UN GARDE
MarcbonSy seigneur.
RODRIGO
Je vais mourir pour toi^ Jimena.
mjNo, Que le diable l'emporte plutôt !
JIMVlfA.
Mon âme est noyée dans les pleurs.
DIEGO
Êtes-Yous contente^ Madame? (A part.) La douleur se peint déjà sur son visage.
JINENA,
Mais^ don Diego^ que puis-je faire? Ne suis-je pas assez malheureuse !
Ne pouvez-vous lui pardonner^ en demandant au roi de renoncer au courroux qu'il témoigne pour vous contre Rodrigo^ dans une occasion si injuste? .
JIMENA.
Qui peut le désirer plus que moi? Mais je ne saurais maintenant abandonner cette obstination qui m'a dominée jusqu'à ce jour.
DIEGO
Que dites-vous?
JIMGNA.
zèle insensé ! Si je dois demander ç^a yie au roi, il risque beaucoup de la perdre.
A l'histoire bu gid, 193
DIEGO
Plus que vous ne pensez. (A part,) Quelle consolation pour ma vieillesse si, l'ayant mis en prison, je lui apportais cette nouvelle ! Mais, par bonheur, 1^ courroux du» roi n'çst qu'une fiction.
JIMENA.
Il est parti?
Oui.
Ah! Elvira!
Qu'y a-t-il. Madame ?
ELVIRA
JIMENA.
ELVIRA
JIMENA.
Une tourmente od la nacelle de la vie court sans rames et sans voiles, combattue par les vagues en fureur, Chaque désir est un écueil, chaque espérance un rocher. Ah ! comme cette horloge humaine, une fois les rouages dérangés, court avec vitesse! Comme sa chaîne, marchant au gré du cœur qui la gouverne, l'avertit promptement qu^eUe touche à sa fin ! Ah I Rodrigo est en danger!
ELVIRA
Mais, Madame, à quoi sert de vous affliger maintenant? Caljne? votre douleur, imposez silence à ces témoignages qui portent atteinte â votre dignité. Ne l'avez-vous pas voulu? N'est-ce pas vous qui, à force de démarches, l'ave? réduit à l'état où il- se trouve ? Alors, pourquoi vous plaindre ?
JIMENA. •
Tu as raison, je l'ai fait arrêter, je l'ai poursuivi ; Vàon. châtiment est l'effet de ma rigueur, accuse-moi : l'évidence de ma faute fera taire mon amour-propre. Oui, j'adore celui que je poursuis, et mon courroux m'entraîne à perdre la moitié de moi-même. Non, mon Rodrigo, tu ne mourras pas; courons!
494 DOGCMENTS RELATIFS
ELT1BA.
Où^ Madame?
Pour que ta vois... Mais révénemem te rapprendra...
ELVIRA
Courons !
JIMENA.
Que Ton ne prenne pas pour une légèreté ce que l'amour me commande. (Elles sortent. — Entrent don Rodrigo^ Nuno et un garde.)
RODRIGO, NUNO et vu ga&di.
RODRIGO
Ma meilleure caution est mon extrême loyauté, et, après elle, mon amour.
LE GABDE.
C*est seulement par honneur que le roi m*a ordonné de vous accompagner; car rien mieux que votre parole ne sau* raitvous empêcher de partir, outre que votre soumission aux ordres du roi garde mieux votre prison qu*un escadron armé.
NPNO.
Le premier qui a commandé que le respect pour les lois empêche un homme de garder sa vie devait être un sauvage. Moi, je ferais promptement justice d*un usage si extravagant.
* RODRIGO
Que ferais-tu donc, toi?
' NUNO
.. Je m'esqoiverais : c*est toujours plus sûr.
LE GARDE
Si vous voulez, j*attendrai dehors.
▲ l'histoire bu ctd. 495
RODRIGO
Âllez^ je veux bien. Âh ! Jimena adorée!
NUNO
Savez-vous que c*est une jolie manière de voas aimer que de demander votre mort avec tant d*instances?
RODRIGO
Ne comprends-^tii pas qu'elle doit trouver sa cruauté excusable^ et que son devoir filial L'oblige à me condamner?
£t après votre mort^ elle pourra vous faire dire des messes. (Entre le garde.)
LE GARDE
Je viens vous dire^ en cas que cela puisse vous intéresser^ que Jimena est entrée dans la tour.
RODRIGO
Merci !
LE GARDE
C'était mon devoir.
NUNO
Quelle obstination à vous poursuivre !
* RODRIGO
Pourvu qu'elle soit heureuse, comme je bénirai mon sort! {Jimena et Elvira paraissent au fond et s'arrêtent.)
