‹ Documents relatifs à la méthode éclectique employée contre la dysenterieChapitre 7 sur 11 · DE CAYENNE · texte numérisé non relu

DE CAYENNE

( 5e semestre , 1834 ).

La dysenterie s’est montrée moins fréquente , mais non moins intense que pendant l’hivernage.

(0 On ne doit s’abstenir des sangsues que lorsque la phlegmasie, c est-a-dire , la lésion de tissu, faible par elle-même, peut céder aux simples émollients ; les pilules remédient très bien par elles-mêmes à la lésion Jonctionnelle, souvent plus redoutable dans la dysenterie que la lésion anatomique , c’est faute de le savoir qu’on insiste trop sur les antiphlogistiques, et qu’on perd son malade.

Trenle-cinq cas se sont offerts; trois ont été mortels, dont l’un à l’état aigu, l’autre de rechute, le troisième de chronicité.

Cette proportion de la mortalité se rattache a des circonstances aggravantes. Le sujet atteint de dysenterie aiguë avait déjà passé le terme d’une guérison possible lorsqu’il nous arriva. Le traitement qu’on lui avait fait subir en ville fut abs ol u m e n t a n ti pli i ogistiq u e »

Le cas de rechute concerne un individu d’une intelligence bornée, atteint de nostalgie, et, par conséquent , fort indifférent sur l’issue de sa maladie. Tourmenté par ce malade pour prononcer son exeat , je le lui accordai prématurément, le croyant plus affecté du séjour dans mes salles que de l’éloignement de ses affections. Piechute quelques jours après ; il ne revint à nous que pour mourir. Il est bien rare qu’une maladie, déjà redoutable par elle-même , se termine favorablement quand elle offre pour complication la nostalgie , cette lente asphyxie de Vaine !

Le grenadier Betonlie a succombé à une dysenterie chronique que nous n osâmes pas combattre à temps par les moyens dont nous avons depuis reconnu refficacité. Une cause morale que les convenances nous prescrivent de taire, parut aussi y contribuer.

En variant, selon les indications qui se présentent , les a n ti phogis t iq ues avec le calomel , l’ipéca et l’opium , on obtient des succès aussi

prompts que durables. Depuis l'instant où cette donnée pratique s’est pour moi convertie en précepte rigoureux , je n’ai plus obtenu que des succès dans le traitement de la dysenterie. Les résultats de la clinique ont conduit les officiers de santé qui desservent l’hôpital à considérer désormais la dysenterie comme une maladie peu redoutable et dont ils n’appréhenderaient nullement de se voir atteints. Osons dire, enfin, qu’une expérience de sept ans nous a prouvé qu’il y a incurie déplorable à ne faire fonds que sur les antiphlogistiques dans le traitement de la dysenterie. Certes , ce n’est pas en prenant pour base unique de ses moyens thérapeutiques ceux qui n’exercent qu’une action débilitante, qu’on peut se flatter d’obtenir des succès dans la direction de cette maladie s offrant sous l’aspect épidémique ou endémique.

Contre les formes séreuse et bilieuse , et même contre l’inflammatoire , alors qu'on l’a tempérée par les sangsues et la saignée , il n’est pas de meilleur spécifique que l’ipéca combiné au calomel ,

et à l’extrait gommeux d’opium ; voici la formule (1) :

(0 Cette formule doit varier, dans J es proportions relatives des

médicaments qui la composent, selon les indications qui se présentent; c’esi faute ^Jc le faire avec convenance et sagacité, qu’on cr°U rencontrer l’occasion frequente de son impuissante ou de ses mauvais effets; je ne la donne pas comme spécifique , Lien quelle m ait procuré les succès les plus nombreuoo et les plus inattendus

rjf Ipéca . . gr. vîij

Calomel . gr. iv

Extr. gom. d’opium . . gr. j

Gom. arabique . q* s.

Faites six pilules , à prendre dans la journée de deux en deux heures.

Selon les cas, on réîlère celte prescription pendant trois à quatre jours. ÎI est bon de diminuer chaque jour l’ipéca d’un grain , le calomel d’un demi-grain ; pour l’opium , sa réduction est subordonnée à la manière dont il agit sur l’écofioniie. Quant à l’ipéca , il peut se faire qu’on soit obligé d’en diminuer sensiblement la quantité, voir meme de le supprimer complètement ; ces cas sont ceux où Festomac se montre trop irritable , et ceux surtout ou il pourrait être contreindiqué d’après le vomissement.

