SUR LA NATURE ET LE TRAITEMENT
DE LA DYSENTERIE (i).
Soixante-quatorze cas (^inflammation du colon se sont présentés dans le cours du premier semestre i834?à l’hôpital de Cayenne, proportion qui excède d’un tiers environ celle qui se rattache a la fréquence de cette maladie, même pendant la saison où l’endémie du pays se fait le plus fortement sentir. Mais si le nombre des malades s’est montré si élevé, la mortalité a peu dépassé le rapport proportionnel déjà observé. De ces soixantequatorze cas de colite, quinze figurent sous le nom de diarrhée, bien qu’il soit à présumer que, sans l’activité du traitement, la plupart se fussent transformés en dysenterie; car; s’il n’existe pas un mur d’airain entre la bronchite et la pneumonie., la nuance est encore moins tranchée entre la colite diarrhéique et celle appelée dysenterie.
.le ne dirai qu’un mot sur l’étiologie. Il est certain que la colite serait de beaucoup moins fréquente parmi les troupes coloniales, si celles-ci
(i) Journal hebdomadaire , i*1' vol. i 835,
nélaieni soumises à un régime' qui se compose, en grande partie, de viandes salées; et si, parlant un peu moins d'hygiène pour y sacrifier davantage, on avisait au moyen de faire laver les soldats, soit à la mer, avec les précautions voulues, soit dans une eau tiédie au soleil, ou enfin, ce qui serait beaucoup mieux encore, dans un bain à 26c de température.
Dans le nombre des dysenteries observées, plusieurs ont revêtu la forme bilieuse, s’accompagnant d’un appareil fébrile bien plus prononcé que dans la colite muçoso-sanguinolente, et réalisant ainsi cette nuance, que les auteurs ontappelée dysenterie compliquée de fièvre bilieuse. Le
commencement et îa fin Je Uiyvernage ont élé les époques marquantes pour cette espèce de colite, et cela sans doute parce que la constitution atmosphérique participait alors de causes dont les unes agissent fortement sur l'appareil gastro-
hepalique, dont les autres se lont sentir sur le colon.
La dysenterie bilieuse, avant toute autre forme de cette maladie, est celle qui, ce me semble, a le plus contribué à établir la division qui existe encore aujourd’hui entre les auteurs et entre les pi aticiens(i). De tou l temps, les phénomènes mor-
(0 L’histoire tout entière de la dysenterie prouve qu’avec une même méthode de traitement on ne saurait remplir les indications délicates et variées que présente cette maladie.
bides produits par la bile ont éveillé l’ai tien lion des médecins, comme plus que tous les antres, peut-être, iis ont frappé 1 ''imagination du vulgaire. De là est résulté l’usage des moyens propres à modifier cette secrétion, comme indication abs<> lue. Le mal qui en est résulté exaltant l’opinion des médecins contraires à cet te pratique, a porté ceux-ci au-delà des bornes, et s’il y à erreur à ne s’occuper que du fluide hépatique, il y a exclusis me à ne vouloir en tenir aucun compte.
11 me serait peut-être facile de prouver qu’après Boerhaave, Zimmermann, Stoîl, les médecins qui ont le pins vanté les moyens évacuants dans le traitement de la dysenterie, avaient observé dans les pays chauds, là où la fonction du foie prédomine au point d’y rendre presque général le tem~ périment bilieux. Sous des deux brûlants, la prédisposition morbide gastro-hépatique est tellement prononcée, que toute affection abdominale en reçoit une influence marquée, si ce n’est même la forme et le cachet le plus saillant. Cette vérité reconnue, il faut admettre que, sous les tropiques^ l’inflammation du colon est Fréquemment compliquée, si ce n^est d’hépatite, du moins d’un état d’orgasme du foie, presque toujours accompagné d’un appareil fébrile. Cette abondance du fluide biliaire dans les pays chauds, et l’influence si marquée du foie sur l’ensemble des fonctions abdo m i nales, m ’a v aie n t d éjà fra ppé a va n t mon voyage à Démérary. Lorsque j’arrivai dans celle colonie
anglo-guianaise, j’inclinais donc, sinon vers l humorisme, du moins vers l’opinion que l’exaltation fonctionnelle peut de beaucoup surpasser l’altération morbide des tissus; car, pour ce qui nous occupe, j’admets plutôt l’orgasme du foie que sa phlegmasie proprement dite: celle-ci est assez rare (1). Le fluide stimulant sécrété par l’énorme glande abdominale, ne peut, selon moi, se trouver en excès dans les premières voies sans ajouter sensiblement à l’irritation de la muqueuse digestive, ce qui mène à l’indication assez rationnelle d’en régulariser la sécrétion. J’ai trouvé nos confrères de Démérary si préoccupés de satisfaire à celle indication, qu'il y a identité parfaite dans leur pratique touchant la dysenterie. Tous commencent par administrer l’ipéca à dose vomitive; et, par ce moyen, aidé de l’huile de castor (ricin) et de bains chauds^ ils m’ont assuré qu’ils enrayaient une maladie qu’ils regardent comme une obstruction du foie: c’est leur expression. Dans les cas où ils jugent le foie très engorgé, et où ils ne méconnaissent pas que la muqueuse gastro- intestinale est quelque peu irritée par une bile corrosive , ils usent largement de lasaignée. Ces moyens, mis en usage sans changement favorable dans les opérations (les selles), quirestent bilieuses ou mucoso-
( i ) Depuis que j’ai écrit cet article, j’en ai observé des cas beaucoup plus frequents que par le passé ; sans doute parce qu’à présent j’observe toujours le foie avec une attention minutieuse.
sanguinolentes, ils administrent (en 4 ou 5 lois dans les 24 heures), un mélange de 8 g. d’ipéca, 2 de calomel, et i/4 de grain d’opium. Par cette médication, une fois sur 4 (ce sont euxqui parlent), et cela après 3 ou 4 jours, les opérations reviennent à leur état normal. Le ptyalisme s’en suit presque toujours; quand il tire à sa fin, ils terminent la cure par un tonique doux.
