‹ Documents & rapports des jurés & délégués belgesChapitre 36 sur 42 · DE FER DU MIDI · texte numérisé non relu

DE FER DU MIDI

La Compagnie des chemins de fer du Midi s’est préoccupée, dès son origine, de l’amélioration du sort de son personnel. Elle a successivement étudié et appliqué diverses dispositions qui concourent à ce but et qui se résument comme suit :

U Caisse de retraite;

2'’ Caisse de prévoyance;

3° Assurances sur la vie ;

4"" Magasin de comestibles ;

5® Magasin d’habillements ;

6° Réfectoire ;

7^^ Ecole de Morcenx;

8° Dispositions diverses.

Voici l’exposé succinct de ces différentes institutions :

D Caisse de retraite. — La Compagnie s’est occupée d’abord de. la question des retraites.

L’assemblée générale des actionnaires du 24 juin 1856 avait approuvé un règlement de caisse de retraites au profit des employés, lequel a été mis en vigueur en 4857.

Ce règlement ayant été trouvé imparfait dans sa mise en pratique, la Compagnie en étudia un nouveau, qui a été approuvé par l’assemblée générale tenue en 1865.

Les principales dispositions de ce dernier règlement sont les suivantes :

Il est établi une caisse de retraite fondée sur le principe d’une association entre tous les employés.

Les ressources de cette caisse sont recueillies au moyen d’une retenue de 3 p. c. prélevée sur les appointements.

La Compagnie s’engage à parfaire la pension de retraite produite par ces retenues, de manière que cette pension soit toujours égale à la moitié du traitement moyen que l’employé a touché pendant les 10 dernières années de ses fonctions, lorsqu’il a atteint l’âge de 55 ans et servi la Compagnie, sans interruption, pendant 25 années.

Grâce à ce nouveau règlement, il a été possible d’assurer aux employés ayant 55 ans d’âge et moins de 25 années de service une retraite proportionnée à la durée de leurs services. Elle a été fixée de cette manière :

‘ Au bout de 15 années de service, 15/60 — 16 — 16/60

du traitement moyen des dix dernières années de service,

La, gestion de cette caisse de retraite est confiée à une commission, composée de trois membres du conseil d’administration, du directeur de la Compagnie, de deux employés ayant voix délibérative et de deux autres assistants, qui remplacent les membres titulaires à l’expiration de leur mandat.

Ce nouveau règlement, après la sanction de l’assemblée générale, a été appliqué d’office à tous les agents nouveaux* entrés au service de la Compagnie depuis cette époque.

Les anciens agents qui se trouvaient dans les conditions requises pour participer au nouveau règlement en ont réclamé le bénéfice et ont été admis à profiter de ses avantages.

A la date du 31 décembre 1869, le nombre des participants s’élevait à 3,575 employés et ouvriers.

2° Caisse de prévoyance . — Une caisse de prévoyance a été fondée en 1856, dans le but de subvenir à divers besoins des employés et de leurs familles.

Elle est alimentée par une retenue obligatoire de Lp. c.

‘ sur le traitement des employés et par une somme égale fournie par la Compagnie. Elle est régie par une commis-

* sion nommée parmi les employés et ouvriers mêmes, soüs le contrôle du conseil d’administration, qui rend lês délibérations valables.

/ Le résumé de la situation et de l’emploi des fonds est

publié, chaque mois, dans un compte-rendu, qui est distribué à tout le personnel, afin de le tenir au courant de la gestion.

Les premiers versements ont été faits en juillet 1857, et les premiers secours datent de 1858.

En 1857, les cotisés étaient au nombre de 4,650, et le montant de leurs cotisations s’élevait à fr. 23,735-20. En 1869, les cotisés étaient 8,775, ayant versé fr. 96,659-34.

La moyenne de cotisation est ressortie, depuis 1857 , à fr. 10-27 par employé et par an.

Le total des secours de toute nature distribués par la caisse de prévoyance , depuis son origine j usqu’au 3 1 décembre 1869, s’élève à.la somme de fr. 1,809,132-25.

