‹ Documents relatifs aux Eglises de l'Orient et à leurs rapports avec RomeChapitre 7 sur 13 · NUI- M» I · texte numérisé non relu

NUI- M» I

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(l) Lb t.

LES ACTES d'union 27

des souverains pontifes, qui ont tant aimé votre Eglise et votre nation si florissante dans les anciens temps avec ses rites et sa langue.

Ghers enfants de Notre-Seigneur Jésus-Christ, soyez donc entièrement rassurés à cet égard; ne prêtez aucune foi aux suggestions de ceux qui, comme écrit saint Paul aux Philippiens, cherchent leurs propres intérêts et non cevuc de Jésus-Christ,

A la lettre que les Bulgares adressèrent au Pape, le 30 décembre 1860 par l'entremise du délégué apostolique, et dans laquelle ils priaient Sa Sainteté de conserver leurs rites ou usages ecclésiastiques, Pie IX répondit :

Ces mêmes enfants chéris, les Bulgares unis, nous ont exposé très respectueusement dans la susdite lettre leurs vœux pour la conservation de leurs rites sacrés et légitimes, de leurs cérémonies, de leur liturgie et de leur hiérarchie. C'est pourquoi vous leur confirmerez, en notre nom, ce que leur a déjà répondu le vénérable frère Antoine, archevêque primat des Arméniens, à savoir que nous leur accorderons très volontiers ce que nous avons exprimé et déclaré clairement et ouvertement dans notre lettre encyclique aux Orientaux du 6 janvier de Tannée 1848.

Le maintien de la hiérarchie et des rites des Eglises orientales est donc inscrit dans les chartes octroyées aux communions unies.

Il n'y a rien à ajouter à l'autorité des témoignages qui viennent d'être cités au sujet des sentiments dont l'Eglise romaine est animée à l'égard des Eglises orientales. On voudrait seulement rappeler ici que les grands ordres religieux ont suivi fidèlement la voie tracée avec tant de clarté et de persistance par les chefs de l'Eglise : on le fera en indiquant quelques passages dans les ouvrages d'un certain nombre de docteurs ou de missionnaires appartenant à différents ordres.

Les Bénédictins. — Le 23 octobre 867, Nicolas P' consulta les évoques de France avant de répondre aux accusations formulées contre l'Eglise romaine par les empereurs grecs Michel et Basile dans une lettre adressée au roi des Bulgares (1). On a conservé les réponses d'Enée, évèque de Paris, et de Ratram, moine bénédictin de Corbie.

Ce dernier est très explicite pour approuver la variété des usages dans les diverses Eglises, t Les coutumes des Eglises, dit-il, ont toujours été différentes et ne peuvent être uniformes. » Il cite, à l'appui de cette opinion, une lettre de saint Augustin à Gasulan et divers passages de l'histoire de Socrate. Il ï^egarde comme tout à fait indifférente la pratique de laisser pousser ou de raser la barbe et les cheveux (2).

Au quatorzième siècle, dans le couvent d'Emmaûs à Prague, les religieux bénédictins officiaient en langue slavonne, selon le rite romain (3). L'usage de célébrer une fois par année l'office tout entier en langue grecque s'est conservé longtemps dans le couvent du Mont-Cassin.

Les Carmes. — Vers la fin du dix-septième siècle, un carmie déchaussé, Thomas de Jésus, a parfaitement exprimé, dans les

(1) La Bulgarie chrétienne y p. 20.

(2) Histoire dePhotius, par l'abbé Jager, 2« édit., p. 162.

(3) Dobrowski, p. 297.

LEB ORDRES REUSIEUX

Dignes suivantes, les scHtiments tli? l'Eglise catholique à l'égard des Orientaux en général et des Ruthéniens en particulier :

Ceux qui travaillent à ramener les âmes dans les pays d'Orient doivent Vd'abord s'accommoder k la nature et â la manière d'être de ceux qu'ils

■ s'elîorceiit de ramener et comoiencer par leur céder dans toutes les s qui no a'opposent pas essenliellement au salut éternel, de peur

Ique, pour quelque intérêt secondaire, ils ne perdent l'essentiel : car m celui qui se mouche trop fort fait jaillir le sang. (Prov., xxni.)De cette I manière, ils obtiendront leur bienveillance et leur amour, et quand ils I auront obtenu cela, tout le reste suivra facilemeul. Comme l'amour c tout, et comme le joug du Christ est doux et plein d'amour, rien

■ a'eat plus propice, aussi bien pour ramener un pécheur à Dieu ou un \ Bchismalique à l'uniou que pour convertir un infidèle à la foi chrétienne, »ricn n'est plus propice que l'amour inspir<3 par l'instructeur spirituel, ritfon enfant, montre-moi Ion cœur, c'est-à-dire aime-moi, pour que, par

■ ton amour, j'attire tout à moi; car tout ce que je désirerai de toi, par «elaseul je l'obtiendrai. C'est ainsi que Notre-Seigneur Jésus-Christ, au

il constitua Pierre chef de son Eglise, demanda de lui seu- Element l'amour, et cela par une iatcrrogalion trois fois répétée, comme

■ pour montrer combieu cet amour est nécessaire ; Simon-Pierre, Èm'aimes-tu ? etc. (S. Jean, xxi.) Car celui qui aime sera aimé à son tour. I Ainsi, si tu m'aimes, Pierre, tu aimeras aussi ton prochain, et ton pro- Behain t'aimera, et ainsi tu attireras tout d moi et tu seras un bon pasteur.

■ Aussi saint Paul, co grand zélateur du Christ, travailla-t-il de toutes ses

■ forces à imprimer cet amour dans les cœurs des fidèles, et il ne réola- I mail rien d'eux avec autant d'instance que d'aimer lui el tous leurs

■ chefs, et de s'aimer sincèrement les nus les autres. Car, dil le Cantique Ides Cauliques, l'amour est fort comme la mort, et, de même que rien

■ no résiste à la mort, rien ne résiste ù l'amour. Donc il est d'abord et ■surtout nécessaire de s'accommoder au génie des hommes et de se ■faire le serviteur de tout le monde, afin de pouvoir gagner tout le ■monde, avec saint Paul, qui disait dans sa l" Epitrc aux Corinthiens, ■ohap. IX :

I. J'ai vécu avec les juifs, comme juif, pour gagner les juifs; . Avec ceux qui étaient sous la loi, comme si f eusse encore été soui %ta loi, quoique je n'y fusse plus assujetti, pour gagner ceux qui étaient Uaotts la loi; avec ceux qui n'avaient pas d« loi, j'ai vécu comme si j'ciwie été moi-même sans loi, afin de gagner ceux qui étaient sans îoi. 22. Je me suis rendu faible avec les faibles, pour gagner les faibles. I Enfin je me suis /ait tout à tous, pour sauve)- tous.

Et les Apôtres, dans les premiers temps de l'Eglise, ont voulu faciliter lia voie aux juifs en ordonnant, par égard pour les juifs, aux fidèles des ftnationa converties, de s'abstenir de sang et des animaux étouffés, pour 1 pouvoir gagner les juifs.

Il faudrait qu'un ou deux ou plusieurs ordres religieux obtinssent du

LES ÉQLIBES DB l'orIENT

Saint-Siège l'aulorisatioii do cMi^brer d'après le riLo rutlifnicii, aprAi avoir enlevé les erreurs et las siiperati lions (s'il y en a) que l'iiicuria o« l'ignorance y aurait introduites, et en ramenant chaque chose à co qu'elle était ft son principe et à son origine.

