‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale (volume 2)Chapitre 15 sur 33 · GG · texte numérisé non relu

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de faire aux idées stupides de la population qu’elle gouverne, sous peine d’en voir émigrer la majeure partie et notamment les banians, aux mains de qui restent encore quelques capitaux et le peu de commerce effectué dans la localité. L’esprit d’intrigue du gouvernement anglo-indien, qui, jaloux d’étouffer le moindre germe de développement politique ou commercial susceptible de porter atteinte à ses intérêts, se tient toujours prêt à profiter des moindres fautes, oblige le gouvernement portugais aux plus grands ménagements à l’égard de la population de ses établissements de l’Inde, déjà si abandonnés, et lui commande de s’abstenir des mesures qui pourraient provoquer de nouvelles émigrations. Voilà donc où en est actuellement la puissance des Portugais dans l’Inde! Les descendants de ces fougueux missionnaires de la foi, les fils des fiers conquérants dont les exploits héroïques portèrent sur tout le littoral de l’Asie méridionale la terreur du nom portugais, sont réduits aujourd’hui à subordonner la satisfaction de leurs besoins aux préjugés religieux de ces gentils , dont leurs pères traitaient les ancêtres avec tant de mépris.

Une relâche à Dion ne peut procurer à un bâtiment de guerre d’autre provision que de l’eau de citerne : celle qu’on prend au débarcadère de la citadelle est fort bonne, si l’on a la précaution de laisser les conduits se nettoyer avant de commencer à la recevoir dans les futailles; nous en embarquâmes une douzaine de tonneaux, et je me hâtai, pour quitter au plus tôt ce triste séjour, de visiter la ville et les environs.

Diou est une île de 10 kilomètres de longueur, dans une direction à peu près est et ouest; sa plus grande largeur est de 4 kilomètres. Elle a pour dépendance l’aidée ou village for-

tifié de Gouguela, situé sur la péninsule que forme la pointe sud du Katiavar, et dont elle n’est séparée que par un bras de mer fort étroit : ce bras de mer représente ce qu’on appelle le port intérieur, mais son peu de profondeur n’en permet l’entrée qu’à des bâtiments calant moins de 4 mètres d’eau; l’ancrage pour un grand navire est en dehors, par 13 mètres; ou bien encore plus avant dans la baie, dans une espèce de bassin naturel que l’on nomme le puits, et où le fond est de 6 à 8 mètres. Pendant la mousson de nord-est on peut, sans aucune crainte, mouiller devant Dion; le temps y est uniformément beau; dans le jour, les brises soufflent régulièrement de l’est-nord-est à l’est-sudest, joli frais; la nuit elles viennent de terre, c’est-à-dire du nord-ouest au nord, et sont ordinairement plus fraîches après minuit. Durant notre court séjour sur cette rade, le baromètre a marqué constamment 0ra,76i; la température a varié entre 20° et 29° centigrades. Les vents de la mousson de sud-ouest y sont le plus souvent tempétueux et pluvieux durant les mois où celte mousson est dans sa force; de mai à septembre, le mouillage extérieur ne serait pas tenable. Les courants de marée sont très-forts le long de la côte environnante; sur rade, ils ont été estimés de 2' 2 à 2' 5 au fort d’une marée de syzygie. Ils portent de l’est à l’estnord-est avec le Ilot et en sens directement inverse avec le jusant. Nous avons observé sur ce point une déclinaison de l’aiguille de 2° 20' nord-est , et, d’après nos chronomètres, lu longitude y serait de 68° 4G' 21" E., le môle du château ayant été pris pour lieu des observations.

Le sol de l’île de Diou est presque partout stérile, et les produits qu’on y récolte sont insuffisants pour les besoins

de ses habitants. Presque toutes les denrées de première nécessité proviennent donc de l’extérieur et sont l’objet d’un trafic journalier.

La portion cultivable du sol , évaluée au tiers de la superficie totale, est exploitée principalement en baghéri et en cocotiers; onze cents personnes approchant sont employées à ces cultures.

