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SCÈNE XL

DIEGUE, puis RODRIGUE.

DIEGUE, se levant,

Qaelle peine! quel malheur! Sur quels piliers s'appuie la noblesse d'une maison qui a vu tant de rois de son sang ! A peine si je respire!... (Il fl/?i)«i/e.) Rodrigue!-..

RODRIGUE, entrant.

Mon père! mon seigneur!... peux-tU bien me faire une insulte? Tu m'as engendré le premier, pourquoi m'appelleslu le dernier?

DIEGUE

Ah! mon fils, je me meurs...

RODRIGUE

Qu'éprouves-tu?

DIEGUE

C'est une douleur. Une douleur, une rage, tme rage. (Il

porte la main de Rodrigue à sa bouche et lui mord un doigt.)

RODRIGUE^ avec force.

Mon père! laissez-moi. A la maie heure ! laissez-moi... Si vous n*étiez mon père, jQ vous donnerais un soufflet.

DIEGUE

Ce ne serait plus le premier.

RODRIGUE

Comment!...

DIEGUE

Fils de mon âme, j'adore ce ressentiment : ta colère me charme, je bénis cette audace. Ce sang impétueux qui se révolte dans tes veines, que je vois dans tes yeux; ce sang que la Castille m'a donné, héritage de Calvo et de Nunez, c'est ce sang que vient de déshonorer en moi le comte d'Orgaz, celui qu'on appelle Lozano.

RODRIGUE

Le comte d'Orgaz?

DIEGUE

Viens dans mes bras, Rodrigue, relève mon espérance, et cette tache faite à mon honneur et qui s'étend jusqu'au tien, lave-la dans le sang; car il n'est que le sang pour laver de telles taches. Si je ne t'ai pas appelé le premier, c'est parce que j'ai pour toi plus de tendresse, plus d'amour que pour tes frères. J'aurais voulu qu'ils courussent ce danger pour être plus sûr de conserver en toi l'illustre avenir de ma race. Hélas! je les ai vus à l'épreuve si dénués d'âme et de vigueur, que mon offense en a été doublée, que mon malheur s'en est accru. Il t'appartient, Rodrigue, de rendre la gloire à ces cheveux blancs. Ton adversaire est puissant au palais, à l'armée ; son conseil est le plus estimé, sa lance est la meilleure ; mais puisque tu as de la force et du cœur quand tu vois là l'affront ou l'épée, je n'ai plus rien à te dire; le souffle me manque, d'ailleurs; je m'en vais pleurer mon outrage pendant que tu vas le punir. (Il sort.)

A l'histoire du Glp. 53

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