‹ Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté (volume 2)Chapitre 40 sur 77 · Voir p. 35. Edit de niais, art · texte numérisé non relu

Voir p. 35. Edit de niais, art

aux Prélatures, soutiennent avec une fermeté invincible les propositions dont le Pape se plaint.

Ce refus, qui n'a pas la moindre apparence de raison, ne laisse pas d'exciter un très-grand scandale et de produire des désordres qui ne se peuvent exprimer. En efTet, Topiniastreté du Pape est cause que trente-cinq Eglises Cathédrales demeurent destituées de Pasteurs; et cela dans un temps où un grand nombre de personnes nouvellement converties ont besoin d'instruction pour estre fortifiées et confirmées dans la créance orthodoxe, et où la présence des Evesques est très nécessaire dans leurs Diocèses.

Qui pourroit jamais s'imaginer que le Pape , qu'on nous propose comme une image de sainteté et de vertu, demeure tellement attaché a ses opinions, et si jaloux de l'ombre d'une autorité imaginaire, qu'il laisse le tiers des Eglises de France vacantes, parce que nous ne voulons pas reconnoistre qu'il est infaillible?

Ceux qui inspirent ces pensées au Pape peuvent-ils s'imaginer qu'ils nous feront jamais changer de sentimens ? Et sont-ils si aveugles qu'ils ne connoissent pas que nous ne sommes plus dans ces temps malheureux où une ignorance grossière , jointe à la foiblesse du gouvernement et à de fausses préventions, rendoit les décrets des Papes si redoutables, quelque injustes qu'ils puissent estre ; et que ces disputes et ces querelles, bien loin d'augmenter leur pouvoir, ne servent qu'à faire rechercher l'origine de leurs usurpations, et diminuent la vénération des peuples plùtost que de l'accroistre.

Les choses n'en sont pas demeurées dans ces termes. Le Pape jaloux de signaler son Pontificat par quelque nouveauté lastueuse, a conceu le dessein de détruire les Franchises des Ambassadeurs des Testes couronnées.

Quand les Franchises seroient des concessions gracieuses des Papes , elles n'auroient pas pu estre révoquées sans causes légitimes. Jules III, Pie IV, Grégoire XIII et Sixte V se sont plaints à la vérité de l'abus que commettoient quelques-uns des Ministres des Princes en donnant azile en

leurs quartiers à des personnes prévenues de crimes énormes : ils ont cherché des expédiens pour faire cesser ce désordre ou pour le diminuer; et s'ils ont fait quelque tentative pour abolir les Franchises, elle est demeurée inutile et sans effet; et ils ont reconnu, par leurs Bulles, que les Ministres des Princes estoient en cela fondez dans une ancienne possession qui, nonobstant ces vains efforts, a toujours depuis continué.

Mais les prééminences de la Couronne de France sont appuyées sur des Titres autentiques, que les Papes ne scauroient désavouer sans une extrême ingratitude.

Peuvent-ils ne pas se souvenir qu'ayant esté longtemps persécutez, retenus prisonniers, envoyés en exil tantost par les Empereurs de Constantinople ou par les Exarques de Ravenne, et tantost par les Rovs des Lombards : Pépin et Charlemagne les ont non seulement affranchis de cette servitude ; mais ils leur ont donné par pure libéralité ce qu'on appelle aujourd'hui le Patrimoine de saint Pierre? Plusieurs d'entre eux n'ont ils pas avoué que l'Eglise, et particulièrement le Siège de Rome a receu de nos Rovs dans tous les temps toute sorte de secours et de protection ? Et n'est-ce pas ce qui leur a fait mériter le Titre glorieux de Fils aîné de l'Eglise; Et Rome étant aujourd'huy comme le centre de l'Unité de l'Eglise, n'est-il pas juste que celuy qui auroit droit de s'y faire reconnoistre en qualité de Souverain reçoive dans la personne de ses Ministres les marques du respect et de la déférence que l'on doit et à la dignité de sa Couronne et à sa Personne sacrée?