La population de Diou et dépendances paraît être stationnaire depuis un certain nombre d’années; un recensement fait en 1844 la porte à 9,417 individus. Elle se compose en majeure partie d’Hindous, parmi lesquels la caste des banians est la plus importante par sa richesse relative. Cette classe comprend à peu près trois cents familles, dont une centaine d’individus s’occupent spécialement de commerce. On compte environ 640 musulmans et 550 chrétiens, tous sujets portugais. La classe industrielle qui l’emporte par le nombre est celle des marins et des pêcheurs, habitant, pour la plupart, le village de Gouguela , où elle s’élève à deux mille âmes; le reste est groupé au village de Brinkabara, à l’extrémité ouest de l’ île : là vivent aussi quelques cultivateurs.

L’eau des puits est un peu saumâtre, mais il y en a de très-bonne dans les citernes, dont beaucoup de maisons sont munies.

Le bras de mer abonde en menu poisson et en coquillages dont la population pauvre se nourrit presque exclusivement. Les produits de la pêche constituent d’ailleurs, pour toutes les classes, un des principaux moyens de subsistance et fournissent quelque peu à l’exportation.

L’esclavage a cessé d’être, à Diou, à l’état d’institution

viable; du moins il n’est plus alimenté par la traite. Il y a bien encore des esclaves dans l’île, mais ils ne tiennent sans doute pas à changer leur condition, car ils n’auraient, pour y échapper, qu’à passer sur le territoire voisin, où ils seraient sous la protection anglaise.

L’île de Diou laisse à désirer sous le point de vue de la salubrité. Il y règne des fièvres intermittentes; leur cause la plus active est probablement inhérente aux pernicieux effluves dégagés par les marais qui bordent une partie du côté nord de l’île et par ceux qui l’avoisinent sur la terre ferme. Les ophthalmies y sont nombreuses et le choléra y apparaît fréquemment. L’ancien couvent de San Francisco sert aujourd’hui d’hôpital militaire.

Les seuls frais que fasse le gouvernement pour l’instruction publique consistent dans l’entretien d’une école primaire. Les Hindous et les musulmans possèdent des écoles particulières qui ont du rapport avec nos maisons d’enseignement mutuel.

La ville se divise en plusieurs quartiers ; visitée en détail, elle ne répond nullement à l’opinion favorable que donne l’aspect pittoresque de son ensemble du côté du port : ces maisons à l’air coquet et aux couleurs variées, qui composent le quartier portugais, vues de près, ne sont plus, en général, que des masures badigeonnées, souvent sales et décrépies, paraissant abandonnées; elles sont bâties en pierre et surmontées de terrasses, d’où les eaux pluviales se rendent aux citernes. Le quartier hindou se distingue par ses rues étroites et tortueuses; ses maisons élevées, ayant des jalousies et des balcons , dont quelques-uns ornés de sculptures finement travaillées, mais sans goût, rappellent vaguement

les anciennes cités maures de l’Espagne. Parmi ces maisons, il en est qui ont une apparence plus européenne et donnent l’idée d’une certaine aisance chez leurs propriétaires; ce sont des maisons de Parsis. Toutes les pagodes y sont mesquines.

Une muraille assez haute et crénelée sépare du reste de l’île ce que l’on appelle la place de Diou, à l’extrémité orientale de laquelle s’élève la citadelle entourée d’un fossé profond. Sur l’esplanade comprise entre ce fossé et les premières maisons de la ville on aperçoit plusieurs monuments en pierre, sans inscriptions, destinés évidemment à perpétuer le souvenir de faits historiques. L’un de ces monuments est une pyramide quadrangulaire tronquée, couronnée par un petit entablement orné d’une boule; sa base, qui a la forme d’un parallélipipôde rectangle, est à simple corniche : il fut érigé, dit-on, par l’armée de Cojè Çofar, au lieu même où un boulet vint frapper ce chef conduisant le siège de la citadelle que défendait don Jean de Mascarègne. Non loin de là se dresse une aiguille surmontée d’une croix indiquant que son érection est due aux chrétiens; on suppose qu’elle marque la place où fut trouvé le corps mutilé de l’un des (ils de dom Joâo de Castro, après qu’une mine habilement préparée par l’ennemi eut fait sauter un des bastions de la citadelle et jeté au loin les cadavres de ses héroïques défenseurs. D’autres pierres tumulaires gisent encore çà et là, mais nul ne sait dire aujourd’hui quels souvenirs elles sont destinées à rappeler.

