SECOURS MUTUELS DE PARIS
La Société protestante de prévoyance et de secours mutuels de Paris, fondée en 1827, a été autorisée par ordonnance royale du 12 mars 1829.
Elle a pour objet d’assurer à ses membres, moyennant une faible rétribution mensuelle, les soins des médecins, les médicaments et une indemnité pécuniaire en cas de maladie. Elle leur accorde une pension de retraite lorsque, associés depuis 35 ans, ils ont atteint l’âge de 60 ans ou sont frappés d’infirmités incurables qui leur rendent le travail impossible.
Le but de cette société est donc de prévenir la misère plutôt que de la soulager, et elle y parvient de deux manières : en donnant à ses membres des habitudes d’ordre et de prévoyance et en les assurant contre les désastreuses conséquences de la maladie.
11 existe aujourd’hui trop de sociétés du même genre pour qu’il soit nécessaire de démontrer en principe les avantages qu’elles présentent. Plus ancienne et plus nombreuse que la. plupart de ses sœurs, possédant un capital important, résultat de ses épargnes de quarante-sept années, la Société protestante est, de toutes les sociétés de secours mutuels de France, celle qui offre à ses membres les conditions les plus avantageuses ; elle est la seule qui assure à ses vieillards une pension fixe de retraite. La somme de ces pensions atteint le chiffre de douze mille francs par an, et, depuis l’origine de la Société jusqu’au 31 décembre 1872, le service de ces pensions a absorbé plus de 200,000 francs.
La Société ne reçoit comme membres que des personnes d’une moralité reconnue, professant la religion protestante ; cependant, en dehors de cette communion, elle peut aussi
admettre, sur sa demande par écrit, le mari ou la femme dont le conjoint protestant est déjà sociétaire.
L’admission a lieu depuis l’âge de 15 ans jusqu’à celui de 40.
La Société se compose de membres honoraires et de membres sociétaires. Les membres honoraires sont ceux qui contribuent par leurs dons à la prospérité de l’institution, sans en réclamer les bénéfices ni en partager les charges.
La cotisation annuélle des sociétaires, payable d'avance, en totalité ou par mois, est,' dans Paris, de 24 francs pour les hommes et de 12 francs pour les femmes. En dehors des fortifications, elle est de 12 francs pour les hommes et les femmes. Tout nouveau membre paie, en outre, si, au moment de son inscription, il a dépassé l’age de 25 ans, un droit d’admission proporiionné aux charges qu’il pourrait taire peser sur la Société à raison de son âge. Ce droit est fixé à 6 francs pour l’âge de 26 ans, c’est-à-dire entre l’âge de 25 et de 26 ans.
La vSociété n’accorde que la visite du médecin et les médicaments pour les maladies qui entraînent moins de quatre jours de chômage; elle donne, de plus, des secours en argent, exigibles à dater du jour même delà déclaration de maladie faite à l’agence, si la maladie dure au delà du quatrième jour.
Ces secours sont, pour les hommes, de : 2 francs par jour pendant les ti'ois premiers mois de maladie ; 1 franc du .
quatrième au sixième mois révolu, et 50 centimes après le sixième mois. Dans certaines circonstances, les secours sont continués même après ce terme. Pour les femmes, ces secours sont : 1 franc par jour, pendant les trois premiers mois; du quatrième au sixième, 50 centimes, et, après le sixième mois, 25 centime^.
La Société accorde un secours annuel aux septuagénaires et à ceux de ses membres qui en font partie depuis 35 ans, pourvu qu’ils aient 60 ans d’âge et qu’ils aient toujours régulièrement payé leur cotisation. * Cherchant à atteindre un but moral en même temps que de bienfaisance, elle ne distribue aucune espèce de secours dans les maladies résultant de la débauche ou des suites de l’ivresse, ni mériie pour les blessures reçues par le réclamant dans une rixe où il aurait été l’agresseur.
En cas de décès, 20 sociétaires de l’arrondissement sont invités à assister aux funérailles. L’agent doit s’entendre avec la famille pour commander, aux frais de la Société, le corbillard d’avant-dernière classe, qui est celui adopté par l’institution.
