser nos cadres d'émi- € grants, d'y faire entrer les professions youlues et de € provoquer chez un certain nombre l'étude de ques-

< tiens spéciales devant servir à la réalisation de proie cédés ou d'industries utiles dans la colonie,

€ Il est donc urgent que vous nous fassiez connaître € tous les besoins à mesure qu'ils vous seront révélés ; € que vous nous indiquiez ce qui doit être envoyé d'Eure rope et ce que vous pouvez tirer d'Amérique. L'incer- ^ titude sur ce point est pour nous une cause d'hésita- € tion constante; je dis pour nous et je devrais dire

< pour moi, car les questions irfdustrielles et commer- € ciales étant plus particulièrement de mon ressort, je € dois m'en occuper. C'est à quoi je m'applique avec la € satisfaction de rendre à la colonie des services plus € sérieux que je n'osais le croire d'abord. J'ai reconnu « ma place, mon rôle, et je vais travailler à les remplir « avec cette confiance en moi que je n'ai jamais eue.

€ Dans ce but j'ai engagé un de nos amis d'Orléans,

< M. D* avenir passer quelques jours avec nous à Paris, 4 pour l'étude de diverses questions, entre autres les « procédés de lessivage et blanchissage du linge, la € fabrication des sommiers élastiques, etc . M . D . sera € au nombre des émigrants qui partiront vers la fin € de ce mois ; il pourra dès son arrivée vous faire, en € peu de temps, de bons lits. Il pourra aussi donner

< les procédés de lessivage les plus avancés, de manière

< à faire de ces travaux répugnants un atelier spécial € et bien ordonné. M. D- est, en outre, ferblantier € de profession et par conséquent capable de faire € tous les ustensiles possibles en fer-blanc,

€ Dès l'automne prochain, j'aurai fait étudier toutes € les questions de première utilité. Si la marche de vos € opérations permet d'installer de petits ateliers de

€ construction, j'y pourvoierai ; et je verrai d'ici là à « collectionner des modèles de machines et instruments

< correspondant aux besoins que vous m'aurez si- € gnalés. I

€ L'Exposition va être une occasion des plus favora- « blés pour ces recherches.. . Toutes les machines et € instruments d'agriculture y seront avec de nouveaux € perfectionnements... Indiquez donc les instruments € qui vous seront nécessaires.

€ Je suis avec soin l'exécution de la machine ou pio- € cheuse Barat qui n'est pas encore en état de bien « fonctionner, mais qui promet de dévorer un champ « comme la locomotive dévore l'espace* Je ne perdrai

< pas de vue ce qui pourra aider à la construction de € nos maisons (machines à faire les briques, etc.) >

Passant à la nécessité d'approvisionnements de métaux divers sur le sol de la colonie, Godin rappelle à Cantagrel qu'il attend des renseignements sur les modes les plus économiques de pourvoir à ces besoins. Il poursuit :

€ Dès que nous aurons des machines il faudra les « réparer, et mieux encore en construire de nouvelles. € Cela ne peut avoir lieu sans le secours de la fonte et 4 du fer ; et il serait maladroit d'engager à l'émigra- € tion des capacités en ce genre de travaux si l'on « n'avait pas de moyens de les occuper. . . »

Après quelques considérations sur la portée sociale de l'emploi des machines et la substitution du travail collectif au travail isolé dans tous les genres d'occupations, Godin ajoute :

« La bonne organisation de l'atelier culinaire ou des * cuisines; la simplification des travaux de ménage € et d'économie domestique par leur réunion en des

< ateliers spéciaux pourvus des moyens de faire vite

f et bien ; ^application d'une force motrice au service € des ateliers de première nécessité, sont des causes de

< ralliement qui vaudront mieux que tous les discours

< du monde pour prédisposer nos populations au bap- € tême de Passociation. Plus tard viendra (et bientôt, je € Tespère) le moment de s'occuper de la grande indus- € trie, vous me trouverez prêt pour cela. ...»