Par ce mode de traitement , on voit avec une rapidité vraiment merveilleuse les selles diminuer de nombre et d’abondance } se lier et tarir sans imminence de rechute.

Bien entendu que le traitement de la colite ne saurait se borner a cette seule prescription ; pas plus qu’en y recourant , on doive se dispenser d’administrer l’ipéca à la brésilienne , ou le calomel seulement uni à l’opium , ou les sangsues , etc. — Pour toutes ces variétés, combinaisons ou nuances de traitement , voir mon article sur la dysenterie > inséré dans le n° 6 du Journal hebdomadaire ( 1 835 ) *

EXTRAIT

DU COMPTE RENDU DE l/aÔPITAL DE CAYENNE ,

( ier trhneslre , i835, )

Trente-huit cas de dysenterie et dix-huit de diarrhée (cholérine) sont venus confirmer par une terminaison heureuse , les vues thérapeutiques que j’ai émises dans un article sur la dysenterie , inséré dans le n° 6 du Journal hebdomadaire février 1 855.

On voit dans l’article cité, que c’est à la médecine anglaise , que j’ai emprunté, lors de mon voyage à Démérary, les errements d’après lesquels j’ai tracé la conduite à tenir dans les cas les plus ordinaires de colite équatoriale , les succès pratiques qui sont , depuis lors venus confirmer entre mes mains, l’excellence de cette méthode, me font dire aujourd’hui , avec l’homme qui illustre le plus la physiologie en France, la médecine anglaise est empirique , et je l’approuve.

Et , en effet , je n’ai pas craint , témoin du suc ces a Démérary , d’emprunter aux Anglais, pour la maladie qui nous occupe, cet épais bandeau dont nous voulons qu’ils aient les yeux couverts, et avec lequel ils vont cependant plus vile au but que nos compatriotes, armés des meilleurs instruments d’optique médicale.

Aurait— on oublié d’ailleurs que les documents officiels ont prouvés jusqu’à l’évidence que , pendant les guerres de l’empire , les troupes Britanniques ont perdu proportionnellement, et sur les mêmes lieux, entre les tropiques, la moitié moins de malades que les nôtres ? Je sais qu’on se rejettera sur celte influence morale que comporte une attitude oflensive et victorieuse, sur la sollicitude et le luxe hygiénique dont on entoure les soldats de cette nation ; à cela j’opposerai leur robuste constitution , un régime pathologique moins sévère que le nôtre, et enfin les excès que comportent leurs habitudes, excès rudement réprimés par le climat des régions inter-tropicales.

Comment se refuserait-on d’ailleurs à reconnaître la suprématie d’une médication qui laisse ici en blanc, pour la première fois, la colonne nécrologique relative à la plus meurtrière des maladies qu’on observe à la Guiane !

Oue si l’on trouve trop courte et insuffisante ,

Va y

comme preuve, une période? de six mois, je répondrai que depuis la reprise de possession (1817), j es registres ne présentent pas un seul trimestre exempt de la mortalité qui nous occupe; que pour rencontrer un individu mort de la dysenterie , il nous faut remonter au 29 octobre 1 834 , encore ne vint-il que mourir à l’hôpital , car; il avait auparavant, en ville, succombé au traitement anü-phlogis tique ; de plus, à l’époque ou j’écris ie‘ août, il n’est pas mort dans tout le mois de juillet, un seul

homme , et nous avons eu des dysenteries graves a traiter, ce qui fait un total de neuf mois sans une croix à faire sur les malades de celte catégorie, si triste avant 1 emploi de nos moyens de médication (1).

On est heureux de pouvoir ainsi chiffrer son raisonnement, quand on sait, indirectement qu’un célèbre professeur, a jugé comme purement théorique l’article plus haut cité sur la dysenterie. En effet , je n avais pas encore atteint, en l’écrivant, le résultat définitif sur lequel je puis appuyer aujourd’hui et ma conviction et mes utopies thérapeutiques (2).

