‹ Documents réunis par le Comité du bicentenaire de La Bourdonnais, 11 février 1899Chapitre 7 sur 19 · QUELQUES ÉCRIVAINS · texte numérisé non relu

QUELQUES ÉCRIVAINS

^lahé de La Boiirdouiiais d'après quelques éerivains

Pendant que les Anglais portaient leurs armes vîc« torîeuses sur tant de mers, et que tout le globe était le théâtre de la guerre, ils en ressentirent enfin les effets dans leur colonie de Madras. Un homme à la fois négociant et guerrier, nommé Mahé de La Bourdonnais, vengea Fhonneur du pavillon français au food de l'Asie...

Mahé de La Bourdonnais était, comme les Daquesne, les Bart, les Dugai-Trouin, capable de faire beaucoup avec peu, et aussi intelligent dans le commerce qu'habile dans la marine. Il était gouverneur des Iles de Bourbon et de Maurice, nommé à ces emplois par le roi, et gérant au nom de la Compagnie.

Ces îles étaient devenues florissantes sous son administration. Il sort enfin de l'île Bourbon avec neuf vaisseaux armés par lui en guerre, chargés d'environ 2,300 blancs et de 800 noirs qu'il a disciplinés lui-même et dont il a fait de bons canonniers

VOLTÂIRB.

{Précis du Siècle de Louis XV Chap, XXIX.)

Des hommes entreprenants, qui auraient langui inconnus dans leur patrie, se placent et s'é'èvent d'eux mêmes dans ces pays lointain?», cù l'industrie est rare et nécessaire. Un de ces génies audacieux fut Mahé de La Bourdonnais, natif de Saint Malo, le Dugai-Trouin de son temps, supérieur à Dugai-Trouin par l'intelligence, et égal en courage. Il avait été utile à la Compagnie des Indes dans plus d'un voyage et encore plus à lui-même. Un des directeurs lui demandant comment il avait bien mieux fait ses affaires que celles de sa Compagnie : " C'est, " répondit-il, parce que j'ai suivi vos instructions dans " tout ce qui vous regarde, et que je n'ai écouté que les " miennes dans mes intérêts. "

Ayant été fait gouverneur de l'île Bourbon par le roi, avec un plein pouvoir, quoique au nom de la Compagnie, il arma des vaisseaux à ses frais, forma des matelots, leva des soldats, les disciplina, fit un commerce avantageux à main armée ; il créa en un mot l'île de Bourbon. (1) Il fit plus, il dispersa une escadre anglaise dans la mer de l'Inde ; ce qui n'était jamais arrivé qu'à lui et ce qu'on n'a pas revu depuis. Enfin il assiégea Madras, et força cette ville importante à capituler.

Les ordres précis du ministre français étaient de ne garder aucune conquête en terre ferme : il obéit. Il permit aux vaincus de racheter leur ville pour environ neuf millions de francs et servit ainsi le roi son maître et la Compagnie. Rien ne fut jamais dans ces contrées ni plus utile ni plus glorieux. On doit ajouter, pour l'honneur de La Bourdonnais, que dans cette expédition il se conduisit

(1) Il est évident que c'est de l'île de France dont "Voltaire voulait pî^rler, car l'île IJourboa était créée depuis déjà longtemps.

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avec une politesse, une douceur, une magnanimité dont les Anglais firent Téloge. Ils estimèrent et ils aimèrent leur vainqueur. Nous ne parlons que d'après les Anglais revenus de Madras, qui n'avaient nul intérêt de nous déguiser la vérité. Quand les étrangers estiment un ennemi, il semble qu'ils avertissent ses compatriotes de lui rendre justice.

Le gouverneur de Pondicliéri, Dupleix, réprouva cette capitulation ; il osa la faire casser par une délibération du Conseil de Pondicbéri et garda Madras, malgré la foi des traités et les lois de toutes les nations. Il accusa La Bourdonnais d'infidélité ; et le peignit à la cour de France et aux directeurs de la Compagnie comme un prévaricateur qui avait exigé une rançon trop faible et reçu de trop grands présents. Des directeurs, des actionnaires, joignirent leurs plaintes à ces accusations. Les hommes, en général, ressemblent aux chiens qui hurlent quand ils entendent de loin d'autres chiens hurler.

