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COLONIE DU MOYEN-CONGO

Bien qu'il semble, a priori et à l'examen de la carte du Congo, que les régions comprises dans les frontières du Gouvernement de la Colonie du Moyen-Congo dussent être mieux connues que celles du haut-pays, c'est au contraire l'inverse qui a lieu. Par suite des nécessités immédiates et des préoccupations d'une prise de possession rapide des points les plus importants, par suite aussi des considérations de politique générale, la Colonie du Moyen-Congo, étalée le long des cours d'eau principaux, a servi de passage aux jdiverses missions. Les troupes n*ont fait que la traverser. En fait, l'occupation de la Colonie ayant toujours été très précaire, l'action politique et administrative ne s'y est exercée que d'une façon rudimentaire.

Tout, d'ailleurs, la nature même du pays, composé surtout de forêt softrant à la pénétration des diflScultés insurmontables, la sauvagerie des habitants adonnés pour la plupart au cannibalisme et, par opposition, la facilité de pénétrer plus loin, dans le haut pays, par les merveilleuses voies de pénétration des biefs navigables du Congo, Sangha, Oubangui, tout, dis-je, montre que, dans cette Colonie, il y aura lieu de déployer les plus grands efforts pour arriver à prendre contact avec les collectivités indigènes et les amener, peu à peu, en nous prêtant leur concours, à contribuer à l'œuvre de civilisation et de progrès économiques entreprise au Congo. La t&che sera particulièrement longue et difficile, et comme il ne semble pas que de longtemps nous puissions disposer d'un personnel suffisant pour assurer l'occupation complète des territoires dont il s'agit, il convient de porter tous nos efforts sur des régions judicieusement choisies, quitte à procéder ensuite de même pour les autres, lorsque nous aurons déjà obtenu, dans les premières, des résultats appréciables.

Dans leur ensemble, les populations du Moyen-Congo sont difficilement maniables et réfractaires à toute civilisation, et, malgré cela, il est aujourd'hui des centres importants où le progrès s'est fait rapidement; c'est le cas de la région comprise entre le Niari, Loudima

et Brazzaville. De nombreux commerçants et colons ont attiré vers nous, autour de la station de Brazzaville, l'élément indigène.

Les commodités trouvées pour l'écoulement des marchandises et des vivres, les sommes importantes reçues au titre de salaires, le profit retiré de la vente du caoutchouc jusque-là à peu près inexploité, furent, pour les Hallalis et Bacongos, un appât sérieux. Il devenait facile, désormais, d'exiger en échange de ces avantages un impôt de capitation.

Si l'on examine, en effet, les statistiques douanières et les états des droits déplace perçus sur le marché de Brazzaville, on se rend compte que, dans cette seule région, les indigènes vendent annuellement au taux de 5 francs le kilogramme (en argent) environ 100 tonnes de caoutchouc provenant d'arbres, de lianes ou de rhizomes et que, d'autre part, la valeur des vivres fournis, manioc, poissons sec et frais, viande de chasse, cabris et poules, atteint un minimum de 150,000 francs. On peut donc conclure que, dans la région de Brazzaville, et sans tenir compte des transactions que les indigènes concluent entre eux, ni des salaires acquis au service des Européens et représentés par des sommes très importantes, la richesse des naturels s'augmente annuellement de 650,000 francs, dont il convient de déduire 120,000 francs environ d'impôt payé.

Il y a là une constatation réconfortante. La région de Brazzaville étant l'une des plus pauvres du Congo en produits naturels, il est évident qu'il devra être plus facile d'obtenir des résultats supérieurs encore dans les autres territoires mieux pourvus.

Vous pourrez vous inspirer de cet état de choses pour envoyer à vos fonctionnaires toutes les instructions de détail nécessaires en vue d'obtenir pour les régions qu'ils administrent des résultats au moins identiques à ceux que je viens de mentionner. Je ne veux pas, d'ailleurs, limiter votre initiative par des ordres particuliers que seul il vous est réservé de donner. Je crois toutefois devoir appeler votre attention sur la situation de fait qui existe dans votre colonie par suite de l'attribution provisoire à des sociétés concessionnaires du droit d'exploitation des produits du sol. Les droits et les devoirs réciproques des concessionnaires vis-à-vis de l'Administration, de l'Administration vis-à-vis des concessionnaires, ainsi que les droits des tiers et ceux des indigènes sont déterminés, à la fois, par les décrets de concession et le cahier des charges. Il conviendra que vous vous reportiez à ces textes, ainsi qu'au décret forestier et aux divers arrêtés locaux, pris tant par mes prédécesseurs que par moi-même, pour vous rendre compte de l'esprit général qui doit vous guider dans l'administration des territoires concédés dans votre Gouvernement.