Ce traitement; dont le résultat en chiflre figurera dans une note que je transcrirai aussitôt la traduction faite de mes documents, n’est-il pas de nature à nous faire frissonner, nous, adeptes de la médecine physiologique, car la teinte d’éclectisme que, pour mon compte, je laisse ici percer, ne m’éloigne pas de l’autre bannière. La saignée générale, pour une phlegmasie siégeant dans le gros intestin et menant si promptement à une grande faiblesse, peut-elle, dansla plupart descas, remplacer ces ceintures et paquets de sangsues, sansle secours desquels on n’oserait pas, en France, accepter la responsabilité d’un dysente'rique? Cependant, cette médication, que j’appelerai volontiers empirique, les médecins anglais la trouvent on ne peut plus rationnelle; seulement ils ont une manière de raisonner qui n’est pas la nôtre, et voilà tout. Quant à eux, ils sont conséquents avec leurs principes (je ne parle que des médecins de Démérary); ils combattent, non une inflammation proprement dite de l’intestin coion^ mais l’obstruction du foie liée à un engorgement semi-phlegma-
sique (je ne rends que leur idée) de la muqueuse du gros intestin. Comptent-ils plus de succès que nous? Tout est là. L’empirisme, chose si désespérante pour les esprits dogmatiques, est cependant le fait le plus capital de la thérapeutique; retranchez les grands moyens de succès qui s’y rattachent, bornez-vous à la médecine spéculative, et montrez nous ensuite vos tables nécrologiques... Cet aveu, si humiliant pour une science dont les bases semblent à jamais établies sur l'anatomie pathologique et une saine physiologie, il faut le faire de temps eu temps, car, renoncer à toute découverte non amenée par les formules théoriques, c’est vouloir que la (erre ne produise que sous la main du laboureur, tandis que, généreuse au-delà de nos efforts, la nature nous prodigue cfelle-même d’immenses richesses. Je croirais avoir beaucoup fait pour le traitement de la dysenterie, si, m’aidant dans l’expérience que j’acquiers sous une zone propice, de cet éclectisme qui n’est autre chose qu’une méthode d’observation raisonnée, je parvenais à déterminer les cas où il convient d’user de la saignée, des agents propres tà ouvrir les premières voies, et de ceux qii’on désigne collectivement sous le nom d’astringents.
La dysenterie étant une maladie éminemment inflammatoire de sa nature, il semble, au premier abord, que la saignée générale soit des mieux indiquées; plus haut, nous avons vu que les An-
gîais y avaient Fréquemment recours. La plupart des auteurs, en conseillant l’ouverture de la veine, se mettent peu en peine de déterminer les cas où elle est spécialement indiquée, et moins encore ceux où il peut y avoir un véritable danger dans son emploi. L’expérience qu’on ne tarde pas à acquérir sur cette maladie, quand on lait un séjour quelque peu prolongé dans les régions équatoriales, apprend à considérer 1 indication de la saignée comme difficile à saisir, en meme temps qu’elle démontre que la soustraction du sang par la veine peut avoir les résultats les plus fâcheux. Tel praticien qui n’administrerait qu’en tremblant un médicament astringent dans la dysenterie où la diarrhée chronique, n’hésite nullement à débiliter le sujet par la saignée générale au début de la maladie, pourvu que celle-ci présente une certaine intensité; cependant, il peut y avoir plus de danger dans l'emploi intempestif de la phlébotomie à l’invasion, que des astringents dans la période de décours. Je commencerai pardétermi-
ner, autant qu’il est en moi, les circonstances ou la saignée peut être favorable, reconnaissant que celles où elle est indispensable sont on ne peut
plus rares.
En Europe, c’est-à-dire sous une influence où l’économie offre aux causes de destruction une disposition moins grande que sous le ciel tropical, la saignée du bras convient, s’il s’agit d’un individu dans la force de l’âge, d’un tenu-
pérament sanguin , cloué d’une robuste constitution et devant sa maladie à des circonstances qui lui sont personnelles. Hors de là , c’esl-à- d#te dans le premier et le dernier âge de la vie , quand il s’agit d’une constitution médiocre et que le mal remonte à une cause endémique ou épidémique, la saignée sera généralement d’un mauvais résultat. Dans les régions tempérées , quand la colite est sporadique, celte maladie s’organise lentement , l’inflammation ne réagit que progressivement sur l’ensemble de l’organisme ; le système nerveux ^ doué d’une Force d’inertie opposée aux mouvements sympathiques; ne saurait être tout à coup ébranlé et devenir prédominant par l’affaiblissement du système sanguin. La saignée alors , en modérant l’état phlogistique général , tempère toute l’économie, et agit révulsivement en faveur du colon enflammé. Sous la zone tempérée, la forme adynamique, pernicieuse ou typhoïde ne s’observe que sous l’influence de causes générales, en dehors desquelles l’économie résiste longtemps aux déperditions que lui impose l’état morbide. C’est pour ces raisons, que la saignée , dans ses effets secondaires, n’a pas fixé sérieusement l’attention des praticiens. Cette affection se présente sous tant de nuances, abstraction faite du génie inflammatoire qui la caractérise, que, pour en tenir un compte heureux en thérapeutique, il faut aux praticiens d’Europe , et je comprends ceux qui dirigent de
grands hôpitaux, beaucoup d’années pour apprendre à manier, avec connaissance de causes, le^ nombreux agents employés au traitement de celte maladie.
Je n’avais pas lu l’excellent traité de Médecine navale de M. Forge t , couronné par l’Institut , et n’avais parconséquent pas connaissance'de la judicieuse remarque faite par M. Lefèvre, à Navarin : u La saignée générale est contre indiquée sous les conditions du typhus » , que j’avais déjà compris et plusieurs fois exprimé à ma clinique, que cette opération doit être rejetée sons une influence endémique intense , et dans les cas de ces grandes calamités qui suivent les armées ou pèsent parfois sur les populations en état de siège. Ainsi donc, en Europe même , la dysenterie épidémique repousse l’emploi de la saignée , attendu qu’en pareilles circonstances l’économie est déjà trop débilité, et le moral trop affaibli pour que la soustraction su bite du sang, dans un point éloigné de l’organe malade , puisse être favorable. J’ai fixé les cas où celte opération pouvait être de quelques secours , et , comme le docteur Forget, je ne lui reconnais pas l’avantage de dispenser des sangsues.
Si, d’après mon opinion, l’indication de la saignée ne s’offre que rarement en Europe, on conçoit combien peu elle doit être fréquente sur. le littoral des régions équinoxiales, c’est-à-dire dans des conditions de pertes considérables des divers
matériaux de l’économie et d’exaltation extrême de l’appareil sensitif. Moins prévenu que j’étais, à mon arrivée dans les colonies, de cette circonstance qui doit dominer ici la pensé du thérapeutiste, j’ouvrais, à l’imitation de ceux qui m'avaient précédé, assez fréquemment la veine. Les insuccès qui s’ensuivaient , je n’avais garde de les rapporter à cette pratique, et l’endémie du lieu m’avait bientôt, comme mes confrères, consolé de ces revers. Cependant, m’étant livré à l’étudede i a topographie médicale du pays, je ne tardai pas à comprendre et à sentir par moimême combien l’économie se débilitait dans une atmosphère qui comporte le maximum d’humidité et un dégré fort élevé de température. A côté de cette influence dominante , inévitable, figuraient , pour en augmenter l’action , une alimentation peu substantielle et peu variée, en un mot, autant de causes débilitantes pour le physique qu’il en existe pour le moral. 11 est peu de constitutions assez robustes pour conserver longtemps, sons la zone torride, les attributs de vigueur qui les fasse résister à la débilitation résultant delà saignée générale faite avec abondance et réitérée. Le fait est patent pour celui qui a observé un grand nombre de fois la dépression prolongée que cause cette opération même aux sujets sains et vigoureux qui y ont recours par précaution, parce qu’ils en ont contracté l’habitude en Europe. J’en ai vu qui se plaignaient ,
hüîl et quinze jours après , tl’avpïr perdu une partie considérable de leurs lorces; autant ii> m’avaient tourmenté pour que je leur ouvrisse la veine , autant ils me suppliaient de n’y plus revenir , quelle que lût l’intensité de leur maladie à venir. J’ai pu juger par moi même, m’étant, pendant des accès d’hémoptysie , ou pour les prévenir , fait saigner plusieurs fois , de toute la faiblesse qui suit la soustraction du sang par la veine. Celle sensation, qui , pour moi ,, se prolongeait d’une manière si pénible, je 11e lai point attribuée à un manque de vigueur , car , sans être chargé d’embonpoint , ma constitution est assez énergique , et, je crois, exempte d’aïfeclion pectorale organique. J’ai ailleurs expliqué les causes qui disposent ici à l’hémorragie pulmonaire.