Il me serait impossible de décrire exactement la forteresse de Diou; elle est si vaste et si compliquée dans son tracé, les ouvrages y sont si nombreux, qu’on n’en garde

pas une idée nette lorsqu’on ne l’a parcourue qu’une fois. D’ailleurs elle n’a pas été construite suivant un plan d’ensemble, elle a pris successivement des proportions plus considérables à mesure que les circonstances en démontraient l’utilité, et selon les moyens dont les gouverneurs disposaient; de pompeuses inscriptions rappellent les époques de ces divers accroissements, qui rendirent la place de Diou la plus forte des Indes orientales.

Aujourd’hui cette citadelle est encore garnie, m’a-t-on assuré, de plus de deux cents bouches à feu tan t en bronze qu’en fer : j’en ai vu quelques-unes de vraiment extraordinaires par leur longueur et par leur calibre; plusieurs portent des légendes curieuses ou sont ornées de reliefs et de moulures bizarres. Il existe dans la citadelle vingt-trois citernes, dont deux seulement reçoivent et conservent l’eau, les canaux de conduite des autres étant détruits ; la citerne dite du Roi est un fort bel ouvrage en ce genre.

La garnison ne se compose actuellement que de cent cinquante hommes, infanterie et artillerie, qui sont fournis par l’armée de Goa.

Au fur et à mesure que l’on pénètre dans la citadelle, l’ intérêt va croissant, et le visiteur y trouve une source inépuisable d’émotions. Il n’est peut-être pas, en effet, de lieu au monde qui rappelle plus de glorieux souvenirs, plus d’actes d’enthousiasme et de patriotique dévouement.

Diou, quoique non mentionnée sur la carte de Ptolémée, paraît avoir été connue des anciens sous le nom de Béionus, île située, d’après le Périple, à l’entrée occidentale du golfe de Cambaye ou sinus Bariginus. Il y a bien encore, dans ces parages, la petite île Betl ou Sîrbelt, nommée par les

Portugais ilha dos Mortos ; mais celle-ci est dans le golfe même, et non à l’entrée occidentale du golfe; de plus, comme elle ne possède ni port ni aucune des facilités nautiques qui constituent une position maritime, il est difficile de supposer qu’elle ait attiré l’attention des navigateurs anciens.

La situation avantageuse de Diou, son port assez vaste et assez sûr pour de petits navires, en rendaient la possession trop précieuse pour que les Portugais négligeassent de se l’assurer; la conquête de cette place devait, d’ailleurs, sembler indispensable à ceux qui se proposaient de s’emparer du commerce de l’Arabie, de la Perse et de l’Inde; aussi Alphonse d’ Albuquerque, qui savait à la fois concevoir et exécuter les grandes choses, songea-t-il d’abord à obtenir l’agrément du roi de Cambaye pour y bâtir un fort. Les conquêtes d’Hormouz, et de Malacca, en réclamant tous ses soins, détournèrent son attention de l’île Diou ; mais le projet de s’y établir continua d’être l’une des plus sérieuses préoccupations de ses successeurs dans le gouvernement de l’Inde portugaise. Les négociations engagées par eux, à cet effet, ayant échoué, on dut recourir à la force. En 1518, Diogo Lopez de Sequeira prépara, dans ce but, une flotte de quatre-vingts voiles; mais ces dispositions n’eurent point de suite. En 1529, Lopo Vaz de Sampayo consacra, sans plus de succès, poulie même objet, des sommes énormes à la création de l’une des plus formidables flottes que l’Inde eût encore vues. Ce ne fut que sous le gouvernement de Nuno da Cunha que les Portugais prirent position à Diou, grâce à un traité conclu avec Bahdour, usurpateur du trône de Cambaye (1 ) . Quelques

(1) Bahdour, gouverneur de Gouzerate au temps d’ibrahim II, empereur de Delhi, se rendit indépendant à la mort de ce dernier. Eu 1535,

années plus tard, à la suite des sièges mémorables qu’avait eus à soutenir la citadelle de Diou, et après l’éclatante victoire remportée par dom Joao de Castro, les ouvrages de défense furent accrus à un tel point, que dès ce temps elle fut regardée comme inexpugnable.