La lettre s'achève par des réflexions concernant la fabrication mécanique des bottes et souliers qui, Godin l'a constaté, c est plus avancée aux Etats-Unis qu'en France > . Il conclut que c'est en Amérique même qu'il faudra se procurer les machines pour cette fabrication.

Quatre jours plus tard (le 7 février 1855), Godin écrit à un homme désireux d'émigrer et d'en entraîner d'autres avec lui :

... «... Ne perdez pas de vue que nous avons pris € pour règle que chacun fasse ses frais de transport...

« En outre, n'encouragez que les personnes dont la € valeur morale et intellectuelle vous est établie en « même temps que la capacité. Notes avons tout à créer € au Texas ; il nous y faudra donc plus produire que € consommer ; par conséquent , nous devons y être de

< vrais travailleurs, le succès est à ce prix.

€ Les chaudronniers dont vous m'entretenez font-ils « quelques travaux de tôle repoussée au tour ? Non « sans doute, leur travail se fait au marteau ? Je^ vous « demande cela afin de savoir s'ils sont capables de faire € la batterie de cuisine en fer embouti qui se vend € actuellement dans le commerce? Si oui, je devrais € aviser à l'outillage nécessaire pour utiliser ces capa- € cités. >

Le lendemain (8 février) il indique à un autre correspondant, lequel aussi proposait des hommes pour l'émigration, que les premiers travailleurs nécessaires

sont ceux aptes au défrichement, à la culture du sol , à la construction des habitations. Il ajoute :

€ Les ouvriers travaillant le fer sont ceux qui s'of- € frent le moins à nous. Je considère donc comme une « excellente trouvaille chaque demande d'immigration < faite par un de ces travailleurs lorsqu'il nous offre, en « outre, toutes les garanties morales désirables... jd

Sur ces entrefaites arrive à Paris la lettre de Brisbane dont nous avons dit un mot ci-dessus (1) concernant les hauteurs de la Rivière-Rouge.

Les réflexions de Godin (adressées à ses collègues, en date du 8 février 1855) concernant cette lettre, nous font voir que Brisbane y traitait des deux points suivants :

lo L'arrivée de Cantagrel dans le Haut-Texas et l'ouverture des recherches de terres.

2o L'étude d'une voie ferrée aboutissant à Schewport, localité texienne près de la Rivière-Rouge.

Godin relève ce dernier point en ces termes :

€ Ce que Brisbane dit d'un chemin de fer aboutis- 4 sant à Schewport ne vous a-t-il pas engagés à prendre € en sérieuse considération roff're de terrains qui nous € a été faite ? Et en avez-vous parlé à Cantagrel ou à « Considérant ? >

La notoriété de la Société était donc telle déjà que des offres de terrains lui étaient faites. Gardons ce fait en mémoire.

Godin termine sa lettre par l'annonce de l'envoi fait par lui de 4 caisses (outils divers pesant ensemble 914 kilogr.) au Havre, à destination du prochain départ de colons.

Le lendemain, 9 février, il écrit à un cultivateur de sa connaissance disposé, lui aussi, à émigrer :

(1) Présent chapitre p. 402.

€ Nos premiers agents sont arrivés sur les terres du € haut Texas , nous ne tarderons pas à pouvoir publier « des nouvelles de leurs opérations... i

Parlant ensuite du départ qui se préparait pour la fin du mois, il dit, visant la colonie : t A quand nous « y donnerons-nous rendez-vous ? i •

Le surlendemain, il traite auprès de ses collègues la question des buanderies à envoyer à la colonie, et invoque le besoin que les immigrants auront de ces machines , en raison du peu de femmes dont ils seront accompagnés au début... «Qu'ils aient», dit-il, «la « satisfaction de blanchir leur linge avec promptitude, i

Le 13, il écrit de nouveau à ses collègues : « Amis ,

« Je vois que probablement vous ne me procurerez pas « l'avantage d'une réunion avec les émigrants forge- « rons , serruriers et menuisiers du groupe qui va par- « tir; en conséquence, je vous remets ci-contre une « note qui me paraît devoir être confiée à celui de nos « amis qui dirigera les opérations de la colonne... »