... Des religieux do cette sorte no dËprécieraicnt pas les rites et lei Cf^rémonies de l'Orient, mais plutôt ils les esalleraient comme ItMir oLose propre, par leura paroles et leurs actions. Les mission nuira latins sont regardés avec Inquiétude comme des élrangora et des rivim par les Rulhéniena, qui eonséquemment ne les écoutent pas, mais lei craignent et les soupçonnent, appréhendant toujours d'être trompés, ce qui donne ocoasîou aux démons de suggérer beaucoup d'idées Riunes sur l'Eglise romaine. An contraire, ces religieux de rite oriental semitiOl reçuH par loa Rulliéniens comme étant dca leurs; Us soraieot écoutés sans soupçon. Les Ituthénïens, on les voyant instruits, croiraient «s eux, et se glorifie raient d'avoir parmi eux des hommes si Instruits, qui seraient comme leur couronnement. A cause do cola, ils les aimeraient beaucoup. En effet, ils n'aiment pas les Latins dont la supériorlti} tes déprécie eux el leur rite; par la même raison, ils s'attacheraient vivement ft ces religieux comme augmentant leur propre gloire et rehaussant lo rite grec. C'est de cette manièBe que, sons l'inspiration du Saint- Esprit, saint Paul commença ft convertir les dreos païens ii l'EvangUe. En elTel, il ne leur a pas annoucé qu'il venait leur prêcher un Ûlcv nouveau; raiiis (Actes des Ap6lres, xvii, iS) il leur a dit : Comme /r regardais enpananl tesitaluet de vos Dieitx,fai trouvé un auletoà ft était écrit : Au Dieu Inoonnu. Co Dieu que vous adorer tans le am* naître, c'est celui que je vous annonce. De mirae ces religieux pov^ raient dire : " Nous ne cherchons pas fi vous éloigner de la vraie fol «l « du rite grec. Nous ne vous prêchons pas uno chose nouvellOf msia u n que vous praliqucK déjà sans lo bien connaître, etc. »

C'est encore pour s'accommoder au goût des Juifs, que talut Paol tt circoncire TIraothée. quoique ce ne fût pas nécessaire (1).

Les Douimicains. — Saint Tbomas d'Aquin est trèa «cplioUs aur le respect riui est dû aux observances des Oricataux. U dit, par exemple (2) :

Comme un prêtre dans l'église latine pèche en consacraol avoo (ht pain fermenté, de même, dans l'Eglise des Grecs, un prùtm gréa pécherait en consacrant avec du pain azyme, comme pervorUasanl )• rite de son Eglise.

Jacques Goar a publiii sY Paris, aii milieu du xvii" siècle, on

(I) l'union Mi^nt', p. 401 el 'IGG.

\^i inilienliuDK du v«u<rublg Thmmai d« Jttut tout rappelas ilnni !a tranil ita I'. llagltrin : D* l'avmfr it rSglin gm-que unie. Pariii, Douniol, IMS.

(i!) ft. Tlioinie Aquiuali* Summa totiui Thtologïio. l'an*, ISU((-lSi&, 3* pwrUa. p. m. '

LES ORDRES RElLtGtEUX 31

Utuel grec (1). Vtrfci comment Goar rt'exprîme, au débat de son uvrage :

Personne, excepté peut-êlre un ignorant, n'osora condamner la iverailâ des rites dans l'Egliae, épouse do Dieu el miroir vivant do ses «rfections, dans l'I^glise gui, avant que le monde ne périsso par la uprême catasLroplio, professera l'unité de la Toi qu'elle avait cmbrassd-c I (>on berceau et à laquelle ([uelques-uns ont failli; car elle a conserve ;lorienscmeDt le même usage de chaque sacrement, quoique oeuz qui es administrent ou les rites peuvent différer. Quoi ! si l'Eglise elle-même ne rougit pas de louer son Epoux en diverses langues, peut-on l'acctiaer t'incoustunce et regarder son union comme menaongèra parce qu'elle mploie descérémoniea différentes? En aucune façon.

Suivant les diverses maniëro): dont ello est exposée an soleil, la lolombe fait briller sur son cou des couleurs qui varient, soit à cause les mouvements de sou corps, soit à cause des aspects différents de la tamière; de même TEglise fapparait comme une colombe, qui est sortie lo8 ouvertures de la pierre anjçulaire brisée sur la croix et ipii s'y >éfUgie dàs que vole un oiseau méchant, Ecoute comme le Seigneur 'Invite en l'appelant belle ! Mais d'où lui vient uuo si grands beauté ? )o nulle autre part que de l'unité, qui, jointe à la variété, augmente ietle splendeur que le royal prophète a cUantéa à sa manière, et plus leureuscment que tout autre, par cette expression [2}:£a Reine s'exl inuit à ta droite en un vêlement doré, bordé d^ornementa variés. Les jtes différents sont Ica franges d'or distinctes par dea variétés (3)i dont 1 diversité attire â la connaissance et en même temps l'i l'amour du Sieu unique, retient ceux qui ont l'té attirés, et touche ceux qui ont été ^lenus.

L'EgUse orientale et occidentale est uue; elle contemple et vénéro un leul Dieu auteur de toutes chosos. L'une diffère seulement de l'autre ^ les formes extérieures do l'adoration, Le Dieu très bon et 1res grand est le seul objet de la foi que l'une et l'autre Eglise professent. .ussi demandez aux fidèles de l'Orient et de l'Occident quelle est leur IBSpéranoe, ce qu'ils désirent et ce qu'Us attendent. Ils répondront que la béatitude est l'objet de toute lour attente, parce qu'ils naissent, sout nourris et perfectionnés dans la réception des mêmes sacrements. Si l'univers est partagé et divisé entre l'Eglise latine et grecque, qu'y *-t-ll d'étonnant si elles diffèrent par la manière d'être? Chez l'une et "'autre, le sens des mots exprime le même culte de Dieu; le son du langage diffère seul...

Que le Grec conserve donc ses usages dans son Eglise et que, de son

(I) Siluate Ora'corum coMp!erte-ii:< ritiis. et oriUnes dicinu.' lilitrgiœ... juxlii ■uatm nriântalis Ecctesiie. operil R. P. F. Ociar. Parisini, ordinis F. F. Prœdicatorum, S. TbeolopBB lectoris, uuper lu UrieDlem miMi apostûlid. In-folio. Paris, ' S. pjpet, IftlT.

12) P», ïLcv. lu.

(li) Pb. tl[v, 14 ei 15. IH fimbriis a%mi>, eirmtmamietavarittatibwt.

33 LES ÉGLISES DE l'oRIENT

côté, le Latin ne s'éloigne jamais de son rite I La Grèce se vante d'avoir eu Paul pour docteur... L'Eglise latine se souvient et constate qu'elle a reçu lies rudiments de la foi et les règles de conduite de Pierre, que les Grecs saluent des noms de Coryphée et de Premier Coryphée des Apôtres, et aussi du même Paul. Pierre a-t-il pu établir des choses qui fussent contraires à la doctrine de Paul ? Le penser est un crime. Il a pu prescrire des observances différentes, mais tendant vers le même but. Ajoutez que Paul, si l'on doit s'en rapporter à Baronius (1), a luimême établi des rites différents dans les diverses Eglises (2).

Les sentiments de saint Thomas et de Jacques Goar se sont perpétués dans Técole dominicaine. Aussi la phrase de saint Thomas, que nous avons citée, se trouve-t-elle reproduite textuellement dans le cours de théologie du P. Billuart (3).

Les Franciscains. — Parmi les ouvrages relatifs aux Eglises de rOrient, il n'en est peut-être pas de plus complet et de plus intéressant que le traité/)^ sacris Christianonim ritibus. Cet ouvrage, qui est imprimé avec la Theologia moralis du P.Antoine, est aussi remarquable par la précision et la pureté de la doctrine que par la science des choses de rOrient^i^auteur a profité heureusement des travaux de L. AUatius, de Thomas de Jésus, de Goar, du franciscain F. à Breno, de Renaudot (4). de Lequien, des Assemani (5), de Galanus (6), de Jean Morin, etc., etc. Voici quelques extraits de l'ouvrage du P. Carboneano, auquel il est, du reste, facile de recourir, car il a été réimprimé à Paris, en 1841, dans le dix-neuvième volume du Cursus theologiœ completuSy édité par Tabbé Migne.

Le P. Carboneano s*applique, dans le passage suivant, à faire ressortir la concordance de toutes les liturgies chrétiennes :

Les Orientaux diffèrent des Latins et diffèrent entre eux par leurs

(1) Baronius, anno 51, num. 58.

(2) Goar. Ouvrage cité, préface au lecteur. (Il n*y a pas de pagination.)

(3) Summa S. Thomœ hodiemis academiarum tnoribus accominodata, seu ctfpsus Theologiœ juxta mentem divi Thomœ. Paris, 1847. T. IX, p. 119.

(4) Liturgiarum orientalium CoUectio. Paris, 1716.

(5) Codex liturgicus, — Bibliotheca orientalis Clementino-Vaticana. ^ Kalendaria Ecclesiœ universœ,

(6) Conciliatio Ecclesiœ Armenœ cum Romanâ, Rome, 1650.

liturgies et par leurs livres rituels... Il nous suffira de démontrer que toutes les liturgies des Orientaux, de même que celles des Latins, contiennent, pour l'accomplissement et l'administration de l'Eucharistie, la même forme dont, depuis les premiers temps, l'Eglise du Christ a montré l'usage, et que les Orientaux ne diffèrent des Latins et ne diffèrent entre eux que par des rites qui sont purement de cérémonie.

