LES PAPES ET LES EGLISES D ORIENT
I dono en rien à ce que les messaa BOicDl ciiantécs en langue slave, ni à ce qu'on lise en cette mflme langue le saint Evangilo, ainsi que les leçons divines de l'Ancien et dit Nouveau Testament bien traduites el hien intorprâtées, ni à ce qu'on chante ainsi tous les autres offlces. Car celui qui a fait les trois langues principales, à savoir l'hébraïque, la grecque et la latine, a créé aussi lontes les autres langues pour sa louange et pour sa gloire.
Nous ordonnons, cependant, que dans toutes les éghses de votre royaume, l'Evangile soit d'abord lu dans la langue latine, pour lui rendre honneur. L'Evangile, traduit en langue slave, sera ensuite annoncé aux oreilles du peuple qui ne comprend pas le latin...
Nous rappellerons à cette occasion ij^ue l'usage existait autrefois à Constantiuople de lire l'EpItre et l'Evangile en grec et en latin (1).
Au xi" siècle, après la consommation du scliisme, les églises des Latins furent confisriuées dans tout l'Orient par les Grecs ; mais le pape Léon IX voulut i^ue les églises des Grecs restassent ouvertes en Italie, et voici ce iju'il écrivait h cette occasion :
Voyez combien, eu celte circonstance, l'Eglise romaine s'est montrée plus discrète, plus modérée et plus clémente. En dedans et en dehors de Borne, il existe plusieurs monastères et églises grecs. Eh bien 1 non seulement il ne leur a été apporté aucune perturbation et on ne leur a rien interdit de leur Ipadition paternelle et de leurs usages, mais même on leur a conseillé et prescrit de continuera s'y conformer (2).
Innocent HT, pendant l'occupation latine, intervenait sans cesse en faveur dos Grecs (3). Honorîuslll, Innocent IV, Alexandre lY, Grégob-eX, Nicolas III, Eugène IV, Léon V, Clément VII, Pie IV ont témoigné de leur sollicitude pour la conservation des Eglises orientales. Leurs actes et ceux de leurs successeurs inspirés du même esprit, sont rapportés dans la lettre encyclique de Benoît XIV, qui commence par ces mots : Allatse sitnt (4).
En 1354, Innocent VI, écrivant d'Avignon au chef de l'Eglise serbe, Joannicius, le traitait officiellement de patriarche (5), titre
(1) Letu-B Alt pape Niealat I" a Michel, hahbe, p. 1321. (S) Lettre encyclique de Benoit XIV, Allata- sunt, chap. vu. {3} BuchoQi (.'linquéles et ilabliaiement des Français, etc.
{() Cette liulle bc trouva au tome tV du Bullaire de Benoit XIV. La P. Oaga- TÏn en a donné le texte daoa La Russie sera-t'tlle catholique t Paris, DoudîoI,
Thainer. Rome, 18I1U, t. Il, p. 13.
a Htmgariani
ilt-ustya*it!ii
■ le P.
qui n'a été reconnu à ce pontife par TEglise de Constantinople que vingt-deux ans plus tard.
Par une bulle du 21 août 1501, le pape Alexandre VI défend de rebaptiser les Grecs qui reviennent à Tunité, et, à cette occasion, il confirme que les Grecs peuvent garder les autres cérémonies accoutumées des Eglises orientales qui ne touchent point à l'hérésie.
Grégoire XIII, mort en 1585, institua dans la ville de Rome, pour les Grecs, les Maronites et les Arméniens, trois collèges dans lesquels il voulut que les élèves de ces nations fussent élevés, mais de manière qu'ils persévérassent dans leurs rites spéciaux. Ainsi, les Orientaux célèbrent à Rome d'après leurs propres rites, et il est permis aux évêques maronites, coptes ou melchites,de passage à Rome, d'y conférer les saints ordres, suivant leurs rites, à des gens de leur nation (1).
L'établissement d'un collège à Rome fut accueilli par les Grecs avec reconnaissance, comme on le voit dans une lettre de Théodose Zygomalas à Martin Crusius : t Le pape qui occupe actuellement (1581) le siège de l'ancienne Rome a fondé une grande école. Il y a appelé des jeunes gens et y a mis pour instruire les docteurs qu'il a su se procurer de la Grèce. Et maintenant, beaucoup de précepteurs et d'élèves originaires de Grèce, comme des lettres d'amis dignes de foi me l'assurent, s'y livrent aux études, grâce à Dieu (2). »
A l'occasion de la fondation du collège arménien, en 1584, Grégoire XIII rend un témoignage éclatant à l'héroïsme de la Petite- Arménie : t Cette nation a bien mérité de l'Eglise et delà république chrétienne de plusieurs manières, et principalement il nous a paru digne d'une mention particulière qu'aucun Etat, qu'aucun peuple n'a plus souvent et plus promptement fourni des- secours aux princes et aux armées chrétiennes partant pour la recouvrance de la Terre-Sainte que les Arméniens qui, dans cette guerre sacrée, aidaient très courageusement et très fidèlement les chrétiens en leur procurant des combattants, des chevaux, des armes,
(1) Benoît XIV, loc. cit., chap. xiv et xv. — Lettre d'Abraham Ecchellensis à Jean'Morin, dans Antiquitates Ecclekiœ Orientalis clarissimorum virorum Barberini, L. Allatii^ L. Holstenii, Joh. Morini, A, Ecchellensis, etc., dissertation nihus epistolicis enucleatœ, p. 467. Londres, 1682.