(La note comprend toute une liste d'objets s'élevant ensemble à 3,500 francs , avec les adresses des maisons de Paris où l'on peut se les procurer. Nous relevons parmi ces objets dont les quantités proportionnelles sont indiquées : filières avec coussinets et tarauds ; clef anglaise ; machine à percer ; tour ; courroies en cuir ; enclumes, étaux, soufflets de forge ; produits chimiques pour le travail des métaux ; clous pour la menuiserie et la charpente ; vis diverses ; fermetures et ferrures ; serrures, targettes, gonds, pitons, crochets; fers de tous genres pour bâtiments; cercles de tonneaux, etc., etc.).

Godin écrit touchant cette note : « Peut-être direz- € VOUS que j'ai du penchant à réglementer ; mais, accorde dez-moi que lorsqu'on a la certitude que le règlement

4c ne se fera pas de lui-même il est prudent d'y pour- € voir. Autrement, tout est livré au hasard ; croyez, je « vous prie, à l'utilité de faire eflFectuer les approvision- € nements que je vous indique ; il n'y a rien à perdre.

€ N'est-il pas à craindre même que nos agriculteurs € se trouvent sur le terrain sans charrues, ni herses ? € Rien ne vient me rassurer sur ce point» . . »

Enfin, la lettre termine par ces mots :

€ La question des chemins de fer au Texas est une € affaire très sérieuse sur laquelle nous devons médite ter, afin d'être prêts à répondre à ce que Considérant € va nous en dire.

€ Croyez-vous que nous puissions aborder les grands < capitalistes et leur soumettre un projet quelconque ?

€ Amitié dévouée. Godin. »

Le lendemain 14 Février, nouvelle lettre de lui à MM. Bureau et Guillon ; il y renouvelle ^expression de sa crainte que les émigrants partant non pourvus de charrues, herses, harnais, etc., se trouvent embarrassés pour se les procurer à New-Orléans, puisque des renseignements sur ce que le pays peut offrir ne leur sont pas encore parvenus. On conçoit que la lenteur des correspondances était une cause permanente d'embarras et de confusion ; des indications envoyées par la Gérance, siégeant à Paris, aux agents de la Société au Texas, ou n'arrivaient pas à temps , ou se croisaient en route avec les nouvelles de faits accomplis en Amérique, au nom de la Société et qui modifiaient l'état des choses.

Le fondateur et principal chef de l'entreprise V. Considérant était à cette époque, nous le verrons au chapitre suivant, retenu à New- York, puis à Washington, pour le soin même des affaires de la Société.

Gantagrel dans le haut Texas. — Obstacles à Tacquisition de vastes terres. — Lettres de Godin jusqu'au 18 mars 1855. — Achat de la station provisoire dite Réunion. — Le premier groupe de colons.

Des lettres de Cantagrel, datées de janvier 1855 et renseignant enfin sur Fétat des choses dans le Nord du Texas, arrivèrent à Paris et furent communiquées à Godin , le 2 mars 1855.

Il nous faut ici revenir de quelques mois en arrière et voir les premières opérations de Cantagrel et Roger' aux Etats-Unis. Nous savons déjà (1) que, prévenus à New-York de Tenvahissement du Texas par des colons, ils avaient avisé de ce fait la Gérance. Continuant leur route vers le haut Texas , ils passèrent à Patriot et à Cincinnati où ils rallièrent quelques bons amis de la cause phalanstérienne et constituèrent ainsi le premier groupe de colons. Citons parmi ce groupe : un nommé Allen; deux travailleurs d'un même nom patronymique : Lawrie, prénoms : James et Arthur; et un jeune homme (le nom n'est pas donné) venu de North American Phalanx (2).

Le 9 décembre 1854 (3), Cantagrel, Roger, Allen et Arthur Lawrie partirent ensemble pour Dallas, laissant James Lawrie à Cincinnati , avec charge d'y surveiller la construction d'une scierie mécanique (à destination du premier emplacement colonial) et d'embaucher — quand serait venu le moment de rejoindre le premier

(1) Chapitre XXVIII, p. 400.