Lorsque l’ île entière eut passé sous la domination portugaise, on la mit à couvert de nouvelles agressions par terre en occupant militairement la portion du continent située en face d’elle. Cette partie du territoire de Gouzerate est demeurée jusqu’à présent une dépendance de l’île.

Avant l’arrivée des Portugais dans l’Inde, Diou faisait déjà un commerce considérable non-seulement avec les pays de Cambaye et de Gouzerate, qui , depuis l’antiquité la plus reculée, étaient fréquentés par les marchands de la Perse et de l’Arabie, mais aussi avec tous les ports de la presqu’île indienne. Quand les Portugais s’en furent emparés, son importance augmenta encore; elle devint l’entrepôt général du commerce de l’Arabie et de la Perse avec l’Inde et les ports de Cambaye, Baroche et Surate, qui commencèrent, par suite, à être négligés. Beaucoup de familles européennes s’établirent dans l’île, et sa population s’éleva bientôt jusqu’à cinquante mille âmes ; l’opulence et le luxe y étaient excessifs. Un arsenal , dont il reste quelques vestiges, y fut établi , et le port de Diou servit de base aux opérations de la marine portugaise dans les mers au nord de Goa. Il en sortit des

ayant été vaincu par l’empereur Houmaïoun II, il se retira à Diou, où il accorda aux Portugais l’autorisation d’élever une forteresse, à condition qu’ils lui serviraient d’auxiliaires contre Houmaïoun. Les Portugais acceptèrent. La forteresse fut bâtie, et Bahdour recouvra le royaume de Gouzerate.

escadres qui parcoururent les mers d’Asie, et des navires marchands dont les expéditions s’étendaient à tous les pays à l’est du cap de Bonne-Espérance. Les recettes produites à la douane par ce mouvement commercial ne montaient pas à moins de 100,000 cruzades, somme énorme à cette époque. En un mot, après Goa, Diou était le plus riche marché de l’Asie méridionale. Toutefois cet état de choses, aussi brillant que prospère, eut une bien courte durée; il fut suivi d’une triste et rapide décadence. Malgré les revers qu’ils essuyèrent dans l’Inde, les Portugais, grâce à son inexpugnable citadelle plus encore qu’à l’insuffisante garnison qu’ils y entretinrent dès lors, conservèrent, il est vrai , cette place importante; mais son commerce et, par conséquent, l’industrie et la richesse de ses habitants n’en devaient pas moins être atteints par les causes de ruine auxquelles la plupart de leurs autres possessions avaient déjà succombé. D’ailleurs celles d’entre ces possessions qui avaient précédemment résisté aux hostilités des Hollandais et des Anglais étaient alors exposées aux fanatiques agressions des Arabes d’Omân , qui , une fois émancipés du joug des Portugais, poursuivaient contre eux une lutte acharnée. La descente qu’ils opérèrent sur l’île en 1760, et qui eut pour résultat le pillage de la ville et le massacre ou la capture d’une partie de la population, fui, pour Diou, un désastre dont elle ne s’est pas relevée.

Et maintenant, en ce lieu où s’accomplirent tant d’actions surhumaines qui firent des premiers temps de la domination portugaise dans l’Inde une époque vraiment héroïque, on ne retrouve môme plus le culte des souvenirs. La population chevaleresque qui l’animait naguère, cette phalange

d’intrépides soldats, en tête desquels apparaissent, dans notre pensée, les grandes figures de Sylveira, de Mascarenhas et de Joao de Castro , tout cela n’est aujourd’hui représenté que par un petit nombre de familles misérables, abâtardies et condamnées probablement à se retirer bientôt devant les descendants des vaincus, qui leur sont déjà supérieurs en richesse, en industrie, peut-être même en intelligence. Devant les édifices en ruine, les monuments funèbres qui jonchent le sol de Diou , le voyageur, ému d’un religieux respect, ne peut, sur tant de témoignages muets d’un passé glorieux, interroger que l’ histoire écrite; car c’est à peine si une vague tradition a transmis à quelques-uns de ces maîtres dégénérés la mémoire des faits qui ont illustré leurs aïeux.