Enfin les cris de Pondichéri ayant animé le ministre de Versailles, le vainqueur de Madras, le seul qui dans cette guerre ait soutenu l'honneur du pavillon français, fut enfermé à la Bastille par lettre de cachet. Il languit dans cette prison pendant trois ans et demi, sans pouvoir jouir de la consolation de voir sa famille. Au bout de ce temps, les commissaires du Conseil, qu'on lui donna pour juges, furent forcés, par l'évidence de la vérité, et par le respect pour ses grandes actions, de le déclarer innocent. M. Bertin, l'un de ses juges, depuis ministre d'état, fut principalement celui dont l'équité lui sauva la vie. Quelques ennemis, que sa fortune^ ses exploits, et son mérite,

lui suscitaient encore, voulaient sa mort. Ils furent bientôt satisfaits, il mourut, au sortir de sa prison, d'une maladie cruelle que cette prison lui avait causée.

Ce fut la récompense du service mémorable rendu à sa patrie.

Le gouverneur Dupleix s'excusa dans ses mémoires sur des ordres secrets du ministère. Mais il n'avait pu recevoir à six mille lieues des ordres concernant une conquête qu'on venait de faire, et que le ministère de France n'avait jamais pu prévoir. Si ces ordres funestes avaient été donnés par prévoyance, ils étaient formellement contradictoires avec ceux que La Bourdonnais avaient apportés. Le ministère aurait eu à se reprocher la perte de neuf millions dont on priva la France en violant la capitulation, mais surtout le cruel traitement dont il paya le génie, la valeur et la magnanimité de La Bourdonnais.

M. Dupleix répara depuis sa faute affreuse et ce malheur public, en défendant Pondichéry, pendant quarante deux jours de tranchée ouverte contre deux amiraux anglais soutenus des troupes d'un Nabab du pays...

Voltaire.

(Fragments Historiques sur l'Inde*'-^ Article III.)

Pour jouir avec une certaine étendue de la commodité dont l'Ile de France devait être aux vaisseaux de la Compagnie, il fallut de toute nécessité fortifier l'île, la défricher et la peupler. Jamais aucun terrain n'en fut plus susceptible^

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M. de La Bourdonnais nommé au gouvernement de cette île quelque temps après que la Compagnie se fût décidée à la garder, prit cette idée en homme de génie et en citoyen. Il fit des ouvrages immenses en les mesurant sur la petitesse et la rareté de ses moyens. Je crus lire un roman en lisant la première partie de son mémoire. J'avoue même qu'à la première inspection des lieux, je le soupçonnais encore d'exagération ; mais l'exactitude des détails m'a contraint ensuite de rendre justice à la grandeur de ses vues et à la fécondité de ses ressources

Il voulut que les habitants de son île profitassent de tous les avantages qu'on pouvait retirer de la fertilité du terrain avant de songer à s'adonner au commerce.

Il distribuait des terres, il avançait des vivres et des esclaves. Il apporta du Brésil la plante de manioc

qui doit un jour contribuer à la richesse de l'île en assurant la subsistance des noirs ; il eut besoin de vigueur et de fermeté pour contraindre les colons à recevoir ce présent inestimable. La canne à sucre, l'indigo, le coton commençaient à être cultivés dans cette île, mais la plupart de ces établissements ont péri par les vues contraires de ses successeurs. L'état civil ne prit de foraies que sous son gouvernement. Il y mit autant d'ordre, il y fît autant de changement que dans l'administration économique. Les lois furent respectées, la licence et les monopoles punis et réprimés. Ses vues s'étendaient sur toutes les parties du gouvernement; il les avait droites, saines et grandes. Personne ne mérita mieux que lui d'être à la tête d'un établissement ; et, sans les circonstances qui l'en écartèrent, il eut sans doute laissé l'Ile

de France dans un état de splendeur et de force que le temps eut encore accru...

de Maudave.