Après le scorbut et la fièvre typhoïde, la dysenterie étant peut-être la maladie qui mine le plus profondément les forces , la saignée du bras ne saurait dans le traitement de cette maladie
être considérée comme un puissant moyen, et pouvant convenir dans la majorité des cas. D’ailleurs , est-il bien physiologique de penser que r écoulement du sang par la veine puisse exercer une action thérapeutique directe et puissante sur la muqueuse du colon (1) ? Mais bien que je re-
; i) S’il convient de saigner, c’est seulement quand la fièvre parait î-op forte pour céder aux sangsues et quand il y a menace de ronge*-
pousse la saignée générale dans les fièvres eutéro* mésentériques et tiens ia très grande majorité des cas de dysenterie, je n’hésite nullement à diminuer considérablement et tout à coup la masse sanguine dans les maladies dont le désordre, sinon organique, du moins fonctionnel, est instantané. Exemple, les fièvres pernicieuses, que, pour les désigner par un de leurs attributs essentiels, j appellerais volontiers fièvres congestives , de ne m’étendrai point ici sur l’application si rationnelle des sangsues appliquées en grande quantité, dès le début de la dysenterie, sur tout
le trajet du colon et en égale proportion à l’anus; puis sur ce même point , d’une manière en quelquesortecontinue ,au nombre de deux ou quatre. Ces animaux m’ont procuré tout le succès signalé par les auteurs. Il n’est pas, je crois, decondL lion soit épidémique on endémique, soit, individuelle ou collective qui contre indique absolument l'emploi de ce moyen par excellence. Le typhus seul , compliquant l'inflammation du colon, peut, selon l’observation de M. Lefèvre, mettre en defaut cette pratique j encore ici peuton en tirer parti selon les circonstances. Mais alors peut-être la méthode évacuante peut-elle être suivie de plus de succès.
lion j siwlout si ta participation du foie à 1 ’o la t morbide qui nous occupe, parait vouloir aller jusqu’à nu étal phlegmasique.
De tous les agents thérapeutiques dirigés contre la dysenterie, les méliques et purgatifs sont, sans aucun dont e, ceux dont l’usage exige le pins de sagacité , et dont l’administration intempestive est la pins dangereuse. Ces difficultés , autant que les arguments trop absolus delà doctrinephysiologique , ont été cause de 1 oubli dans lequel ces médicamentssont tombés relativement à l’inflammation du colon ; considérant la dysenterie comme une affection toujours identique, préocupé du caractère essentiel de cette maladie , l inflammation , on a cru pouvoir négliger les nuances
variées qu’elle présente.
De même que les différentes causes de gastrites n’engendrent pas toutes la même nuance de cette affection , de même aussi les circonstances multipliées qui peuvent enflammer le colon, produisent des nuances distinctes de phlogose sur eet organe. Ainsi la chaleur humide, déterminant à elle seule la phlegmasie du gros intestin <, placera celui-ci dans une condition morbide qui, sur le même individu, différera de celle qui serait le résultat d’un autre concours de circonstances. Si par exemple, nous invoquons l’influence du froid humide; si à cette cause, comme à toute autre, nous joignons l’électricité atmosphérique, 1 abus des agents excitants ou débilitants physiques ou moraux, l'infection miasmatique, etc., nous aurons des colites de differentes nuances , ou du moins s’accompagnant d’indications spéciales.
parmi lesquelles pourra figurer celle des émétiques et des purgatifs (i). Ne pas prendre en considération les causes produisant une meme maladie , c’est vouloir confondre les données analytiques les plus essentielles, et juger in globo d'une chose qui ne peut être bien appréciée que par ses détails. Trois nuances principales, selon moi (abstraction laite des influences épidémiques et de la complication typhoïde, qui donnent aux symptômes généraux un cachet spécial), doivent être admises relativement à la dysenterie , savoir : la mucoso-sang uinolen te , la bilieuse et la séreuse ; reconnaissant que, comme les tempéraments, elles se combinent pour former des sous-variétés , dont il faut tenir un compte moins essentiel, mais qui cependant méritent considération.
i, i ) J® ^ connaissance du paragraphe suivant, qu'a près avoir écrit cet article : — « L’émétique était considéré comme un moyeu puissant , par Sydenham, Pringle , Huxam , Zimmermann et Pinel, dans la dysenterie. Les idées nouvelles ont changé la manière de voir à cet egard, et, depuis que la dysenlerie est considérée comme une inflammation du gros intestin , on n’ose plus la combattre par le tartre slihié. M. Téallier convient que dans les cas ordinaires, il craindrait son action irritante , mais convaincu du caractère particulier que les épidémies impriment aux maladies , ne pouvant croire que les observateurs attentifs , dont je viens de dire les noms , aient pu tous s’en laisser imposer sur l'efficacité de Pcmélique dans les dysenteries épidémiques, et comme sudorifique et comme évacuant, il pense que dans des circonstances semblables , on serait encore fondé à en faire usage. » Analyse de l’ouvrage de M. Téallier , sur l’emploi du tartre stibié , par M. Hervez de Chégoin. {Journal universel et hebdomadaire , n° 16& , 1 833.)
La dysenterie nmcoso-sanguinolenle est la plus commune , surtout en Europe , et alors qu’elle se montre sporadiquement. Si cette forme est fréquente dans les régions froides et moyennes, c’est que le tempérament des habitants incline plutôt vers le sanguin ou le lymphatique que vers le bilieux, et que là l’organe sécréteur de la bile sommeille , pour ainsi dire. Sous celte nuance, la dysenterie s’organise lentement , n’éveille pas les sympathies et revêt le caractère inflammatoire , sinon le plus violent, du moins le
plus manifeste. A quel autre agent est-il indiqué de recourir, si ce n’est aux émissions sanguines ; Comme je l’ai dit plus haut, la phlébotomie même peut être indiquée , vu la force de l’organisme. Ici que l’irritation est fixe , dégagée de toute complication , qu’auraient à faire les purgatifs et les émétiques? Je n’ai jamais eu à regretter de m’en être abstenu en pareil cas.