Dans ce chiffre sont également comprises des avances fournies à certains agents, pour exonérer leurs enfants du service militaire.

La part de la Compagnie dans l’ensemble de ces charges a été, comme on l’a vu plus haut, de fr. 880,902-79, représentant sa cotisation à la caisse de prévoyance. De plus, elle a pris exclusivement à ses charges les frais de toutes les maladies ou blessures dues au service, ainsi que des fièvres contractées dans les localités peu salubres. Elle ’ participe au payement des honoraires du personnel médical,

dont l’effectif était, au 31 décembre 1869, de 77 médecins, * répartis sur un réseau de 1,886 kilomètres, soit un médecin pour 25 kilomètres.

La dépense du service médical, afférente uniquement à la Compagnie, s’est élevée, depuis le juillet 1857 jusqu’au 31 décembre 1869, à la somme de 442,317’francs.

La Compagnie affecte aussi chaque année une certaine somme à la distribution de boissons toniques, pendant les fortes chaleurs. Cette somme s’est élevée, depuis 1858 jusqu’en 1869, à 162,391 francs.

Elle accorde, en outre, à la lin de chaque année, des secours aux veuves d’employés qui ont rendu de bons services à la Compagnie, ainsi qu’à d’anciens agents atteints d’infirmités ou de maladies entraînant une incapacité de travail. Ces secours se sont élevés, de 1862 à 1869, à 29,630 francs.

3® Assurances , — Lés secours de la Caisse de retraite supposent que l’existence de l’employé se prolonge jusqu’à 55 ans, et, de plus, qu’il a parfait au moins 15 années de service. S’il vient à mourir en dehors de ces conditions, sa famille ne touche que les secours annuels de la Caisse de 'prévoyance, que celle-ci ne peut maintenir que pendant un temps limité.

Afin de pourvoir à cette lacune, la Compagnie a cherché à encourager parmi ses employés le développement des assurances sur la vie au profit de leurs familles.

Dans ce but, elle accorde une subvention fixe de

24,000 francs par an pour tous les employés qui se sont assurés suivant des conditions déterminées. Cette subvention est restreinte aux employés ou ouvriers ayant un traitement ou un salaire inférieur à 2,400 francs par an. Elle n’est acquise qu’à la condition d’un minimum déterminé de prime.

4° Magasin de comestibles. — Dès la seconde année de l’exploitation de ses chemins de fer, en 1856, la Compagnie du Midi a établi, dans la gare de Bordeaux, un magasin de comestibles.

Ce magasin forme une annexe de l’économat. La Compagnie achète en gros, autant que possible, aux lieux de production, et dans les conditions les plus favorables, la plupart des denrées qui entrent dans la consommation domestique des employés, telles que : riz, légumes secs, pâtes alimentaires, salaisons, fruits secs, huile, savon, etc.

Ces denrées sont revendues aux employés aux prix coûtants, avec une petite augmentation, variant de 2 à5 p. c., suffisante pour couvrir les frais de gestion, de transport et des déchets. ’

Des circulaires distribuées sur toute la ligne mettent les employés au courjint de la nature et du prix des denrées. Elles sont livrées à crédit, après inscription sur le livret de l’employé, jusqu’à concurrence des 3/5''^ de son traitement mensuel; quant au payement, il s’opère au moyen de retenues faites sur le traitement même. L’économie réalisée de ce chef par les employés est d’environ 20 p. c.

La distribution des denrées se fait au magasin même, ou au domicile de l’employé, s’il réside à Bordeaux. Elle se fait aussi gratuitement tout le long de la ligne, au moyen de wagons spéciaux.

Le même magasin distribue aux employés du bois de chauffage, ainsi que de la houille et du coke. 11 leur livre également des vins excellents et à un prix peu élevé.

Depuis 1856 jusqu’au 31 décembre 1869, la somme totale des ventes faites aux employés se chitïre par fr. 6, 738, 995-47, comprenant 1,625,607 francs de vins.