Aujourd’hui que diront les critiques et les disserlaleurs ? Qu il leur faudrait des observations

CO Je reçois à Pâmant une lettre de mou chef de clinique , aujourd’hui charge du service , dans laquelle il m’annonce , sous la date du i5 janvier , qu il u est pas mort un seul dysentérique , il ajoute même que mon traitement de la dysenterie est devenu populaire dans la colonie.

(2) A l’appui de nos propres résultats, faisons figurer ce pnragra- . phe extrait de noire correspondance avec M. Cornnel, médecin en chef à la Guadeloupe :

« J’ai mis en usage votre traitement contre la dyssenterie , et j’en ai retiré de grands avantages , mais il faut ici savoir en faire une juste application. Nos dyssenteries sont bien simplement des colites , c’est-à-dire des inflammations pures et simples plus ou moins graves de la membrane muqueuse de la fin de l'iléon et du gros intestin ; c’est là leur forme la plus ordinaire. L’irritation est inflammatoire ou hémorragique dans le début , elles ne présentent aucun symptôme.

particulières ? ils en trouveront plus bas ; mais , s’il est des incrédules qui prétendent que ce n'est pas là la dysenterie, parce que mes malades n’en offrent pas les traits les plus graves, je leur répondrai qu’ils peuvent aussi contester à Àlibert , d’avoir traité et guéri une fièvre pernicieuse , parce qu’avec le quinquina , il aura rendu le second accès beaucoup plus bénin que le premier,

de réaction , et c’est alors le traitement anti-phlogistique qui leur convient. Lorsque déjà il y a eu premières rechutes , lorsque l’inflammation est moins positive, moins franche, lorsque la réaction m'existe plus sur le système circulatoire votre traitement fait merveilles je vous remercie de me V avoir fait connaître. »

Plus bas il dit : «J’ai 120 malades dans mes salles; depuis trois mois je n’ai perdu que deux malades, une péritonite et une dysenterie aiguë; ce chiffre de 120 malades est presqu’entièrement représenté par des fiévreux et des dyssentérique. »

Il est facile de voir que les raisonnements de M. Cornuel s’accordent parfaitement avec ceux auxquels je me livre moi-même dans ce « présent article , écrit avant la réception de sa lettre, et dans ceux

que j’ai déjà publiés sur la dysenterie.

Je puis avancer aussi que M. le docteur Golfier , chirurgien major du brick le Cuirassier qui passa à Cayenne lors de mon séjour dans cette colonie , a écrit à M. Valez, aspirant laissé à Cayenne pour passer sur la goélette la Béarnaise , qu’ayant eu la dysenterie à son bord peu de temps après nous avoir quittés , il en avait merveilleusement triomphé en faisant usage de mon traitement.

Je viens moi-même ici à Paris de guérir en moins de quinze jours , un jeune enfant venant du Sénégal , et qui bien que parfaitement traité par la méthode la pim usitée allait de mal en pis depuis quatre à cinq mois. Sa maladie avait également résisté au traitement qu’on lui fit subir au Sénégal, ce qui força sa mère à quitter avec lui la. colonie.

/ tf r? \

ol ainsi des autres. Mais ne plaçons pas dans 1 exorde , ce qui sera beaucoup mieux dans la péroraison (i).

ILr’ Observation : Grenat , fusilier au iei régiment d infanterie de marine , âgé de 2 5 ans. — - Constitution forte, tempérament sanguin , nouvellement arrivé dans la colonie.

Malade depuis huit jours, ayant de quinze à vingt selles sanguinolentes par vingt-quatre heures ; épigastre sensible , douloureux à la pression, douleur profonde suivant le trajet du colon transverse, langue rouge nausées , gargouillements abdominaux intenses et fréquents, fort ténesme, faciès plombé, prostration des forces, chaleur à la Peau, pouls fréquent et dur. Prescription : diète, eau de riz gommée et opiacée , avec un demigrain d’extrait gommeux d’opium; potion morphinée, demi lavement avec mucilage, amidon, opium et vitellum ( c’est celui qui , dans les observations subséquentes figurera , sous le titre de lavement compose ) , six pilules à prendre , une d heure en heure, composées avec ipéca, huit grains, calomel quatre grains, extrait gommeux

( i ) 1\I. ïorget m’écrivait à Cayenne, à la date du 6 septembre i S 3 5 » et sa lettre ne me parvient qu’aujourd’hui à Paris.