La colite bilieuse y rare ou moins intense clans les climats froids ou tempérés que sous la zone torride, nous représente une nuance qu’on ne
peut méconnaître qu’aux dépens du malade. Appliquer ici exclusivement la méthode antiphlogistique , c’est se refuser à une indication essentielle. Mais dira-t-on : établissez celte indication, montrez- nous comment la bile joue un rôle important dans l’inflammation du colon , et prouvez que l’évacuation artificielle peut s’en faire sans préjudice pour l’organe essentiellement malade,
et f,0,lr eellx qui peuvent participer à i’iuflammafiuii ! Or à cela nous répondons : Dans les pays chauds , le tempérament bilieux domine sensiblement; si les individus qui le présentent y ont pris naissance, ils n’auront que peu à redouter d’une influence natale , et chez eux la fonction du loie , quoique dominant foutes celles d’excrélioris , s’exercera avec énergie sans dépasser l’état normal, et par conséquent sans amener aucun trouble dans l’organisme. 1! n’en sera pasde même pour le bilieux des pays froids, venant habiter fes climats brillants ; chez lui , la fonction hépatique i evelant une exaltation insolite, se fera remarquer par de fréquents dérangements dans les appareils aux (onctions desquels concourt celle dn fore; de là, l’embarras gastrique, la fièvre de meme nom , ou ce qu on appelle vulgairement débordement de bile. Divers organes, l’encéphale, la peau , présentent aussi des modifications qui se rattachent a celte suractivité. Mais arrivons au but, et demandons au lecteur s’il y a pure hypothèse a prétendre que cette espèce de saturation bd te use que subit ici l économie, modifie sensiblement l’état morbide des organes digestifs ? Or de même que, chez le tempérament qui nous occupe, la fièvre prendra la forme bilieuse, de même aussi , l’inflammation du colon s’offrira sous le cachet bilieux, ce qui pourtant ne doit pas abuser l’observateur sur le caractère phlegmasiqne de la lésion essentielle. Le dernier membre
de celle proportion qui semble nous ramener à l’absolutisme physiologique, n’est là que pour nous garantir de toute accusation d humorisme absolu. Reconnaître qu’une humeur abonde vicieusement dans l’économie , c’est uniquement tenir compte d’un lait d’où dérive 1 indication que nous nous efforçons d’établir. Afin de ne pas nous enfoncer plus avant dans des raisonnements que nous n’avons pas en vue de développer ici, nous allons donner un exemple de dysenterie bilieuse pour faire ressortir cette indication.
Je n’admets pas de dysenterie bilieuse en tant qu’on considère cette affection comme indépendante de tout état phlegmasique ; quand la phlogose intestinale n’accompagne pas les évacuations abondantes du fluide biliaire , on n’a point affaire à la dysenterie : c’est un simple débordement de bile, constitutionnel et physiologique chez beaucoup d’individus bilieux , dans les pays chauds. Pour que la dysenterie s’organise, il faut qu’une cause phlegmasique agisse préalablement sur le colon. Tout individu peut être atteint delà dysenterie dite bilieuse, mais celui qui présente la prédominance hépatique y est infiniment plus disposé; cette forme , ou pour mieux m’exprimer, cette complication de la phlegmasie du colon est plus fréquente et plus grave dans les pays chauds que par une latitude froide ou tempérée : j’en parlerai d’après ma propre observalion.
M. D..., au regard sévère, à l’air sombre et misanthropique^ offre une peau jaunâtre et huileuse; chez lui , les saillies musculaires ont de l’expression , le système pileux est fortement prononcé , le pouls plein et dur; l’appétit vif, la propension au coït presque irrésistible. Il est depuis peu sous le climat chaud et humide de l’équateur : la saison des pluies règne. Les excès de toute espèce , toujours faciles aux colonies, représentent son genre de vie ; il paie tribut à l’influence réunie du lieu et de la saison : il est eu proie à l’inflammation du colon.
Il y a deux jours , qu’api ès avoir fait des excès de table, M. D. éprouve une commotion prolongée dans le colon , malaise dans tout l’abdomen , besoin pressant d’aller à la garde-robe; la fonction satisfaite, le bien-être renaît, mais il ne dure qu’un instant; une nouvelle évacuation est irrésistible, le ventre s’embarrasse de plus en plus, la langue s’épaissit , la soif se prononce ; un peu de céphalalgie. M. I). garde la chambre, et se met bientôt au ht. À deux ou trois heures du matin , les selles sont fréquentes, chaudes et brûlantes, le malaise abdominal s est converti en fortes coliques, quelques nausées apparaissent ; le malade a 1 imprudence de boire froid, ce qui provoque l issue de matières plus abondantes, qu’accompagne un commencement de ténesme; il est faible, sa peau a jauni , il a le visage défait : je suis appelé.
Des vomissements bilieux oui eu lieu ; la loin le ieiérique est devenue plus foncée , moins cependant, surtout aux yeux, que dans la fièvre rémittente bilieuse; les lèvres sont rouges et arides; la langue est jaunâtre : il y a amertume de la bouche. Epigastre et hypoeondres indolores, malgré les vomissements. Barre transversale douloureuse, ventre chaud et affaissé ; la peau, au lieu d’être gonflée et humide, comme dans les fièvres citées, est sèche et plaquée sur les muscles : il y a fièvre assez intense. M . D. n’est préoccupé que de sa bile. « C’est la bile, docteur^ « débarrassez-m’en : j’étouffe. On m’a dit P ipéca,, « l’ipéca à la brésilienne, et vous serez de suite « paré, docteur, dormez-moi l’ipéca. » Un médecin de l’école française, ennemi de cet écleclis me , se garderait bien de se rendre au désir exprimé par notre malade; en y déférant, il croirait l’assassiner. Quant à moi , trop souvent témoin de l’insuflisance de moyens purement physiologiques pour triompher' de cette espèce de dysenterie, aujourd’hui éclairé sur la marche a suivre en pareil cas, je dévie volontiers des préceptes hroussaisiens. Peu confiant dans la
je m’en dispense ici, bien que l’état de turgescence et d’orgasme du foie soit une sorte d’indication d’ouvrir la veine. Pour en venir à celte opération, il faudrait qu’il y eut douleur hépatique , circonstance qui rend imminente l’inflammation du foie, et plus tard la formation du pus dans son paren-
chyme : elle esl fort rare. 60 sangsues sont partagées entre le trajet du colon et 1 hypocondre droit ; à la chute de ees animaux , on en applique 4o à l’anus, et pendant qu’ils pompent activement, le malade est placé dans un hain de siège. De l’eau gommeuse , peu sucrée, contenant par pinte un demi-grain d’extrait gommeux d’opium, est administrée tiède au malade. Il s’en suit un
peu de rémission pendant la nuit: Le lendemain, les envies de vomir reparaissent de nouveau, les selles ont lieu comme par accès ( celte marche esl propre à la dysenterie bilieuse, aussi ne faut-il pas chanter victoire parce que le malade n’a pas été à la garde-robe depuis 12 ou 24 heures), l’ictère esl plus prononcé que la veille ; le malade plus exigeant pour l’ipéca. Préférant à ce moyen, qui secoue trop l’économie , le mercure doux , j’administre ee médicament à la dose de 8 g. avec addition de 2 g. d’extrait gommeux d’opium , en deux piîlules qui sont administrées dans les vingtquatre heures , a trois heures d’intervalle. Les premières prises provoquent des coliques tl des selles, les dernières calment et diminuent les évacuations al vines. Bien entendu que les bains de siège, les Mêlions opiacées, les fomentations émollientes sur l’abdomen, les lavements amylacés et opiacés ne sonl pas négliges. Le troisième jour, plus d’envies de vomir, selles diminuées îles trois quarts , teinte ietérique affaiblie. Les jours suivants , mieux progressif, guérison en dix jours.