Le chiffre annuel des ventes a toujours été en progression depuis l’origine. En 1856, année de l’ouverture du magasin, il n’était que de 165,300 francs. En 1869, il atteint 761,138 francs!

5® Vestiaire. — Magasin d' hahülements . — La Compagnie a créé, en 1861, sur le même principe, un magasin d’habillements, qui, sous le nom de Vestiaire, livre aux employés des vêtements, chaussures, linges, étoffes de ménage, etc.

Les ventes de ce magasin , qui n’étaient que de 1 83 , 562 francs en 1862, se sont élevées à 334,092 francs en 1869.

Lfne grande partie des confections est réservée aux femmes des agents inférieurs, qui viennent prendre l’ouvrage au magasin. Elles font ces confections chez elles, et augmentent ainsi les ressources de la famille. Le nombre des femmes employées à ce travail s’élevait, en 1869, à 426.

Des circulaires distribuées sur toute la ligne mettent les

employés au courant du passage des wagons contenant les objets confectionnés dont ils pourraient avoir besoin.

Le vestiaire olfre au personnel une économie moyenne de plus de 30 p. c.

O"* Réfectoire. — Les employés et ouvriers habitant Bordeaux se plaignaient, depuis longtemps, de la cherté toujours croissante des petits restaurants établis autour de la gare. Pour venir à leur secours, la Compagnie a installé un réfectoire dans un bâtiment de la gare Saint- Jean.

Cet établissement a été ouvert le 18 août 1865. Les ouvriers peuvent, à volonté, y prendre leurs repas ou emporter les aliments tout préparés, pour les consommer chez eux.

Le réfectoire se compose de cinq pièces principales :

Une cuisine, avec ses ustensiles et un grand fourneau, où l’on peut préparer des mets pour 600 personnes ;

Une grande salle, garnie de 24 tables de 10 couverts chacune, et dans laquelle 240 ouvriers peuvent être servis à la fois ; I

Une salle moyenne de 40 couverts, destinée aux employés des bureaux;

Enfin deux petites salles , de 20 couverts chacune, afièctées aux chefs de service.

Le service du réfectoire occupe 12 employés.

Les tables du réfectoire sont garnies d’assiettes, carafes, verres, salières, poivrières et couverts.

Son installation a coûté 21,000 francs.

Les portions pour les ouvriers sont préparées à l’avance, dans des vases en fer battu, à double fond, dont le compartiment inférieur reçoit le potage et le supérieur la viande, le ragoût ou les légumes.

La distribution des aliments qui se consomment à domicile se fait par un guichet spécial.

Du 18 août 1865 au 31 décembre 1869, il a été servi 716,71^ repas, pour une somme de 413,477 francs, soit une moyenne de 57 centimes par repas.

Le coût des repas est variable, suivant les consommateurs. Voici les deux menus les plus généralement demandés :

Employé.

Pain . . . . fr. 0,05

Vin . 0,10

Légumes. . . . 0,10

Ragoût au bœuf. . 0,20

Café . 0,15

Ouvrier.

Pain . . . . fr. 0,10

Vin . 0,10

Potage . . . . 0,10

Ragoût au bœuf. . 0,20

Total. . 0,60

Total. . 0,50

L’économie annuelle de chaque employé célibataire est de 240 francs environ sur les prix des pensions les plus modiques du pays, et celle des ouvriers peut être évaluée à 25 p.c.de la dépense par repas. Ceux-ci se prennent à crédit, comme les fournitures du vestiaire et du magasin des comestibles ; le payement s’opère de même, par une retenue faite sur le traitement.

École de Morcenx, — La gare de Morcenx, servant d’embranchement aux lignes de Bordeaux à Bayonne et de Morcenx à Tarbes, occupe un nombreux personnel, relégué au milieu des Landes, dans une sorte de désert, où les enfants ne pouvaient trouver aucune instruction.

La Compagnie y a fondé une école et une chapelle.