Aussi les Ambassadeurs de nos Roys se sont toujours maintenus en possession des Franchises : et le Rov ayant témoigné son ressentiment de l'insulte faite dans le quartier et à la famille do Monsieur le duc de Créquy son ambassadeur , cette injure a esté réparée ; Le Neveu du Pape est venu en (jualité de Légat faire des excuses au Roy; le Régiment des Corses qui avoient commis la violence a esté cassé ; Ceux dont ils avoient exécuté les ordres ont esté punis ; l'on a érigé à Rome une Piraniide pour servir de nu>nument à

la satisfaction du Roy : Et, ce qui regarde plus particulièrement nostre sujet, le Traité de Pise porte qu'on rendra aux Ambassadeurs du Roy le respect et la déférence qui leur est diie ; Et pour peu qu'on examine quelle estoit Torigine de la querelle, il est aisé de connoistre que par cet Article la Franchise de nos Ambassadeurs se trouve approuvée et confirmée.

Après cela peut-on concevoir que le Pape ait passé jusques à cette extrémité de déclarer par une Bulle qu'il révoque absolument les Franchises des quartiers à l'égard de tous les Ambassadeurs ; et d'ajouter à cette Bulle de vaines menaces d'excommunication, qui ne sont pas capables de donner la moindre terreur aux âmes les plus timides et aux consciences les plus délicates.

Nous ne prétendons pas, Messieurs, nous engager dans un long discours pour prouver par un nombre de citations ennuveuses, que ny nos Rois, ny leurs Officiers ne peuvent estre sujets à aucune excommunication pour tout ce qui regarde l'exercice de leurs Charges : Ce sont des maximes certaines, qui ne peuvent estre révoquées en doute, et qui n'ont pas besoin de confirmation ; et nous osons dire hardiment qu'il n'v a personne, mesme dans Rome, qui croye sérieusement qu'un ambassadeur qui exécute les ordres de son ^Nlaistre, qui ne sont pas agréables au Pape, s'engage par là dans des Censures Ecclésiastiques.

Présupposé qu'il se soit formé quelque différent entre le Rov et le Pape concernant les Franchises du quartier de l'Ambassadeur de France ; c'est une affaire toute temporelle, du nombre de celles que les Souverains traitent entre eux à l'amiable par l'entremise de leurs Ministres ; et l'on ne sçauroit rien remarquer dans cette contestation qui regarde nv la foy, ny la doctrine de l'Eglise, ny mesme la discipline, ny l'observation des Canons.

C'est donc un abus intolérable , que dans une matière purement profane, le Pape se serve des armes spirituelles, et de la puissance de lier et de délier que Jésus Christ a confiée à ses Apostres, qui ne doit estre employée que dans

une nécessité pressante , pour des choses graves et importantes qui regardent le salut des âmes; et jamais par un esprit de domination, par un motif de vengeance, ou par un désir immodéré d'étendre sa puissance.

En effet, la Bulle de Jules III * qui condamne la Franchise des quartiers, tant h l'égard des Ministres des Princes que des Cardinaux, exhorte les Officiers de Justice de faire leurs charges dans toute l'étendue de la Ville et de rechercher les coupables, non seulement dans les rues et dans les Places publiques, mais dans toutes les maisons sans distinction; elle déclare ceux qui leur résisteront criminels de lèze- Majesté, et elle ordonne que le Général des Troupes Ecclésiastiques preste main-forte aux Magistrats, et les assiste en cas de rébellion. Cette Bulle est donc un règlement de Police fait par le Pape en qualité de Prince temporel, dont l'exécution est commise aux Juges Séculiers, et où l'on ne trouve aucun vestige d'excommunication ni de censure.

Les décrets de Pie IV, de Grégoire XIII, et de Sixte V sont semblables, et n'ont pas eu dans la suite une plus heureuse destinée, quoy qu'ils imposent des peines temporelles trèsredoutables, et aux Juges qui auront l'indulgence de tolérer la Franchise des quartiers, et aux sujets du Pape qui se serviront de ces azyles, pour éviter le châtiment de leurs crimes et le payement de leurs dettes.

En effet , toutes ces Bulles n'ont pas empêché que nos Ambassadeurs n'ayent conservé la Franchise de leur quartier ; et sans remonter plus haut, feu Monsieur le duc d'Estrées en a joûy paisiblement et sans aucun trouble jusqu'à sa mort.

Le Pape devoit donc regarder le dessein d'en priver son Successeur comme un projet impossible. Mais non content de renouveller ces anciens Décrets, dont la mémoire estoit presque abolie, et de prétendre par là signaler son zèle, il a inséré dans sa Bulle des clauses d'excommunication, qui marquent son aigreur et son esprit de domination phitost que l'exercice d'une puissance légitime.

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