Le malade a pris 23 g. de calomel et 6 d’extrait gommeux d’opium; il a crachoté, mais non salive'.
l/observation de M. D. est en tout comparable à celles de vingt autres dont je pourrais faire Fhisloire. Dire qu’il a guéri par les antiphlogistiques et malgré le calomel, serait un mauvais argument , car les sangsues ont été, en pareil cas, presque toujours impuissantes entre mes mains , et le calomel suflit aux anglais pour guérir bien plus de monde que nous (î), sous la même influence.
La participation fonctionnelle du foie à l’inflammation du colon ne s’explique , par continuité des tissus, qu’autant que l’intestin grêle, y compris le duodénum, est pris dephiegmasie ; par sympathie, cela se comprend mieux ; mais il faut aussi admettre que la chose a lieu sans ces conditions, et seulement parce que ce qui est cause d’inflammation pour la muqueuse du colon, peut l’être aussi d’une manière directe et simultanée , pour l’organe sécréteur de la bile. Cela est si vrai , qu’au Bengale, pendant la saison chaude et sèche, la dysenterie est presque aussi fréquente que pendant la saison chaude et humide. J’ai quelque idée que la mortalité relative est plus considérable pendant la première de ces deux eonstitu-
(i)'Un mort sur ocftl»
lions atmosphériques, attendu qu’alors la dysenterie bilieuse est plus commune que la mucososanguinolente ; s’il n’en est point ainsi , c’est peutêtre que les médecins anglais , à la tète desquels se trouve le savant Ànnesley, usent du calomel d’une manière convenable.
Du calomel dans la dysenterie! Vous auriez raison de vous récrier, si votre malade avait des selles sanguinolentes ou mncoso-sanguinolentes : là vous n’avez affaire qu’à l’inflammation pure et vierge ; et un excitant des muqueuses ne saurait offrir un moyen rationnel ; mais vous avez tort si le sujet, habitant les tropiques , comporte un tempérament et des dispositions que décèle l’abondance de la bile dans ses déjections ; les antiphlogistiques, employés seuls, alors, peuvent vous occasioner des regrets.
Toujours est-il vrai ; qu’apres l’administration du calomel , on voit d’abord s’évacuer la bile libre dans les intestins; puis ce fluide cesse de s’accumuler et de saturer , pour ainsi dire, l’économie. Peut-on admettre que les médecins anglais et ceux qui imitent leur pratique , soient dépourvus
Îde tout talent d'observation , ou qu’ils s’appliquent volontairement un bandeau sur les yeux? Mais en voilà assez sur un médicament qu’on peut dire toujours utile contre la dysenterie bilieuse, et qui, à lui seul, guérit cette maladie quand il est habilement manié. Cependant l’éloge que je crois devoir en faire ici, d’après l’expérience,
ne comporte pas du tout , dans ma pensée ; i idée qu’en usant du proie chlorure de mercure, on doive se dispenser des antiphlogistiques, des narcotiques , ni des autres moyens rationnels employés contre le plus terrible fléau des régions inter* tropicales.
A près le calomel vient l’ipéca , ou , pour mieux dire, ce médicament est de date plus ancienne que le mercure doux dans la thérapeutique applicable à la colite dysentérique. Dans îa formule que j’ai lait connaître relativement à M. D., on a pu remarquer que l’ipéca ne figurait pas; le pourquoi, le voici : C’est que je ne veux pas combiner la racine brésilienne avec le calomel attendu que , même à petite dose , elle peut , sinon déterminer des vomissements , du moins irriter sensiblement l’estomac, et, de proche en proche, on par sympathie, l'organe sécréteur de la bile; et cela, sans compenser celle influence par une propriété absorbante aussi puissante que celle du calomel. D’ailleurs, en administrant l’ipéca à la brésilienne on a en vue sans y atteindre peut-être complètement, puisque béniénne est soluble dans l’eau , d’épargner au colon
le contact du médicament , et le vomissement représente le phénomène dont on attend la guérison. Tout médecin qui administre l’ipéca d’après cette { or m nie , évite soigneusement que la plus petite quantité de marc ne se mêle à l’infusion , mais ce marc , dira- 1 -on , étant parfaitement inerte ,
après trois infusions et macérations de la substance mère , celte crainte est chimérique , quoi qu’il en soit , il faut s en rapporter à l’expérience, et nous admettrons que les médecins qui en agissent ainsi , peuvent être fondés en raison (1).
Les fautes commises par les antl-ph logistiques, les narcotiques et les astrigents , iCont pas été évitées pour l’ipéca , c’est-à-dire que ce médicament, comme tous les autres a été prescrit d’une manière absolue , et employé d’une manière trop banale pour que l’usage n’en ait pas souvent été fâcheux. 11 faut donc s’attacher à préciser les cas où il convient de recourir à tel ou tel de ces agents, autrement la thérapeutique de la dysenterie offrira toujours un dédale où s’égareront les pins habiles. J’ai, au commencement de ce chapitre, représenté la dysenterie sous trois formes principales ; déjà j’ai tracé la conduite à tenir pour les formes sanguine et bilieuse , il me reste à spécifier le mode de traitement qu’il convient d’adopter pour la forme séreuse. Celte nuance de colite, rarement franche , parce qu’aux déjections liquides qui le caractérisent se mêlent ou
(i) Je dois dire que depuis que ceci est écrit, j’ai joint, avec succès,
; l’ipéca au calomel , d’après la méthode anglaise. Dans deux cas , où ! j’en ai fait usage , il y a eu de 2 à 3 vomissements , puis une petite i fièvre diaphorétique qui m’a paru favorable : le mieux a cïé subil .