I/école a été ouverte en 18j54. Elle est divisée en deux sections : garçons et filles. Le bâtiment comprend trois salles d’études spacieuses, cinq pièces formant le logement de l’instituteur et une salle de récréation pour les jours de pluie.

Il est entouré d’un jardin et de deux cours séparées, formant préaux, où les enfants peuvent jouer dans l’intervalle des classes.

Un gymnase est annexé à l’école.

Les écoles sont dirigées :

Celle des garçons, par un instituteur et un aide, qui reçoivent : le premier, un traitement de 1,500 fr., et le second, une indemnité de 1,080 fr.

Celle des filles, par une institutrice, dont le traitement a été porté à 900 fr., et une aide-institutrice, pour la petite enfance, dont la rétribution est de 400 fr.

L’instituteur est en outre logé , chauffé et éclairé aux frais de la Compagnie. A ces émoluments s’ajoute le produit de la modique rétribution de 2 fr. par mois exigée de chacun des enfants étrangers à la Compagnie ; actuellement ce minerval constitue un supplément de 400 à

500 fr. aux traitements de rinstituteur et de l’institutrice.

Le nombre des élèves augmente tous les ans. En 1864, il n’était que de 39; il est maintenant de 196, dont 120 garçons et 76 filles.

Les enfants des agents qui résident dans les localités environnantes prennent les trains dans les stations et sont conduits gratuitement à l’école, sous la surveillance des chefs de trains.

L’enseignement comprend l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, l’étude de la langue française, de l’arithmétique, des éléments d’histoire et de géographie, le chant et la gyinnastique. Aux garçons on donne encore des notions de sciences physiques, d’histoire naturelle , d’arpentage, de dessin linéaire, d’agriculture et d’hygiène. Les filles sont exercées aux travaux d’aiguilles.

Des cours d’adultes, donnés le soir, depuis le 20 février 1865, sont très-suivis.

Tous les mois les enfants du personnel prennent gratuitement un bain complet dans un établissement spécial, que la Compagnie a installé à la gare de Morcenx, à l’iisage exclusif de ses employés.

La chapelle, inaugurée le 3 avril 1864, est desservie par le curé de Morcenx, à qui une subvention de 300 fr. par an est allouée par la Compagnie. Cette chapelle est également ouverte à tous les habitants du voisinage.

Ces établissements ont coûté 43,000 fr., et les dépenses annuelles du culte et de l’instruction s’élèvent à 4,500 francs.

8® ,Dispositions diverses. — La Compagnie concède encore diverses autres faveurs à son personnel.

P Elle accorde à tous les employés commissionnés, ainsi qu a leurs père, mère, femme et enfants mineurs âgés de plus de 7 ans une réduction des 3/4 sur le prix ordinaire des places du chemin de fer.

2° Elle donne la circulation gratuite aux enfants des employés pour se rendre, soit* à son école de Morcenx, soit à toutes autres écoles, le long de ses lignes.

3° Elle transporte, à ses frais, le pain destiné à ses agents et à leurs familles, dans les Landes et sur quelques embranchements.

4*" Dans le principe, elle distribuait du café et de la flanelle aux employés placés dans les localités fiévreuses. Ces dépenses d’hygiène sont actuellement à la charge de ces employés, auxquels elle alloue, comme compensation, un supplément du dixième de leur traitement. Elle continue à leur fournir des filtres qui servent à corriger l’insalubrité des eaux^et dont elle surveille l’usage et l’entretien.

5"" Toutes les fois que le prix du pain s’est élevé au-dessus du taux normal, des allocations supplémentaires ont été accordées aux employés; du L"' octobre 1855 au 31 décembre 1868, l’ensemble de ces allocations s’est élevé à 1,189,147 francs.

6^" Les femmes, les filles et, à. défaut, les parents des aiguilleurs ou des cantonniers de la voie sont employés . comme garde-barrières. Les femmes, filles ou soeurs des

employés des gares sont préposées à la distribution des billets; ce service leur est même exclusivement réservé. Les' enfants du personnel ont la faculté d’être employés, en qualité d’élèves, dans les bureaux et dans les ateliers.