(2) TurcO'Grœciaf p. 94.
des moyens de transport, des conseils, et enfin des ressources de
tonte espèce (1). • EnlOOS, Clément VIII rendait la décision suivante : Les prêlres ru[li6niens unis pouvant, dans l'égUso des catholiques de
rite lalin, se servir des autels, des vases et dea vêtements sacres des
Latins el y célcbrer la messe, en cas de nécessita, et même seulement
par motif de dévotion, mais â la condition qu'ils céièbrent d'après le rite
grec.
Réciproquement, les ppètres de rite latin peuvent, dans une église des
Huthéniens unis, se servir de l'autcî, des vases et des vêlements sacrés
et y célébrer la messe, mais d'après le rite latin.
En rappelant ce fait, l'auteur du traité De sacris Chrisliaiiorum rilibus mentionne que Clément VIII, et plus tard Benoît XIV,ont approuvé l'usage grec de Y antimension. Nous citerons plus bas les déclarations de Clément VIII à l'ocoasion de l'union ruthénienne. Ce pape établit à Rome même un évéque grec pour conférer les ordres sacrés, d'après le rite de cette nation, aux Grecs habitant dans les diocèses latins, et Clément XH institua un second pontife avec résidence dans lediocèse de Bisignano,afin que ceux lui demeurent loin de Rome ne soient pas obligés de venir jusque dans cette ville pour y recevoir les ordres sacrés d'après le rite grec (%).
Dans un bref de 1615, adressé aux évêques rutbéniens, Paul V rappelle qu'en admettant les Rutbéniens à l'union, le Saint-Siège ne peut jamais avoir eu l'intention de porter atteinte aux rites et aux usages de l'Eglise orientale, et Urbain VIII, par des décrets des 7 février et 7 juillet 1R91, défend aux Rutbéniens unis dépasser au rite latin.
Une décision de Clément IX, du 3 avril 1669, interdit aussi les changements de ce genre :
Pour conserver la paix entie les Arméniens unis du royaume de Pologne el pour d'autres causes très graves, il a été décidé avec l'assentiment delà Congrégation de la Propagande que, sans 'ine permission spéciale du Saint-Siège, il n'est pas permis, pour quelque cause que ce BOit, aux laïcs cl ecclésiastiques réguliers et séculiers, de passer au rite latin. En conséquence, il est formellement interdit â tous les archevêques, évêques el officiers des séminaires unis de prendresursoi doré-
(1) Citation de M. Dulfturier ilaii8 le Royaume de la Petite-Arménie, journal asiatique. 5* aérie, t. XVI£, d'après l«SuUarium Romanwn, l. IV, part. lV,p.T8. Rome, 1747.
(2) Benoît XIV, Allulœ aunl. cliap. KV.
navant d'accorder à leurs sujets de tout grade et de toute condition des permissions pour le changement de rite. Il est également défendu aux archevêques, évêqucs et autres prélats latins, et à leurs officiers, d'oser, à l'avenir, sous quelque prétexte et cause que ce soit, recevoir lesdits Arméniens unis voulant passer au rite latin, même avec la permission de leurs prélats arméniens, sous peine de nullité de l'acte.
Le 31 janvier 1702, sous le pontificat de Clément XI, la Congrégation de la Propagande rendit un décret ainsi conçu :
Sur le rapport du R. P. Charles-Augustin Fabroni, secrétaire, la Sacrée Congrégation a mandé qu'il fût ordonné, comme il est ordonné par le présent décret aux préfets des missions apostoliques, à tous, en général, et à chacun, en particulier, qu'aucun d'eux, à l'avenir, en quelque occasion et sous quelque prétexte que ce soit, n'ose accorder aux catholiques d'une nation orientale quelconque des dispenses pour les jeûnes, prières, cérémonies et autres obligations du même genre, prescrites par le rite particulier de ces nations et approuvées par le Saint-Siège apostolique. En outre, la même Sacrée Congrégation a décidé qu'il n'a pas été et qu'il n'est permis aucunement aux catholiques orientaux de quitter l'usage et l'observance de leurs rites propres, approuvés, comme il a été dit plus haut, par la sainte Eglise romaine. Cette décision, ainsi renouvelée et confirmée aujourd'hui, Leurs Eminences ont mandé qu'elle devait être observée entièrement et sans aucune tergiversation par tous lesdits préfets et missionnaires, en général, et par chacun en particulier (1).
En 1724, en approuvant le concile tenu à Zamosc (Pologne), en 1720, Benoit XIII confirma cependant toutes les constitutions de ses prédécesseurs et les décrets des conciles relatifs soit à l'autonomie administrative de l'Eglise ruthénienne unie, soit aux rites orientaux (2).
Benoît XIV envoya le slave Caraman jusqu'en Russie pour en étudier la langue liturgique, et institua une chaire de cette langue au collège de la Propagande.
Le BuUaire de ce Pape contient plusieurs constitutions sur les rites des Coptes, des Melchites, des Maronites, des Ruthéniens, des Grecs dltalie en général, et, parmi ces derniers, sur les rites du clergé de l'église collégiale de Messine appelée Sainte-Marie de Grafeo^ et enfin sur la conservation du rite grec dans Tordre de Saint-Basile.