Ainsi toutes les liturgies, orientales ou occidentales, tombent d'accord entre elles pour reconnaître de la manière la plus certaine qu'elles découlent vers toutes les Eglises d'une seule source, à savoir de l'exemple et des préceptes des Apôtres. Ce n'est que de là que peut provenir, dans la célébration des divins mystères, une conformité aussi grande que celle qui existe dans les liturgies que l'Eglise d'Occident et d'Orient possède depuis les temps les plus antiques, conformité qui n'a pu naître que d'une tradition commune et connue... Ainsi toutes les liturgies prescrivent que la sainte Eucharistie sqit accomplie par des prêtres, qui se servent de vases consacrés et précieux ainsi que de vêtements consacrés, et qui célèbrent sur un autel qui est toujours en grande vénération chez tous les Orientaux comme chez les Occidentaux. Toutes les liturgies présentent des prières et des cérémonies préparatoires, les lectures de l'Ecriture sainte, les chants des psaumes, les prières pour les vivants et les morts, le baiser de paix, la commémoration des saints, la préface, qui est le commencement de ce qu'on appelle proprement offertoire ou du canon, les prières pour l'oblation des dons, la récitation de l'histoire de l'institution de l'Eucharistie avec les mêmes paroles du Christ, qui sont proférées par le prêtre au nom de Notre-Seigneur, l'invocation du Saint-Esprit, l'oraison dominicale, le fractionnement de l'hostie, la communion et la déclaration que c'est bien le corps et le sang de ce même Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Une si grande Conformité dans des Eglises dispersées en tant de lieux et séparées de communion depuis tant de siècles, ne peut provenir d'ailleurs que d'une tradition commune, transmise des Apôtres par les anciens Pères. Et, à cause de cela, il est patent que toutes les liturgies qui sont en usage chez les Orientaux concordent entièrement, non seulement entre elles, mais avec les liturgies latines, pour ce qui importe à la substance du sacrement. Aussi la diversité de leurs rites existe uniquement dans les choses qui sont purement de cérémonie, dans les formules et l'ordre des prières et dans d'autres choses qui n'altèrent pas la forme instituée par les Pères pour l'accomplissement de l'Eucharistie (1)...

Le P, Carboneano établit ensuite que le Saint-Siège a toujours été préoccupé du double soin de conserver l'unité de l'Eglise et de maintenir Tobservation des rites orientaux :

Parmi les arguments qui démontrent que l'Eglise romaine est chef, (1) De sacris Christianorum ritibus, chap. vi, p. 1096 de rédition Migùe.

ÉGLISES DB l'orient. 3

34 LES ÉGLISES DE l'ORIENT

maîtresse et mère de toutes les autres, on doit placer au premier rang cette sage économie par laquelle le Saint-Siège, d'une part, s'est appliqué à conserver pures et intactes les institutions apostoliques et à s'opposer aux innovations autant que les circonstances des choses et deï temps le comportaient, et d'autre part a non seulement accepté patiem — ment les rites variés qui ne sont pas contraires à la foi et à la puret^^ j,é des mœurs, mais a môme défendu qu'ils ne fussent changés par d*au- .kljutres autorités et a ordonné qu'ils fussent observés par tous là où il ^ a été reconnu qu'ils étaient issus des institutions des ancêtres. Par cett^ ^:l te manière d'agir, le Saint-Siège a fait éclater à la fois Tautorité su^Ku-ur l'Eglise universelle qu'il a reçue du Seigneur Christ ainsi que la défé^^"^érence due aux ordonnances apostoliques et, en même temps, cet amou jcj- -ur pour tous les chrétiens par lequel, comme une pieuse mère, il leur — a

procuré l'unité de la discipline, mais de manière à déférer, dans le^^Jes choses qui peuvent concorder avec la foi et avec la règle de l'honnêteté,* té, au génie et au désir de ceux de ses enfants qui, ayant été nourris dannxr-ins divers rites reçus de leurs ancêtres, n'auraient pas pu facilement êtryr.Jtre ramenés à une unité complète de discipline.

Saint Pierre a indiqué d'avance cette manière d'agir aux pontifes t^ mains, ses successeurs. En effet, chez les Hébreux nouvellement cor vertis à la foi du Christ, il a supporté patiemment l'usage de quelque cérémonies que leurs ancêtres avaient reçues de Dieu, parce qu n'était pas facile d'en ôter l'usage à des hommes élevés avec une grande vénération dans ces cérémonies. Ainsi, dans le concile de Jér salem, pour fermer la porte aux dissidences et réchauffer la paix m. tuelle entre les nouveaux chrétiens, il établit une loi par laquelT. temporairement, il était ordonné, même aux Gentils convertis Christ, de s'abstenir du sang et de la chair des animaux étouffés immolés.

Et afin de pouvoir plus facilement présenter et prescrire à toutes Eglises l'ordre des choses sacrées qu'il avait disposé, soit seul, soit ai le conseil des Apôtres, il établit d'abord son siège à Antioche, ^Bwr^MTce que de là il était plus à même de transmettre cette règle à toutes les

Eglises de l'Asie. Ensuite, il envoya à Alexandrie Marc, qu'il avait i -Construit lui-même dans cette discipline. De cette ville, il pouvait facilem» —«ent transmettre ces mêmes institutions aux autres Eglises de l'Egypt^^^e et de l'Afrique. Enfin Pierre lui-même vint d'Antioche à Rome, et là ilv voulut que son siège fût à perpétuité, aussi bien pour établir facilemen même discipline dans toute l'Eglise occidentale que parce que, Rome, il pouvait promptement fournir, quand besoin serait, de n voiles instructions aux métropolitains par lui établis à Antioche Alexandrie. De là est né, j'en suis persuadé, cette admirable con< dance de toutes les Eglises dans les rites principaux, laquelle, condi^nie nous l'avons vu, s'est conservée partout et toujours dans l'accompli^S^sement de l'Eucharistie, dans l'administration des divers sacrement^^ et sur la plupart des autres points de la discipline ecclésiastique.

Le premier et le plus grand soin des pontifes romains, successeurs de Pierre, fût toujours de conserver la discipline établie par les Apôtres dans toutes les Eglises... Mais on ne put pas empêcher que des rites nouveaux et variés ne fussent institués dans les diverses Eglises. En effet, dans ces premiers temps si pénibles de l'Eglise, il n'était pas facile à tous les évoques d'exposer au siège apostolique quelles étaient, en raison des circonstances de lieu et de temps, les nouvelles cérémonies ou ordonnances de discipline ecclésiastique qui paraissaient devoir être instituées. 11 n'était pas non plus facile au siège apostolique de présenter à toutes les Eglises les nouveaux points de discipline qu'il convenait d'établir, et il ne parut pas convenable de limiter, sous ce rapport, la juridiction des évoques. Il fut laissé à leur arbitre d'ajouter de nouvelles cérémonies et de régir la discipline des choses sacrées. Mais de peur qu'il ne résultât une confusion de la trop grande variété des rites et de la discipline, des conciles de plusieurs évêques étaient célébrés de temps en temps, dans lesquels les choses les plus élevées étaient traitées en commun, comme l'écrit Tertullien [Lib. de Jejunio,

c. XIIl).

Ainsi que plusieurs hommes érudits l'ont fait observer, des conciles ainsi célébrés dans les premiers siècles de l'Eglise provient la plus grande partie de ce qui se trouve dans les canons et constitutions apostoliques. Le grand concile de Nicée paraît s'être référé à cette antique coutume dans le cinquième canon qui a décrété que des conciles de ce genre seraient célébrés deux fois dans Tannée. Ce décret a été renouvelé par le concile d'Antioche sous Jules P% dans le vingtième canon, par le premier concile d'Orange sous Léon le Grand dans le vingt-neuvième canon, etc. Dans ces assemblées, il a été question de l'ordre des choses sacrées et de l'unité de la discipline ; c'est ce qui résulte d'une lettre de saint Léon aux évêques de Sicile, des conciles d'Epone et de Girone, célébrés au commencement du sixième siècle, et de celui de Braga, qui est de 5G3. On voit clairement par là d'où sont issus dans l'Eglise les différents rites, dont il y avait une grande variété, même dans. l'Eglise latine, au cinquième siècle et dans les siècles suivants, comme il résulte de la lettre écrite par Innocent P^ à Decentius de Gubbio, de la lettre de Grégoire le Grand au bénédictin Augustin qu'il avait envoyé en Angleterre, et des livres des autres auteurs du sixième et du septième siècles. Mais, d'après les écrits de saint Augustin et de Firmilian, on voit qu'au quatrième et même au troisième siècle, il existait dans les Eglises des rites divers qui étaient admis sans contestation comme des institutions des ancêtres et observés comme des Jois. Ainsi saint Augustin écrivait à Gasulan (Ep. xxix) que chaque jproviyice abonde dans son sens et considère les préceptes des ancêtres comme des lois apostoliques.