(2) Chapitres XVI, i2e section, p. 269, et chapitre XVII, p 288.

(3) Bulletin de la Société de colonisation, mai 1855.

groupe - quelques travailleurs: 1 ou 2 charpentiers , 1 forgeron , 1 jardinier.

A Memphis (Tenessee, sur le Mississipi), Cantagrel et ses trois compagnons résolurent d'abandonner les voies frayées pour couper à cheval , à travers terres , droit sur Dallas (1).

Le 25 décembre 1854, ils atteignirent Little Rock ayant déjà chevauché pendant 240 kilomètres et bivouaqué plusieurs nuits. Ils constatèrent de leurs yeux que le mouvement de colonisation s'emparait du pays , car ils rencontraient des chariots de plus en plus nombreux , chargés d'émigrants à destination des diverses parties du Texas.

Le 29 décembre 1854, ils arrivèrent à Dallas, ayant parcouru à cheval 827 kilomètres.

Alors Cantagrel s'employa à parcourir la contrée tout autour du fort Worth et jusqu'aux fourches du Brazos.

€ Il cherche > , dit le Bulletin de la Société de colonisation (mai 1855) < les terres vacantes, difficiles à trou-^ ver aujourd'hui dans cette région ; il cherche les Surveyors (inspecteurs-arpenteurs) presque aussi difficiles à trouver que les terres dont ils sont chargés de faire les attributions; il étudie les conditions nouvelles du pays et reconnaît qu'il y a presque impossibilité d'obtenir des renseignements sincères et véridiques, de la part de gens qui ont, par eux-mêmes ou par des associés, des terres retenues à revendre et sont intéressés conséquemment à ne point aider les nouveaux arrivants dans leurs démarches pour découvrir les terres libres. >

Le journal poursuit :

... « Laissant ses amis sur les lieux pour compléter

(1) Chapitre XXVII, p. 396.

Tinspection sommaire du territoire ambiant et pour préparer l'acquisition d'un des points quelconques sur lesquels il avait déjà des vues, Cantagrel se rendit à Austin, capitale de l'Etat.

€ Là, il s'enquit de toutes les informations nécessaires : prix-courant des head-rights (1), éventualités plus ou moins prochaines touchant les voies ferrées et les voies navigables, etc. , etc.; il consulta le cadastre, se fit une carte des terres appropriées et des terres libres ; bref, se nantit de tout ce qu'il fallait pour procéder , avec connaissance de cause , à une première acquisition et installation* >

Ce fut en ces circonstances qu'il écrivit à Paris les lettres dont Godin eut connaissance le 2 mars et dont les révélations principales peuvent se résumer ainsi :

Non-seulement de vastes étendues de terres étaient réservées légalement en vue des voies ferrées, mais la spéculation foncière était organisée dans tout le pays ; elle détenait les positions les plus avantageuses et rançonnait les colons.

Ceux-ci arrivaient nombreux.

Les voies de communication étaient à créer. • Les cours d'eau n'étaient pas spuvent navigables.

Les bois manquaient dans la région où les premiers agents avaient exercé leurs recherches.

Sous le coup de ces premières nouvelles, Godin, en retournant les' dites lettres, écrit à ses collègues, — et sa lettre (trait bien touchant dans la circonstance) débute par une phrase écrite en anglais , cette langue dont il cherchait à s'emparer puisqu'il pensait alors aller s'établir au Texas . — Il dit :

(Traduction de la première phrase) :

€ S'il a été sage de procéder à l'émigration, c'est ce

(l)GhapitreXIX, p. SOI.

€ que nous saurons maintenant à l'arrivée même des

€ émigrants dans la colonie ?