« .le dois vous dire que votre mémoire sur la dysenterie m’a valu des compliments de la part des médecins qui pratiquent dans le midi, de ceux d 'Alger particulièrement qui disent avoir reconnu ex projesso 1 excelleuce de votre pratique américaine. »

d'opium un grain , gomme arabique ; quantité suffisante ; bains de siège , frictions avec la pommade opiacée , flanelle sèche en ceinture.

Deuxième jour , neuvième d’invasion : peu de soulagement , six selles dans la nuit , même pres cription .

T» ’oisième jour , dixième d’invasion : pas de selles , nulle douleur abdominale , faciès meilleur , la prostration sensiblement diminuée. Prescription : diminué de moitié l’ipéca et le calomel .

Quatrième jour, onzième d’invasion: mieux considérable, deux selles de purée consistante. Meme prescription , trois panades à î’œuf.

Cinquième jour , douzième d’invasion : la cou* valescence commence , une seule selle , encore plus consistante que la veille. Prescription : ipéca deux grains , calomel un grain , extrait gommeux d’opium demi grain , faites un bol a prendre le soir ; le matin, panade à l’œuf, dans la journée , un quart de poisson grillé et riz crevé.

Mieux progressif et soutenu , guéri et sorti le dixième jour de son entrée à l’hôpital , non seulement sans avoir pâli ni maigri pendant le traitement , mais ayant récupéré ses forces.

Ceux qui s’obstineront à ne pas accueillir les bons effets de ce mode de médication, diront que ce n’est pas là une dysenterie confirmée , qu’une pareille maladie n’est qu’une simple entérite diarrhéique , ou qu’enfin le mal était ou ne

peut plus bénin. 3e leur répondrai, s'ils veulent bien me croire , que j’ai vu pendant six ans , à Cayenne , ces cas s’aggraver , se prolonger et se terminer souvent par la mort quand ma manière de traiter et celle de mes honorables confrères était tout anti-phlogisfique.

2e Observation . Hector , grenadier, âgé de vingt-quatre ans , né dans le département de l’Isère. Tempérament lymphatique , arrivé depuis un an.

Malade depuis cinq jours; en vingt-quatre heures ^ quinze à dix-huit selles sanguinolentes.

Sentiment de faiblesse générale, barre douloureuse à l’abdomen , épreintes et douloureux ten es mes , soif intense, faiblesse et fréquence du pouls, le visage exprime la fatigue et l’abattement. Prescription : diète , eau-de-riz gommée et opiacée , un quart de grain pour un demi-litre (bis) ; ipéca huit grains ; calomel quatre grains ; opium, demi-grain. Faites six bols, h prendre trois dans la soirée, trois le lendemain matin. Bains de siège, frictions opiacées, flanelle sèche , un deinilavement composé.

Deuxième jour, septième d’invasion : les douleurs abdominales se sont calmées ; il y a eu cinq selles dans les vingt-quatre heures , les matières rendues sont sanguinolentes et ronssâtres , acres an gosier, moins de ténesme. Prescription: diète, même tisane, potion de morphine, ipéca six grains, calomel trois grains, opium demi-grain. Faites

quaire bols, a prendre un de trois en trois heures, pour le reste, ut supra.

Troisième jour, huitième d invasion : mieux sensible, deuxselies. Prescription : la même ; mais on supprime ( en mon absence ) les bols plus haut prescrits.

Quatrième jour , neuvième d'invasion : les pilules d’ipéca calomélisées ayant été suspendues, îe malade a eu trois selles dans la journée , avec retour de quelques uns des symptômes du début. Ces pilules reprises le soir , il n’y a eu qu’une selle pendant la nuit , cette évacuation est moins sanguinolente que les précédentes . elle est même mélangée de quelques matières moulées f l’odeur dyssentérique des déjections est affaiblie , mais elle existe encore. Prescription : ut supra .

Cinquième jour, dixième d’invasion : le malade qui dit n’avoir commis aucune imprudence, a eu cependant quatre selles accompagnées de coliques ( le temps est .humide et orageux), les pilules d’ipéca ont provoqué quelques vomissements^ la peau est chaude , le pouls vif , fréquent et facilement dépressible , la soif est aussi assez grande (1) . Prescription : ut supra.

