DANS LES FABRIQUES DE FLEURS ET DE PLUMES
La Société, fondée, en 1868, sous le titre de : Assistance paternelle aux enfants employés dans les fabriques de fleurs et de plumes^ se propose de surveiller, de moraliser
et d’encourager les apprentis. Sans vouloir se substituer à la famille, elle veut en compléter l’action par l’appui d’un bienveillant patronage, qui secondera leurs aptitudes et récompensera leurs efforts.
Déjà quelques industriels ont compris que s’intéresser à leurs apprentis, c’était s’assurer de bons et honnêtes ouvriers ; diverses sociétés ont été formées dans ce but. Comme l’ébénisterie, la bijouterie et l’industrie des papiers peints , la fabrique de fleurs et plumes de parure devait également avoir son patronage. En effet, l’industrie des fleurs, si importante à Paris, présente d’énormes avantages pour la classe ouvrière; elle est assurément, de toutes celles que les femmes peuvent exercer, la plus agréable, la plus intéressante et la plus lucrative? celle où l’instruction, le talent et l’intelligence trouvent le mieux à se faire valoir.
Aussi, sur un personnel d’environ 12,000 travailleurs, plus de 10,000 femmes ou jeunes filles j sont employées. Cette industrie représente plus du quart de la production totale de l’article de Paris , c’est-à-dire 34 millions de francs sur 127 millions. La somme des salaires annuels, prix de la main-d’œuvre, s’élève à 1 1 millions de francs ; ces salaires sont en moyenne de fr. 2-50 par jour pour les femmes et de 4 fr. pour les hommes; cette industrie, presqu’entièrement parisienne, est concentrée dans la grande ville et ses abords.
Les ouvrières honnêtes et laborieuses qui, à la condition fondamentale d’un bon apprentissage, ajoutent quelque chose
d’elles-mêmes, comme, par exemple, des aptitudes artistiques, un goût délicat, ne manquent point d’occupation et obtiennent un salaire élevé.
On peut donc affirmer, tout en tenant compte des crises qui paralysent à certaines époques l’essor de cette industrie, qu’on verra se continuer la progression ascendante dans le nombre des enfants employés à la spécialité des fleurs.
Ce qui précède peut également s’appliquer aux plumes de parure ; cependant, il convient de faire remarquer que cette dernière industrie occupe un personnel moins nombreux, dans lequel le sexe féminin, bien que s’y trouvant en trèsgrande majorité, n’occupe pas toujours le premier rang.
Ces fabrications, et spécialement celle des plumes, présente, en outre, cet avantage incontestable qu’elle n’oblige point l’ouvrière à quitter le foyer domestique; elle peut, au contraire, sans quitter des yeux le berceau de son enfant, confectionner de ses mains agiles une couronne, un bouquet ou une guirlande, et rester ainsi occupée dans la famille auprès de ceux quelle aime.
Les obligations et les droits de la Société 'pour ï assis- ' tance paternelte aux enfants employés dans les fabriques de fleurs et de plumes^ à l’égard des apprentis et des patrons, résultent du contrat passé entre les parties et revêtu de la signature du président et d’un délégué.
Ils naissent avec lesdits contrats et .s’éteignent avec eux.
Le nombre des membres et la durée de la Société sont illimités. Le siège en est établi à Paris.
La Société se compose de membres actifs et de membres honoraires.
Pour devenir membre de la Société, il faut, sur la présentation de deux sociétaires, être admis par le Conseil d’administration et verser une cotisation annuelle de 12 francs.
Les membres" actifs doivent, en outre, appartenir à l’industrie des fleurs et des plumes ou à un commerce qui s’y rattache directement.
La Société reçoit avec reconnaissance les offrandes, dons et legs, niéme les dons en nature.
Tout sociétaire ayant des apprentis patronés reste, de droit, membre actif jusqu’à l’expiration des contrats d’apprentissage, et ne peut se retirer avant cette époque, à moins de résiliation amiable ou judiciaire desdits contrats.
La Société ne prend sous son patronage, comme apprenti, aucun enfant âgé de moins de douze ans .
Les parents ou tuteurs ont la faculté de choisir la maison dans laquelle l’enfant doit entrer, pouvu que cette maison fasse partie de l’association.
Le Conseil d’administration délègue à sa volonté des missions spéciales de surveillance à des sociétaires ou à leurs dames.
Cette mission de surveillance s’exerce avec un zèle louable sur la conduite de l’apprenti, ses progrès professionnels, l’état de sa santé et tout ce qui peut contribuer à la bonne direction du patronage. A la fin de l’année, les notes recueillies par cette mission servent à établir une récapitula-
tion, d’après laquelle sont décernés des prix de bonne conduite et d’application.
Des concours et des examens annuels déterminent, la xaleur des récompenses accordées aux enfants patronés ; des récompenses sont également* décernées aux personnes, adhérentes ou non, qui ont aidé la Société* dans sa tâche ou contribué à l’éducation professionnelle des apprentis.
Ces récompenses sont distribuées dans une séance publique, à laquelle on cherche toujours à donner un cachet solennel.
Depuis sa fondation, et malgré les tristes événements survenus à la suite de la guerre, la Société n’a que des succès à enregistrer. A la fin de 1873, elle comptait 97 membres actifs et 21 membres honoraires. Elle avait porté sur ses registres, depuis son installation, 134 enfants. Parmi les 76 actuellement sous son patronage, 49 se sont trouvés remplir les conditions d’ancienneté requises pour prendre part aux examens.
Cette Société, qui doit une bonne part de son développement et son excellente organisation à son honorable président, M. H. Petit, espère créer très-prochainement pensions d'apprenties, maisons ou établissements dans lesquels, moyennant une rétribution équitable, les enfants, que les parents et les patrons ont souvent égale difficulté à loger, trouveraient, après la journée, des soins tout maternels, un complément d’instruction élémentaire, voire même des cours yle dessin. Les ressources de la Société ont enfin per-
mis, en attendant la réalisation de ce projet, de placer des pupilles dans des pensions où, jusque l’âge de 12 ans, elles acquièrent les premiers éléments d’une bonne instruction. Les meilleures apprenties placées sous son patronage ont exposé cette année, à Vienne, des quantités de fleurs admirables, s’étageant dans une petite serre de cristal, au centre de laquelle se trouvait un petit lac artificiel, dont la surface était couverte de nénuphars, garnis de leurs larges feuilles. Cette exposition, très-remarquable, attirait les regards étom nés et charmés, à la fois, de tous les visiteurs.