< Ce que nous pouvons conclure dès aujourd'hui des € lettres que je vous retourne, c'est que le plan si lon- € guement élaboré sur lequel repose le succès de notre € Société est à peu près détruit ; non pas que je veuille € dire que le mal soit irréparable, mais il est certain € que la Société a plus à attendre maintenant du con- € cours et de l'habileté de ses agents, que des circons- € tances favorables sur lesquelles on était en droit d'es- € pérer jusqu'à ce jour. >

La lettre de Godin se poursuit ; mais une autre qu'il va écrire quelques jours .plus tard à Considérant, en réponse à une lettre de celui-ci et touchant les mêmes objets , va nous fournir les lumières dont nous avons besoin à ce point de notre récit .

Voici la lettre de Godin à Considérant :

€ 18 mars 1855,

< Mon cher ami, je viens de recevoir communication € des dernières lettres de Cantagrel , datées de fin jan- € vier.

€ Les conditions de nos opérations en Amérique sont « changées, vous nous le dites vous-même et semblez € vouloir nous prémunir contre le découragement. Je < tiens, pour ma part, à vous rassurer sur ce point. Je € rCy suis guère accessible et quand il me gagne , c'est « pour me laisser recueillir de meilleures forces.

€ L'état des choses est changé, je le répète, et avec € lui doit l'être le plan des opérations premières : mais, « à mon sens, il ne faut pas pour cela que les bases sur € lesquelles repose Texistence de la Société soient écour- € tées, ni perdues de vue.

€ Le principe d'existence de la Société c'est un terri- € toire et des plus-values. . . Je dis que la Société doit

4 posséder un territoire et c'est le mot. Mieux vau- € drait laisser Taction de la Société en suspens en

< Europe, que de se fourvoyer en achetant des parties € de terres insuffisantes pour le but poursuivi. . .

€ Vous nous dites : <c Avec de l'argent et en ne courant c pas après les détenteurs, nous aurons les locations « que nous voudrons. > Cela peut être, mais il faut de € l'argent et de l'argent d'Europe, sans doute. En ce € cas, ne perdons pas de vue que notre action est parafe lysée maintenant en France, et que l'argent ne vien- « dra à la Société qu'à la condition que les opérations « de celle-ci en Amérique puissent éveiller l'attention € publique. Jusque-là , il faut que le capital actuel € suffise.

< Le plan développé dans < Au Texas » a produit « tout l'effet que la Société pouvait en attendre : un € mouvement de souscriptions est résulté de ce que

< vous avez pu communiquer à vos lecteurs de vos pro-

< près impressions ; mais vous-même faisiez remarquer € la nécessité de marcher vite

< Il y a bientôt un an que vous avez publié ces choix ses, et le public se demande aujourd'hui où en est la € Société de colonisation Européo-Américaine ? A-t-elle € des terres? ou bien celles sur lesquelles elle devait € asseoir ses projets sont-elles en d'autres mains? « etc., etc.

< Noiis ne pourrons donc agir eflîcacement que le € jour où nous pourrons dire : La Société de colonisa- « tion Européo-Américaine est actuellement proprié- € taire des rives du haut Brazos , du West Forth de la € Trinity, ou de tels autres points... L'étendue des € terres dont elle dispose comprend maintenant cent

< lieues carrées (IJ ou 160,000 hectares, par tant de

(l)Ghap. XIX. p. 309.

« degrés de latitude nord dans l'Etat du Texas et

€ des négociations très avancées lui permettent d'espé-

< rer qu'elle disposera prochainement d'un territoire « tant de fois plus considérable en étendue

€ Mais qui sait? Vous, peut-être, le savez déjà? Ces € locations faites au Texas depuis votre passage tour- € nent peut-être au profit de notre Société? Pourquoi la

< Compagnie Peters (1) et tous les spéculateurs qui se € sont rués sur les terres du Texas refuseraient-ils € d'entrer dans notre entreprise? Ils feraient payer € cher leur prise de possession ? Qu'à cela ne tienne. € S'ils convertissent leurs terres en actions de la So- € ciété, c'est un nouveau capital qui nous arrive. Il € aura seulement récolté des plus-values avant nous ; € et je pense qu'il ne faudrait pas reculer devant cette € considération si nous restions maîtres de la direction

< et du gouvernement de la colonie. Mais si, au con-

< traire , nous devions être noyés , perdus , au milieu * d'un mouvement de colonisation contraire à nos vues, € ce serait un sage parti à prendre que de chercher