Sixième jour, onzième d’invasion : mieux des

(i) On voit que malgré un certain degré de gastrite qui existe ici , j'aicepcnflant pu me passer de sangsues, ce qui ne doit pas en général, dans des cas analogues , dispenser de les employer j j’aurais peutêtre mieux fait d’y avoir d'abord recours.

plus marqués , pas de selles. Prescription : diminution progressive, des pilules d'ipéca et de calomel^ régime prudemment gradué; sorti le neuvième jour de son entrée.

U (aut savoir que ce malade a rechuté quelques jours après sa sortie de l’hôpital; rentré, après que fut écoulé le semestre où il figurait, il a promptement et radicalement guéri par les mêmes moyens.

II me semble que cette rechute prouve d’ellememe, et à part tout raisonnement, que nous avions bien affaire à la dysenterie. Quoique guéri, nous eussions peut-être du conserver quelques jours de plus ce militaire à l’hôpital. Cette précaution que les soldats prennent presque tous pour

de la rigueur , lui eut sans doute évité la récidive du mal.

oc Observation . Albat, fusilier; 23 ans, département du Cantal. Constitution forte, tempérament sanguin , assez d’embonpoint ; tout nouvellement arrivé. Premier jour , seizième d invasion , cet homme a été pris de coliques avec diarrhée. Il y a une quinzaine environ, les selles ont progressivement augmenté; on en compte une vingtaine par jour; elles sont sanguinolentes, accompagnées d un violent ténesme et de vives épremtes; 1 abdomen présente une barre douloureuse; la langue est rouge, la peau chaude et gonflée. Le pouls plein, dur et fréquent. Prescription : diète, eau de riz gommée et opiacée,

potion de morphine, trente sangsues en ceinture, quinze au siège , frictions opiacées sur l’abdomen, fomentations, émollientes, bains de siège, deux demi-lavements composés.

Deuxième jour, dix-septième d invasion : meme degré dans le ténesme et les douleurs abdominales, fièvre forte toute la nuit, transpiration partielle et peu abondante vers le matin , quatre selles sanguinolentes et graisseuses , forte odeur dysentérique. Prescription : diète, même tisane, suspendu la potion, huit grains d ipéca, quatie de calomel , un d’extrait gommeux d opium, six bols à prendre de deux en deux heures, le reste nt supra .

Troisième jour, dix-huitième d invasion : lièvre forte et continue, faciès rouge, yeux gros et injectés, langue rouge et peu humectée, épigastre douloureux, surtout à la pression, dureté , plénitude et fréquence du pouls , tendance à la moiteur, abdomen toujours douloureux , épreinîes et ténesme, huit selles sanglantes dans la nuit. Prescription : eau gommée , saignée du bras xij, huit grains d’ipéca, deux de calornel., demi d'extrait gommeux d’opium , continuation des autres moyens auxiliaires.

Quatrième jour, dix- neuvième d’invasion : la fièvre a complètement cédé, et l’apyréxie est parfaite depuis dix-huit heures. Le faciès abattu, et anxieux, a repris son expression naturelle, la peau est bonne, le pouls normal, ladouleur épigastrique

a cédé, la langue est encore rouge, plus de soif, abdomen indolore, plus de gargouillements ni de ténesme , le malade n’a eu que deux selles toujours de même nature.

Cinquième jour , vingtième d’invasion : même état d amélioration. Crème de riz, six grains d ipéca, deux de calomel, un demi grain d’extrait

gommeux d’opium, continuation du reste.

Sixième jour, vingt-unième d’invasion: pas de selles, trois grains d’ipéca, un de calomel , un quart de grain d’extrait gommeux d’opium; deux bols, un le matin, un le soir, panade à l’œuf, un quart œuf et riz crevé.

Amélioration soutenue; rétablissement confirmé, sorti, sans avoir perdu beaucoup de ses forces après treize jours d’hôpital.

Je pense que ce cas de dysenterie ne me sera pas contesté, il s’offre sous le génie infla mma« loire, il a exigé 1 eau gommée, plus de modération dans le calomel (gastrite), l’emploi des sangsues et de la saignée (force, jeunesse et diathèse ph logis tique des plus prononcées).