7*^ Le nombre des femmes occupées à un titre quelconque par la Compagnie était, en 1869, de 2,030. Leurs traitements et salaires se sont élevés, pendant ce même exercice, à la somme de 364,065 fr.

8^ La Compagnie fait les frais de quatre bourses ou de huit demi-bourses en faveur des enfants de ses employés les plus méritants, pour leur faciliter l’accès des cours de l’enseignement secondaire spécial au lycée de Mont-de-Marsan.

9^ Enlîn, dans le but de faire profiter ses agents de tous les perfectionnements qu’ils introduiraient dans leur service, la Compagnie s’est attachée à développer le système des primes, de telle sorte que, dans la plupart des fonctions, le traitement de chaque agent peut être augmenté en raison des résultats mêmes de son travail. En 1869, elle a distrihué, en primes et gratitications, la somme de 611,727 fr.

Tel est l’ensemble des mesures qui ont été successivement appliquées par radministration des chemins de fer du Midi, en vue d’améliorer la condition morale et matérielle de ses employés. Ceux-ci ont été dotés ainsi d’une foule d’avantages qu’une grande association pouvait seule leur donner.

Le soin constant de leurs intérêts, pris sous des formes si diverses, les a convaincus que la Compagnie ne bornait . ♦

pas sa tâche uniquement à une exploitation industrielle, mais qu’elle aspirait aussi à faire tourner à leur profit tous les moyens dont elle pouvait disposer pour les rendre meilleurs et plus heureux.

§ 4. — PARTICIPATION ET CAISSE DE PRÉVOYANCE ET DE RETRAITE DE LIMPRIMERIE ET DE LA LIBRAIRIE CENTRALES DES CHEMINS DE FER DE MM. A. CHAIX ET C'®.

M. Chaix, chef de l’Imprimerie centrale des chemins de fer, à Paris, est un de ces patrons qui, s’identifiant avec l’existence de leur personnel, cherchent sans relâche tous les moyens propres non-seulement à élever le niveau moral de leurs employés et ouvriers, mais aussi à accorder aux uns et aux autres la rémunération la plus équitable de leur labeur. Il a pensé avec raison que, pour atteindre le second de ces buts, il fallait autant que possible unir l’intérêt de l’ouvrier à celui du patron, de telle sorte que tous aient un seul et même objectif : la prospérité continue et progressive de l’entreprise, devenue, par ce fait, une véritable association. Cette préoccupation l’a naturellement amené à faire l’essai du système qui consiste à faire participer les ouvriers aux bénéfices réalisés par le patron.

Depuis quelques années déjà, cet industriel avait été témoin des résultats favorables obtenus par l’application de ce système, tant en France qu’en Angleterre et en Suisse. En homme convaincu du bien qu’il pourrait faire autour

de lui, il se mit résolument à l’œuvre , et, sans plus tarder, organisa sur le pied le plus large la participation de ses ouvriers aux bénéfices de son industrie.

Depuis le D"' janvier 1872, son personnel, d’environ 600 individus, — employés, ouvriers, ouvrières et apprentis, — profite de cette nouvelle organisation, dont il a déjà beaucoup à se féliciter après une première année d’expérience.

Voici succinctement sur quelles bases judicieuses elle repose :

Toute personne faisant partie de la maison depuis trois années, et même celles qui, bien qu’entrées plus récemment, désirent s’y attacher et donner des preuves d’habileté et de zèle dans leur travail, sont directement intéressées dans lés bénéfices.

Le but de l’institution consiste : L à améliorer dans le présent la condition matérielle des employés, ouvriers et ouvrières, en leur permettant de toucher chaque année une somme entièrement distincte de leurs salaires ou de leurs appointements ; 2° à leur créer pour l'avenir un capital, véritable patrimoine, dont ils pourront disposer, soit à leur profit, soit au profit de leur famille ; 3^ d'établir un lien moral et matériel entre la maison et ses agents de toutes catégories, de manière que la maison en puisse retirer un avantage immédiat, par la bonne et rapide exécution des travaux, et le personnel y trouver une augmentation de bienêtre. Dans un grand établissement, il n’est pas de trop

petites économies, et si la maison est pour chacun, tous doivent être pour la maison.