Au point de vue industriel, Diou n’est pas moins que sous les autres rapports déchue de son importance. Faute de débouchés, une réduction considérable s’est opérée dans la fabrication des tissus de coton, si active à l’époque de la conquête, et dont les produits, consistant surtout en cotonnades imprimées, rivalisaient avantageusement avec ceux des manufactures de Madras pour la beauté du tissu et la solidité du teint. Cette fabrication n’occupe plus guère que sept cents ouvriers des deux sexes, y compris une centaine d’imprimeurs : encore, depuis longtemps, ce petit nombre de tisserands ne travaillent pour ainsi dire que sur commandes. Leurs étoffes sont consommées en partie dans l’île, et le reste s’exporte dans les possessions portugaises de l’Inde et du Mozambique; elles comprennent des toiles rayées, des indiennes, des mouchoirs, du linge de table,

des couvertures de lit et quelques autres tissus qui sont désignés par des noms particuliers au pays. Le coton et les matières colorantes qu’on y emploie viennent de l’extérieur, principalement de Bombay et du Katiavar. Les moyens de fabrication sont restés ce qu’ils étaient primitivement, sans aucun emprunt aux progrès obtenus par l’application de la mécanique à l’industrie; les dessins sont généralement de mauvais goût et peu variés.

Ces tissus sont presque l’unique ressource du commerce d’exportation de Diou. Goa lui fournit en échange un peu de riz, quelques autres denrées alimentaires et une petite quantité de vin. Les retours de Mozambique se font en dents d’éléphants et en or, articles servant à payer le coton en laine, les matières colorantes et les vivres que l’île tire de Bombay et du Gouzerate. Trois petits navires de 50 à 80 tonneaux destinés aux voyages de Mozambique et une cinquantaine de barques côtières suffisent au transport de ces divers échanges et composent toute la marine marchande de la localité. On pourrait, néanmoins, construire, dans son port, des navires de 250 à 500 tonneaux. Il existe encore parmi la population de l’île des constructeurs et ouvriers spéciaux ; mais ils sont moins nombreux et moins habiles qu’à Daman, d’où il faudrait, d’ailleurs, comme autrefois, faire venir le bois de construction.

En 1841, Diou fut déclarée port d’entrepôt; on comptait ainsi y voir affluer les produits d’exportation de la province de Katiavar et môme de tout le Gouzerate et les denrées ou autres objets destinés à la consommation de ces pays; mais le gouvernement de Bombay fit complètement avorter

cette mesure, en déclarant également francs les petits ports de Villane et de New-Bcnder, voisins de Diou; il en est résulté que l’exportation du coton du Katiavar continue d’avoir lieu par ces deux ports, et que les produits de l’extérieur sont introduits dans le Gouzcrate par diverses voies, sans participation aucune de l'entrepôt portugais à ce double mouvement.

Les droits d’entrée, pour les marchandises destinées à la consommation, y sont de 5, 7, 10 ou 20 pour 100, selon que ce sont des marchandises indigènes introduites sous pavillon national, ou des marchandises étrangères introduites sous pavillon portugais , ou les mêmes introduites sous pavillon étranger, ou enfin quelles consistent soit en étoffes de laine, de fil , de soie, de coton et de passementerie, soit en bois, ambre, fer, acier et autres articles qui peuvent être aisément fabriqués dans le pays. Le droit de 20 pour 100 serait réduit à 17 pour 100, si ces articles arrivaient sous pavillon portugais. L’artillerie, les matières incendiaires et les projectiles sont absolument prohibés sous tout pavillon et de quelque provenance que ce soit. Il est, en outre, certains produits de fabrication étrangère dont l’introduction est également défendue ou réservée aux seuls navires nationaux.

Les droits de sortie sur les objets qui ont été admis h la consommation sont de 2 pour 100, sans distinction de pavillon ; ils sont nuis sur les articles de production nationale exportés sous pavillon portugais dans les possessions portugaises de l’Inde. L’exportation du colon en laine est seule prohibée.

La valeur des articles imposés s’estime à l’amiable entre le détenteur et le receveur des douanes; s’il se présente des

difficultés au sujet de cette estimation, les droits sont payés en nature.