Dira-t-on qu’il a guéri par les antiphlogistiques qu’après l’ipéca et avant la saignée du bras, les selles ont été le second jour plus fréquentes que le premier? À cela je répondrai que je n’ai pas, dans 1 article déjà cité sur la dysenterie, proscrit les émissions sanguines; au contraire, je lésai recommandées dans les cas comparables à celui-ci. Mais en même temps, remarquez-le, et je tenais

â le prouver à ma clinique, l’ipéca et le calomel ont été supportés, on peut même dire qu*iis ont guéri malgré X élément inflammatoire qui prédominait chez AJbat. Ce qui nous prouve que la dysenterie clans les nuances les plus franchement iiiflammatoires et sanguines (i), présente encore un génie (2) qu’il faut comprendre, sans quoi les

(1) Peut-être que quand M. Cornuel, déjà cité sera plus ancien à la Guadeloupe , il commencera â s’apercevoir que la dysenterie de ce pays n’est pas aussi exclusivement inflammatoire qu’il le pense aujourd’hui ; d’ailleurs en fut-il ainsi je ne doute pas le moindrement qu’il ne s’aguérisse à un emploi plus etendu de notre méthode. Cependant il se pourrait faire que ce traitement fut moins héroïque aux Antilles qu’à la Guiane , ou que les médecins peu disposés à le généraliser, le missent volontiers en question; alors je m’en consolerai par l’idée que, ne fut-il bon que pour la Guiane , j’aurais encore rendu service à l’humanité , doté ce pays , qui ne s’effacera jamais demes souvenirs, d’un bienfait’ qu’il a déjà su apprécier. Voici ce que m’écrit M. Héraud , chirurgien major de la Béarnaise , goélette de l’état : Monsieur Lemaître, avocat , me charge de vous faire agréer ses affectueux souvenirs et de vous apprendre que votre traitement contre la dysenterie dont il est enthousiaste , lui a parfaitement réussi sur une négresse qui, depuis longtemps , était atteinte de celte maladie. — Ainsi , ce traitement , empiriquement employé par des personnes étrangères à notre art , réussit encore !

(2) Ce génie n’est autre chose que la lésion fonctionnelle ; qu’on en tienne compte autant que de l’altération du tissu, et ce sera un véritable progrès thérapeutique.

Dans la dysenterie , il faut prendre en sérieuse considération trois choses principales , je veux parler de l’inflammation du gros intestin (phénomène radical et constant), de la lésion vitale , enfin des complications plus ou moins éloignées , soit que celles-ci aient le ca= ractère anatomique , ou simplement fonctionnel.

antiphlogistiques seuls font attendre, dans ces memes cas, longtemps la guérison et ne la procurent pas toujours.

4“' Observation. Maeé, fusilier , vingt-six ans, departement de fa Seine , constitution mixte , tempérament lymphatique, un an de colonie.

Commémoratifs: depuis un moisenviron , époque de son départ de Cayenne, pour un détachement, ce militaire était pris de diarrhée, il avait quatre, cinq à six selles par jour, sans douleurs abdominales ; mais les forces étaient épuisées , l’appétit nul , lors qu’il y a cinq jours , les selles devinrent sanguinolentes, leur nombre porté a vingt par vingt-quatre heures , en même temps que de fortes épreintes les précèdent et qu un douloureux ténesme les accompagne; à ces symptômes s’ajoutent maintenant :

Premier jour, trentième d’invasion : barre douloureuse de l’abdornen, gargouillements continuels, peau sèche et chaude: pouls petit, faible, et fréquent, faciès abattu, forces entièrement prostrées. Prescription : eau de riz gommée, opiacée , potion morphinée un demi-grain , lavement composé, frictions opiacées , bains de

siège, flanelle sèche, et enfin, ipéca huit grains ,

calomel quatre , opium un demi grain.

Deuxième jour , trente-unième d’invasion : seulement deux selles dans la nuit , épreintes et ténesmes amoindris, sentiments de mieux être. Meme prescription.

Troisième jour y trente-deuxième d invasion : deux selles dans les vingt-quatre heures , nulle douleur abdominale , plus de ténesme. Même prescription.