(1) Benoît XIY, Allatœ sunt, chap. m.
(2) Voir à ce sujet le travail déjà cité du P. Gagarin, p. 9. — Le catholicistne romain en Russie^ par le comte Dmitry Tolstoy. Paris, 1863. Tome I"", p. 229.
Les papes et les jîiolises d orient 15
Dans la quatre-vingt-septième constitution du toniB I" de ce BuUaire, voici ce (ju'on lit sur les rites des Melchites :
Quant auï rites et aux usages de l'Eglise grecque unie, nous avons
d'abord, d'une manière gilnérale, établi par un décrel, qu'il n'i^tait et
. qu'il n'est permia à personne, â quelquo titre et sous quelque pnHexte
3 ce soit, et de quelque autorité ou dignité qu'il soit revêtu, mi^me
I patriarcale ou épiscopale, de rien innover, ou d'introduire quoi que
ce soit qui porte atteinte [imminual] S l'entière et exacte observation de
, oea rites.
Le même Pape dit encore, dans nue iettre adressée au patriarche d'Antioche, qui avait annoncé l'intention d'apporter une modification à l'office des présanctifiés :
Il faut que les anciennes rubriques de l'Eglise grecque soient conservées entièrement et en inculquer (incuîcari] l'exécution aux prêtres.
Benoit XIV renouvela la défense de faire passer les Orientaux au rite latin, comme il résulte de la constitution commençant par le mot Demandaliim, et inscrite sous le numéro 85 dans le tome I" de son Bullaire. Voici ce qu'on lit aux chapitres xviii et XXXV :
S'il arrive par la suite que, en cas de nécessité et faute d'un curé du rite grec, des Grecs reçoivent le baptême ou dos autres sacrements par le ministère d'un prêtre latin, ces Grecs ne seront pas, pour ce fait, considérés comme ayant embrassé le rite latin; mais, sans aucun doute, ils seront tenus de garder le rite grec dans lequel ils sont nés.
Nous défendons expressément aux Melchites calholigues qui suivent le rite grec, h tous en générât cl h chacun en particulier, de passer au rite latin. Nous interdisons formellement à tous les missionnaires, sous les peines portées ci*des8ous et sous d'autres que nous jugerions devoir 1 eur infliger, de conseiller ce passage du rite grec au latin et de le porraetlre même aux Orientaux qui le désireraient, sans avoir consulté le Saint-Siège.
En 1765. le même Pape rappela que cette défense s'appliquait à tous les Orientaux non unis, et voici en quels termes :
Lorsqu'un Grec ou tout autre oriental non uni désire revenir à l'iniité de l'Eglise catholique, il n'est jamais, et en aucune façon, permis à un missionnaire de l'engager à quitter son propre pile (1).
Nous citerons encore deux prescriptions de Benoît XIV, relatives
(1) Benoit XIV, AUiitœ sunl. chap. ii.
à ce qui doit être observé dans les lieux où les coinmunions grecque et latine se trouvent en contact :
Pour ce qui concerne les préséances, on ne doit pas tenir compte de la diversité du rite grec on latin, mais il faut considérer lecpiel des deux ecclésiastiques a été le plus anciennement ordonné, ou est revêtu delà dignité la plus élevée, et examiner les autres qualités qui, de plein droit, permettent de revendiquer le premier rang dans les solennités ecclésiastiques, à moins que Tusage ne soit différent.
Dans un diocèse habité par des Grecs et des Latins, et où il n'y a qu'un seul archevêque ou évêque ordinaire latin, ce prélat doit, pour les affaires et les causes de ces Grecs, désigner un vicaire grec, agréé par ses compatriotes ou élu par eux (car un Grec connaîtra mieux les usages des Grecs qu'un Latin). De même pour les appels au métropolitain, s'il se trouve que le métropolitain ne soit pas lui-même Grec, il doit désigner un juge spécial pour les causes des Grecs (1).
Sous le même pontificat, un missionnaire écrivit de Bassorah à la Congrégation de la Propagande, pour poser aux cardinaux les deux questions suivantes : 1® quel rite doivent observer les Syriens et les Arméniens, lorsqu'ils officient dans les églises des Latins ? 2** les missionnaires ont-ils la faculté de dispenser les Orientaux de l'abstinence du poisson ? Suivant l'usage, la Congrégation de la Propagande renvoya ces questions à l'examen de l'Inquisition générale. Les cardinaux composant cette dernière congrégation se réunirent en présence de Benoit XIV, le 3 mars 1755, et, de leur avis unanime, la décision a été : gii*il ne faut rien innover (nil esse innovandum (2).
Cette décision mémorable fat sanctionnée par Benoit XIV, qui, à cette occasion, adressa le 2 juillet 1755, à tousles missionnaires en Orient, la fameuse lettre encyclique qui commence par les mots : Allatœ sunL
Non pas seulement, dit Sa Sainteté en terminant, pour répondre à la lettre du missionnaire de Bassorah, mais pour rendre sensible à tous la bienveillance avec laquelle le Saint-Siège embrasse les catholiques orientaux, puisqu'il prescrit que l'on conserve entièrement leurs anciens rites qui ne sont contraires ni à la religion catholique, ni à l'honnêteté ecclésiastique; puisque, aux Orientaux qui rentrent dans Tunité catholique, il ne demande pas de quitter leurs rites, mais seulement d'abjuret: et de détester les hérésies ; désirant vivement que leurs diverses n3^ tiens (communions) soient conservées et non détruites et (pour cou:
(1) Etsi pastoralU, chap. ix.
