JIM6MA
Parle, mais sois bref.
RODRIGO
Je ne t'exposerai qu'une seule raison, qui suffira, j'espère, pour m'excuser à tes yeux, sinon pour te consoler. Ton père arracba au mien son honneur, et tu sais, toi qui es Espagnole, combien la vengeance est un devoir chez celui qui est offensé. Si je n'ai pas voulu laisser sans punition l'oa. trage fait à mon père, c'est pour t'adorer avec honneur; autrement, j'eusse été indigne de te donner mon nom. Ma conduite alors eût été un crime, et celle qui m'aima généreux m'eût abhorré offensé.
JIMENA.
Rodrigo, tu as raison; quoique je sois ton ennemie, maintenant je ne te reproche pas ce que je crois aussi digne de moi. En vengeant ton père, tu m'as donné l'exemple, et tu m'as enseigné à en faire autant.
RODRIGO
Ce bras seul a exécuté la vengeance, aussi le tien seul doit imposer le châtiment.
Je suis ton adversaire ; mais, quoique je demande ta mort au roi, je ne suis pas ton bourreau. Je te remets entre ses mains.
RODRIGO
Mon plus grand bonheur serait de mourir de la tienne... Mais enfin à quoi te résous-tu?
JIMENA.
A poursuivre ton crime, vengeant à peine mon père. Mon dessein est bien de le venger, mais non pas par la mort de
l74 IXXSUMENTfi ftSLATiFS
Rodrigo; mais si^ en le vengeant^ je ne puis pas te laisser la yie^ meurs, Rodrigo^ et Jimena mourra avec toi.
RODRIGO
Nouveau miracle d'amour!
JIMENA.
Dis plutôt un martyre!
RODRIGO
De combien de maux nos pères ont été la cause!
JtMENA.
■ Qui raurait cru, Rodrigo.
RODRIGO
Et qui raurait pensé, lorsque notre nacelle d*ftmoar était si près d'arriver au port.
ilMENA.
C'est toujours près du port que se. trouvent les rocs et les écueils.
RODRIGO
Qu'importe ! que ce soit dans le port ou dans le golfe, si à la fin nous sommes perdus?
jiHENA, à parte
Et je me perdrai une seconde fois Si je ne m'arrête pas (Haut,) J'entends du bruit dans l'antichambre.
RODRIGO
Adieu, ma cruelle bien-aimée !
JIMENA.
Quoique je dise que je t'adore, crains-moi, Rodrigo.
RODRIGO
Que dis-tu?... Écoute-moi, Jimena.
JIMENA.
Ce qui est dit est dit. (Elle sorL)
A L HISTOIRE DU CIB. 175
BODRIGO»
El vira!
ELVIIIA.
Ne m'arrêtez pas, car on vient, et celui que J'aperçois est...
RODRIGO
Qui, Elvira?
ELVIRA
Votre père.
RODRIGO
Mon père?
ELVIRA
Lui-même.
RODRIGO
Je suis confus, mon Dieu, qu'il me trouve ici. [Don Diego et Nuno paraissent,)