De même, vers le milieu du troisième siècle, Firmilian écrivait à Gyprien : Il y a dans V Eglise romaine quelque diversité pour beaucoup c?e sacrements, et on n'observe pas ici les choses qui sont observées à

Jérusalem. — Beaucoup de choses varient à cause de la diversité r^ leurs auteurs, et, cependant, onn*est pas pour cela séparé de la pa^ et de Vunité de V Eglise catholique.

L'application du Saint-Siège à maintenir cette variété des rites a é^ éclatante. Car, quoiqu'il eût souhaité l'unité, cependant il n'a jamaî^ souffert qu'on détruisît des rites institués ou recommandés par de* hommes en grande vénération chez les peuples. Aussi, dans l'Eglise latine, où le rite a été presque ramené à l'unité, tant parla diligence deg souverains pontifes que par le zèle des autres Eglises à imiter le sièges de Rome, cependant le rite ambrosien est encore en vigueur à Milan, de même que le rite mozarabique dans quelques paroisses d'Espagne, parce que ces rites, recommandables par leur antiquité et par la sainteté de leurs auteurs, sont en grande vénération auprès des populations. Mais c'est à propos des Orientaux et principalement des Grecs que la conduite du Saint-Siège a été toujours admirable. Car sachant que, les Grecs étant profondément attachés aux institutions de leurs ancêtres, il serait difficile de les amener à abandonner leur propre rite, non seulement le Saint-Siège a voulu qu'ils y persistassent, mais a donné même de nombreuses preuves de sa vénération pour ce rite. Et par cette manière d'agir, il a fait éclater sa discrétion, sa modération et sa clémence envers les Grecs, eux qui, incités par l'esprit de dissidence, condamnaient les rites des Latins (1).

Un chapitre spécial du même ouvrage est consacré à l'obligation pour chaque chrétien de rester dans le rite qu'il a reçu de l'Eglise où il a été baptisé. En voici quelques extraits dans lesquels le P. Carboneano fait d'abord ressortir la légalité des divers rites pour aboutir à des conclusions pratiques aussi simples que formelles :

lia été démontré au chapitre iv de cet ouvrage que l'Eglise du Christ a le pouvoir d'instituer et de prescrire des rites. De tout cela i] résulte clairement que les rites institués par l'autorité de l'Eglise et les usages approuvés par la même autorité ont réellement force de loi. Or, les rites qui sont en vigueur dans l'Eglise orientale, ou bien ont été institués par l'autorité publique des Eglises, ou bien sont des habitudes approuvées par la même autorité et même corroborées par des décrets du Saint-Siège, qui approuve tous les rites, mœurs et usages de l'Eglise orientale qui ne sont pas opposés à la foi orthodoxe et ne portent pas avec soi un danger pour les âmes. Donc ces rites, qui contiennent la discipline des Eglises orientales, sont des lois étabhes par l'autorité pubhque de l'Eglise. Mais ces sortes de lois obligent tous les fidèles, tous les évêques, tous les patriarches : celui-là seulement peut en accorder des dispenses qui est le chef de toute l'Eglise, le pontife romain.

(1) De sacris Christianorum ritibus, chap. vil, p. 1115 de Tédition Migne.

De ce qui précède il résulte :

1** Qu'il n'est pas loisible dé déserter le rite qu'on a reçu et de passer à un autre, car personne ne peut se soustraire à la loi dont il est sujet;

2*» Que ceux qui suivent le rile d'une Eglise ne peuvent pas, sans commettre une grave faute, mépriser le rite d'une autre Eglise, car ils mépriseraient une loi même de l'Eglise et une règle qui, bien que différente de celle de leur propre Eglise, dirige cependant les fidèles par une autre voie vers le même but, c'est-à-dire vers la béatitude éternelle ;

3° Que les évéques ne peuvent pas, et encore moins les simples missionnaires, conseiller à un Oriental de changer son rite ni en aucune façon approuver et accepter un tel changement, sans en avoir référé au Saint-Siège (1).

Le P. Carboheano entre à ce sujet dans quelques développements qu'il importe de rapporter ici :

De ce qui précède il résulte que :

1* Là où il y a plusieurs évéques de rites différents, ayant chacun, dans ces mêmes lieux, des sujets de leur rite respectif, comme le patriarcat d'Antioche où il se rencontre des Maronites, des Grecs Melchites (et des Syriens), chacun de ces prélats a seulement la juridiction sur les âdèles qui suivent son rite et ne peut pas attirer et encore moins admettre à prendre son rite les âdèles d'un autre rite ;

2* Les missionnaires latins, résidant dans ces localités, exercent leur juridiction seulement sur ceux des chrétiens qui ne relèvent en aucune façon de la juridiction de l'un des évéques du rite oriental (2).

Le P. Carboneano explique ensuite que Tobligation de rester dans son rite suit chaque chrétien, même quand il habite en pays étrangers :

A la vérité, ceux qui sont admis dans une association sont soumis aussitôt aux lois qui y sont en vigueur, ce qui faisait peut-être dire habituellement à saint Augustin : Observe Vusage de VEglise dans la circonscription de laquelle tu es venu. Cependant, comme la libéralité des souverains temporels permet quelquefois aux étrangers de conserver, même dans un autre pays, leurs lois civiles, de même l'Eglise non seulement a souffert, mais a même voulu que les Latins dans les diocèses orientaux et les Orientaux dans les diocèses latins conservassent leurs propres rites, autant pour montrer sa vénération envers tous les rites que pour faire voir, en maintenant chacun dans la règle de ses

(1) Desacris Christianorutn ritihuSy chap. viii, p. 1121 de rédition Migne.

(2) Ihid., p. 1123.

;^ LES ÉGLISES DE l'ORIENT

A::i.*ô:!Vi«. oombicn il serait ^rrave d'en changer, et aussi parce que, si eel'âO v"^bîigation était supprimée, il pourrait en résulter une très grande confusion J-

l.e P. Francisiîo à Breîio ost animé du même esprit. On pourra lo voir eu lisant dans son Manuel des missionnaires orientaux le dévolopponient des propositions suivantes : — // faut déplorer rexemple des missionnaires apostoliques qui, emportés par im zèle contraire à la science, se sont efforcés de détruire les très anciennes coutumes des Eglises. — Coiisidérés en eux-inêmes, les jeûnes des Grecs ne doiveiitpas être appelés mauvais, mais plutôt bons» — Si plusieurs pontifes jusqu'à Benoît XIV n'ont pas toléré quon détruisît F ancienne coutume de F Eglise d'Asie, à plus forte raison doit-on toléi^erceux qui usent de l'ancien caleiidrier (2).

Voici l'extrait d'un rapport moins ancien sur la mission de Mésopotamie, tire des Annales franciscaines (3) :

Los catholiques de ces pays appartiennent surtout à trois rites, le cbaldécD, l'arménien et le syrien ; les Grecs et les Latins sont en petit nombre. A mesure que les conversions ont lieu, les néophytes sont mis on demeure d'opter pour le rite auquel ils voudront appartenir(?). La plupart d'entre eux préféreraient le rite latin; mais les missionnaires ne peuvent point les y agréger sans l'autorisation de la S. Congrégation de la Propagande ; celle-ci accorde très dilTicilemont et très rarement cette permission, afin de ne pas irriter le clergé oriental, qui serait certainement bientôt sans troupeau. Parmi les convertis de l'année 18G7, environ quatre cents ont embrassé le rite arménien. Quand les Capucins sont arrivés à Orfa, il y a trente ans, il n'y avait presque pas de catholiques dans cette ville ; aujourd'hui elle possède trois églises : celle du rite arménien, quand on l'a ouverte, a reçu cent trente familles converties par les Pères et qui ont formé sa paroisse. 11 en a été de môme des catholiques syriens, que les Pères ont confiés ù un patriarche de leur rite, après les avoir convertis.