(2) Benoit XIV, Allatœ sunt, chap. m.
LES PAPES ET LES ÉGLISES D'oRIENT
prendre beaucoup de choses en peu ile mois) qu'ils soient tous catholiues, mais nonpas qu'ils soient lous latins (1).
Cette encyclique do Benoit XIV est un traité complet dans lequel jSa Sainteté espose la doctrine constante de l'Eglise et prescrit leurs devoirs aus missionnaires avec une autorité qui rappelle les temps apostoliques : Indpiens mttem Pelnis exponebat Ulis ordinem (2).
Si nous essayions seulement de résumer ce document, ce serait répéter tout ce que nous venons d'exposer. Nous ne pouvons qu'en conseiller la lecture et en traduire ici trois passages qui forment B sorte de conclusion :
En ciierchaul;'» ramener à la religion caLlioliqueles Grecs et les autres orientaux non unis, les Pontifes romains ont eu seulement à cœur d'exirper radicalement de leurs esprits les erreurs d'Arius, de Macédonius, a Sestorius, d'Eutychès, de Dioscore, des Monothélites et autres héréâes dans lesquelles il y en a qui sont malheureusement tombés, mais [I leur laissant intacts et les rites cL la discipline qu'ils observaient et irofesaaient avant la séparation, et qui a'appuicnl sur leurs antiques et ■énérablea rituels et lilargiea. Ces mêmes Pontifes romains n'ont Jamais exigé qu'en revenant à la Toi catholique, les Orienlaus abandonlassent leur rite pour embrasser le rite latin ; car un tel changement }iii entraÎDé avec soi ia disparitioa complète do l'Eglise orientale et dos ites orientaux, ce qui n'a jamais été tenté en aucune façon, et a louours été et est encore aussi loin que possible des intentions du Sainte(3).
Voilà pour ce qui concerne la doctrine constante du Saint-Siège. Benoit XIV résume de la manière suivante les devoirs que cette doctrine impose aux missionnaires :
qui précède, il résulte que.pourrappelerles Grecs el les autres orientaux dans la voie de l'unité, il n'est pas besoin que leurs riles soient ibangôs ni altérés... Le missionnaire, qui désira ramener un Oriental noni, doit éviter avec le plus grand soin de l'exciter à embrasser le rite Ëitin ; car ce missionnaire n'a qu'une chose à faire : le ramener it la foi iatholique et non point le latiniser (i).
ËnSn, à propos de l'examen des missels des Orientaux. Benoît XIV dit ;
[ <1) Beuoit XIV, Allatœ si
1 (8) Actes dta Apôtres, ii, 4.
[ (3) BeQoit XIV, AUatœ svnt, cha|i. :
I (4) Benalt XIV, loc. cit.. cbap. xix.
18 LES ÂOLIUS DE L'OBIBNT
On a apporté uno circoDapoclioii altcutivo et cd quelque sorte isnipuleusc pour que le rile grec ne fût lésé en rien, mais conservé sans alteiute et intégralement (1).
Depuis Benoit XIV, aucun Souverain Pontife ne s'est occupé avec plus de sollicitude des communions orientales que Pie IX. La deuxième année de son exaltation, Sa Sainteté adressait aoz Orientaux une lettre encyclique qui commence par ces mots : /« supremd Pétri, et qui est du jour de l'Epiphanie de 1848. En voici un extrait :
....Nous conserverons enliéremeut intactes vos liturgies calboUquefl particulières, que nous honorons vàrilablcment, quoiqu'elles difTërent en plnsieura choses îles Eglises laliues. Car voa liturgies onl été hono* réC3 également par nos prédécesseurs, comme étant reoommandabics parla vénérable antiquité de leur origine et écrites dans les languM parlées par les Apôlres ou par les Pères, et comme comprenant dM oérémonles d'un éclat el d'une magnlticoncc imposante, propre ft exciter la piété et la vônéralion des fiilèlcs pour les saints mystères.
Celte sollicitude du siège aposloliqiio pour les liturgies catholIqtHU lies Orientaux est démontrée par plusieurs décrets et constitutions que les PontiTes romains ont rendus pour que ces liturgies soient conservées. Parmi ces docunienls, il surflra de rappeler les lettres de notre prédécesseur, Benoit XIV, et parliculièremonl celle qui a été écrit* !• W juillet 1755, et qui commence par ces mots : AUatw 3unl. Cette aoUicltude est prouvée, en outre, par la liberté laissée aux prêtres orlenttax venus en Occident, non seulement de célébrer dans les églises dol Lutins d'après le propre rite de leurs nations (2), mais encore d'avoir en plusieurs lieux, et surtout a Home, des églises bâties pour leur asam spécial.
II ne manque pas non plus en Occident de monastères de rlle orl«atal, ni d'autres établissements destinés à recevoir les Orientaux, ni d* collèges Tondes spécialement pour quo les flls des orientaux, soit seuls, soit méléa à d'autres .ieunos gens, éindient tes tellres et )eg sciences sacrées, se forment A l'instruction cléricale et dcvIeuRcnt ainsi aptes à remplir les fbnctions ecclésiastiques chacun dans sOD pays.
