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Et pour donner quelque couleur à une nouveauté si scandaleuse, il rappelle la disposition de cette fameuse Bulle, qu'on appelle In Cœnâ Domini, parce qu'elle se lit à Rome tous les Jeudis de la Semaine Sainte. Il est vrai que si ce Décret, par où les Papes se déclarent souverains Monarques du monde est légitime, la Majesté Royale sera dans la dépendance de leur Thiare, toutes nos libertéz seront abolies, les Juges Séculiers n'auront plus le pouvoir de juger le possessoire des Bénéfices, ny les causes civiles et criminelles des personnes Ecclésiastiques, et nous nous verrons bientost soumis au joug de l'Inquisition.
Ainsi quelque injuste et abusif que soit ce nouveau Décret, il est bien moins dangereux par les menaces frivoles qu'il contient, que parce qu'il se fonde sur un titre entièrement nul et vicieux; et qu'il semble que dans cette conjoncture, Rome veuille aujourd'hui suivre les traces de Jules II, renouveller son animosité et ses emportements contre la France, sans faire réflexion combien sa mémoire est odieuse dans la République Chrétienne.
Quand le Pape Grégoire IX, voulant se rendre Arbitre du différend survenu entre Louis le Débonnaire et ses Enfans, menaça les Evèques de France de les excommunier s'ils n'entroient dans ses sentimens, ces Prélats, surpris d'un procédé si contraire aux Canons, répondirent avec courage qu'ils n'obéiroient point à la volonté du Pape ; et que s'il venoit dans le dessein de les excommunier , il s'en retourneroit lui-mesme excommunié : Si excommunicaturus veniret exconimujiicatus ahiret : comme s'ils vouloient dire que celuy qui, sans cause légitime et par des motifs humains, entreprend de retrancher l'un des membres de Jésus Christ de la Communion de l'Eglise, il s'en sépare luy-mème par cet injuste attentat.
Disons plus, le mauvais usage que les Papes ont fait en tant de rencontres de l'autorité dont ils sont dépositaires, en n'y donnant point d'autres bornes que celles de leur volonté, a esté la source des maux presque incurables dont l'Eglise est affligée, et le prétexte le plus spécieux des Héré-
sies et des Schismes qui se sont élevez dans le dernier Siècle ainsi que les Théologiens assemblez par l'ordre de Paul III l'ont reconnu de bonne foy : et encore à présent la seule idée de l'infaillibilité et de la puissance indirecte que la complaisance des Docteurs Italiens attribue au Siège de Rome sur le temporel des Princes, est un des plus grands obstacles qui s'opposent à la conversion, non seulement des particuliers, mais des Provinces entières. Et l'on ne scauroit trop insinuer dans les esprits que ces opinions nouvelles ne font point partie de la doctrine de l'Eglise Universelle.
L'on pourroit remarquer, qu'encore que la Bulle qui révoque les Franchises des Ambassadeurs soit souscrite d'un assez grand nombre de Cardinaux ; presque tous ceux qui composent le sacré Collège ont fait tous leurs efforts pour détourner le Pape de la publier, et qu'ils ne l'ont signée que par une obéissance aveugle à ses ordres. Et, pour peu qu'il eût voulu écouter la voix de la raison , plutôt que les conseils suspects et intéressez des llateurs qui l'environnent : l'avis que Monsieur le cardinal d'Estrées luy a donné par écrit l'auroit détourné d'une entreprise si injuste, et qui peut produire des événements très fâcheux.
Cependant quoy que cette Bulle * prétendue n'ait point été publiée en France, qu'elle n'ait jamais été signifiée au sieur Marquis de Lavardin, que le Roy avoit destiné pour son Ambassadeur à Rome; que les menaces qu'elle contient ne s'addressent qu'à ceux qui prétendront soutenir les Franchises des Quartiers des Ambassadeurs et qu'il fût encore incertain quels ordres ce Ministre avoit receus du Roy son Maistre : dès le moment qu'il entre sur les Terres soumises à la domination du Pape, le légat de Boulogne et les autres Gouverneurs de l'Estat Ecclésiastique reçoivent des défenses de luy rendre en aucun lieu les honneurs et les civil itez dues à son caractère. Il arrive à Rome et l'on défend aux Cardinaux de le visiter et d'avoir aucun coniinerce avec luy.