On a fait de môme dans la ville de Beregik, où les missionnaires ont ramené à la foi environ quatre-vingts familles arméniennes et ont mis à leur tête un prêtre arménien. Mgr Amanton, archevêque de Théodosiopolis et religieux do l'Ordre de Saint-Dominique, était alors délégué apostolique en Mésopotamie : il a donné 30.000 piastres turques pour la construction de cette église arménienne.

Enfin voici un rapport tout récent (1882) du R. P. Custode de Terre-Sainte :

(1) D<i sacris Christiay\orumritihiiSy cliap. viii, part. 2«. Edition Migne.

(2) Maymalc missioyiayiorum orientalitim. Venise, 1726, t. II, p. 92 et 93. 3) Aiinales franciscaines, \" avril 1809.

C'est en 1849 que le P. Alexis, de Livourne, alors supérieur des Franciscains d'Alep, parvint à convertir plus d'un millier d'Arméniens schismaliques à Adana

Dix ans après, le plus grand nombre des Arméniens habitant Marascli voulaient se faire catholiques ; mais, comme les Franciscains qui étaient allés les instruire ne 'pouvaient leur accorder de passer dans le rite latin — dont ces Arméniens faisaient une condition formelle de leur conversion — il n'y en eut guère que trois mille qui devinrent arméniens catholiques.

En effet, pour montrer qu'il n'est pas hostile aux rites de l'Orient, le Saint-Siège défend d'agréger au rite latin les schismatiques orientaux qui, en se convertissant, doivent choisir un rite d'Orient en communion avec le Pape (1).

Les Jésuites. — Le P. Possevin, qui a essayé de ramener l'Eglise russe à l'unité, envisageait la question du rite de la manière suivante :

Quant à la différence des rites ecclésiastiques, que les Apôtres, eu égard à la variété des nations, ont sagement instituée, les Grecs pourraient croire qu'elle nuit à la foi et l'affaiblit; mais il est facile de démontrer que cela ne peut nuire à la foi, quand chaque province conserverait avec la charité et l'union ce qu'elle a reçu de ses Apôtres ou de leurs successeurs légitimes, d'autant plus qu'en Orient même il y a plusieurs rites divers, tels que le syrien, le maronite, le copte, l'arménien, le grec (2).

Voici ce que le célèbre prédicateur polonais Skarga écrivait en 1577, dix-huit ans avant l'union des Ruthéniens, dans son traité sur l'unité de l'Eglise :

Quant aux rites et aux usages de l'Eglise gréco-russe et autres choses du même genre, on ne doit pas y faire le moindre changement. C'est un héritage des Pères qu'il faut conserver comme une chose sacrée, pourvu qu'il ne s'y trouve rien de contraire à la foi ou à la parole de Dieu...

Ces différences extérieures, loin de se nuire, contribuent, par leur admirable variété, à embellir davantage les vêtements sacrés de l'Eglise et à en rehausser l'éclat. L'Eglise est un parterre où fleurissent les arbres et les fleurs de toute forme et de toute couleur sans rien perdre pour cela de leur grâce native. Aussi les cérémonies religieuses varient-

(1) Bulletin de VŒvvre des écoles d'Orient ^ n» 133, novembre 1882, p. 394.

Ici et plus haut le R. Père franciscain se trompe en disant : « Choisir un rite d'Orient. » Le chrétien non-uni, qui se fait catholique, doit conserver le rite qui le régissait auparavant.

(2) Capita quibus Crrœci et Rittheni a Latinis in rehus fide idissenserunt^ dans la Moscovia de Possevin, p. 40.

elles selon les diocèses et les ordres religieux... Qui ne sait qu'à Milan, par exemple, les uns célèbrent la sainte messe d'après le rite romain, d'autre d'après le rite ambrosien (1) ? L'Eglise le sait, et elle le permet, parce qu'elle n'y voit aucun préjudice pour la foi ni pour l'union fraternelle (2).

Le passage suivant est extrait d'un rapport sur les missions de Grèce adressé par un Père jésuite aux archevêques, évoques et députés du clergé de France :

Depuis qu'ils habitent dans cette ville (Smyrne), les Francs et les Arméniens se sont unis ensemble d'un lien étroit de charité. Les Arméniens conversent avec les Francs, et les Francs avec les Arméniens. Quand nous célébrons nos fêtes, nous les y invitons; en leur présence, nous offrons notre encens, nous nous revêtons d'ornements sacerdotaux et nous faisons notre office et nos cérémonies selon que porte la coutume arménienne. De même, quand les Arméniens célèbrent leurs fêles, ils nous y invitent ; ils nous conduisent à l'église, où ils disent la sainte messe selon la coutume de l'Eglise romaine, tellement que nos deux nations vivent dans une si grande intelligence qu'il ne peut pas y en avoir une plus parfaite...

La maison de Chio entretient dix à douze jésuites. Tous sont natifs de l'île même, d'où la province de Sicile tire continuellement de très bons sujets. C'est parmi eux qu'on choisit les confesseurs de la langue grecque, qui sont à la pénitencerie de Saint-Pierre de Rome, et à celle de Notre-Dame de Lorette (3).

Le 21 juillet 1723, le supérieur général des missions de la Compagnie de Jésus on Syrie écrivait au P. Fleuriau :

Les patriarches schismatiques accusent les missionnaires de faire changer de religion aux Grecs, Arméniens et Syriens, et il est visible à tout le monde que les sujets du Grand-Seigneur conservent leur môme rite, tel qu'ils l'ont toujours observé. Leur rite est bon, approuvé du Saint-Siège et dans des conciles œcuméniques (4).

Dans le Mémoire de r Ethiopie, qui se trouve au même volume, on verra que les Pères jésuites attribuent l'insuccès de leur mission en Abyssinie au zèle malencontreux du roi de vq pays pour abolir les anciens rites de TEglisc éthiopienne.

(1) ntmoît XIV, Allatœ sitnty ch. m. Suh Ecclesiœ Latinœ Romanœ noniine^ rit us Rom anus j Ambrosianus, Mozarabicus et varii peculiares ritus Ordinum regularvnn comprehcnduntur.

(2) Edition de Viln.i, p. 'MVJ ot 370.

(3) Etat des t/iissiotis de Grèce ^ par le P. Fleuriau, do la Compagnie de Jésus. Paris, l(5y5, pages 132 et 215.

(4) Nouveaux nu} moires des missions de la Compagnie de Jésus dans le Levant. Paris. 1724, t. IV, p. 352.

A la Compagnie de Jésus appartient aussi le P. Gagarin qui, en 1856, écrivait ce qui suit :

De quoi s*agit-il, en effet ? de bouleverser toute l'organisation religieuse de la Russie pour y établir une nouvelle foi, un nouveau culte, un nouveau clergé ? Pas le moins du monde. Aux yeux de Rome, les évoques russes sont de véritables évêques, les prêtres russes sont de véritables prêtres, qui offrent véritablement sur leurs autels le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ. Les catéchismes de l'Eglise russe présentent des lacunes plutôt que des erreurs..., et ce qu'ils peuvent contenir de défectueux se trouve complété et corrigé par les offices de* la liturgie orientale. 11 faut en dire autant de la discipline de l'Eglise russe; on peut y déplorer quelques altérations récentes dues à l'intervention irrégulière du pouvoir civil ; mais, à part ces points, l'Eglise romaine est loin de blâmer les différences qui existent entre la discipline de l'Orient et celle de l'Occident. Il fut un temps où, malgré toutes ces différences de rite et de discipline, l'Orient et l'Occident ne formaient qu'une seule Eglise, dont les enfants étaient* unis entre eux par les liens d'une même foi et d'une même charité.

C'est ce temps que nous aspirons à voir renaître ; il ne s'agit donc nullement,, on le voit, de l'absorption de l'Eglise russe par l'Eglise latine : il s'agit d'une réconciliation (1).

Le P. R. Cornély s^exprime ainsi^n parlant des Arméniens :

On a bien des fois voulu faire croire que le seul grief des Arméniens contre l'Eglise romaine était les efforts tentés par elle pour les latiniser. De telles tentatives, si elles ont eu lieu, où si elles se produisent jamais, ne nous auront pas pour défenseur (2).

Nous citons plus bas, à propos des couvents latins^ une lettre très précise du R. P. de Damas. Pour ce qui concerne les jésuites, nous renvoyons à Touvrage du R. P. Nilles.