Voici maintenant ce que dit Pie IX dans le môme docutuent ha Bi^et de la hiérarchie actuellement existante dans les pays séparés «le la communion du Saint-Siège:
(1) Benoit XIV. ibid.. dinji. ivxii.
(S) l.'C£i<Fr« dtt i-coUt d'Orient s fait céUbrrr avac aalennlU i)«> m*tM» d'npKi dinrents ritei orii^nUui dana l«a principale* «irliBea ilu l'ani nu ililUa« d'un concours immen»* cl «viiip.iilii<|u« île llilf lai, Beaucnop tl* rnihollqu*! IsUu ; ont rotu la coromunion par U niiniil#r« lUi prêltM orii'iitnui-
LBS PAPB9 BT LES ËQLIBES D'oRIENT
Nous avons déterminé et arrôlé qu'à l'égard des miDÎslrcs du culte dans les nations non-unies, simples prélrca ou évéques, qui rcviendraienl à l'unité catholique, nous observerooe la règle quo dos prédécesseurs, tant anaiens que modernes, ont tant de fois suivie, c'est-â-dire que nous leur conserverons leurs rangs et leurs dignités, afln d'employer leur coopération, conjoinlemenl avec celle du clergé déjà uni de l'Orient, pour conserver et étendre le culte de la religion catholique parmi leurs compatriotes.
Au mois de décembre 1853, Pie IX donna à l'Eglise valaque unie une hiérarchie de son rite, indépendante de l'autorité des évèques latins et relevaut directement du Saint-Siège. Voici un extrait de l'allocutioa que Sa Sainteté prononça à cotte occasion dans le consistoire secret du 19 décembre de la même année :
Guidés comme nous par l'esprit de la charité chrétienne (lui est douce et patiente, nos prédécesseurs ont d<^'clarê que les rites sacrés, adoptés par l'Eglise orientale, qu'il» n'ont pas trouvés contrairea à la fol orthodoxe, non seulement ne devaient pas être iiiiprouvÈs, mais qu'ils devaient être observés et maintenus, comme recommandables par l'antiquité même de leur origine et comme provenant, en grande partie, des saints Pères. Bien plus, nos prédécesseurs, par des coustitutioua expresses et très sages, ont édicté qu'il n'est permis à personne d'abandonner les rites orientaux. Us savaient que l'Epouse immaculée du Christ se distingue par une admirable variété qui ne nuit pas h l'unité, que l'Ëglise, qui n'est pas enfermée dans les limites des pays, embrasse tous les peuples, toutes les nations, toutes les races qu'elle nourrit par l'accord et l'unité de la foi, quelle que soit la diversité des mœurs, des langues et des rites approuvés par l'Eglise romaiuc, mère et maltresse de toutes les autres. Notre prédécesseur de glorieuse mémoire, Grégoire XVI, le savait parfaitement, et, appliquant ses soins et sa vigilance pastorale à la nation des Valaques de rite grec qui habitent la Transylvanie, il a voulu leur instituer une hiérarchie ecclésiastique particulière de rite grec pour les diriger, les consoler et les confirmer dans la foi catholique. Ce que notre prédécesseur n'a pu accomplira cause de la dirficullé des temps, nous l'avons achevé en grande partie, à la grande consolation de notre âme.
Cet empressement à constituer une hiérarchie séparée n'est pas un des moindres témoignages de la sollicitude des Papea pour les Eglises orientales ; il sert aussi à déraonU'er par des faits que le Saint-Siège ne cherche ni à absorber ni à latiniser les Eglises qui rentrent dans l'union.
C'est ce que Pie IX a rappelé aux Arméniens dans une lettre encyclique eu date du 2 février 1854 :
'20 LfS ÉGLISES bE L*0RIEKT
Vous n'ignorez pas avec quelle persévérance ce siège apostolique a constamment donné aux Arméniens tous les secours par lesquels il était possible de pourvoir d'une manière ou d'une autre, selon leur propre rite, à leurs nécessités de toute espèce et particulièrement à leurs besoins spirituels... Vous vous rappelez comment, dès que les circonstances le permirent, ce siège apostolique établit à Constantinople un pasteur arménien revêtu de la dignité épiscopale et comment plus tard, les Arméniens ayant, grâce à la clémence du souverain empereur des Turcs, acquis la liberté qui, par l'union des âmes, devait faire fleurir la religion et lui donner une vigueur nouvelle, un siège archiépiscopal et primatial fut érigé pour eux dans cette même ville, afln qu'ils eussent leur propre archevêque. De tout cela font foi des lettres apostoliques de notre prédécesseur Pie VlII. Tout le monde connaît également les soins infatigables et tout particuliers de notre prédécesseur immédiat, Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, pour reconstituer cet insigne diocèse.
Dans le courant de cette lettre, Pie IX parle encore du soin que le Saint-Siège a pris dans tous les temps de maintenir les antiques et saints rites de l'Eglise orientale.
EnjBn, Sa Sainteté a donné aux Orientaux une nouvelle et précieuse preuve de sa sollicitude paternelle. Par des lettres du 6 janvier 1862, Pie IX a institué une congrégation spéciale qui prend le nom de t Congrégation de la Propagande pour les affaires des rites orientaux. » Nous en donnerons plus bas la partie substantielle.