La Société paie, en outre, la somme de 100 francs, à titre de secours extraordinaire, au conjoint (s’il a donné des soins au sociétaire décédé), aux orphelins survivants ou, à leur défaut, aux personnes à qui le défunt aurait légué ce secours. Pour subvenir à cette dépense, chaque sociétaire verse à la caisse 50 centimes à l’occasion d’un décès.
Depuis l’origine de rassociation protestante, l’ensemble du
mouvement financier donne pour les recettes, fr. 955,139-79. pour les dépenses . 878,324-91.
laissant à l’actif . '. . fr. 76,814-88.
Au 31 décembre 1871 , la Société se composait de :
483 hommes et 198 femmes, soit 681 membres associés.
A la même date, on comptait 534 membres honoraires.
Autriche.
ASSOCIATION GÉNÉRALE DES EMPLOYÉS DE l’eMPIRE AUSTRO-HONGROIS .
Avant les événements de l’année 1848, les employés de l’Empire austro- hongrois étaient relativement peu nombreux, très-considérés et assez bien rémunérés. Après cette époque tourmentée, le Gouvernement en augmenta considérablement le nombre et maintint au même chiffre leurs appointements, qui ne tardèrent pas à devenir insuffisants en présence de la cherté croissante de tout ce qui est nécessaire à l’existence, dont le bien-être exigeait cependant qu’il fût en rapport avec le rang occupé dans la société.
Lorsqu’ils n’avaient pas de fortune personnelle, les employés de toutes catégories subissaient donc les privations les plus dures.
Malgré l’évidence des faits, le Gouvernement se refusait à porter un remède à cette situation profondément décourageante.
Ne pouvant plus compter que sur eux-niémes, quelques
employés résolurent de mettre en application le grand principe du self-helj), d’où découle cet autre principe si fécond : la mutualité. Grâce à quelques tentatives heureuses faites en 1863, ces principes furent bientôt appréciés à leur juste valeur par tous ceux qui voulurent une amélioration sérieuse de leur sort.
Le moment était propice pour rallier à la mutualité ceux qui faisaient entendre leurs clameurs.
C’est ce que comprirent MM. Hoffmann, Kesseler et AVebenau, attachés à l’administration du chemin de fer du Sud, lorsqu’ils résolurent de jeter les bases d’une Association générale des employés de l'Empire austro-hongrois .
Cette Association, ayant pour objet de faciliter les moyens d’existence à tous ses membres et de les soutenir dans les épreuves de la vie, répondait à un tel besoin, que plus de 4,000 employés se firent immédiatement inscrire en qualité de membres fondateurs. '
A MM. Hoffmann, Kesseler et Webenau se joignirent des fonctionnaires notables de l’administration impériale, qui, réunis en comité provisoire, sous la présidence du prince de Metternicb, travaillèrent pendant plus d’un an- à l’organisation de cette vaste Association.
Ce fut le 20 novembre 1864 qu’elle se constitua définitivement, après que l’assemblée générale des membres fondateurs en eut adopté les statuts.
Ceux-ci précisent en ces termes le but de la Première Association générale des employés de la Monarchie austro-
hongroise : Développer et améliorer la situation morale, matérielle et intellectuelle des employés, en s’appuyant sur les principes de l’assistance mutuelle.
Pour obtenir ce résultat, l’Association décida l’organisation de trois sections, qui comprennent :
a) Une caisse d’assurances pour les malades et les infirmes ;
h) Une caisse d’assurances sur la vie et en cas de mort, présentant aux assurés des combinaisons variées et irèsavanta'geuses ;
c) Une caisse d’épargne et de prêts.
L’Assdciation décida également de fournir des cautionnements à ses sociétaires, d’intervenir pour leur chercher des emplois, de défendre en toutes circonstances leurs intérêts lésés, d’accorder des bourses aux filles et aux orphelins des membres indigents, et enfin de venir en aide aux employés frappés par de grands malheurs.