, On voit que je ne nie pas les résultats pratiques, en quelque sorte opposés à l une des idées que j’ai plus haut émises.
du sang où de la bile , est souvent de l’aveu de tous les médecins qui ont écrit sur la dysenterie depuis que la doctrine physiologiste prévaut en France, plus difficile à guérir que celle qui s’accompagne d’évacuations purement sanguines. Qu’en faut-il conclure? si ce n^est que la phleg» masiedu colon devient toujours plus grave quand elle coïncide avec un débordement d’humeurs étrangères aux fluides qu’il sécrète , en un mot, que l’inflammation franche est plus facile à juguler que celle que vient modifier ou un excès de bile ou une sérosité. Pour moi , de telles variétés diffèrent autant entre elles que les diverses nuances de gastrite ou d’entérite, et la différence estâmes yeux d’autant plus tranchée qu’elle se rattache à des complications éloignées de î’orgarie primitivement lésé. L’excès de bile vient d’une suractivité fonctionnelle du foie , l’excès de sérosité me semble exister sous l’affluence d’un état phlegmasique ou congestif de l’intestin grêle. Si l’on voulait attaquer cette opinion en la considérant comme purement spéculative , je répon drais que la thérapeutique qui en découle a toute la valeur d’un fait, et que si naturam morborüm ostendit curatio , la méthode basée sur l’indication de faire pour ainsi dire tarir la bile et les mucosités trop abondantes étant suivie de succès, elle met en évidence un des caractères essentiels de la maladie dont je traite.
Les déjections séreuses ont une couleur rou-
jeâlre ou jaune verdâtre; en général elles sont accompagnées d’une grande fétidité, leur odeur âcre prend plus facilement à la gorge que les émanations des selles qui ne contiennent que de la bile ou des mucosités sanguinolentes. La lienlerie tient plus spécialement à cette forme de dysenterie qu’aux deux dont nous nous sommes déjà occupés. Cette dernière circonstance prouve qu’ici l’estomac et surtout l’intestin grêle ne fonctionnent que très imparfaitement , et s’il n’y a pas gastro-entérite , on ne peut nier que le ventricule et le petit intestin n’aient besoin d’être ramenés à un mode d’activité propre à la chymification et à la chylification. Ceci reconnu , peuton admettre que des sangsues appliquées sur le trajet du colon et à l’anus , modifieront favorablement ce genre de dépravation fonctionnelle t ? La saignée du bras ne jetterait-elle pas le malade dans une situation plus lâcheuse encore? Pour mon compte , et parce que j’en ai l’expérience ,sans renier les anli-phlogistiques en pareil cas , j’administre l’ipéca à la méthode brésilienne, c’est à-dire pendant trois jours, en donnant , le premier, à la dose de six cuillerées , l’infusion pure de 24 grains d’ipéca; le deuxième, quatre cuillerées représentant l’in fusion du marc; elle troisième enfin, trois cuillerées provenant delà seconde infusion de ce même mare. Il résulte de ce mode de médication, que le premier jour les vomissements sont abondants, nombreuxet accompagnés d’une diaphorèse
puissamment révulsive; le deuxième, l’estomac rejette moins de liquide, celui-ci est beaucoup moins coloré , la transpiration , déjà plus facile à obtenir, peut surpasser celle du premier jour; le troisième tous ces effets primitifs ou secondaires peuvent manquer et être remplacés; par des selles quelque fois plus nombreuses que les jours précédents, c'est le résultat d’une action purgative. Si c’est avec convenance que vous avez usé de ce moyen , un changement inoui s’opère dans l'économie ; les selles beaucoup moins nombreuses , perdent de leur fluidité et de cette âoretë qui les caractérisait naguère encore. La peau est devenue moite ; un sentiment de bienêtre succède à cette anxiété profonde, iei plus manifeste que dans les autres cas de dysenterie. Il y a dans cette nuance comme une teinte de dothinentérite , ce qui nous indique la participation des intestins grêles à l’état morbide (i). Celle opinion , qu’on peut ne pas partager, m’a conduit avec succès, à insister sur les excitants et rubéfiants cutanés, de préférence à un grand nombre de sangsues. Pour appliquer ces animaux,
(i) En admettant la participation de l’estomac et de l’intestin à l’e'tat morbide, ce n’est point une action purement révulsive sur ces organes, que j’attends de l’ipe'ca, mais bien une modification vitale dont ils ont eux-mêmes besoin ; si la re'vulsion est ici pour beaucoup dans le changement favorable qui s’opère, c’est qu’elle se produit sur la peau et l’ensemble de l’économie.
je me suis toujours bien trouve d’attendre l’instant de res réactions qui , à leur tour, quand réconom ie n’est plus sous une influence débilitante spéciale , mettent en évidence le caractère réellement inflammatoire de toute espèce de dysenterie. C’est sans doute quand les malades offrent un état comparable à celui que je viens de décrire , que le sulfate de soude a procuré des succès en débarrassant subitement les premières voies des fluides dont l’abondanre , si ce n’est la dépravation , tourmente le gros intestin , et prolonge indéfiniment sa phlogose. Cette opération , d’ailleurs , ne peut effectuer Sans qu’il s’opère une modification , que l’expérience montre favorable , dans le petit et le gros intestin. Je irnii pas besoin du reste de faire valoir une pratique qui est celle de M. Bretonneau.
Ouoiqne je n’aie pas entrepris de traiter ici complètement de la dysenterie, je dirai que la forme séreuse est pi u tôt liée aux circonstances épidémiques et typhoïdes qu’à celles qui représentent l’endémicité ; que , sporadiquement , elle atteint de préférence les personnes dont l’économie est apauvrie parles privations ou les excès ; enfin , qu’elle tient plutôt à la première enfance , à ia vieillesse et au sexe féminin, qu’aux conditions individuelles opposées.
Beaucoup de considéra lions relatives aux idées principales que je viens de fi» ire connaître trouveraient ici à se grouper, si j’avais entrepris de faire
un traité complet de cette maladie; mais, n’ayant en vue que d’aborder quelques points de pratique, je crois en avoir assez dit pour le moment. Bien que je me sois efforcé de préciser , d’après des vues plus pratiques que théoriques , les indications qui mènent à l’emploi des évacuants, je ne prétends pas avoir de beaucoup diminué l’obscurité du sujet. En admettant d’ailleurs que j’aie caractérisé d’une manière quelque peu exacte les nuances dont je tiens toujours un compte essentiel dans ma pratique, je reconnais qu’il sera très difficile , pour ceux-mêmes qui m’auront lu avec attention , de reconnaître au lit du malade les nuances de l’inflammation du colon , si sujette à complication .