Extraits de la " Relation (inédite) dhcn voyage aux Indes Orientales far M. de Maudave, chevalier de 8t Louis" (1757)« — Revue UistO' rique et Littéraire de l'Ile Maurice, 1er Juin

L'Isle de France possède deux excellents ports, où vont relâcher tous nos vaisseaux, employés en temps de paix au commerce des Indes et de la Chine, et en temps de guerre à la défense de nos établissements... Depais le célèbre M, de La Bourdonnais qui l'a gouvernée pendant 10 à 12 années et qui doit être regardé comme le fondateur de la colonie, puisqu'il est le premier qui y ait établi l'agriculture, on a sans cessa erré de projets en projets... Si l'on avait suivi le plan simple du fondateur, qui était de s'assurer du pain, i'isle serait aujourd'hui florissante j Tabondance y régnerait parmi les colons ; les équipages des vaisseaux y trouveraient les approvisionnements nécessaires...

Pierre Poivre.

Voyage d'un Philosophe, — Paris, 3nie édition An II p. 23.

...D'antres personnes ayant témoigné le désir que je fisse connaître avec quelques détails la vie de M. de La Bourdonnais, mes relations avec sa famille m'ont mis à même de les satisfaire.

IIÀHE DE LA BOURDONNAIS *lJi^

" Sa principale vertu était Phumanité, Les monumenta qu'il a établis à l'île de France sont garans de cette vérité...'*

En effet, j'ai vu dans cette île, oii j'ai servi comme ingénieur du roi, non seulement des batteries et des redoutes qu'il avait placées aux lieux les plus convenables, mais des magasins et des hôpitaux très bien distribués. On lui doit surtout un aqueduc de plus de trois quarts de lieue, par lequel il a amené les eaux de la petite rivière jusqu'au Port-Louis, car, avant lui, il n'y en avait pas de potable. Tout ce que j'ai vu dans cette île de plus utile et de mieux exécuté était son ouvrage. Ses talents militaires n'étaient pas moindres que ses vertus et ses talents d'administrateur. Nommé gouverneur des îles de France et de Bourbon, il battit, avec neuf vaisseaux, l'escadre de l'amiral Peyton, qui croisait sur I9. côte de Coromandel avec des forces très supérieures. Après cette victoire, il fut aussitôt assiéger Madras, n'ayant pour toute armée de débarquement que dix-huit cents hommes, tant blancs que noirs. Après avoir pris cette métropole du commerce des Anglais dans l'Inde, il retourna en France. Des discussions s'étaient élevées entre lui et M. Dupleix, gouverneur de Pondichéry. Aussitôt après son arrivée dans sa patrie, il fut accusé d'avoir tourné à son profit des richesses de sa conquête, et en conséquence il fut mis à la Bastille sans autre examen. On lui opposait comme principal témoin de ce délit, un simple soldat. Cet homme assurait, sur la foi du serment, qu'après la prise de Madras, étant en faction sur un des bastions de cette place, il avait vu, la nuit, des chaloupes embarquer quantités de caisses et de ballots suc le vaisseau do M. do

