‹ Documents relatifs à l'histoire du CidChapitre 25 sur 85 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les précédents, GHIMÈNE GOMEZ^ entrant par une porte, et DIEGUË^ entrant par une autre,

{Chimène porte à la main un mouchoir ensanglanté; Diegue a du sang sur la joue,)

chimène, s'inclinant.

Justice! Je demande justice!

diegue, s'inclinant.

Juste a été ma vengeance!

CHIMÉNE,

Roi, je tombe à tes pieds.

DIEGUE

Roi, j'y tombe aussi.

LE ROI

Quelle affliction je ressens! événement malheureux!

CHIMÈNE

Seigneur, on a tué mon père.

66 MOCMBNTJ MUtlfi

Seigneur^ mon fils Ta taé^ c'était son deroir; il ne i*a pas fait mécliammem.

CHIMÈlfE.

Ce fût une ooupabie audace,

DIEGUE

Il y a une vengeance chez les hommes.

CHIMÈNE

Il y a justice chez les rois. Vois briller dans mes yeux le sang de sa race,

DIEGUB*

Si la source n'en avait pas été tarie^ comment aurait-on apaisé le mien?

cimtiiE.

Sire, j'ai perdu mon père.

DtEGCE.

Sire, j'ai recouvré mon honneur.

CHIMÈNE

C'était le plus e&timé de tes vassaux.

DIEGUE

Le ciel sait s*il a mérité de Tétre, mais je ne veux point vous affliger davantage; tu es femme, parle d*abord.

CHIMÈNE, s'agenouillant en montrant son mouchoir ensanglanté.

C'est à ce sang de dire ce que je n'ai pas la force d'exprimer, c'est à lui de se plaindre et de demander justice. Je ne puis qu'y mêler mes larmes. J'ai vu, de mes propres yeux, l'acier élincelant se teindre de cette pourpre fatale! Est-il étonnant que je meure de mes peines? Je suis tombée, presque inanimée^ sur le corps de mon père^ qui m'a parlé par les lèvres de sa blessure. La mort, la mort cruelle fermait sa bouche; mais il écrivit ici mon devoir avec son sang. Je V3UX mettre sous tes rega» ds ces ordres gravés dans mon

A l'histoire pu CID. 67

àmo^ et qui tirent de mes paupières des larmes aussi aiguës qae la pointe du glaive. Bien que mon cœur gémisse de tant de rigueur^ il me faut du sang pour du sang.

LE ROI

Lève-toi!

DiEGUE^ 8* agenouillant à son tour.

Je vis, seigneur, entrer dans le sein de mon ennemi l'épée de mon Rodrigue; elle y cherchait mon honneur : je m'approchai, et le comte était mort. Me rappelant Tafïront, je portai la main à sa blessure, je lavai avec son sang l'endroit où se trouvait la tache, afin de l'enlever à jamais. Toi, seigneur, qui as été témoin de l'outrage, considère de quelle façon on eiïace un soufflet. Mon courage serait-il satisfait si tu ne reconnaissais la réparation à l'endroit même où tu as aperçu l'injure? T'ai-je manqué de respect? De môme que la vengeance m'appartenait, la justice t'appartient. Roi souverain, fais-la tomber sur moi, car ta grandeur a le droit de châtier sur la tête les fautes commises par le bras. Rodrigue n'a été que mon bras : je suis le coupable, c'est moi qui ai demandé à sa jeunesse les forces que je n'avais plus. Chimène peut se contenter de ma tête; mon sang, purifié, s'écoulera du moins limpide et honoré.

LE ROI

Lève-toi, calme-toi, Chimène !

CHIMÈNE

Ma douleur s'accroît, au contraire.

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