Tout employé de l’Empire austro-hongrois, qu’il soit au service de l’industrie privée ou du Gouvernement, peut devenir membre de l’Association moyennant le payement d’une annate, dont le minimum est fixé à 5 francs.
L’associé qui se fait inscrire dans l’une des trois sections est affranchi du payement de l’annate .
Celui qui participe à la section des assurances sur la vie a le droit de faire assurer, sans autre formalité, un membre quelconque de sa famille.
Les personnes qui versent dans les caisses de l’Associa-
tion une somme globale de 125 francs ou 20 francs annuellement pendant dix années consécutives ont droit au titre de membres protecteurs .
Ceux qui apportent à l’institution le concours de leur intiuence ou qui lui ont rendu des services signalés sont nommés membres d'honneur.
L’Association des employés est administrée par un conseil, composé de trente membres, choisis librement par le.s suffrages de l’assemblée générale. Ce conseil d’administration se renouvelle annuellement par tiers. Les. administrateurs sortants sont rééligibles ; ils exercent leurs fonctions gratuitement.
Les ressources dont dispose cette institution sont : L ordinaires — taxes d’entrée, primes d’assurances, intérêts des capitaux; 2° extraordinaires — dons en argent et objets de valeur offerts à l’Association.
L’avoir social se décompose comme suit :
Y Le fonds de réserve, qui se constitue par l’accumulation des primes d’assurances pour les malades et. les infirmes, ainsi que des primes des assurances sur la vie.
2^^ Bes fonds généraux, qui sont alimentés par les droits d’entrée, les annates et les dons de toute nature adressés à l’Association.
Les intérêts de ces Ibnds sont en partie affectés à des secours extraordinaires, remis aux sociétaires nécessiteux et à leur famille ; l’autre partie est destinée à former un fonds spécial d’instruction, dans lequel on puise les sommes néces-
saires pour faciliter réclucation d’un certain nombre d’enfants d’employés pauvres.
L’Association a le projet d’organiser prochainement une école supérieure de tilles et une bibliothèque destinée à l’usage exclusif de ses membres.
C’est en juillet 1865 que cette institution obtint du Gouvernement la sanction légale.
Dans le principe, elle établit ses bureaux dans deux petites chambres, au S™"" étage, d’une maison située rue Élisabeth, à Vienne. Un an après, elle obtint de la bienveillance du Ministre, le chevalier de Schmerling, la jouissance d’un local spacieux ; son développement devint alors trèsrapide, et ses ressources s’accrurent à ce point quelle put, dès 1872, acheter un vaste terrain sur lequel elle fit construire un véritable palais. Une partie de ce terrain lui fut abandonnée, pour la moitié du prix d’estimation, par l’Empereur François-Joseph, qui voulut ainsi donner une preuve de sa haute sollicitude à l’égard d’une œuvre éminemment humanitaire. L’autre partie lui fut vendue parle Ministre de l’intérieur à des conditions très-avantageuses. Ce palais de l’Association des employés a été complètement terminé en 1873, 11 est situé en face de la Bourse. C’est une construction de 4 étages, qui contient 36 appartements grands et petits. Le rez-de-chaussée est réservé pour les bureaux de la Société. Cet immeuble a coûté la somme de 1 ,125,000 francs. Les loyers qu’on en retire s’élèvent à 100,000 francs annuellement.
L’Association vient, en outre, d’acquérir un autre terrain à Marienbad, où elle fait élever une grande construction, qui sera achevée prochainement.
En édifiant ce nouveau bâtiment, la Société a eu en vue un double but : placer avantageusement des capitaux disponibles et abandonner, moyennant une location modérée, le troisième étage de l’immeuble à ceux de ses membres auxquels le séjour de cette ville de bains serait prescrit par la faculté.
Le tableau suivant donnera une idée précise de l’importance decette puissante institution, qui, au Si-décembre 1872, comptait près de 28,000 associés et dont les opérations ont toujours suivi une marche progressive des plus remarquables. On y trouvera aussi un nouveau et éclatant témoignage de la puissance fécondante de la mutualité bien comprise et sagement appliquée.
Tableau comparatif de la situation de l’Association générale des