Pour dernier argument en faveur de la méthode évacuante habilement maniée, je ferai remarquer à quel degré s’élève la mortalité de nos troupes aux Antilles!!! Là, cependant, la méthode antiphlogistique est exclusivement employée ; et certes on n’accusera pas les médecins distingués, qui y dirigent nos hôpitaux , de mal user des sangsues et de la saignée. Le régime aussi essentiel dans la dysenterie que la médication proprement dite , ne saurait non plus , je pense, être de nature à contrarier une saine thérapeutique. Cependant la mortalité y est effroyable, si, pour l’apprécier à sa juste valeur , on fait entrer en ligne de compte, les décès qui ont lieu à la mer pendant le retour , et ceux qui se cori~
somment en France , où plus d’une dysentérique trouve , selon l’expression de M. Ed. Salva^, « un « cercueil au lieu des joies de la patrie. »
Ainsi donc, de ce qui précède , il ne résulte pas qu’il faille abandonner les antiphlogistiques; car pour la forme mucoso-sanguinolente, je n’em ploie et ne conseille que les moyens qui en dérivent ; pour les deux autres nuances, que je regarde comme des complications, j’y ai encore recours, seulement je considère comme indispensable d’en venir à l’administration du calomel opiacé ou de l’ipéca , d’après la méthode brésilienne. Les raisons que j’ai données, pour préférer l’un ou l’autre de ces moyens , selon les nuances , peuvant être contestées ou du moins envisagées comme trop absolues ou subtiles, je dirai que si les choses s’ofïrent ici sous une apparence peu faite pour convaincre , il n’en est pas moins vrai qu’en se conformant aux données que je viens de fournir , on obtient des succès remarquables.
Mais je n aurai fini la tâche que je me suis imposée qu’après avoir traité des astringents. Abordons cette question, non moins délicate que celle que je viens d’effleurer. Tenter de juguler la dysenterie par l’usage des astringents , c’est faire courir aux malades une chance plus terrible encore que celle du quitte ou double : cette pratique meurtrière n’est plus que celle des médi~ castres et des commères. Les malheurs qui ont
été le résultat d'une telle méthode, en jetant de la défaveur sur une médication qui n’est pas sans avoir procuré des succès , ont eu des effets déplorables. Il en est, à mon avis, des astringents comme des évacuants : y renoncer absolument n’est pas agir avec sagesse. Les phases de la dysenterie , les complications qui souvent l’accompagnent, étudiées avec soin , deviennent la source d’indications variées auxquelles on ne peut satisfaire qu'avec l’ensemble des moyens qui tour à tour ont été exclusivement prônés. Les auteurs d^ nos jours , les plus antipathiques à l’emploi des astringents, en font tous mention , mais d’une manière si vague et si dédaigneuse, que le médecin, qui ne peut appuyer ses opinions sur une pratique étendue, se garde bien d^y avoir recours : les médicaments de cette espèce ne semblent plus figurer que pour mémoire dans le traitement de la dysenterie. Cependant quand l’inflammation du colon , d’intense et prochainement funeste qu’elle pouvait être, ne consiste plus que dans une sub-inflammation , dont le cours ne semble devoir se prolonger que par l’inertie des tissus où elle siège, les amers astringents peuvent seuls abréger la durée de la maladie, et éviter, dans bien des cas , qu’elle n’ait une issue funeste, ou ne se termine par Thydropisic. Tout attendre alors des moyens purement rationnels et diététiques, c’est exposer négativement les malades à des chances non moins redoutables que celles
reprochées à l’emploi du simarouba, etc. C’est une grande erreur que celle qui consiste à penser que les astringents ne conviennent qu’alors que la coûte est parvenue à la période de chronicité. Cette période arrivée, la plupart des praticiens de nos jours veulent encore faire l’essai des moyens qu’ils appellent rationnels : épithète refusée à la méthode astringente , comme si celle-ei ne pouvait s’appuyer d’aucun raisonnement digne d’être pris en considération î Je disque c’est une erreur; parce que l’expérience m’a démontre qu’il n’est pas besoin d’attendre les selles Crémeuses et ressemblant à de la purée pour ingérer les amers astringents. Je m’explique : quand les sensations pénibles ont cessé dans l’abdomen; quand le ventre cesse d’être collé à l’épine , et ne présente plus ce profond sillon indiquant le trajet du colon transverse ; que la pression n’est nullement douloureuse; que la peau est moins chaude et moins aride; que tout mouvement fébrile a cessé , on peut administrer le simarouba , lors même que les selles sont encore teintes d’un peu de sang , ou plutôt uniformément colorées; cai si le sang était libre a la surlace des matières exci élees , ce serait une preuve que l’irritation n au i ait pas cède sur tous les points, et que quelques-uns la présenteraient encore à un degré assez intense, et alors il faudrait s’abstenir. Mais les selles ayant les caractères ci dessus, et se mon- Irant au nombre de trois à six par jour, les as-
tringents, administrés avec les précautions voulu es, s’opposent à ce cjue le malade n’arrive à cette période caractérisée par une débilité profonde et par le marasme. Je dirai même que c’est là l’instant du triomphe pour les astringents ; une telle opportunité est , j’en conviens, assez difficile à saisir; mais serait-ce un motif pour renoncer aux agents qui nous occupent ? La pratique de la médecine et de la chirurgie même n’est-elle pas hérissée de pareilles difficultés ? Attendre que la dysenterie ait tons les caractères de la chronicité, c’est laisser, selon moi, à l’inflammation le temps et le loisir, sinon de désorganiser la muqueuse, du moins de la relâcher et même de la ramollir à un degré tel, quhl devient souvent difficile, pour ne pas dire impossible , de la ramener à l’état normal. Pour justifier cette opinion , je rappellerai ici les avantages que l’on retire des amers et des astringents à la fin des phlegmasies muqueuses en général. Que 1 effet virtuel de cette médication consiste dans une simple astriction des fibres relâchées , ou dans une modification de la vitalité , toujours est-il qu’en le provoquant, on évite aux malades ces interminables convalescences pendant lesquelles ils rechutent souvent. Dans nos salles , il existepeu de ces squelettes ambulants qui , dans le service des dysentériques aux Antilles, frappent si péniblement les regards. Parmi les convalescents que nous expédions pour la France , figure-t-il vrn grand nombre de mili-
ta ires à de lui g né ris de l'inflammation du colon (t)? Sous les drapeaux enfin, rencontre-t-on ici de ces êtres amaigris, au faciès hâve et plombé? Si la dysenterie , dans cette colonie, n’est marquée que par une perte des plus minimes, et n’offre point ce tableau retraçant à la fois le deuil de la veille et celui du lendemain, c’est qu’ici, plus qu ailleurs peut-être, nous avons renoncé à toute méthode exclusive de traitement. Aucune maladie plus que la colite ne rehausse cet éclélisme , qu’à tort M. Broussaisa voulu bannir de 3a philosophie médicale. Cependant , pour ne pas faire plus brillant que de raison le résultat des errements que nous suivons , nousrappellerons qu’une partie des succès que nous avons obtenus pourrait bien se rattacher a la sévérité de nos prescriptions diététiques, et a la sollicitude dont nous entourons les dysentériques.