L’intérêt de participation est fixé à 10 p. c. des bénéfices nets. La répartition de cet intérêt est faite entre les participants au prorata des sommes qu’ils ont touchées dans l’année comme appointements fixes ou comme salaires.

De la somme attribuée à chaque participant il est fait deux parts égales : la première leur est remise chaque année dans une séance à laquelle est invité tout le personnel ; la seconde est portée à son compte de prévoyance et de retraite .

Tout participant qui sort volontairement de l’établissement avant la fin de l’année perd tout droit dans la participation de l’année courante. S’il est remercié pour un motif quelconque, ses droits lui sont acquis jusqu’à la fin du mois qui précède sa sortie; sa demi-part annuelle lui est remise à la même époque qu’aux autres participants.

En cas de départ momentané pour cause de suspension de travail ou pour un motif quelconque, agréé par le chef, le participant conserve ses droits, pourvu qu’il rentre à l’appel qui lui est fait dans certaines formes et après des délais déterminés.

La Caisse de prévoyance et de retraite est établie pour tous les participants ; le compte individuel de chaque intéressé y est crédité de ce qui lui revient pour la seconde moitié de son intérêt de participation.

Tout participant qui, à une époque quelconque, quitte la

maison, a le droit de faire liquider son compte de prévoyance et de retraite un an après sa sortie. Dans ce cas, il peut, à son choix, demander que la somme disponible soit consacrée à lui acquérir des rentes françaises ou des obligations de chemins de fer, à lui constituer une rente viagère par la caisse de retraite de l’État ou par une compagnie d’assurances sur la vie, avec ou sans réversibilité au profit des membres de sa famille, ascendants, descendants directs, légitimes, et de son conjoint non séparé de biens. Les titres sont déposés dans la maison ou dans une caisse de dépôt désignée, jusqu’au décès du titulaire, pour être alors remis aux membres de sa famille qui sont appelés à lui succéder dans ses droits.

A défaut d’héritiers admis par les statuts, les sommes ou titres provenant de la liquidation du compte du titulaire décédé sont acquis aux autres participants, au prorata des sommes qui sont déjà respectivement inscrites à leurs comptes.

La Caisse de participation et de retraite jouit, en outre des 10 p. c. fixes dont nous venons de parler, d’un prélèvement spécial sur les bénéfices nets de l’imprimerie et déterminé chaque année par le gérant.

Ce nouveau prélèvement, fixé à 5 p. c. pour 1872, a été porté au compte de chaque participant, au prorata des sommes qui y étaient déjà inscrites ; mais ceux-ci ne peuvent en jouir qu’après vingt années au moins de présence dans la maison ou après avoir atteint leur soixantième année d’âge.

Si le participant quitte la maison avant d’avoir accompli ses vingt années de présence ou avant d’avoir atteint l’âge de soixante ans, il perd ses droits à cette partie de son avoir, qui profite aux participants restants, suivant le mode de répartition ordinaire.

Les infirmités entraînant incapacité absolue de travail ou le décès en activité de service laissent subsister les droits du participant ou de ses héritiers reconnus par les statuts au montant intégral de son compte.

Un comité consultatif et de surveillance seconde M.Chaix dans l’exécution du règlement relatif à la participation et à la Caisse de prévoyance et de retraite ; il comprend, entre autres, les trois plus anciens chefs de service et les six plus anciens ouvriers, ouvrières ou employés de l’établissement.

En ce qui concerne les apprentis, ils ne sont admis à la participation que le janvier qui précède la fin de leur apprentissage ; mais ils jouissent, dès leur entrée dans l’établissement, d’avantages importants résultant des institutions spéciales que M. Chaix a créées pour eux.