Le Saint-Père n'a pas laissé échapper cette occasion de rappeler encore une fois au monde chrétien les principes qui guident la Papauté dans ses rapports avec les Eglises orientales. Voici les graves paroles de Sa Sainteté :
Nos prédécesseurs, non seulement n'ont jamais eu l'intention d'amener les Orientaux au rite latin, mais ils ont déclaré en termes clairs et précis, toutes les fois qu'ils l'ont jugé opportun, que le ëaint-Siège ne demande point aux Orientaux l'abandon de rites vénérables par leur antiquité et par le témoignage des saints Pères. Il n'exige qu'une chose, c'est qu'on n'y introduise rien qui soit contraire à la foi catholique, dangereux pour les âmes ou attentatoire aux vertus ecclésiastiques, comme le démontre péremptoirement un de nos prédécesseurs Benoît XIV, d'illustre mémoire, dans son encyclique Allatœ sunt, du 5 juillet 1755, adressée aux missionnaires en Orient. Si donc quelque chose a jamais été introduit dans les rites de l'Orient, ce n'est point au Saint-Siège qu'il faut attribuer ces innovations.
Le pape Léon XIII, heureusement régnant, a montré sa soUici^^
LES PAPES ET LES ÉGLISES d'ORIENT 21
tude éclairée pour les Orientaux par un acte d'une délicatesse bien remarquable. Par suite d'un ancien usage, qui remonte aux invasions des infidèles, les sièges situés dans les pays^ dont les souverains ne vivaient pas en communion avec Rome, portaient la désignation in partibus infidelium. Gomme une domination chrétienne a été, grâces à Dieu, rétablie dans quelques-uns de ces pays et que dans d'autres les chrétiens ont reconquis une situation moins abaissée, le Pape, pour ne pas blesser ces chré tiens, ordinairement non-unis, a supprimé l'antique appellation : les prélats pourvus de ces sièges portent maintenant la désignation d'évêques titulaires. Le décret de la Congrégation de la Propagande pour les Orientaux est du 27 février 1882.
Léon XIII s'est occupé, avec le même soin paternel, de l'instruction à répandre dans l'une des premières communions orientaies, en même temps que dans la plus humble. Le 1®' mars 1883, il était fondé à Rome un collège spécial pour les Arméniens sous le protectorat d'un cardinal arménien. Déjà en 1879 le même pontife avait établi au Caire un séminaire pour la petite communion des Coptes.
LHS ACTES D'UNIÛW
Lorsque des Eglises orientales se sont rôiinles avec l'E romaine, il a été entendu que la lii^>rarchio alors existe les rites anciens seraient conservés.
Le deuxième concile, réuni à Lyon eu 1274, avait prononci! l'union dea deux Eglises. Voici ce que l'empereur Michel Paie»logue et les évoques grecs écrivirent de Constantinople au pap« Grégoire X :
Nous reconnaisaons, nou9 acceptons si uous conressona de coeur el do bouclie cette fol vraie, sainte, catboliquo el orlbodose, que la sslnl* Eglise romaine retient, enseigne Hdèlement et professe : noue prooMttons d'observer înviolablemeql oette profession, d'y persévérer loi^ jours et de ne jamais nous en écarter et détourner d'aucuns nanlèrs- Venant h l'obéissance spontanée à cette même sainte Eglise romaine, nous eu confessons et nous en reconnaissons la primauté, nons l'acccplons et nous nous y soumettons de plein gr6. Toutefois, confessant ces choses, les approuvant, les acceptant et promettant de les obser^ ver, comme il a été dit ci-dessus, noua prions Votre (Irandeur pour qut notre Eglise récite le symbole comme elle le récitait avant la sépanh tion et jusqu'aujourd'hui, pour que nous persévérions dnns nos ritei usités avant cette séparation, lesquels ne sont contraires ni à ladite fol. ni aux pn^ceptes divins, ni fi l'Ancien el au Nouveau Testament, ni A.]^ doctrine des saints conciles généraux et h celle des saints Pères a par les saiuts conciles qu'a reconnus l'autorité spirituelle de I'^ romaine (1).
Voici les réflexions que cette lettre a suggérées à Benoit 3 Quoique la réponse de Grégoire X à cette lettre des OrienU péri, ce pontife ayant considûré comme valable l'union i signée en ces termi?8, on en a conclu avec raison que la sosdilo cobÎ tion a été aussi approuvée et acceplée par Sa Sainteté.
Uu re.tte, Nicolas III, successeur do Grégoire, a montre d'une manière évidente quel était son sentiment sur cette question, lorsqu'il s'est exprimé ainai par les légats qu'il avait envoyés à Constantinople : Quant aux autre» ritet greci, l'Eglise entend que les Greci toient bUn
11) UU- Uich. Pal. aJ Orage
IBS ACTES t'DNIOK 98
«n les tuivant, et elle leur permet de partêvêrer dans ces rilas, par lesquels le Saint-Siège a décidé que l'intégrité de la foi catholique
n'est pas lésée et qu'il n'est pas dérogé auto décisions sacrées des canons (1).
