DE LA CLINIQUE DU DOCTEUR SECOND
£ semestre 1 835 ).
Par M. Auguste Roux , de Roche fort.
Connue les années précédentes , la dysenterie s’est montrée fréquente , souvent intense et revêtue des caractères les plus variés. Mais je suis heureux de le dire , pas un cas n a été mortel , et depuis quinze mois , M. le docteur Ségond n’a pas perdu un seul dysentérique. Ce semestre, cinquante-trois ont été traités par lui.
Sur ces cinquante-trois malades, quarante-un offraient la maladie à l’étal aigu ; chez les douze autres elle était chronique. Tous n’ont pas été aussi gravement atteints , et dans ines notes , se trouven lies documents suivants : quatorze dysenlerieslr'es intenses, dix-sept moyennes, dix légères; voilà pour les aiguës ; quant aux chroniques deux intenses , sept moyennes , trois légères.
Si la mortalité a été nulle , les rechûtes ont été
excessivement rares , et toutes , sans exception représentées par des militaires qui, à peine sortis ce hôpital , ont etc soumis sans précaution aueune aux causes morbides qui les avaient fait chuter naguêres. Le séjour à l’hôpital a été
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jouis. 1 elle est ja rapidité avec laquelle la maladie a ete enrajee et guérie , qu’à peine si les individus atteints ont eu , dans les cas les plus graves, le temps d’offrir ces caractères extérieurs, qui transforment en cadavres vivants les dysentériquesde long* cours.
Si nous consultons les tables nécrologiques de hôpital de Cayenne ( j’en ai fait le relevé avec e plus grand soin , depuis l’année 181-7) , nous verrons que de quinze à dix-sept militaires ou marins , y succombaient chaque année à la dysenterie ; à ce nombre , il faut ajouter celui à peu près égal des individus atteints de la maladie passée lelat chronique, qui, chaque année étaient
évacués sur France , où la mort ne tardait pas
es frapper. Nous arrivons donc à la démonsnavalc f ? ’ q"e !" 8'a,'niS0n et ,a
. La>'enr,e Perdaient annuellement de
vingt-cinq à trente hommes.
Depuis l’heureuse innovation de M. le docteur
Segond , tout a changé de face , et pas un seu
revers dans l’espace de quinze mois n’est venu à se .attachera ce nom jadis néfaste entre tous.
La formule employée par M. ie docteur Ségond, a éié par lui exposée avec détails , dans plusieurs comptes rendus, soumis à M. l'Inspecteurgénérai du service de santé , et insérés datis le
Journal hebdomadaire de Médecine et de Chirur¬
gie pratiques . Je crois donc inutile d'y revenir , et de retracer une thérapeutique qu’il a décrite lui-même avec les plus grands détails. Unanime^ ment adoptée à la Guiane et par les médecins, et par la population , les pilules de calomel > d’ipéca et d’extrait gommeux d’opium , sont chaque jour employées avec succès contre la colite , et la reconnaissance publique les a décorées du nom de Pilules de Ségond .
En lace d'une aussi éclatante réussite, d’un succès basé, sur une expérience si bien assise si unanimement reconnue et proclamée, il me semble que nul ne saurait aujourd’hui révoquer en doute l’eflicacilé du traitement que M. Ségond a dirigé contre la colite. J’ai été longtemps à me rendre à cette manière de faire; j’ai longtemps douté, imbu que j’étais des principes exclusifs de la médecine physiologique, je fus, je l’avoue, effrayé de voir, pour la première fois, le calomel et l’ipéca opposés à une maladie contre laquelle les antiphlogistiques me paraissaient seuls devoir obtenir quelques succès. Bientôt mon horreur classique fit place au scepticisme, aujourd’hui ma loi est entière, ma conviction profonde.
J’écris ces lignes sans prévention , rien de per-
sonnel ne s y rattache, je le lais pour rendre hommage à la vérité et porter, encore une fois, a la connaissance du plus grand nombre possible, un fait thérapeutique dont une ap pli, talion large et consciencieuse promet à l’humanité un résultat immense. Extirpez la dysenterie de nos Antilles, de notre Sénégal et vous aurez arraché ces contrées à leur plus cruel fléau. Bien plus que la fièvre jaune, la dysenterie décime les Européens qui viennent habiter les régions équatoriales. Donner les moyens de la combattre efficacement est d'un bienfaiteur de l’humanité.— M. ledocleur Ségond l a fait.
On aime à retracer une pareille histoire, à annoncer un semblable fait; on s’en félicite et pour I homme qui 1 accomplit et pour l’humanité qu’il soulage. En face d’une telle chose, le médecin, l’homme consciencieux et philantrope ne peut manquer d élever la voix, peu lui importe que ce qu’il vient annoncer coordonne ou combatte telle ou telle doctrine, tel ou tel système. Pour le bien du malade il faut laisser les arguties de l’école, quand , expet îeuce parie les théories doivent se taire, car les choses quelle juge sont jugées sans appel.