En effet, les apprentis, les enfants et les jeunes gens travaillant à un titre quelconque dans l’établissement profitent :

U Des cours scolaires, pour lesquels ils touchent un ou deux jetons de présence d’une valeur de 10 centimes. Le nombre des jetons délivrés chaque année est de 3,000 environ. En outre, ceux qui font les meilleurs devoirs et qui s’appliquent le mieux à leur travail reçoivent divers

encouragements, notamment des livres instructifs, des brochures intéressantes, dont il a été distribué 1,268 exemplaires en 1869;

2"^ Üune bibliothèque, qui leur permet de compléter leur instruction, et leur fournit en même temps des distractions utiles. Cette bibliothèque, qui est toujours mise à leur disposition, comprend les meilleurs ouvrages relatifs à l’imprimerie et aux autres industries, la vie des grands hommes, l’histoire, les voyages, enhii des romans moraux et instructifs.

Un registre d’inscription contient le nom des élèves qui empruntent les livres, avec la désignation des ouvrages qui leur sont confiés. L’enfant qui rapporte un livre doit, avant d’en recevoir un autre, rendre compte de sa lecture et prouver qu’il l’a comprise ;

3^^ De lectures et de conférences, qui sont faites par des employés ou par les professeurs de cours, pendant les récréations, alors que les enfants ne peuvent, à cause du mauvais temps, se livrer à leurs jeux habituels ;

4^^ D'une caisse de retraite spéciale, qui leur assure à cinquante-cinq ans une rente viagère d’environ 400 francs, au moyen d’un versement de cinq centimes, par tête et par jour, fait par la maison, à la caisse de retraite de l’Etat, et qui est même continué après leur apprentissage, s’ils restent dans l’établissement. Ces versements sont portés sur* un livret, remis à chaque intéressé un an après son entrée en apprentissage ;

5° ïSune assurance contre les accidents^ qui leur donne droit à une rente viagère de 250 à 360 francs, suivant 1 âge, en cas d’incapacité permanente de leur travail professionnel ;

6"" U une assurance sur la vie, qui garantit aux parents une somme de 500 francs, en cas de décès de leur enfant;

7*^ U un intérêt de participation, qui fait profiter les apprentis compositeurs du bénéfice réalisé sur les travaux qu’ils exécutent. Cet intérêt est d’environ 2,000 francs par an, répartis entre les apprentis, dans des conditions déterminées ;

8® D'une institution de secours médicaux et hygiéniques, récemment organisée.

Enfin, pour terminer ce qui est relatif à l’organisation de M. Chaix, voici un dernier détail : Avant 1870, diverses combinaisons avaient été projetées par la gérance pour constituer des retraites aux anciens ouvriers et employés ; les sommes qui avaient été réservées dans le but de réaliser l’un ou l’autre de ces projets s’élevaient à 52,000 fr. Le V' janvier 1872, jour de l’inauguration, dans cette importante maison, du système de la participation aux bénéfices, ce capital fut réparti entre tous les nouveaux membres , au prorata du nombre de leurs années de service, pour former le fonds de la troisième part de la caisse de retraite. De ce chef, chaque participant trouva d’emblée une moyenne de 50 francs par année de présence ; de sorte que les plus anciens, qui avaient vingt à vingt-cinq années de ser-

vice, devinrent jlropriétaires de 1,000 à 1,250 francs.

La première répartition annuelle a eu lieu, pour l’exercice 1872, le 13 avril 1873.

Le montant de la participation a donné, pour ce premier exercice, 10 p. c. environ du cliiffre des salaires et appointements, et cependant les bénéfices nets de la maison ne s’étaient élevés qu’à 7 p. c. du chiffre des affaires.

Ce résultat était plus beau pour les ouvriers que pour les patrons, car ceux-ci avaient espéré voir les bénéfices de leur industrie s’élever davantage, en vertu du stimulant nouveau qu’ils avaient créé. Cependant certains faits permettent de regarder avec confiance l’avenir de l’institution ; déjà l’esprit d’ordre et d’économie s’introduit, et, sans nul doute, se propagera, quand les faits acquis auront ouvert tous les yeux.