Jusqu'ici cela a bien été. ''
RODRIGO
Âh! Jimena!
JIMENA.
Il m'a nommée?
ELVIRA
Ne l'avez-vous pas entendu?
i96 ])ûr4(JMENTS EXLÀTIFS
RODRIGO^ à part.
Mon désir ne m*^ pas trompé^ Y^yis que Ton m*a donné est certain^ Jimena m'écoute ; essayons^ puisqu'elle m'entend^ de la toucher par mes paroles.
injNo.
Savez-Yous^ seigneur^ ce que je pense^ et je ne suis même pas loin de le croire : c'est que Jimena vous abhorre; aatrementy comment s'expliquer son anxiété et son acharnement en demandant justice au roi?
RODRIGO
C'est vrai; et^ à cause de oela^ je désire que le roi m*6te la vie.
NUNO
Que dites«>vQUs? ôtes-vûusi fou?
RODRIGO
Je ne veux plus vivre, si je dois vivre sans^elle.
ELYIRA.
Entendez-vous?
JIMENA.
Oui.
MVNO.
Le roi a déjà soumis votre cause afl conseil, pour qu*il fasse justice,
JIMENA.
ciel! qu'entends-je?
NUNO
Et il est possible que votre châtiment soit la mort.
RODRIGO
Je ne veux pas vivre sans Jimena.
«UNO
C'est une singulière manie.
A l'histoire du cip. 197
ELYIRA.
Voyez à quel état vous avez réduit votre amant!
JINENA.
Tu as raison de m'accuser, car tes reproches excusent mon projet.
NDNO.
Par ma foi! s*il est vrai que Jimena vous aime, ce qu'elle fait est criminel.
RODRIGO
Pourquoi ?
NUISO.
Parce que je crains que le roi, voyant que Jimena publie par tout le royaume qu'il ne lui rend pas justice, il n'exécute à la lettre la sentence du conseil.
JIMENA.
Hélas î s'il était vrai !
NUNO
Et quand même elle demanderait ensuite votre vie...
ELYIRA.
Vous auriez fait une belle chose !
RODRIGO
Cette démarche de Jimena serait plus poignante pour moi que la mort.
NUNO
Comment cela?
RODRIGO
Je désire mourir, pour offrir ma vie à celle qui la possède tout entière.
NUNO
Vous êtes un admirable martyr d'amour ! Allons, bon courage ! et mourez satisfait de vous-même : on doit vous préparer déjà votre place dans l'enfer entre Pyrame et Léandre. IMaiSi seigneur,..
198 socainsNTS relatifs
RODRIGO
Quoi? * '
nuNO.
- Voici votre père,
ELVIRA
Que peut vouloir don Diego ?
JIMENA.
Écoute. [Diego Lainez paraU.)
DIEGO
Rodrigo^ mon fils!
RODRIGO
Mon père et seigneur?
«UNO
Qu'y a^t'il de nouveau?
DIEGO
Nous écoute-t-on?
RODRIGO
Oui.
DIEGO
Alors continuons la feinte. Mon fils^ le conseil...
: Continuez...
DIEGO
Vive Dieu! je m'attendris comme si cela était vrai.
ELVIRA
Il me semble que le vieillard pleure.
DIEGO
« Sans tenir compte d'une si grande victoire...
iiuNo; Cela ne va pas.
DIEGO
Il a résolu de te condamner à mon, et il ne manque plus^
A l'histoikb do gid. 199
pour r^ccomplissement de la sentence^ que la si^ature du roi. Tu sais qu'il est rigide; et, dans cet état, je te conseille de fuir le danger^ Rodrigo^ et vite, car, plus tard, ce serait impossible.
NUNO
Alors, s'il en est ainsi, ne perdons pas un instant.
RODRIGO
Combien la crainte de la mort est générale, puisque, même en sachant que c'est une feinte, mon cœur s'est alarmé!
DIEGO
Que dis-tu? Tu ne me réponds pas?
Mais que ferez-vous si, en voulant le sauver, vous ne le pouvez pas ? ,
JIMENA.
Je mourrai, et ainsi je payerai de ma vie la folie de mes transports. Mais, écoute!
DIEGO
Partons ! Qu'attends-tu?
RODRIGO
Je suis décidé à perdre mille vies, si j'en avais mille, pourvu qu'en mourant je laisse Jimena satisfaite. Mon amour serait bien égoïste s'il la privait de ce bonheur ; victime de sa rigueur, je lui offre dès à présent le trophée de sa victoire : que je meure et qu'elle soit contente!
JIMENA.
Que le ciel ne le permette pas !