fi lïÀHÈ i)B LA BOURDONNAIS

Là Bourdonnais. Cetfce calomnie était appuyée, à Paris, du crédit d'une foule d'hommes jaloux, qui n'avaient jamais été aux Indes, mais qui, par tout pays, sont toujours prêts à détruire la gloire d'autrui. Le vainqueur infortuné de Madras assurait qu'il était impossible qu'on eût vu, du bastion indiqué par le soldat, cette embarcation, quand même elle avait eu lieu. Mais il fallait le prouver ; et, suivant la tyrannie exercée alors envers les prisonniers d'état, on lui avait ôté tout moyen de défense. Il s'en procura de toute espèce par des procédés fort simples, qui donnèrent une idée des ressources de son génie. Il fit d'abord une lame de canif avec un sou marqué, aiguisé sur le pavé, et en tailla des rameaux de buis, sans doute distribués aux prisonniers aux fêtes de Pâques. Il en fit un compas et une plume. Il suppléa au papier par des mouchoirs blancs, enduits de riz bouilli, puis séchés au soleil. Il fabriqua de l'encre avec de l'eau et de la paille brûlée. Il lui fallait surtout des couleurs pour tracer le plan et la carte des environs de Madras : il composa du jaune avec du café, et du vert avec des liards chargés de vert-de-gris, et bouillis. Je tiens tous ces détails de sa tendre fille, qui conserve encore avec respect ces monuments du génie qui rendit la liberté à son père. Ainsi muni de canif, de compas, de règle, de plume, de papier, d'encre, et de couleurs de son invention, il traça, de ressouvenir, le plan de sa conquête, écrivit un mémoire justificatif, et y démontra évidemment que l'accusateur qu'on lui opposait était un faux témoin, qui n'avait pu voir du bastion oii il avait été posté, ni le vaisseau commandant, ni même l'escadre. Il remit secrètement ces moyens do défense à l'homme de loi qui lui servait de

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conseil. Celui-ci les porta à ses jages ; ce fat un coup de lumière pour eux. On le fît donc sortir de la Bastille, après trois ans de prison. Il languit encore trois ans après sa sortie, accablé de chagrin de voir toute sa fortune dissipée, et de n'avoir recueilli de tant de services importants que des calomnies et des persécutions. Il fut sans doute plus touché de Tingratitude du gouvernement que de la jalousie triomphante de ses ennemis. Jamais ils ne purent abattre sa franchise et son courage, même dans sa prison. Parmi le grand nombre d'accusateurs qui y vinrent déposer contre lui, un directeur de la Compagnie des Indes crut lui faire une objection sans réponse, en lui demandant comment il avait si bien fait ses affaires, et si mal celles de la Com^tagnie. " C'est, lui *' répondit La Bourdonnais, que j'ai toujours fait mes " affaires d'après mes lumières, et celles de la Compagnie " d'après ses instructions."

Bernard François Mahé de La Bourdonnais naquit à Saint Malo en 1699, et est mort en 1754, âgé d'environ cinquante- cinq ans. 0 vous qui vous occupez du bonheur des hommes, n'en attendez point de récompense, pendant votre vie ! La postérité seule peut vous rendre justice. C'est ce qui est enfin arrivé au vainqueur de Madras et au fondateur de la colonie de l'île de France. Joseph Dupleix, son rival de gloire et de fortune dans l'Inde et le plus cruel de ses persécuteurs, mourut peu de temps après lui, ayant, par une juste réaction de la Providence, éprouvé une destinée semblable dans les dernières années de sa vie. Le gouvernement donna à la veuve de M. de La Bourdonnais une pension de 2400 livres, et honora de ses regrets la mémoire de cet homme illustre -,

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enfin, sa respectable fille me mande aujourd'hui que les habitans de l'île de France viennent, de leur propre mouvement, de lui faire à elle même une pension, en mémoire des services qu'ils ont reçus de son père.

Je crois qu'aucun de mes lecteurs ne trouvera mauvais que je me sois un peu écarté de mon sujet, pour rendre quelque hommage aux vertus d'un grand homme malheureux, à celles de sa digne fille et d'une colonie reconnaissante...

Bernaedin de Saint-Pierre.

{Œuvres complètes. — Ed. Lefèvre ; Paris, 1836, p. 775).