Le 8 octobre 1872, M. Chaix recevait d’un ouvrier une note ainsi conçue :

« Monsieur,

J’ai l’honneur de vous faire connaître par la présente note, et dans l’intérêt de la participation, que M*** et moi nous ne nous servons plus que d’une lampe, au lieu de w deux. Nous obtenons ainsi l’économie suivante : 50 centimes d’huile àbrûler par jour pendant quatre mois d’hiver, î’ soit 120 jours ; ce qui donne pour la saison 60 francs d’économie.

^ Que chacun en fasse autant proportionnellement pour ?? le gaz, etc., etc.

Dans ces quelques mots se trouve en partie le secret de raugmentation des 'bénéfices par ta participation .

Dans 1^ courant de l’année 1872, le comité de surveillance a pu prendre des mesures pour mettre un participant à l’abri de la misère et de l’abandon dans lesquels l’âge et la maladie auraient /pu le conduire. Le comité, agissant comme un conseil de famille, a protégé la vieillesse de ce travailleur sans parents et sans appui avec le secours de la somme disponible à son compte dans l’association. Un autre participant meurt en 1872, ayant moins de 20 ans de service, mais 60 ans d’âge. Sa veuve trouve à la liquidation du compte de retraite une somme de 900 francs ; dans son compte de participation de l’année courante, 280 fr. , plus, enfin, les intérêts; en tout, 1,208 francs. '

Ainsi finstitution, bien que très-jeune encore, a pu venir cependant déjà puissamment en aide aux familles de ses membres décédés. 11 est vrai que le premier appoint de 52,000 francs, que l’on doit considérer comme une ressource tout à fait extraordinaire, a singulièrement facilité ces résultats.

11 est permis, nous semble-t-il, de fonder de grandes espérances sur l’avenir d’une institution si bien conçue et dirigée, il faut le dire, avec une sollicitude peu commune. Les participants qui s’attacheront à l’établissement doivent y trouver réellement, comme l’a dit M. Chaix, avec les années accumulées, les intérêts, les morts prématurées et les déchéances, une petite fortune pour eux et leurs familles.

Le compte de chaque participant est transcrit dans un livret, qui est remis à la Un de chaque exercice. En 1872, le nombre de livrets distribués a été de 117; 17 apprentis ont été admis à la participation, ce qui porte à 134 le nombre total des livrets.

Quatre déchéances ont rendu disponibles 19 parts de 50 francs, à répartir entre les participants restants.

Ainsi l’exercice de 1872 comporte finalement 130 livrets ou 130 participants etfectifs. Trente -deux demandes d’admission nouvelles s’ajouteront à ce nombre pour 1873 ; le total sera donc de 162 au moins. C’est presque le tiers de tout le personnel qui remplit les conditions de trois années de présence dans l’imprimerie.

Un résultat qui n’est pas moins utile à constater, c’est la joie respectueuse avec laquelle toute la population ouvrière réunie a écouté la lecture du compte-rendu de l’exercice 1872 et a accueilli, lors de la distribution des titres, les sages conseils du patron sur l’emploi des fonds distribués . Certes, a-t-il dit, je n’ai aucun droit sur l’emploi de la somme que vous allez toucher; vous en avez la libre, ^ pleine et entière disposition; mais je verrais avec grande ^ satisfaction quelle reçût de vous une application spéciale î’’ en dehors de vos dépenses ordinaires ; qu’elle formât un fonds d’épargne indépendant de celui que la maison « vous propose. J’éprouverais un véritable chagrin si cet ^ argent servait aux plaisirs qui dérangent, au lieu d’être consacré, comme je l’ai désiré en créant la participation,

au plaisir qui dure, c’est-à-dire à celui qui vous donnera la constante satisfaction de voir assurés votre avenir et » celui de vos familles. »

Page 1