< ailleurs un nouveau champ d'action et de ne pas € s'obstiner contre des difficultés dont nos débuts ne

< doivent pas être entourés... »

Suivent des réflexions sur les graves difficultés résultant du manque de voies de communication avec le haut Texas ; puis Godin traite des prévisions concernant l'établissement de voies ferrées; mais le registre de copies de lettres ne peut plus être déchiffré :

Godin termine en disant :

< Le tort de cette lettre sera de vous arriver après

(1) Une des nombreuses compagnies qui, au Texas, se proposèrent pour Texécution de voies ferréeff et, de ce chef, obtinrent du gouvernement Texien de vastes concessions territoriales.

€ que les choses auront beaucoup marché, ce qui en « rend le contenu en partie sans objet.., >

En ejffet , les choses allaient marcher. Il fallait bien aboutir à un achat quelconque, puisque des émigrants colons étaient partis d'Europe et qu'il fallait absolument constituer au moins un pied-à-terre où les recevoir.

Nous venons de voir la vigilance et l'activité déplo* yées par Cantagrel dans les travaux de première néces- 'sité qui le retenaient à Austin, au cours de janvier 1855. Ces soins l'occupèrent jusque vers le 15 février. A cette époque, il rejoignit ses compagnons dans le haut Texas; puis, d'un commun accord, ils arrêtèrent un premier achat foncier, dont Cantagrel avisa le siège social par des lettres datées 22 février et 3 mars

Ce premier achat (1) consistait en un terrain de 2.436 acres (2) (986 hectares environ), situé à 3 miles (3) (4.800 mètres) de Dallas (sur la route du Fort Worth et de Birdsville), et près du West Fork, principal affluent de la Trinity. Le domaine était situé , dit le Bulletin , dans un beau paysage; terre riche et variée de nature et d'expositions; suffisamment boisée ; mamelons accidentés et pittoresques.

Il y avait 65 acres, (environ 26 hectares) de terre retournée et divisée, dont Sacres (environ 2 hectares) ensemencés en froment.

Deux log-houses (maisons en troncs d'arbres) dont une avec jardin et étable se trouvaient sur la propriété. Celle-ci offrait également 4 ou 5 sources (4^ dont deux d'eau bonne à boire; les autres suffisantes pour le bétail.

(1) Bulletin de la Société de colonisation, mai 1855. |2) L'acre vaut 40 ares 4 centiares. Il faut donc à peu près 2 acres i/2 pour faire 1 hectare.

(3) Le mile vaut 1609 mèties.

(4) Malheureusement, elles tarissaient en cas de sécheresse prolongée.

Dans les premiers jours de mars, James Lawrie et les travailleurs engagés par lui arrivèrent sur la nouvelle propriété. Le noyau comprenait alors, dit le Bulletin de mai 1855, 11 colons.

Cantagrel, par de nouvelles lettres en date des 21 et 25 mars, informait le siège social c que les pionniers avaient usé du droit qui leur appartenait de baptiser rétablissement créé par eux » et Pavaient nommé Réunion, Ce nom figura désormais en tête des lettres venant de ce point, lequel fut dit aussi : la colonie^ bien qu'il ne cessât d'être considéré comme une station provisoire, le fondateur tournant bientôt ses vues vers le Sud-Ouest du Texas, pour y chercher les vastes emplacements cadrant avec le but de la Société.

Appréciant l'acquisition de « Réunion >, le Bulletin de mai 1855, disait :

< Pour constituer le caravansérail, les magasins, les pépinières, ce terrain présente une étendue suffisante... Cette première acquisition, spécialement et uniquement affectée au pied-à- terre, ne préjuge rien quant au choix du théâtre de nos opérations ultérieures qui, par la nature du but auquel nous tendons, doivent s'accomplir sur des étendues complètement libres, et embrasser du même coup le même jour, un espace suffisant pour que les plus-values résultant du mouvement de colonisation provoqué par la Société profitent à la Société. >

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