‹ Documents relatifs à l'histoire du CidChapitre 65 sur 85 · L ESPAGNOL · texte numérisé non relu

L ESPAGNOL

Je parle à toi, l'auteur, dont Vàudace achevée S'est depuis quelques jours dans le ciel élevée. Au mépris de la terre et de ses habitants.

A toi^ dont Tinsolence^ en tes écrits semée^ Et bien digne du fait des plus fous capitans^ Soutient que ton mérite a fait ta renommée!

Les noms de deux ou trois^ dont tu veux faire accroire Qu*en les traitant d'égaux tu les combles de gloire^ Dans TEspagne^ et plus outre^ avaient déjà couru; Mais de ton froid esprit qui se paît de fumée^ Rien^ certes^ dans Madrid^ n'aurait jamais paru^ Et le Cid seulement y fait ta renommée!

Je crois que ce sujet éclatant sur la scène^ Puisqu'il ravit le Tage, a pu ravir la Seine; Allais il ne fallait pas en offenser l'auteur^ Et par une impudence en orgueil confirmée^ Assurer^ d'un langage aussi vain qu'imposteur. Que tu dois à toi seul toute ta renommée!

Tu ne dois te vanter, en ce fameux ouvrage, Que d'un vers assez faible en ton propre langage. Qui, par ton ignorance, ôte l'honneur au mien (Tant sa force et sa grâce en est mal exprimée). Cependant, orgueilleux et riche de mon bien, Tu dis que ton mérite a fait ta renommée.

Bien, bien, j'irai paraître avec toute assurance Parmi les courtisans et le peuple de France, Avec un privilège et passe-port du roi ; Alors ma propre gloire, en ta langue imprimée. Découvrira ta honte, et mon Cid fera foi Que le tien lui devait toute sa renommée.

Donc, fier de mon plumage, en corneille d'Horace, Ne prétends plus voler au plus haut du Parnasse. Ingrat, rends-moi mon Cid jusques au dernier mot. Après tu connaîtras, corneille déplumée.

A l'histotee vv cid. 125

Qae Tesprit le plus vain est souvenl le plus sot^ Et qu'enfin tu me dois toute ta renommée.

Balthazar de La Verdad.

{Balthasar de la Venté.)

Corneille crut devoir faire justice des observations de Scudéry et des fanfaronnades de matamore qu'il y avait mêlées^ et il le fit avec dignité dans sa lettre apologétique :

« Vous m'avez voulu faire passer, dit-il, pour simple traducteur, sous ombre de soixante-douze vers que vous marquez sur un ouvrage de deux mille, et que ceux qui s'y connaissent n'appelleront jamais de simples traductions. Vous avez déclamé contre moi, pour avoir tu le nom de l'auteur espagnol, bien que vous ne l'ayez appris que de moi, et que vous sachiez fort bien que je ne l'ai celé à personne, et q[uemême j'en ai porté l'original en sa langue à M. le cardi* nal, votre maître et le mien. »

Et conmie Corneille avait été blessé des vers que nous venons de citer, vers attribués à Mayret, alors en province, et dont Glaveret était accusé d'avoir été le distributeur à Paris; il témoigna son ressentiment à ce dernier par cette phrase dédaigneuse:

« Il n'a pas tenu à vous (à Scudéry) que, du premier lieu, où beaucoup d'honnêtes gens me placent, je ne sois descendu au-dessous de Glaveret. »

Glaveret fut piqué au vif , et sa fureur s'unit à celle de Scudéry. Il adressa de son côté une lettre à Gorneille :

« G'est mal récompenser le soin que j'ai pris de distribuer vos louanges parmi les bonnes compagnies , s'écrie-t-il^ quoique la réputation extraordinaire de votre Cid soit moins un effet de votre propre mérite que l'approbation de ceux que les belles pensées de Guillen de Castro ont d'abord éblouis, et qui, par là, vous ont fait obtenir les acclamations du peuple; aussi, bien loin d'avoir méprisé votre ouvrage, j'ose dire sans vanité, et pourtant à ma confusion, que je suis une des voix de sa renommée, et que vous ne la devez pas

toat entière à vous seul^ comme vous voulez le faire croire par votre imaginaire excuse à Ariste. Il ne vous était pas bien difficile de faire un beau bouquet de jasmin d'Espagne^ puisqu'on vous a apporté les fleurs toutes cueillies dans votre cabinet, et qu'il ne vous a fallu qu'un peu d'adresse pour les arranger. Quelque déguisement que vous cherchiez pour couvrir ce glorieux larcin, oui, je le dis encore une fois, cette rare comédie espagnole vous a tellement aidé, que les moins habiles mômes remarquent aisément que vous n'êtes que le traducteur et le copiste. »

Il parut alors une nuée d'écrits pour et contre Corneille, et les injures ne lui furent pas épargnées On l'accusa même de ne pas mettre l'épée à la main pour répondre aux provocations de Scudéry, et de ne pas justifier ainsi les lettres de noblesse dont il avait été honoré.