Les LAZA.RISTES. — Voici ce que M. Poussou, assistant de la Congrégation de la Mission, écrivait à M. Salvayre, procureur général, le 12 février 1852 :

Il faudrait établir dans quelqu'une de nos résidences une imprimerie ou lithographie en caractères gheez, qui sont les caractères éthiopiens qu'on peut trouver à Rome, peut-être même à Paris (3)»

(1) La Russie sera-t-elle catholique ? Paris, Douniol, 1856. Cet ouvrage a été traduit en russe par le P. Martinof.

(2) Etudes religieuses^ historiques et littéraires y par des Pères de la Compagnie de Jésus. T. IX, p. 221. Paris, 1866.

(3) Annales de la Congrégation de la Mission, t. XVII, p. 150.

4aÎ les éqlises de l'orient

Mgr de Jacobis poussait jusqu'au scrupule le respect des us et coutumes des Abyssins, à tel point qu'on lui a reproché de s'être fait lui-même Abyssin. Sa Grandeur, préoccupée constamment de la conservation du rite local, écrivait à M. Etienne, supérieur général, le 29 juin 1858 :

S. E. le cardinal Barnabo m'annonce qu'il existe à Rome une nouvelle imprimerie éthiopienne. On me demande les parties du rituel éthiopien que nous avons déjà préparées pour Timpression. J'aurai donc à envoyer : 1*» ce rituel avec une version latine et des notes; 2° un cours complet de théologie morale ; 3° un traité sur la vérité du christianisme ; 4* une histoire des hérésies existant en Abyssinie; 5» une grammaire et un dictionnaire gheez ou éthiopien, composé par notre martyr Abba Ghebra Michel, aidé des missionnaires ; 6° un Manuel d'exercices de piété ; 7° enfin, quand il sera terminé, un livre renfermant dix sermons, dix catéchismes et dix instructions familières pour une mission de dix jours selon notre directoire des missions en Europe. Tous ces ouvrages sont écrits dans la langue liturgique de TAbyssinie (1).

Nous allons voir jusqu'où les Lazaristes ont porté le respect pour les usages traditionnels des Chaldéens de la Perse :

Vous savez que nous avions jugé à propos de nous conformer aux usages du pays pour le nombre ^es carêmes et des autres jeûnes beaucoup plus fréquents ici qu'en Occident. Nous avions, cependant, conservé les coutumes d'Europe pour les mets autorisés ces jours-là. Mais voyant que cela malédifiait nos Chaldéens même catholiques, nous nous sommes mis à nous priver, tous les jours de jeûne et d'abstinence, de beurre et de laitage. Ainsi, nous voilà réduits pour ces jours-là à des haricots ou autres légumes cuits simplement à l'eau et assaisonnés avec du vinaigre, et à quelques fruits. Saint François Xavier se soumit aux jeûnes rigoureux des bonzes du Japon pour ne pas scandaliser les païens; nous avons cru devoir suivre son exemple pour le même motif (2).

Voici une lettre toute récente (1882) de M. P. Bedjan, missionnaire lazariste en Perse, pour les Chaldéens :

Les principaux moyens qui donnent des résultats si étonnants sont, à mon avis :

1* L'union cordiale et sincère qui règne entre les missionnaires et le clergé indigène :

2° La liturgie chaldéenne du pays, laquelle est particulièrement respectée des missionnaires. Le nestorien ayant la même liturgie et la même langue, se laisse convaincre davantage par ce qu'il voit que par ce qu'il

(1) Annales de la Congrégation de la Mission, t. XXIII, p. 447.

(2) Ibid., t. XI, p. 238.

convertir, puisque, tout chez nous à peii*prôa les

entend, el il n'éprouve pas de répugoance en gardant aa liturgie el sa langue, il tra mêmes observances ([ue chez lui.

En elTet, nos frères el nos sœurs, pendant les cpiarante jours du carême, observent rigoureusement l'absliueuca un peu sévère des indigènes eux-Eûèmes, sans user d'aucune dispense, ce qui les a beaucoup &appôs et nous a valu lmmi!idlatement toute leur cooâancc.

Si noua n'avons pas pu, jusqu'à ce jour, faire quelque chose de solide parmi les Arméniens, c'est que nous n'avons pas eu la consolation de pouvoir leur offrir des prêtres de leur nation pour accomplir parmi eux leur propre liturgie. Ceci est unpoitit capital (I),

Les livres liturgiques des Chaldéens n'ont jamais été imprimés en totalité, et il est très difficile de s'en procurer môme des exemplaires manuscrits, lesquels, d'ailleurs, fourmillent d'erreurs nestoriennes. Le même Liizariste. animé d'un véritable 'amour pour le rite de ses ouailles, vient d'entreprendre l'impression du bréviaire chaldéen qu'il appelle « un des monuments les plus I précieux de l'antiquité chrétienne. » Il a eu toutes les peines h recueillir un bréviaire complet, lequel n'existe ni à Paris, ni à Londres, ni à Rome. L'entreprise se poursuit avec l'approbation de la Congrégation de la Propagande et aux applaudissements des prélats indigènes (3).

Les Oratoriens. — Le pape Urbain "Vin s'occupa avec beaucoup d'ardeur de ramener les Orientaux à l'Eglise. Il ordonna qu'on recueillit leurs livres de tous les eûtes et que, de toutes les parties de l'Europe, on appeldt à Rome les hommes le plus versas dans les choses théologiques (3). On lui indiqua, parmi les Français, Jean Morin, de la congrégation de l'Oratoire de Paria, qui se rendit à Rome accompagné d'un autre oratorien, nommé Souvigny. Jean Morin fut mis eu relation avec Lucas Holsteinius et avec le Grec de Chio, Léo Allatius, qui était professeur au collège des Grecs de Rome et devint bibhothécaire au Vatican. Morin fit partie d'une commission qui discuta sur les croyances et les rites des Orientaux.

Plusieurs théologiens, écrit le biographe de Morin, d'après les préjugés qu'ils ont reçus dans les écoles, n'hésitant pas â se prononcer

(1) Bulletin de VŒuvr-e des écoles d'Oi-ient, n" 13*, janvier 1883, p. 25.

(!) Ibid.. novembre 1883 et mai 1884. N" 139 et 142. L'Œuvrs a. aûuscrit ft la noble enlrepi'ise lie M. Bedjnn.

(3) Benoît XIV, Allalis sunt, ch. su. — Bistoire critique de la créance et dw coutumes des itaSions du Lenant, |iai' Ricbaril SiniuQ.

44 LES ÉGLISES DE l'ORIENT

sur les choses qu'ils sont loin de comprendre, condamnaient les rites grecs comme différents de ceux de l'Eglise romaine, les déclaraient impropres et disaient qu'il fallait les ramener à la liturgie occidentale. Lucas Holsteinius el Léo Allatius, hommes très sages et très instruits, résistèrent fortement et courageusement à ces théologiens. Holsteinius surtout ne craignit pas de déclarer que le malheureux schisme, qui divise l'Eglise depuis si longtemps, doit être surtout attribué aux gens qui, par goût pour la discussion, n'ont aucun amour pour leurs frères... Jean Morin appuya de son suffrage l'opinion de Holsteinius et la confirma par de nombreux et graves raisonnements... Il démontra... qu'il fallait remonter aux temps qui avaient précédé le schisme de Photius ; qu'autrement il faudrait condamner aussi les anciens Pères de l'Eglise orientale, s'il était reconnu que les Grecs étaient en beaucoup de points conformes à ces Pères dans l'administration des sacrements. Cette opinion de Jean Morin plut aux gens éclairés et versés dans les choses ecclésiastiques, et sa profonde érudition fut louée par le cardinal Barberini (1).

Après cette mission, Jean Morin continua à entretenir un commerce de lettres avec Léo Allatius et avec le savant maronite Abraham Echellensis, qui avait été professeur au Collège de France et qui s'était retiré à Rome où les Orientaux étaient accueillis avec la généreuse hospitalité que les Assemani y trouvèrent dans le siècle suivant. Morin échangeait avec ces savants et avec Holsteinius ses idées et ses connaissances sur les choses religieuses de l'Orient. Aidé de leurs lumières et de ses propres recherches, il inséra des études approfondies et des traductions des cérémonies orientales dans le livre sur les ordinations ecclésiastiques qu'il publia à Paris en 1653.

