‹ Documents relatifs à l'histoire du CidChapitre 66 sur 85 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE GID DE DIâMâNTE

Le Cid de Diamante (celui qui honore son père) a fait commettre de graves erreurs à Voltaire et à La Harpe. Voltaire^ La Harpe ont prétendu que le Cid de Diamante était antérieur à celui de Guillen de Castro^ et qu*il avait été presque teitaellement transporté sur la scène française par Corneille; tandis que Diamante^ au contraire^ contemporain de Corneille^ a traduit le Cid de Tauteur français^ en y accommodant^ autant qu'il l'a pu, quelques scènes fournies par le Romancero et par Guillen de Castro, son prédécesseur. Cela est évident pour quiconque a lu le Cid de Diamante attentivement; ajoutons même que cette question a été tranchée par eux avec tant de légèreté, qu'ils placent l'action de la tragédie de Corneille, le premier au xiu« siècle, le second au xv« siècle, tandis qu'il est à peu près certain que le fameux Rodrigue de Bivar^ né en 1026, est mort en 1099 (1).

(I) On est étonné de voir Sismondi partager Terrenr de La Harpe et de Voltaire, et dire : L'ancien poêle Diamante, et, pen après Ini, Ckiillen de Castro, ont pris dans les premières romances lenr tragédie da Cid -. Touê dmc oni êtnti iêmoiiué Cormiiu. En tète d'nn recueil, publié en 1658, vingt>denx ans après b Ci«t, se trouYe, pour la première fois, la pikt d» Dia«Mm<«, et l'éditenr, dans sa dédicace an seigneur don Juan de Foloagna, dit : « Ofiesco  V. M. este libre de comedias, partes de los mas ftoneitntêi ingenios de este siglo. » Une

130 BOCdKENTS RELATIFS

La bonne foi de Corneille ne saurait d'ailleurs être mise eu doute; il avoue avoir pris le sujet du Cid à Guillen de Castro^ ce qui se prouve encore de soi-même par les pensées ou les situations^ dont on retrouve Timitation chez lui, et que ses contemporains n'ont pas manqué de lui reprocher, comme on Ta vu. Il ne parle pas de Diamante; donc il Ta ignoré, ou, s'il l'a connu, ce n'est que beaucoup plus tard. Le retentissement de son Cid fut immense. Cette tragédie eut l'honneur d'être traduite immédiatement dans beaucoup de langues, même en espagnol, ainsi que nous l'apprend Fontenelle; il a voulu parler sans doute de l'œuvre de Diamante, qui a essayé de refondre à son tour le sujet du Cid en adoptant la régularité de notre théâtre.

Le gracioso occupe une place importante dans l'ancien théâtre espagnol. Lope de Véga et Çaldéron Tout introduit dans les drames les plus terribles, et même dans les autos sacr amentales. C'était un type consacré, attendu par le spectateur, qu'il était chargé d'égayer. Diamante a cru pouvoir à son tour le mêler à l'action héroïque du Cid; mais il semble ne l'avoir fait que pour se conformer à 1^ tradition \ car les plaisanteries de Nuno n'ont rien de piquant ; ce bouffon y joue un rôle tout à fait secondaire et souvent ridicule. L'œuvre de Diamante eût gagné à se passer de ce personnage maienj:^ontreux. Nuno a bien raison de s'écrier, en s*esquivant dans une circonstance grave, a Je suis bouffon de comédie, SX lorsque arrive une affaire sérieuse, on me renvoie : dans de pareilles circonstances, leà bouffonneries sont toujours Replacées. » Nuno deyait s'esquiver plus fréquemment. Voici

autre pièce de Diamante, «i Foior no Umê «dod , dont le titre semble empranté an vers de Corneille :

La vttteur n'alt«fUt fa% U fiom5r« âeê onn^t,

Il été Imprimée seulement dans l'année i«ro. On ne coanatt mantettruitemetit ni la date de la naissance, ni celle de la mort de Blâmante» mais 11 fiwiêêa» vers le milieu du xtii* siècle, et Claiilen de Castro, comme nous Teveos tu, appartient à la fin du xvi*.

A l'histoire du CID. 131

cette pièce^ dont la traduction mettra assurément fin au débat (1).

(1) Noos devons la solation de nombreuses difficultés, que présentait cette tradaciion, à M. Carlos d'Algarra, officier espagnol, que la littérature avait conquis pendant les durs temps de Texii, et qui avait fait représenter au théâtre de TOdéon le drame d7n^«, comme autrefois M. Martinez de La Rosa donna à la Porte- Saint-Martin le drame û*Ahm-Hnmeya, Fils d'un général, sous-llentenant de lanciers de la garde royale à quinze ans, colonel à vingt et un ans, après cinq années de guerrei cent vingt-six batailles on affaires, ayant eu un cheval tué sous loi, deux blessés, il venait demander à la France hospitalière les moyens de vivre honorablement, en attendant que son parti, vaincu* recommençât une campagne. Il appartenait à l'armée de don Carlos. Il comptait Cervantes parmi ses ancêtres, et il avait pensé que, grâce à cette parenté, sa plume pourrait Tempecher de mourir de faim. Il a, depuis, abandonné la carrière des armes et celle des lettres pour se créer une haute position financière qui le met à Tabri des incertitudes littéraires et des révolutions.

LE

cm DE DIAMANTE

Page 1