Tandis que Dumas donnait des richesses et de la considération à la Compagnie, le gouvernement envoya La Bourdonnais à Tisle de France

Cet homme, depuis si célèbre, était né à Saint Malo. A dix ans il s'était embarqué. Aucune considération n'avait interrompu ses voyages, et dans presque tous il avait fait des choses remarquables

Dès que La Bourdonnais fut arrivé à l'isle de France, il chercha à la connaître. Son heureuse pénétration, son infatigable activité, abrégèrent le travail. Dans peu, on le vit occupé à inspirer de l'émulation aux premiers colons de l'isle, entièrement découragés par l'abandon oii on les avait laissés, à assujettir à un ordre rigoureux les brigands récemment arrivés de la métropole. Il fit cultiver le riz et le bled, pour la nourriture des Européens. Le manioc, qu'il avait porté du Brésil, fat destiné à la sabsistancs des esclaves. Madagascar

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devait lui fournir la viande nécessaire à la consommation journalière des navigateurs et des habitans, jusqu'à ce que les troupeaux qu'il en avait tirés, fussent assez multipliés pour remplacer ces secours étrangers. Un poste qu'il avait placé à la petite isle de Rodrigae, ne le laissait pas manquer de tortues pour les malades. Bientôt les vaisseaux qui allaient aux Indes, trouvèrent les rafraîchissements, les commodités nécessaires après une longue navigation. Trois navires, dont l'un était de cinq cents tonneaux, sortirent des arsenaux qu'il avait élevés. Si le fondateur n'eut pas la consolation de porter la colonie au degré de prospérité dont elle était susceptible, il eut du moins la gloire d'avoir découvert ce qu'elle pourrait devenir dans des mains habiles.

Cependant ces créations, quoique faites comme par magie, n'eurent pas l'approbation de ceux qu'elles intéressaient le plus. La Bourdonnais fut réduit à se justifier. Un des directeurs lui demandait un jour, comment il avait fait si mal les affaires de la compagnie, et si bien les siennes. '^ C'est, répondit-il, que j'ai fait mes affaires selon mes lumières, et celles de la Compagnie d'après vos instructions."

Partout les grands hommes ont fait plus que les grands corps. Les peuples et les sociétés ne sont que les instruments des hommes de génie : ce sont eux qui ont fondé des états, des colonies. L'Espagne, le Portugal, la Hollande et l'Angleterre, doivent leurs conquêtes ou leurs établissements des Indf^s à des navigateurs, des guerriers, ou des législateurs, d'une âme supérieure. La France surtout, est plus redevable de sa gloire à quelques heureux particuliers, qu'à son gouvernement. Un de ses

sujets rares venait d'établir la puissance des François sur deux isles importantes de l'Afrique ; un autre encore plus extraordinaire, l'illustrait en Asie^ c'était Dupleix...

L'Abbé Raynal.

(Histoire. Philosophiqibe et Politique des Étahlissements et du Commerce des Européens dans les deux Indes^ — Paris, An III, Vol. 2, p. 398.)

M. de La Bourdonnais, ce grand homme dont Phîstoire parlera toujours avec éloge, grand général, grand homme de mer, grand administrateur, grand négociant, grand agriculteur, M. de La Bourdonnais enfin l'avait jugée {Vîle de France) bien différemment et il la connaissait bien, puisqu'il l'a gouvernée pendant plusieurs années et que c'est à lui qu'on devra les sources de sa prospérité. Il regardait l'île de France comme la clef du commerce des Indes pour la nation, comme le boulevard de nos établissements dans l'Asie, et comme un moyen de conquêtes. Il a fait plus, il a prouvé la justesse de ses dernières vues, en chassant l'escadre anglaise de la côte de Coromandel, en assiégeant et en prenant Madras. Il voulait que l'Isle de France devînt l'entrepôt du commerce des Indes pour la nation et le dépôt de nos forces de terre et de mer. Agricole, commerçante et militaire, c'était l'idée qu'il s'en était faite ; c'est aussi sa vraie

définition...

Charpentier-Cossigny.

( Voyage à Canton, capitale de la province de ce nom à la Chine ^a. — Paris j an VII.)