Mais avant de généraliser sur les résultats de notre pratique touchant l’emploi des astringents, il est nécessaire de la faire mieux connaître. Le simarouba est de tous les medieamenis doués de propriétés à peu près équivalentes, le seul que nous mettions en usage ; mais convaincus que la manière d administrer les substances médicinales influe puissamment sur leur mode d’action, nous
(r) l\ous pouvons affirmer que depuis trois ans, nous n’avons pas été oans le cas d évacuer un seul dysentérique sur France ; en étaitil ainsi par le passe , en est-il ainsi dans les autres colonies ?
préférons la décoction aqueuse cle celle écorce à la macéra lion dans le vin. Nous trouvons d au Uni plus d’importance à combiner le simarouba a\ec une décoclion féculente, que nous en usons beaucoup plus toi que ne le conseillent les auteurs. D’un autre côté, le vin de simarouba étant plus actif que son décoclum aqueux , on est obligé de l’administrer sous un volume beaucoup moindre, ce qui fait que des points de la muqueuse n’en éprouvent pas le contact, tandis que d’autres le subissent avec trop d’énergie ; il n’y a pas , selon nous , de comparaison à établir entre ces deux manières d’administrer le médicament dont il s’agit. En donnant le simarouba alors que la muqueuse est , pour ainsi dire, encore sous l’empire de l’inflammation , nous nous gardons bien de le faire prendre d’une manière trop rapprochée; deux gros de celte racine bouillis dans un verre d’eau qu’on mêle ensuite à 2 4 onces de décoction de riz , est la dose et la forme sous lesquelles nous commençons. Alors que le malade est à l’usage de cette boisson mixte, nous lui faisons prendre par cuillerées, à intervalles pinson moins rapprochés, une potion avec la morphine, afin de rendre l’estomac et les intestins plus tolérants y bien entendu que dans celle période du mal, la tisane de riz siuiaroubée , ainsi que tous les liquides ingérés, sont administrés à une température un peu plus élevée que celle de l’atmosphère. Si les aigreurs ne surviennent pas (inconvénient qui,
à lui seul , ne repousse pas le simarouba) , si les coliques el la sensibilité abdominales ne sont pas plus vives qu’avant l’administration de celte racine, nous en augmentons progressivement la dose jusqu’à une once par pinte de décoction amylacée ou féculente. Le malade se trouvant bien de cette médication, on voit s’évanouir avec promptitude les signes d’une affection qui, jusqu’au dernier jour de sa durée, doit maintenir le médecin en éveil, tant la rechute est imminente! Quelle satisfaction pour l’observateur qui s’évertue à saisir les indications souvent obscures et trompeuses de la dysenterie, que celle de voir, après huit ou quinze jours, un malade parfaitement rétabli d’une affection dont le terme et Tissue sont difficiles à préciser! Eh bien ! ce plaisir si vif et si utile pour appuyer la croyance du médecin , le simarouba me l’a souvent procuré; tandis que les antiphlogistiques obstinément prescrits , en menant à une issue funeste ou à une guérison lente et mal affermie, m’ont causé d’éternels regrets. Que ceci cependant ne mène pas a penser qu’a ujo u rd’ hui je termine la cure de toute dysenterie par le simarouba. Non , quand la colite est tranche el suit une marche rapide vers la guérison , je m’abstiens soigneusement de ce moyen, quj alors , s’il n’était nuisible, serait du moins parfaitement inutile. Pour que j eu vienne à notre médicament, il (aut que l’inflammation , en perdant de son intensité , affecte une marche v*uniè
et mélangée de ces alternatives où prédominent, sur les signes de recrudescence, ceux qui caractérisent plutôt Y anomalie fonctionnelle que l’altération profonde des tissus. Quand le malade est plus faible que souffrant, qu’il offre un peu de bouffissure au visage, d’œdème aux pieds ; que beaucoup de gaz le tourmentent et s’échappent par l’anus ; que les ténesmes et la fièvre sont dissipés, qu’a-t-on de mieux à faire que d’administrer les astringents? Ceux-ci sont d’autant mieux indiqués qu’aux signes précités se joignent des selles abondantes , blanchâtres et spumeuses. Alors le ventre , au lieu d’être excavé , est mou et pâteux , la langue est blanche et épaisse. Ici l’eau de riz simaroubée ne peut être nuisible. Si la décoction aqueuse de cette racine a été administrée à temps , il est rare que le sujet, inclinant vers l’hydropisie , arrive à cet état qui commande plutôt le vin que Y eau de simarouba. En un mot, et à part quelques considérations qu’il appartient à chacun d’apprécier, l’énergie des astringents devra être en raison directe du temps qui se sera écoulé depuis l’instant où des astringents mitigés auraient dû être administrés.
Pour compléter nos considérations pratiques relativement aux astringents , nous ferons remarquer qu’à l’époque où il est indiqué d’y avoir recours , les vésicatoires et les cautères , sources de déperdition pour l’économie , ne doivent plus faire partie des moyens de guérison. Alors que
1 inflammation du colon est devenue chronique , les vetements de laine , les bains chauds vinaigrés , ceux de vapeurs sont préférables aux exutoires : enlrteenir ces derniers , c est diminuer de beaucoup la puissance de réaction si nécessaire pour ramener les tissus à leur état primitif d’intégrité.
Afin de suivre le malade jusque dans cette période si éloignée de l’affection primitive , qu’on hésite quelquefois à les rapporter l’une à l’autre , aussi bien par le temps qui s’est écoulé que par la reprise des occupations et un rétablissement apparent, je dirai qu il se trouve mieux de l'usage des médicaments composés , dans lesquels, sous la forme pii ulaire figurent des substances, telles que l’extrait de genièvre , de ratanhia , de simarouba alhésà l’opium gommeux, que du traitement plus hau t indique. C’est du moins en usant decetélecluaire et d’autres du même genre , que j'ai mis fin à des diarrhées si anciennes , qu’on pouvait les considérer comme constitutionnelles.
Je bornerai là des considérations pratiques, que nos confrères , surtout ceux qui sont appelés à exeicei dans les pays chauds , ne trouveront peu t-être pas sans intérêt (i).
(i) On verra plus loin que nous ne nous étions pas mépris sur l’atlention que porteraient à ce mémoire les médecins, comme nous placés, sur un sol classique de la dysenterie ; maladie que pendant sept ans nous avons observée sous C équateur , dans ce pays qu’on a dit n’être bon que pour les immortels.