Les sentiments qui animaient Jean Morin se retrouvent dans la Congrégation de l'Oratoire de l'Immaculée Conception de Paris. Nous citerons notamment une lettre écrite par le R. P. Pététot à l'abbé Soubiranne, et une allocution prononcée par le R. P. Lescœur à l'église Sainte-Clotilde à propos de l'union bulgare (2).

Les Assomptionistes. — Les religieux augustins de l'Assomption travaillent depuis plusieurs années au milieu des Grecs et des Bulgares. Voici l'extrait d'une lettre écrite en décembre 1883 par le P. Descamps, supérieur à Andrinople :

Aussi avons-nous engagé un de nos religieux, prêtre bulgare

latin de Philippopolis, à embrasser le rite oriental pour donner des

(1) Antiquitates Ecclesiœ orientalis, etc., etc. Londres, 1682, p. 38, 70 et 105.

(2) Bulletin de VŒuvre des écoles d'Orientf février 1862.

soins plus efficaces à ces enfants, entrer ainsi plus généreusement dans les. vues du Saint-Père et faire tomber bien des préjugés qui se dressent devant nous comme un rempart inexpugnable dans Tœuvre de l'union. Il sera chargé de notre chapelle du rite oriental, que nous sommes prêts à ouvrir, dès que nos ressources nous le permettront (1).

I^our ce qui concerne le passage des clercs et des religieux latins à un rite oriental, il faut lire l'ouvrage récent du jésuite N- ÎSrilles(2).

Les Frères des écoles chrétiennes. — Voici vettir enfin les plias humbles des travailleurs chrétiens, mais non les moins méritants et les moins utiles. Ils s'appliquent à inculquer aux plus jeiines enfants le respect et l'amour de leur rite originel. Le visiteur écrivait de Trebizonde le 28 novembre 1881 :

13 ans le but d'entretenir l'harmonie indispensable pour opérer le ^î^n, et aussi pour le respect dû aux divers rites reconnus par l'Eglise, i^oiis conduisons nos élèves catholiques les dimanches et les fêtes à leurs églises respectives; cette mesure est hautement approuvée par le clergé et par les fidèles (3).

ï^ous avons parlé jusqu'ici des ordres religieux; ajoutons que les évêques latins observent les mêmes règles. Ainsi à une ^^inande d'union, l'évêque latin de Scio répondait le 31 mars- 13 avril 1870 :

I^our ce qui regarde votre rite, vous devez savoir que non seulement ^^tre Eglise catholique n'oblige pas à en charger, qu'au contraire elle ^^"^.t et ordonne que chacun conserve le sien, comme vous continuerez ^ l^i faire. — A cet effet, vos révérends prêtres continueront à officier ^^^Oame auparavant sans aucun changement, à baptiser par immersion ^t ^ donner la sainte communion sous les deux espèces du vin et du ^^in levé; en un mot, vous n'aurez aucun changement eu ce qui con- ^^x*ne votre rite. (Extrait du journal La Turquie.)

(1) Bulletin de VŒuvre des écoles d''Orient, n» 143, p. 307. {,2) Symbolœ ad ilhistrandam historiam Ecclesiœ Orietitalis, etc. Œniponte, ^^84-85.

(3) Bulletin de VŒuvre des écoles d'Orient^ n» 129, mars 1882, p. 282.

LES ÉGLISES d'oRIENT ET LA FRANGE

Nous compléterons cet exposé par quelques indications historiques qui se rapportent spécialement à la France.

Le roi Dagobert était entré en relation avec l'empereur Héraclius au VII® siècle de notre ère, à propos de l'exaltation de la sainte Croix (1).

Je rappellerai aussi la part qu'a prise la France sous Charles le Chauve aux démêlés suscités à la fin du ix® siècle par la conversion des Bulgares (2).

Gérard, évêque de Toul, mort en 994, avait accordé aux Grers assez nombreux qui se trouvaient dans cette ville, l'autorisation de célébrer sur des autels particuliers d'après leur liturgie nationale (3).

A l'abbaye royale de Saint-Denis, l'usage s'est conservé trps longtemps de chanter la messe romaine en grec le jour de l'octave de la fête patronale (4).

Jean Gerson prit part au concile qui fut tenu à Pise en 1409 et qui éleva au Saint-Siège, sous le nom d'Alexandre V, un Grec de Candie, ancien élève de l'université de Paris. Jean Gerson, alors chancelier de cette université, dans un discours adressé au nouvel élu, lui rappela son origine et le conjura de faire ses efforts pour ramener les Grecs dans le sein de l'Eglise catholique. Alexandre V proposa la convocation avant trois ans d'un concile général qui aurait pour objet cette réunion. Gerson conseilla à Charles VI de s'y employer (5). Il prononça un discours eu présence du roi, le

(1) JIt*rdiclws, ou la question dV^riont au vu" siècle. Paris, B. Duprat, 1862.

(2) Im liulgurie rhrdtiennr, p. 21. Taris, Challaiii<>l.

(3) Acta t'piscoporum TnlUnsii'm^ cités par K. Duinéril daus rîDtroduction & Floirt* et Hluncliotlor. l'aris, Jauiirt, li>5(>.

(4) Sute sur la messe grecque, ftc, etc., i)ar Vincoiit, dans la Renie afchéolo" gique^ Paris, 1H6A,

(5) Eloge de Jean Gerson, par A.-P. Faugère. Paris, Vaton, lii36.

Î.ES ÉGLISES D'nniENT ET LA FRANCE

roisième dimanche de l'Avent, au nom de l'université, pour ^ exciter la chrétienté k se rallier aux desseins du pape grec (1) : Ce but, dil-il, a déjà été pourBuivi d'autres fols dans l'assemblée de toute l'Egliae de France ; mais l'occasion paraît mainlenant plua favorable que jamais... Notre Pape actuel eatosceUent docteur on théologie. Il sait mieux que personne ce qu'il en est de cette division des Qrecs et en quoi ella consiste. Il est Grec de nation, d'une grande expérience, et a été autrefois envoyé en raission en Grèce. En outre, dans trois ans doit Être célébré un concUe général auquel les Grecs pourront prendre part. De plus, l'empereur Jes Grecs et les siens désirent oetts union et cette pais...

Gerson expliq^ue ensuite l'intervention de l'université de Paria par cette circonstance, qu'il y vient des étudiants de toutes les parties du monde.

Après avoir établi la nécessité qu'il y ait dans l'Eglise un chef supérieur, auquel ou puisse et doive recourir, le chancelier de l'université de Paris aborde la question de la diversité des coutumes et des rites :

I! n'osl pas nécessaire que tous les hommes soient uniformément astreints, par des décisions positives des Papes, à tenir et à observer un seul et même mode de gouvernement dans les choses qui ne touchent ni de près ni de loin à la vérité de notre foi ou de la loi évangélique. Cette considération, bien saisie et bien comprise, est comme la elef principale pour trouver l'entrée à un accord entre les Grecs et les Latins; car les Grecs sont divisés des Latins par plusieurs manières de vivre, qui ne tournent pas au préjudice de la loi de Dieu. Pour toutes les choses de ce genre, saint Augustin dit qu'il faut observer la coutume du pays : « fuisses Romœ, etc. En voici un exemple : les Grecs cousacrent avec du pain levé ou fermenté. Cet usage n'a rien de con- Pftira à la foi cathohquo... Autre exemple : los prêtres des Grecs contactent un mariage et ils ont beaucoup de cérémonies et d'oisereccléaiastiques diUérenles de celles des Latins. Quœlibet

rovincia sensu sito abundal (2)... Remarquez qu'un prince éclairé L des sujets placés dans des conditions différentes d'avoir des Mb et (les coutumes différentes, pourvu qu'elles n'aient rien de manipstement contraire au droit naturel ; agir autrement serait souvent la 'fealrucUon de l'autorité même...

, Geraon recommande, au nom de l'Université, la réforme des

fl) Sennon inédit de Jeoit G/rrion sur le retour dfi Orecs d l'unité, pul>lié|i8i ' ■ e A. Oalitzin. Paria, H, Dupral, 1850, Ce discours se Irome en latin a " uvrss complâtes île Ourson, Aavtrï, 1706, pages 141 k 1S3. [7 (S) Epitre da saint Augustin à Caaulan. "^^^^~

mœurs, la prière et l'aumône pour obtenir la bénédiction de Dieu sur l'œuvre de l'union :

Que des processions et des prières soient faites publiquement dans tout le royaume, pour amener tous à corriger leurs mœurs et à demander les secours de Dieu... Les ordres mendiants devraient s'y entremettre et s'y ingérer courageusement, car leur profession est de mendier.