L'atite du concile œcuméuique de P'Iorence, qui a prononcé, en 1439, la réunion des Eglises latine et grecque, contient la disposi- :tion suivante destinée à consacrer la hiérarchie des communions orientales. C'est le pape Eugène IV qui parle dans un acte signé par tous les Pères latine et grecs du concile, à l'exception d'un seul :
Renouvelant l'ordre établi dans les canons, nous déflnîSBoos da la manière suivante l'ordre entre les autres vènéraLles patriarcbea, c'està-dire que le palriarclie do Constantlnople aoit le seoond après le trôa aainl pontife romain, le patriarche d'Alexnndrie le Iroisiëme, le patriarche d'Antioche le quatrième, et le palriarohe de JÈruaalem le cinquième, tous leurs droits ^'tant, d'alUeurG, maintenus Intacts.
On trouve encore cette phrase dans l'acte de Florence !
Nous dâflnlssona que le corps de Notre-Seigneur Jèsua-Chrlst est consacré vMtableraoot dans le pain de froment aussi bien azyme que 'Tmenté, et que les prêlrea peuvent consacrer également l'un ou l'autre pain, chacun suivant l'usage de son Eglise occidentale ou orientale (2).
Les stipulations du concile de Florence sont reproduites ou rappelées dans les actes qui suivirent immédiatement, et par lesquels les Nestoriens de Chypre, les Arméniens et les Jacobites (3) firent leur union avec Borne.
En 1595, les évèques ruthéniens conclurent, avec le Saint-Siège, iine union qui dure encore partout où elle n'a pas été interrompue par la ruse ou par la violence.
Voici ce que contient la délibération dont ces évêques signèrent e décret avant de se rendre à Rome (4) :
(1) AltatcB iuni, chap, xi.
(S) Acte dM coHcili de Florence, trajuit «n françaii avsa una iotroiluoiion et
M notes. Paris, Chalismel, 1861.
(3) Thomas de Jésus, toc. cit., p. 542, 5T! et 591. — Raynaldua, ad annum 1H4, - L'acte d'union dea S'estoriena a. âté publia en français dans la Chaldée chri-
Paris. 1864, Cballame!.
(4) Ltgattona Alexandrina el Ruthenîca ad Clemtntem VJII. Paris, B. Durât, 1S60, pp. 100, 106, lis et 120. Kilition du prince Galiizin, qui eu a publid
Et que le Dieu tout-puissant» auteur et dispensateur de tous les biens, nous conduise à la concorde et protège cette si sainte entreprise à laquelle nous souscrivons de nos propres mains, témoignant, par cet écrit, de notre désir et de notre résolution, cependant à la condition de conserver saufs et intégralement nos cérémonies et rites pour accomplir le service divin et administrer les sacrements conformément à Tusage de TEglise orientale, après les avoir corrigés dans les points qui empêcheraient cette union, mais de manière que tout se passed'après Tancien usage, comme il en était autrefois quand l'union existait.
On lit encore dans la letti^e que ces évèques adressèrent au pape Clément VIII à la suite de cette délibération :
Nous envoyons à Votre Sainteté nos chers frères, les vénérables Hypathie Pociei, protolhrône et évêque de Vladimir et de Brzesc, et Cyrille Terlecki, exarque et évêque de Loutsk et d*Ostrog, auxquels nous avons donné mandat d'aller trouver Votre Sainteté et (si Vôtre Sainteté daigne nous conserver et nous confirmer intégralement et inviolablement, en son nom et en celui de ses successeurs qui ne pourront jamais y rien innover, l'administration des sacrements, les rites et les cérémonies de l'Eglise orientale comme nous les pratiquions du temps de l'union) de rendre au siège de saint Pierre et à Votre Sainteté, comme pasteur suprême de l'Eglise du Christ, l'obéissance qui lui est due, en leur nom, en celui de tous nos archevêques et évêques, et de toute l'Eglise de notre Etat et des brebis qui nous sont divinement confiées.
Dans la profession de foi que récitèrent publiquement ces envoyés, ils dirent entre auti'es choses :
Je crois, je reçois et je professe tout ce que le saint concile œcuménique de Florence a défini et déclaré sur Tunion -de l'Eglise occidentale et orientale, à savoir, que dans le pain de froment, azyme ou fermenté, le corps du Christ est véritablement consacré et que les prêtres doivent consacrer le corps de Notre-Seigncur avec l'un ou l'autre de ces pains, chacun suivant la coutume de son Eglise occidentale ou orientale.
Clément VIII, dans le bref adressé, le 7 février 1595, aux archevêques et évêques ruthéniens, dit :
Vos rites et cérémonies, qui n'empêchent en rien l'intégrité de la foi catholique et notre mutuelle union, nous vous permettons de les
aussi une ancienne traduction : Discours de Vorigine des Russiens et de leur miraculeuse conversion, parle cardinal Baronius, p. 24,29, 40 et 41. Paris, Techener, 1856.
1£8 ACTB8 D'CNION
conserver de la même manière que oela a été permis par le concile Je Florence.
La buJle de promulgation de runion, qui commence par les mots Magnus Dominus, contient aussi la clause suivante ;
Aân de démontrer davantage noire amour pour les Rutliéniens, tous les rites sacrés et toutes les cérémonies, dont les évtfques et le clergé rulhêniens se servent, d'après lea instilutions des saints Pères grecs, dans les divins oftlces, dans la célébration du salut sacriUce de la messe, dans l'adminislraliOD des autres sacremenls et dans les diverses ronctioDs sacrées, pourvu qu'ils ne soient pas contraires à la vérité et â la doctrine de la foi catholique et n'ezclueiit pas la communion avec l'Eglise romaine, par notre bienveillance apostolique nous les permettons auzdits évéques et audit clergé ruthéniens, nous lea concédons et nous y consentons (i).