Quatrième jour , trente-troisième d’invasion : une seule selle, les matières s’épaississent, six grains d’ipéca , trois de calomel, un demi d’opium , panade à l’œuf.

Cinquième jour, trente quatrième d invasion : une selle encore plus consistante , mieux rapide et étonnant, quatre grains d’ipéca, deux de calomel , un demi d’extrait gommeux d’opium, trois panades à bœuf.

Sixième jour, trente cinquième d’invasion : une selle , ipéca trois grains , calomel un , extrait gommeux d’opium un quart de grain ; un

bol le soir.

Jour suivant : maintenu le sujet à l’usage du dernier bol prescrit, augmenté progressivement le régime ; sorti complètement guéri le dixième jour de son entrée.

Cela n’est-il pas admirable ! le traitement par les sangsues a-t-il jamais procuré , entre les tropiques , de pareils succès .

Enfin, et pour terminer une exposition toujours sèche et fastidieuse , quand on la prolonge trop longtemps ; voici venir un cas de diarrhée, datant de pins de deux ans , guéri par les moyens qu’on se plaît à appeler empiriques , malgré que nous les ayons appuyés de raisonnements quel-

nous avons

c!ue pou solides dans (article dont déjà parlé.

5mt Observation . En résumé : Blanc, fusilier , trente-trois ans , département de Loir-et-Cher, constitution médiocre , tempérament lymphalico- sanguin , a été aux Antilles ^ d’où il rapporte la diarrhée chronique , habile Cayenne depuis un an, toujours avec cette maladie.

loties bols d’ipéca devaient échouer d’après les errements, que nous avons tracés, aussi manquent-ils leur effet , tandis qu’on voit tarir des

selles nombreuses de quatre à six par vingt-quatre heures , après vingt-huit jours d’un régime consistant en œufs , poisson grillé et riz dur , le traitement se composant d’eau de riz simaroubée ( foi lernent vers la fin ) , et de bols composés avec un gros d’extrait de simarouba et de ratanhia , extrait de genièvre deux gros, extrait d’opium six grains • faites soixante bols , à prendre , deux le malin , à midi et le soir. Disons qu'à celle médication nous avons ajouté les bains de vapeurs su Ifu reuses.

ÎSous avons, avant de prononcer Vexeat, essayé longtemps le sujet par un régime fortement substantiel. La guérison s’est maintenue, il n’a plus reparu à l’hôpital.

Pour comprendre l’intérêt de celte observation,

il laut la confronter avec la fin de notre article cite sur la djsenterie(i). Il v aurait pour nous fali-

i ) Voir la page l\ \ .

gtie et pour le lecteur nui intérêt à nous etendre davantage sur cette observation. On voit que la médecine dite du quitte ou double a quelquefois son application, nous avions longtemps pensé le contraire, et si nous en convenons aujourd’hui, c’est que nous sommes converti a une meilleure philosophie médicale. Notre histoire est celle de beaucoup de jeunes médecins, en général, trop accessibles à l’esprit de système, esprit brillant, mais perlide pour l'humanité.

A côté de ces cinq observations , recueillies (1) par M. Auguste Roux de Rocheforl., j’en pourrais faire figurer un grand nombre d’autres pris es dans mon propre service ou empruntées à MM. les chirurgiens chargés du service des noirs. Leur clientelle et la mienne viendraient encore grossir cette accumulation de cas toujours heureusement terminés, mais aller au-delà serait dépasser les limites d’un simple compte-rendu.

Pour corroborer des résul tats déjà si importants et qui suffiraient à eux seuls pour faire prédominer sur une thérapeutique trop absolument débilitante, la méthode curative que j’ai fait connaître, figurent encore comine avantages immenses le séjour très court que font les hommes à l’hôpital, le maintien de leurs forces, sous une influence qui tend sans cesse à les déprimer; l’économie presque absolue des sangsues, agent thérapeutique rare et fort dispendieux dans les colonies; enfin

r -- . . mtf.iiiiini.aw»'-. 1 "

fi) Dans mes salles»

et parce qu’on me reprocherait peut-être demeure

trop en saillie une médication que je suis le premier à suivre et à modifier, comme praticien français, je signalerai, pour dernier avantage, celui d un traitement qui ne fatigue et n’ennuie pas les malades, comme quand on use des sangsues, en meme temps qu’il assujétit moins les infirmiers; car il dispense encore d’un aussi grand nombre de lavements et de bains de siège, qu’en suivant la méthode contraire, et les fomentations, d’ordinaire mal entretenues, troublant le repos et le sommeil des malades, sont fréquemment remplacées par une flanelle sèche, après les embrocations pratiquées avec la pommade opiacée.