La lettre adressée à *** sous le nom d* Ariste, s'exprimait en ces termes :

« Pauvre esprit! qui, voulant paraître admirable à chacun, se rend ridicule à tout le monde ; et qui, le plus ingrat des hommes, n'a jamais reconnu les obligations qu'il a à Sénèque et à Guillen de Castro, à l'un desquels il est redevable de son Cid, et à l'autre de sa Médée,,,

a II reste maintenant à parler de ses autres pièces, qui peuvent passer pour des farces, et dont les titres seuls faisaient rire autrefois les plus sages et les plus sérieux. Il a fait voir, avec Mélite, la Galerie du Palais et la Place Royale, ce qui nous faisait espérer que Mondory annoncerait bientôt le Cimetière Saint-Jean, la Samaritaine et la Place aux Veaux* L'humeur vile de cet auteur et la bassesse de son âme ne sont pas difficiles à connaître^ dans les sentiments qu'il donme aux principaux personnages de ses comédies. U rend les uns fourbes, artificieux, et fait conunettre aux autres des lâchetés dont lui-même, quelque profession qu'il fasse de poltronnerie, ne pourrait s'empêcher de rougir si je les lui remettais sous les yeux, et, certes, il est bien difficile qu'il puisse rendre des acteurs plus vaillants, puisque lui-même n'a pas

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sitôt la permission de prendre une épée, qu'il se déclare, par une lettre imprimée, indice de la porter, et qu'à peine a-t-il reçu celle de noblesse, qu'il fait une action assez infâme pour la dégrader. »

Ceci avait trait au passage de la lettre de Corneille à Scudéry, dans laquelle il répond à son défi par ces mots : a 11 n'est pas question de savoir combien vous êtes noble et plus vaillant que moi, pour juger combien le Cid est meilleur que V Amant libéral (tragi-comédie de Scudéry)... Je ne suis pomt homme d'éclaircissements, tenez-vous en sûreté de ce côté-là. »

Le jugement de l'Académie, que Corneille n'accepta pas et qui se fit en dehors de lui, termina ce débat. L'Académie chercha à contenter Richelieu, Corneille et Scudéry, et ne coDtenta personne.

Presque immédiatement après l'apparition du Cid, parurent diverses pièces sur le même sujet; entre autres : la Suite ou le Mariage du Cid, tragi-<;omédie. On se rappelle que le roi, à la fin du Cid, donne un an à Chimène pour apaiser ses regrets; c'est cette année réservée qui a été exploitée par les poètes du temps. L'auteur de la Suite du Cid imagine que l'infante a travaillé pendant cette année-là à désunir les amants. Rodrigue s'est absenté de nouveau pour -combattre les Maures. L'infante, au moyen de sa suivante, fait annoncer à Chimène que Rodrigue a succombé dans une bataille. Elle espère porter ainsi un coup mortel au cœur de Cliimène ; mais Rodrigue reparaît à temps : le chagrin de Chimène est vite changé en joie. Elle tâche alors d'inspirer de la jalousie à sa rivale, mais un mot de Rodrigue fait tomber la colère de son amante ; elle excite le roi contre lui à l'aide de ses rapports, mais le roi n'est pas abusé longtemps; il marie Chimène et Rodrigue, et l'infante est obligée d'en prendre son parti.

Dans une autre pièce de Desfontaines, la Vraye Suite du Cid, le roi cherche à détourner, à son profit, l'amour de Chimène. Il n'y peut réussir, et renonce enfin à ses projets de séduction.

i28 DOGITMENTS RELATIFS ▲ L^HISTOIRE DU GID.

Un àatce auteur^ dans une pièce intitalée : la Mort du Cid ou l'Ombre du comte de GormaZy prend vivement à cœur les intérêts de Tinfante. L'ombre du comte de Gormaz vient, comme celle du père d'Hamlet, réclamer vengeance. Un jeune frère de Chimène provoque Rodrigue en duel; il le tue, et l'infante l'épouse, comme pour le récompenser d'avoir immolé celui qui a dédaigné son amour.

De nos jours, Casimir Delavigne a composé un drame en trois actes et en vers, intitulé : la Fille du Cid, dans lequel le Cid, déjà vieux et près de mourir, ramène au combat le jeune Martin Pelaez, sujet emprunté aux ballades.

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