Nous parlerons maintenant des Bulgares.
En 1203, le second empire bulgare faisait retour à l'unité, et à cette occasion le pape Innocent III adressait au pontife de Ternovo la lettre suivante qui fondait l'autonomie de la hiérarchie bulgare (3) :
Nous t'établissons primai dans le royaume des Bulgares et des Valaques et, par le présent privilège, nous concédons ù l'Eglise de Ternovo l'autorité primatiale ; nous établissons que toi et tes successeurs, qui te succéderaient dans la dévotion au Saint-Siège, vous aurez, comme primats, la prééminence sur les autres métropolitains de la Bulgarie cl de la Valachie, et ces métropolitains montreront à toi et â tes successeurs, dans la forme canonique, la révérence due à an primat. Noua voulons faire savoir à Ta Fralernilé que, chez nous, ces deux mois primat ai patriarche ont presque la même signiflcation. puisque les primats et les patriarches ont la même autorité sous des noms différents. Par ce présent privilège, nous accordons aussi k toi et à tes successeurs la faculté d'oindre, de bénir el de couronner les rois des Bulgares et des Valaques. A ta mort, nul ne pourra élre subrepticement élevé sur le siège de Ternovo. mais bien celui qui aura été élu canoniquement suivant la coulurae approuvée. Que celui qui aura été élu par les métropolilaius et les évéques qui pourroul se trouver présenta soit consacré évéque solennellement. Une fois consacré, il enverra au Sainl-Siège des nonces, pour demander le pallium, insigne de la plénitude du pouvoir pontifical. A son avènement, il prêtera serment à nous ou h nos successeurs et à l'Eglise romaine. Mais lorsqu'un des métro-
(1) Bullarium S. C. de Propagandà Ftde, t. I', p. S2, Ttome, 1839, el dans la traductioQ allemande [lubliée en 1857 h Munater de l'ouvrage du P. Oagni'in, 1m RitisU sera-t-ellc cuthutique f
(2) La Bulgarie chrétienne, p. 43. Paris, I8âl. Challamel.
36 LES ÉOLISaE DE L OKIBNI
polUalna gouiuiB ô ta primatle sera mort, c'est toi qui cooflrmeru flj lion du successeur et qui donueras h sa personne la consécration. é copale. Avec des nouées de l'Eglise à laquelle il faut pourvoir, bl msuderas des nonces à toi pour demander au Sainl-Stège le palllum qae nous l'euverrons volootiera et avec plaisir par ces nonces. Tu la recevras sous notre cachet et tu le conféreras solennelleraenl dans la forme au mûtropolitain élu. Si nous jugeons à propos qu'un légal ou uu uonoe y assiste, tu accompliras la cérûmonie ex œquo et do concert avec lui. De même pour l'Eglise bulgare et valaque, noue Le couct>.donH de faire chaque année, le jour de la Cane de Notre-Seigneur, le cliréme et rbuUu des catéchumènes ul des malades, etc.. En outre, nous accordons i) Ta Fraternité la faculté de faire porter devant loi dans toute la Bulgarie et la Valachie la croix el une bannière représentant la passion da Notr» Seigneur (1).
Le 94 décembre 1860, des Bulgares écrivaient à Mgr Antoine Hassoun, au moment de rentrer dans l'union :
L'Eglise romaine a eu de tout temps une sollicitude paternelle pour les chrétiens d'Orient et pour la conservation de leurs cérémonies religieuses, de leurs coutumes cl autres inslilutioDS adoptées de temps immi-morial cl conservées jusqu'à nos jours. A cet effet, noua avoas l'asaurancB qu'en faisant l'union avec la sainte Eglise romaine, conformément aux décisions du Concile œcuménique de Florence, aotn liturgie, nos rites, nos cérémonies el coutumes religieuses, instituôa par les saints Pérès et conservés religieusement, ne seront nullement modlfli^s ; mais que, bien au contraire, ils seront respectés, ainsi que noire hiérarchie nationale, et que noire clergé seul administrera. Pc cette manière, loua nos compatriotes seront tranquillis^Vi mauvaises suggestions qu'on ne cesse de faire h celte occasion.
M(;r Antoine Hassoun a répondu :
Cette union n'étant qu'un retour à l' Eglise-mère (dont vous avez i dès le commencement votre hiérarchie), votre liturgie, vos Plles,^ cérémonies et coutumes religieuses, institués par les saints I'âr« conservés religieusement Jusqu'à nos jours, non seulement ne son pas changés, mais ils seront respectés et recevront une uouvelle consécration, aiusl que le proclame solennellemenl le souverain pontlfo actuel dans l'encyclique du janvier 18i8, adressée aux Orientaux.
Noua lîous empressons de vous assurer également que, coDromiémcnl A la m^me encyclique, voire clergé avec sa hiérarchie nationale sera respecté et conflrmô dans ses honneurs et dignités; en conséquence, le clergé et la hiérarchie qui devront voua gouverner seront voire clergé et votre hiérarchie bulgares sous l'égide do la suprématie