J'ai déjà, par des instructions adressées au Commissaire spécial, transmis à ce haut fonctionnaire toutes les directions utiles en vue de l'exécution de la tâche qui lui incombe. Bien que relevant de mon autorité, le Commissaire spécial est aussi chargé de vous donner tous les éléments d'information qu'il sera amené à recueillir lui-même ou à faire recueillir par ses collaborateurs.

COLONIE DE L'OUBANGUI-CHARI-TCHAD.

Le décret du 11 février 1906 a placé sous l'autorité d'un Lieutenant- Gouverneur les anciens territoires de l'Oubangui-Chari et du Tchad, en leur laissant cependant une sorte de vie propre.

Il importe, toutefois, que votre action directrice s'exerce sur l'ensemble de la Colonie, de manière à créer entre ces deux éléments constitutifs un lien plus étroit, un rapprochement plus intime.

A l'heure présente, le territoire du Tchad est trop isolé du Congo. La facilité relative des communications par la voie du Soudan contribue à maintenir cet isolement. Il y a là un état de choses à modifier et une tendance contre laquelle il faut réagir. S'il peut apparaître, en effet, que les relations de la région du Tchad avec la métropole soietit plus rapides par Zinder que par le Congo, il ne faut pas que cette apparence nous fasse oublier les réalités.

Le bassin du Chari est et doit rester une dépendance exclusive du Congo. C'en est en quelque sorte la marche militaire, et c'est aussi de là que devront venir les vivres et.

notamment le bétail, les chevaux qui manquent dans le Congo proprement dit. Nous devons également nous préoccuper de trouver dans le haut-pays le personnel de la gnrde régionale, que nous faisons venir à grands frais du Sénégal. Nous pourrons nous y procurer une main-d'œuvre excellente et intelligente, que les colons et l'Administration utiliseront lorsque la création de la ligne ferrée entre Fort-Sibut et Fort-Crampel aura mis tin définitivement au portage,

La création de lignes télégraphiques ne contribuera pas peu à maintenir entre le Congo proprement dit et le Tchad, cette union que la présence d'un Lieutenant-Gouverneur à Fort-de-Possel vient affirmer.

Est-ce à dire qu'il faille se cantonner dans un particularisme étroit et vivre dans l'isolement?

Telle n'est pas ma pensée?

Nous devons évidemment maintenir avec la Colonie de l'Afrique occidentale, non seulement des relations de bon voisinage, mais nous inspirer d'idées communes en ce qui concerne la ligne de conduite politique à adopter à l'égard des populations qui habitent les zones frontières des deux colonies. A cet égard, on ne peut que se féliciter du bon esprit qui n'a cessé d'animer le Commandant du territoire du Tchad et celui de Zinder. Il importe, essentiellement, qu'à ce point de vue la tradition si heureusement créée par le colonel Gouraud se maintienne.

Je ne pense pas qu'il y ait lieu d'aller au delà et de caresser des chimères irréalisables. Les relations postales sont plus faciles actuellement, entre Fort-Lamy et l'Afrique occidentale française qu'avec Brazzaville. Elles le seront moins lorsque nous aurons amélioré nos voies de communication et construit notre réseau télégraphique. Le ravitaillement, qui va se faire partiellement par le Soudan, est aussi un accident, et s'il convient d'être reconnaissant au Gouverneur général de l'Afrique occidentale française d'avoir, par son initiative heureuse, contribué à diminuer la corvée du portage sur notre route des caravanes, il ne faut pas perdre de vue que cette route sera la voie la plus facile et la plus sûre lorsqu'elle sera dotée d'un chemin de fer Uecauville.

D'autre part, s'il convient de reconnaître que la voie du Niger est relativement facile, il faut ajouter qu'elle emprunte, sur une grande partie de son parcours, le territoire étranger, et qu'elle est soumise, par ce fait, à tous les risques et aléas dépendant du plus ou moins bon état des relations diplomatiques existant entre la France et les autres Puissances.

Il résulte de ces diverses considérations que nous devons, tout en acceptant avec reconnaissance l'aide bienveillante qui nous est donnée, poursuivre nos propres destinées.