Je me suis, au reste, trop souvent étendu sur la dysenterie, dans mes précédents rapports, pour e aborer encore une longue thèse à ce sujet, et je me flatte que les succès que mes collègues et moi avons obtenus en suivant ce nouveau mode de traitement, suffiront pour fixer l’attention de ceux qui, dans leurs études, mettent en première lio-ne la thérapeutique, seule branche de la science que les médecins isolés, surtout ceux des colonies puissent cultiver avec fruit,

Ou’on y fasse attention, la mortalité a toujours par la dysenterie, été grande dans nos colonies, plus que la fièvre jaune ; ellea décimé nos marins. Le traitement antiphlogistique, si rationnel dans le langage scholastique, a-t-il eu des succès depuis plus de quinze ans qu’il est habilement manié

( fjy )

par Ses offic iers de santé qui desservent nos grands hôpitaux coloniaux? Ï1 est au moins temps d en douter et de le mettre en question , si e est d une manière absolue qu’on prétend nous le faire

adopter.

Quand une doctrine paraît, quand un système veut se produire en médecine , il faut, en général, ne lui accorder que la valeur d une idée vaste et philosophique, et savoir, par avance, que bien que la conception nouvelle puisse embrasser un pins grand nombre de faits que celles qui tour a tour ont prévalu, il est impossible qu’elle les résume en totalité. S’il est vrai que toute règle comporte et veut , pour ainsi dire , des exceptions , c est en médecine que cet adage doit recevoir la plus vaste application. Dans notre science, en efiei , la règle et l’exception sont sœurs jumelles , et se ressemblent à un tel point qu’on peut facilement les confondre. Le meilleur médecin sera donc celui qui commettra le moins souvent cette méprise.

Mais ne nous laissons pas entraîner à des horsd’œuvre, et disons, pour clore les remarques, que nous avions encore celte fois-ci a faire sur la dysenterie, que dans les cas où il y a , pour ainsi dire, plus de selles et de coliques qued’inllammation et de ténesme, on peut se passer entièrement des sangsues et des applications humides ; qu’au contraire, lorsqueîes signes de phlegmasie, soit locaux , soi t généraux 9 prédominent sensible-

üi£hi , il faut ajouter a notre form nie les sangsues, et avec sobriété et un grand discernement la saignée du bras.

Qu’j a-t-il, clu reste , d étonnant qu'une médication , représentée par trois médicaments reconnus spécifiques pour la dysenterie, guérisse à merveille cette maladie ! On ne me contestera pas celte proposition en ce qui concerne l’opium et î ipéca. Sera-ce le calomel qu’on accusera d’être un moyen par trop empirique P Mais ne sait-on pas que ce sont, les meilleurs ! D’ailleurs je renvoie ceux qui veulent des autorités imposantes, pour appuyer et justifier l’emploi du proto-chlorure de mercure dans la dysenterie à l’article calomélas du dictionnaire de médecine , ou répertoire général des sciences médicales. Le savant et érudit M. Dézeymeris leur rafraîchira la mémoire de quelques grands noms dont l’autorité pourra les réconcilier avec l’admirable panacée anglaise.

Oui, en usant de ce traitement, nous avons guéri la dysenterie de toutes les formes , la simple dian bée, les évacuations auxquelles nous avons cru devoir appliquer l’expression de cholérine; les sexes et les âges ont pu, sans fournir d’indications spéciales, être confondus dans le bienfait d une admirable formule \ qu’on se rappelle que nous l’avons empruntée . . .

Puissent les résultats que nous produisons ici fixer 1 attention de M. l’Inspecteur général du service de santé, dont nous sommes incapable

de tromper la religion. D'ailleurs ce n'est point àd^mV ombre d’une cîienlelle civile que nous avons agi, mais bien au grand jour , et entouré d’yeux quelquefois sévères : nos documents sont donc on ne peut pl us officiels.

EXTRAIT

Page 1