Enfin le chancelier engage ses auditeurs à ne pas se laisser décourager par les difficultés, et il leur montre Texcellence de l'œuvre à entreprendre :

Les hommes de bonne volonté doivent, avec tout leur savoir, leur sagesse et leurs forces, s'employer diligemment à cette affaire de pacification universelle. Nous sommes, comme dit TApôtre, les coadjuteurs de Dieu (1)... Certainement c'est difficile, mais la récompense en sera grande et la gloire perpétuelle... C'est difficile, mais Dieu, dont nous attendons le secours et dont nous servirons la cause, est tout-puissant... C'est difficile, mais si l'on ne peut pas ramener tous les Grecs k l'union, ce sera déjà une grande récompense de nos efforts d'en ramener une partie. Et ce ne sera pas un labeur perdu pour ceux qui s'y appliqueront. Chacun recevra sa récompense, suivant la peine qu'il se sera donnée. Mille et miUe pourront se sauver par ce labeur, qui se damneraient peut-être dans l'oisiveté de la luxure... C'est difficile, mais il n'y a pas d'entreprise plus religieuse et plus sainte que de ramener dans l'unité et dans la bonne voie nos frères par qui la foi nous a été dévolue. Est-ce qu'il n'était pas Grec de nation, l'Apôtre de la Gaule, saint Denis, par qui nous avons reçu la vraie paix et la foi chrétienne ? Et ce ne fut pas sans un grand courage et un grand labeur qu'il y arriva. De même, nous devons travailler à ramener les Grecs à nous... C'est difficile, mais. Sire, roi très chrétien, vos prédécesseurs ont entrepris des choses plus difficiles, comme saint Louis qui, pour combattre les infidèles, a passé deux fois la mer et s'est exposé au péril de la mort; mais ne peut-on pas dire que, sous certains rapports, cette œuvre est plus digne et plus désirable que de prendre la croix pour faire une guerre corporelle contre les infidèles ?

Tel était l'intérêt qu'on portait en France à la question d'Orient au milieu des désastres du règne de Charles VI.

Il y aurait lieu de rappeler ici Taccord conclu entre les catholiques et les grecs, en vue de l'expédition projetée par le comte de Nevers (2).

(1) Première Epître aux Corinthiens, ch. m, v. 9.

(2) Voir La France au Monténégro , par Cyrille (A. d'Avril), et Turcs et Monténégrins, par F. Leoormant.

LES ÉGLISES d'oRIBNT ET LA FRANCE

Le grand ouvrage de la Perpétuité de la foi contient des récits et des documents d'en intérêt incomparable sur le raouTement suscité en Orient par l'ambassadeur de Louis XIV à l'effet de défendre en commun la doctrine catholique de l'eucharistie contre

s protestants.

Lorsque Pierre I'"', empereur de Russie, vint à Paris en 1717, Sorbonna lui présenta, sur la réunion des Eglises, un mémoire qui fut signé par plusieurs docteurs et par le chancelier de l'université, Frani;ois Vivant. Il y est dit, sur les obstacles à cette réunion :

Serait-ce quelque point de diaciplioeî Mais la discipline peut être différente dans les diffiirentea parties de l'Eglise, sans que l'unité en soit allcrce. Personne no peut nier qu'avant les temps infortunés de Cérulariua, les Eglises d'Orient et d'Occident ne fussent unies par les liens d'une même communion, quoique leurs rites fussent différents. Ceux des Grecs qui se sont réunis avec nous vivent selon leurs usages. Kien n'empêchera donc que l'Eglise russe ne puisse retenir sa disci- )line, et ainsi elle pourra consacrer avec du pain levé, pourvu qu'elle le désapprouve pas l'usage couLraire où sont les Latins, et qu'elle ■econnaîsse la validité de la consécration qui se fait avec dti pain sans ievalu, ainsi que l'ont reconnue TU 6 op h y lac le, Grégoire Protosyncelle it tant d'autres recomniandables, parmi les Grecs, par leur caractère it par leur conduite sage et modérée.

Michel Cérularius, patriarche de Constaotmople et le premier auteur le ce schisme, ne reproche aux Latins que leur usage de ne pas conlacrer avec du pain lové, de ne pas chanter Alléluia au temps du Ca- 'ême, et quelques autres points de ce genre. Mais que ces accusations lont frivoles I que ces prétextes de rupture sont légers ! Cependant îéruiarius, sur cet unique fondement, ne fit pas de difficulté de sépaer de la communion ecclésiastique le Pape et tout l'Occident (1).

Dans l'une des réponses des évêtiues russes, il est dit, eutre .utres choses, qu'on ne peut rien décider sans le concours des latriarches d'Orient et pendant la vacance du siège de Moscou, et que, pour une œuvre de cette importance, il faudrait un concile :énéral ou pour le moins des conférences publiques. Uu doculent publié par le P. Theiner attribue l'insuccÈs de la négociaion à l'influence des protestants (3). Du reste, cette négociation,

(1) AnnaUs cathoUqua, t. I", 1800, pages 1G3 et suivantes. — Sùioire et nalt/K du tiare de l'Action de Dieit sur ta, créature, par l'ablié Coudrette, 1753. 1 Comparer oe IciLta avac celui donné par le comte Dmitry Tolsloy. T. I", p. 368.

(2) îlonumenti: kislariques relatifs aus: rfgnes d'AUj:is Michailatcilch, Féo~ sr m et Pierre le Oraiid. Rome, 1859, in-folio, p. 541.

50 tES ÉGLISES DE L*ORIENt

sur laquelle un ouvrage récent du P. Pierling (1) répand une vive lumière, avait été mal entamée et fut mal conduite.

Nous citerons ici, pour terminer, quelques passages d'un mémoire du marquis de Bonnac, ambassadeur de France en Turquie au commencement du dix-huitième siècle. Ce n'est pas un théologien qui parle, mais un diplomate.

Je vous avouerai que la grande et sainte entreprise de la réunion des Grecs et des Arméniens n'est pas conduite comme elle devrait rêtre, que beaucoup de ceux qui s'y occupent le font sans talent et sans connaissance suffisante des langues, que presque tous viennent dans le Levant avec des préjugés de nation ou de leurs ordres particuliers, qui peuvent être très bons en traitant avec les hérétiques de l'Europe, mais qui sont très dangereux en traitant avec les schismatiques du Levant.

Il n'est point question, ce me semble, ici de détruire une forteresse ennemie : il faut regarder les Grecs et les Arméniens comme d'anciens alliés qui ont rompu l'union qu'ils avaient avec nous et qui forment un corps d'armée à part...

Il y a une grande différence entre être uni et soumis au chef de l'Eglise visible et être dominé par lui-. Si le premier peut suffire, pourquoi se présenter du côté du second qui effarouche et révolte les esprits? Et il ne convient peut-être pas de se comporter dans une négociation, pour ainsi dire, de pacification, comme on ferait si on agissait dans un esprit de conquête...

Je dirai ici qu'on ne doit pas, ce me semble, regarder les Grecs et les Arméniens comme les Luthériens et les Calvinistes ; qu'il faut compatir à leur état et considérer que, s'ils se trouvent séparés de la communion de Rome et imbus de quelques erreurs ou hérésies, c'est moins un effet de leur choix que de leur malheur.

Ce que le Pape, comme leur père commun, doit souhaiter est que l'Église grecque et l'Eglise arménienne, reconnaissant dans toute son étendue la suprématie du siège de saint Pierre, conservent cependant leur hiérarchie et que leurs patriarches aient la même autorité qu'ils avaient avant le schisme de Photius. Il est difficile de faire entendre cela au peuple, et c'est, ce me semble, une matière à traiter directement avec les patriarches...

Que si l'on pouvait s'approcher des patriarches, gagner leur confiance ou du moins les persuader de telle manière de la sincérité de nos intentions qu'ils ne fussent plus en garde contre nous, ils nous verraient sans doute plus tranquillement travailler à l'instruction de leurs peuples et à les faire revenir des erreurs qu'ils ne connaissent pas eux-mêmes, et dont ils conviendraient facilement toutes les fois qu'ils croiront qu'on n'en veut point directement à leur juridiction.

(1) La Sorbonne et la i2î<*«e (1717-1747), par le P. Pierling, S. J. Paris, Leroux,

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