CHAPITRE I
LA CHftONIOtJÈ RIMES. - tE POÈME DU OID.
La Chronique rimée et le Poëme du Cid passent pour être deux des plus anciens monuments de la poésie espagnole. Il est probable que le Poëme ou la Chanson du Cid a Tantériorilé, mais l'intervalle n*a pas dû être considérable entre ces deux productions, attribuées au xiii* siècle. De grandes contestations se soikX élevées à ee sujet parmi les auteurs espagnols et étrangers; et relativement au Poëme du Cid, nous derons rapporter uii fait eurieux. A la fin du manuserit âe ce poëme 9 dont les premiers feuillets manquent , on Ut :
A CEXVi ^Vl h ÉGRIT CE LIVRE, BIEU DONNE LE PARABISl AMEN. PIERRE ABBÉ L'ÉCRIVIT AU MOIS DE XAI^ EN L*ÉRE MIL ET CG. ILV ANS*
On a remarqué qu*aprês les deux premières lettres CC, qiai indiquent les centaines^ on en avait gratté et effacé une^ que nous remplaçons par un point. Est-ce une fraude dé quelque amateur pour faire remonter le manuscrit à un siècle de
plus? est-ce l'erreur d'un copiste du xiv* siècle qui, sans y prendre garde, avait mis le millésime de son temps, et qui s'est empressé de corriger son erreur en la reconnaissant? Pierre Abbé est-il l'auteur du poëme ? ÏHerre Abbé n'en est-il que le copiste, le mot escribir employé pouvant aussi bien signifier copier que composer? Toutes ces questions ont été agitées sans donner une solution certaine. Nous croyons qu'il faut regarder Pierre Abbé comme l'auteur, caries dernières lignes paraissent faire partie du poëme, à la fin duquel celui qui l'avait composé se nommait, selon un usage longtemps conservé par les littérateurs espagnols. Nous n'y retrouvons pas le caractère d'xmpost-scriptum. Il nous semble, en outre, que Pierre Abbé appartient complètement au xiii« siècle. Le style et le coloris de l'ouvrage et les mœurs qu'il dépeint sont bien du temps. Quant à la Chronique rimée, nous serions tenté de penser qu'elle a précédé le Poëme du Cid, parce qu'on y rencontre une plus grande rudesse de mœurs. En tous cas, nous en donnerons une courte analyse avant celle du Poëme du Cid, par la seule raison qu'elle contient le récit de la jeunesse du Cid, et que le poëme est consacré aux dernières actions de sa vie.