Le rôle du Congo, de même, d'ailleurs, que celui de l'Afrique occidentale française est de s'étendre vers le Nord et d'assurer la jonction de nos possessions avec l'Algérie et la Tunisie. C'est \h le but vers lequel il faut tendre, vers lequel doivent converger tous nos efforts, vers lequel nous sommes entraînés du reste fatalement, en vertu d'une attraction dont on a pu, pour des causes momentanées, nier la force, mais qui existe cependant. Si nous n'étions pas contraints, en quelque sorte automatiquement, à adopter cette ligne de conduite, nous y serions amenés par la saine raison, car il est indispensable de donner au monde musulman, placé sous notre domination, une impulsion et une direction d'ensemble unique. Jusqu'ici cotte direction d'ensemble a manqué. Il n'y pas dans le centre africain de politique musulmane, il y a une série de politiques, souvent contradictoires, pratiquées au gré des hasards.

Sans condamner l'œuvre accomplie dans les territoires musulmans dépendant de l'Afrique occidentale française et du Congo, œuvre qui n'est pas sans mérite et dont certains éléments subsisteront, et tout en rendant hommage aux efforts tentés par ceux qui ont eu et qui ont la lourde tâche de prendre contact avec le monde de l'islam dans l'Afrique centrale, il fout bien reconnaître qu'ils ne disposent pas de moyens suffisants pour faire œuvre viable; seule la puissante organisation de notre administration indigène algérienne est capable de les fournir.

Ces considérations exposées à titre d'indication, il convient de s'occuper du présent.

L'organisation actuelle doit avoir pour premier but d'assurer entre l'Oubangui-Chari

et le Tchad des communications rapides et sûres. Elle doit aussi permettre la solution immédiate de toutes les difficultés résultant du contact des territoires concédés avec le pays de Senoussi.

En ce qui concerne le premier point, vous aurez surtout à vous préoccuper d'inciter les indigènes à faire de nouvelles plantations, de manière que les travailleurs, destinés à construire le chemin de fer Decauville, puissent trouver sur place la nourriture dont ils ont besoin.

Il est indispensable, également, que vous fassiez procéder le plus rapidement possible à Tétude d'une ligne télégraphique entre Bangui-Fort-de-Possel et Fort-Crampel. Cette ligne sera prolongée ultérieurement jusqu'à Port-Lamy.

Vous me soumettrez ensuite les propositions et les demandes du personnel technique et du matériel nécessaires à la pose du réseau télégraphique dont il s'agit.

Je n'ai pas besoin d'insister sur les conséquences qui résulteront de l'exécution de ce programme. Votre action personnelle pouvant s'affirmer toutes les fois qu'il sera utile, vous pourrez imprimer à la politique générale du haut-pays une impulsion nouvelle et décisive.

Les grandes lignes de cette politique ont du reste déjà été tracées à vos prédécesseurs par de nombreuses instructions, dont vous trouverez le résumé ci-après. Vous voudrez bien vous en inspirer dans les indications que vous donnerez à vos subordonnés.

Territoire de l'Oubangui-Chari. — Ma dépêche du 1^ juin 1904, complétée par celle du 20 juillet, traçait au délégué du Haut-Oubangui un programme d'action qui peut se résumer ainsi :

1* Soustraire les indigènes des Sultanats et leurs chefs à l'influence néfaste des musulmans du Nord;

2*" taire agir nos résidents sur les sultans pour amener ceux-ci à accepter notre contrôle et à réformer leur administration;

3» Etudier la création d'un budget de protectorat alimenté par un impôt direct sur l'indigène;

4"* Amener les naturels à faire des plantations de caoutchouc, dont la pleine propriété leur serait acquise.

Quelques commentaires sont nécessaires pour expliquer ce programme. Vous n'ignorez pas que dans ces lointaines régions nous avons eu l'exceptionnelle fortune de trouver chez les fétichistes qui les habitent de véritables groupements constitués sous l'autorité d'un chef absolu. Notre tâche consistait donc à développer et à maintenir la puissance des sultans, en contrôlant toutefois leurs actes et en procédant à une véritable éducation de ces potentats, dont le pouvoir s'exerçait dans des conditions de barbarie et de sauvagerie vraiment atroces.