Le premier poteau à l'écusson de France qui couvrit de son égide, pendant un siècle, la colonie, fut planté par un Malouin {Garnier du Fougeray), Ce fut encore un de mes compatriotes, l'immortel Mahé de La Bourdonnais qui fonda cette importante possession française et la porta sous son administration à un haut degré de prospérité

Tous les encouragements, tous les secours propres à favoriser l'agriculture, le commerce et l'industrie, furent protégés par ses mains généreuses et souvent à ses propres dépens, La canne à sucre, l'indigo, le coton, le rima et le manioc, furent les trésors que lui durent les colons. Il ne se contenta pas de faire prospérer le pays, mais il sut aussi le rendre redoutable aux ennemis de la patrie...

Ch, G.

(Charles Cunat.)

(Croisière dans l'Inde ; Combat du Grcmd Port, Août 1810, — Saint 3falo, Imprimerie et Lih'airie de E, Carruel.)

Dès que La Bourdonnais fut arrivé dans les îles de son gouvernement, il les étudia à fond. Son heureuse pénétratration, son infatigable activité abrégèrent le travail. Il établit partout la discipline et la subordination, maniant avec autant d'adresse que de sévérité des esprits fougueux et qui jamais encore ne s'étaient vus retenus dans les bornes du devoir et de l'obéissance. Après avoir réglé les intérêts moraux, comme eut fait un législateur consommé, il prit soin, en bon père, des intérêts matériels des colons. Le premier^ il dota les Iles de France et de Bourbon de leurs plantations de cannes à ^aer^^ ej^ jl

établit des raffineries qui produisirent presque immédiatement à la Compagnie des Indes des sommes considérables. Il fonda aussi des fabriques de coton et d'indigo, fit cultiver le riz et le blé pour la nourriture des Européens et naturalisa aux îles Orientales de l'Afrique pour la subsistance des esclaves, le manioc, qu'il avait apporté do Brésil. Manquant d'ingénieurs et d'arcbitectes, La Bourdonnais se fit l'un et l'autre et bientôt des maisons, des hôpitaux, des magasins, des arsenaux même, s'élevèrent à la place des cabanes, avec de bonnes fortifications pour protéger le tout ; des communications furent ouvertes, des canaux creusés, des ponts, des aqueducs, un pont et des quais construits comme par enchantement. Avant l'arrivée de La Bourdonnais on ne savait à l'île de France, ce que c'était de radouber ou de caréner un vaisseau, les habitants, qui avaient de petites embarcations pour aller à la pêche, étaient incapables d'y faire par eux-mêmes la moindre réparation, et n'attendaient rien que du secours des ouvriers qui, de hasard, relâchaient sur leurs côtes. L'intelligent gouvernaur, dont le coup d'œil avait deviné dans l'Ile de France une émule possible de la colonie hollandaise de Batavia, un entrepôt commode et sûr pour la compagnie des Indes Orientales, encouragea de toutes ses forces les colons à le seconder. Il fil chercher, voiturer, façonner tous les bois propres à la marine, et en moins de deux ans, il eut tous les matériaux qu'il désirait à sa disposition Bientôt les

ouvriers de l'Ile de France furent en état de doubler et radouber non-seulement les bâtiments de leurs côtes, mais encore ceux qui venaient d'Europe. On ne s'en tint pas là. Un beau brigantin, navire de bas bord, avec un grand mât, un mât de misaine et un mât de beaupré, plus en usage

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pour le commerce que pour la guerre, quoique très propre à faire la course, fut entrepris avec un plein succès par La Bourdonnais, qui lui fit succéder immédiatement, sur le chantier, un bâtiment de cinq cents tonneaux. Le port de l'Île-de-France ne tarda pas à êfcre en aussi bonne renommée, pour la construction des vaisseaux, que celui de Lorient... C'est ainsi que l'Ile-de-France et celle de Bourbon, hier encore presque dédaignées, comme d'inutiles rochers, devinrent en quelques jours l'orgueil de la mer des Indes, l'objet de la jalousie et de l'ambition des Anglais et des Hollandais...

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