J1MENA
A-t-il été blessé ?
ELYIRA.
Votre visage s'altère... vous changez de couleur!...
JIMENA.
Comment ! Mais de qui se cache-t-il?
ELYIRA.
Du roi et de votre indignation, en attendant son pardon.
JIME19A.
Son pardon pour la mort du comte, mon père? C*est ainsi qu'il croit l'obtenir? Le roi peut pardonner, mais moi...
ELYIRA.
Madame, silence.,, l'infante arrive.
JIMENA.
Depuis que nous sommes chez elle, aussitôt qu'elle nous voit seules, elle nous appelle ou accourt vers nous»
ELYIRA.
C'est vrai. Elle est presque aussi folle d*amour que vous.
JIMENA.
Elle pourrait même me perdre.
ELYIRA.
Un aveugle ne saurait être un guide sûr pout* un autre aveugle. {Entrent Vinfante et Leonpr.)
L'mFANTE.
je ûe viens pas, Jimena, arrêter les soupirs que tu envoies vers le ciel; je viens plutôt aujourd'hui mêler mes chagrins aux tiens.
J80 DOCUMENTS KELA^TIFS
Vous parlez de chagrins après les nouvelles reçues?
l'infante.
Je ne saurais être gaie tant que tu pleureras.
JIMENA.
La nouvelle est si récente, et votre passion vous afflige déjà^ sans songer au nouvel éclat qu'ont reçu TÉtat et la patrie?
l'infante.
C'est toi que cette raison devrait consoler^ toi qui^ comme le .soleil^ inspires des victoires au nouveau Mars^ à ton Rodrigo.
JIMENA.
Mon oreille est blessée en écoutant ces paroles^ Madame. Il a vaincu les Maures^ mais jusqu'à présent il n'a pas vaincu ma rigueur. Il a été le meurtrier de mon père^ et je dois venger son sang.
l'infante.
Tu peux lui ôter ton amour^ mais laisse-nous sa vie^ et sache^ si tu ne le comprends pas, que c'est une espèce de trahison que de prétendre donner la mort à celui qui nous défend : cela mérite ton attention.
JIMENA, à part.
Faut-il donc que l'infante, injustes cieux! augmente de tant de peines ma visible jalousie? Mais non, quand même je devrais me perdre, elle n'aura pas son cœur; je risquerai tout plutôt que de le lui laisser.
l'ikfakte.
Qu'en dis-tu?
JIMENA.
Que... que, puisque je fatigue Votre Altesse, Madame, je me retire avec ma douleur pour pleurer. [Elmra ei Jimena sortent.)
A L^HfSTOIRE DU CID. 181
L'INFAISTE.
Rîguôur étrange !
LÊONÔR.
Son obstination est terrible et incroyable* Mais voici le roi qui s'approche avec un visage riant.
l'infante.
Alors, prépare des sièges.