Nos fonctionnaires et nos officiers s'y appliquèrent avec une ténacité, un esprit de suite et un dévouement auxquels je tiens à rendre hommage; j'ai la satisfaction de constater que leurs efforts n*ont pas été vains.

Tout d'abord, les caravanes musulmanes, composées de trafiquants louches et de marchands d'esclaves, ne viennent plus entretenir, par la crainte qu'elles inspirent, le désordre et la misère qui régnaient dans les pays banda et kreich.

Les fakis du Kouti et du Ouadaï, conseillers néfastes et dangereux des trois principaux chefs, ont été remplacés par des écrivains congolais, qui leur servent de secrétaires.

Enfin, les sultans écoutent d'une oreille attentive les conseils de nos agents. L'un d'eux, Hetmann, qui a reçu une première éducation française,; est déjà entré franchement dans la voie des réformes indiquées plus haut.

J'appelle toute votre attention sur l'intérêt qu'il y a à poursuivre l'œuvre commencée» en obtenant des autres sultans les mêmes satisfactions.

Il est temps, en effet, qu'au despotisme absolu et parfois sanguinaire de ces potentats succède un commandement plus juste et plus éclairé.

Vous n'ignorez pas que dans ces gouvernements embryonnaires et primitifs, il n'existait aucune taxe régulière. Les redevances dues au sultan ne s'obtenaient que grâce aux

razzias et au pillage. Tout étant au maître, ce système était logique. Vous devez donc vous efforcer, ainsi que je l'ai indiqué depuis trois ans, de substituer à cet état de choses, qui s*est déjà du reste heureusement modifîé, une administration meilleure. Seule la création d'un budget de protectorat, alimenté par un impôt régulièrement perçu, permettra d*atteindre ce but. L'indigène sera ainsi soustrait à l'arbitraire des sultans et des grands vassaux. Ayant plus de sécurité et plus de bien-être, sachant qu'il peut désormais posséder sans crainte d'être spolié, il travaillera davantage, pour le plus grand profit de notre œuvre civilisatrice et de lui-même.

Dans cet ordre d'idées, il conviendra donc d'encourager les naturels à replanter les arbres à caoutchouc, qu'une exploitation trop intensive a détruite en partie.

J'attire votre attention sur les plantations commencées dans l'Oubangui. Vous me rendrez compte, dans vos rapports d'ensemble, de leur état.

Action politique proprement dite, — Notre action politique et commerciale semble se diriger aujourd'hui vers le Nord, la Haute-Kotto et le pays Kreich. Cette expansion doit se faire dans les conditions logiques, après une reconnaissance plus précise de la situation actuelle des anciens pays de Saïd Baldas, ravagés par les guerres et les razzias, et après une élude de la répartition exacte des Bandas et des Kreichs, essaimes par tant d'exodes.

Vers Mobaye et Kouango, notre rôle ne doit plus se limiter à l'éducation des races riveraines. Tous les rapports signalent, en effet, un arrière-pays habité par des populations denses et travailleuses (Boubous, Langouasis, etc.). Ces agglomérations indigènes doivent être visitées fréquemment.

Dans le Haut-Chari, où nous avons au contraire pris depuis longtemps déjà le contact avec les groupes indigènes, il faut nous attendre à voir enfin les populations soulagées de la corvée si lourde du portage, par la mise en œuvre d'une voie Decauville.

C'est sur ces indigènes que je compte le plus pour assurer au Bas-Congo une maind'œuvre intelligente. Il faudra les préparer à leur tâche future, en favorisant le recrutement de petits groupes de travailleurs destinés à l'Administration. Bien nourris, largement rémunérés« ils retourneront chez eux en possession de leur gain et donneront ainsi à leurs oongéuères l'idée de s'expatrier à leur tour.

Territoire du Tchad. — L'officier supérieur, commandant le territoire militaire, exercera sous votre haute autorité et d'après vos instructions d'ensemble, le commandement politique de la région proprement dite du Tchad.

C'est donc par votre intermédiaire que je recevrai la correspondance du Territoire. L'article 6 du nouveau décret d'organisation prévoit cependant des dépêches directes au Ministre par la voie de Zinder. Vous rappellerez que ces communications doivent être faites dans le cas d'extrême urgence seulement.

Le Résident de France auprès du Sultan Mohamed Senoussi, à N'Dellé, vous soumettra directement aussi et sans intermédiaire, par la route du Haut-Chari et du Bamingui, toutes les questions qui intéressent aussi bien le territoire du Tchad que celui de l'Oubangui. 11 pourrait être utilisé seulement à communiquer au Commandant du territoire militaire à Fort-Lamy et aux Commandants des régions voisines les renseignements particuliers qui leur seraient utiles.

Par ailleurs, le point d'appui constant de notre politique en Afrique centrale doit être l'empire du Baguirmi. Par le traité de 1897, Mohamed abd-er Rhaman plaçait sous le protorat de la France son royaume menacé, et le traité de 1900, au lendemain de Kousseri, confirmait ce protectorat très large sur un Baguirmi chargé, dès lors, de son administration directe, moyennant une redevance annuelle destinée à payer une partie de nos dépenses d'occupation. Le colonel Largeau et le colonel Gouraud surent parfaitement comprendre la nécessité d'une habile et loyale politique d'entente, lier franchement aux intérêts de la France ceux du Baguirmi, en faisant évoluer prudemment, avec lenteur, le gouvernement primitif de Gaourang. Le traité de Laïri, en 1903, encore qu'il contienne une clause pouvant donner lieu à la critique, marque une première étape de cette évolution nécessaire à laquelle le Sultan se prête avec beaucoup de bonne volonté et de

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loyalisme. Cette clause vient d'ailleurs d'être supprimée par le racbat que oous avona fiût au Sultan des droits qui lui étaient reconnus par la convention précitée. Au moment où nous aommes surveillés, avec une attention soutenue, par le3 musulmans du Rounga et du Ouadaîf les senoussistes do Borkou, il est plus que jamais nécessaire et habile de ne pas permettre qu'on puisse dire ou laisser croire que la France dénie ses engagements les plus solennels et abandonne les premiers défenseurs de l'idée française au Tchad.

Vous vous inspirerez donc de cette idée pour laisser au Baguirmi toutes les apparences d'un royaume constitué en continuant, toutefois^ auprès du Sultan, l'œuvre d'habile politique, si heureusement commencée par le colonel Gouraud.

L'envoi significatif du jeune héritier Tchiroma en France n'aura pas peu contribué à faciliter votre tftche. Le Sultan ne repousse d'ailleurs pas l'idée d'un impât régulier levé dans ses États par nos méthodes européennes, sans l'intermédiaire ruineux de hauts dignitaires parasites, pour constituer un budget de protectorat.

Au sujet du Ouada!, je ne saurais mieux faire que de vous recommander l'étude approfondie des instructions ministérielles, qui, depuis 1902, nous commandent une politique d'attente et de recueillement dans nos possessions du Tchad. Malheureusement, nos voisins, de caractère turbulent, oublient volontiers nos victoires du passé contre Rabah et s'enhardissent aujourd'hui devant notre occupation passive du Baguirmi. Les attaques de Salamat (1904) et celles de Moîto (1905 et 1906) sont des symptômes sûrs de ce nouvel état d'esprit. Le Commandant du territoire devra donc se garder des surprises, sans oublier, d'ailleurs, que notre intervention habile, au moment favorable, peut nous permettre d'installer, sans combat, sur le trône d'Abecher un prétendant ami.

Dans cet ordre d'idées, j'estime que votre politique bienveillante vis-à-vis du Baguirmi est le plus sûr garant de la constitution, au Ouadaï, d'un sérieux parti français, composé par ceux-là même qui verront, de l'autre côté de la frontière, l'ordre, la paix et le travail transformer le royaume voisin.

, Vis-à-vis des Senoussistes, la même réserve nous est recommandée, bien qu'il semble qu'après les attaques violentes de Bir-Alali, l'occupation de N'Guigmi, les relèves par Zinder, la retraite du parti vers le Borkou, le chef des Senoussyas, plus prudent désormais, adopte, à notre égard, une môme politique de neutralité.

J'ai dû m'étendre un peu longuement sur ces instructions, tenant à vous donner sur l'œuvre entreprise dans le haut-pays, non seulement une direction générale, mais aussi un résumé de ce qui doit y constituer notre tradition politique, car l'esprit de suite est avant tout nécessaire pour accomplir la tâche qui vous incombe. Je suis certain, au surplus, que vous saurez, tout en vous inspirant de mes vues, marquer votre administration d'une empreinte personnelle. J'ai pleine confiance dans vos brillantes qualités d'intelligence et de travail, qui me garantissent que vous remplirez dignement les hautes, fonctions que vous a confiées le Gouvernement de la République.

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