Au résumé, il y a , dans le système des douanes de Diou comme dans celui des autres établissements portugais de l’Inde, une foule de dispositions exceptionnelles et souvent arbitraires qui ne permettent guère d’en donner une idée exacte. Le tarif dont je viens de faire connaître les dispositions générales, et qui avait été dressé par le gouvernement de Goa à la fin de 1840, aura dû être modifié et mis en accord avec les dispositions du décret de la Reine, promulgué le 5 juin 1844. Or il ne faut pas oublier qu’aux termes de ce décret ne sont admis, dans cerlainsports désignés, savoir, pour l’Inde, ceux de Goa, Diou et Daman , que les navires des nations en faveur desquelles la liberté du commerce a été stipulée par un traité. Au moment de notre passage à Diou, les Anglais seuls étaient dans celte situation légale pour commercer avec le Portugal et ses colonies.

On battait encore monnaie à Diou il y a peu d’années; les métaux employés étaient 1° l’argent, avec lequel on frappait une pièce dite roupie, valant 8 tangas de Goa, 25G reis de Portugal, environ 1 fr. 80 cent., d’après le taux de Lisbonne; 2° un mélange de toutenague et de cuivre, qui servait à fabriquer des pièces dites pataca, mcia palaca et quarto de pataca. Depuis, on s’est borné à refrapper quelques vieilles pièces de cuivre.

A Diou , et dans tous les établissements portugais de l’Inde, la roupie vaut invariablement 2 pardans ou séraphins; mais la valeur réelle du pardan et du i/2pardan varie naturellement selon celle de la roupie, dont ils sont une division et une subdivision.

Les monnaies ayant cours aujourd’hui , outre les pièces que je viens de mentionner, sont :

En or : Une pièce, dite San-Thomé (novo) (1), valant 14 séraphins;

La meïa dobrâo (demi-doublon), dont le cours, variable, était, à notre passage, de 21 roupies 1/4 de Goa.

En argent : La roupie de Goa (qui est aussi une monnaie de compte), valant 1/4 en sus de la roupie de Diou ou 520 reis de Portugal ;

La roupie anglaise de la compagnie, valant un peu plus que la roupie de Goa ou 556 reis de Portugal ;

La piastre espagnole, valant 5 roupies et 1 tanga de Diou.

En cuivre : La tanga de Goa, valant 1/8 de la roupie de Diou.

Il y a de plus en circulation à Diou une petite pièce de cuivre alliagée de zinc, qui vaut un cinquième de la tanga ; c’est la pièce de 12 reis de Goa et peut-être l’ancienne meïa pataca de Diou. On donne ordinairement cent vingt-cinq de ces pièces pour une piastre d’Espagne; nous en avons eu cent dix-huit, cent dix-neuf et cent vingt pour une pièce de 5 francs, selon le poids de celle-ci, qu’on ne peut, d’ailleurs, considérer comme ayant cours sur la place-

Les poids en usage sont :

La livre portugaise, équivalant à Ok, 459s, 04e;

Le sîr, de 10 onces 4/5, — O1, 550s;

(1) Il y a eu une autre pièce de ce nom, frappée anciennement à Diou , et qui valait 10 séraphins.

Le maun, de 40 sîrs , équivalant à 1ok,200-;

L’arrobe, de 52 livres, — 14k,689g;

Le kandi, de 16 arrobes, — 255k,024g.

Les mesures de longueur sont :

La palme ( palma ), équivalant à . Om,2194;

La coudée [côvado), — 5 palmas ou 0m,6582;

La vare ( vara ), — 5 palmas ou lm,097.

Comme mesure de capacité pour les céréales, on se sert de l’alquier ( alquiere ), équivalant à 15',5085.

Le mouvement commercial de Diou est, aujourd’hui , tellement restreint, que je ne vois pas d’opération lucrative à faire régulièrement sur ce point par nos commerçants. Voici, toutefois, ce qui m’y paraît accidentellement exécutable, soit pour un navire se rendant à Bombay ou à Mascate, soit pour quelque bateau de Maïotte en destination pour les mômes pays.

Parmi les articles importés à Diou, l’ivoire est à peu près le seul que fournirait l’entrepôt de Maïotte, et le seul aussi qu’un de nos navires relâchant à Diou puisse en exporter. Or il entre annuellement à Diou environ 200 kandi d’ivoire; les dents qu’on préfère sur ce marché, qui les réexporte dans l’Inde, sont du poids de 11 à 14 kilogrammes. Le moment le plus favorable pour vendre est la fin de septembre; le prix du kandi d’ivoire y est alors de 550 à 600 piastres, un peu plus lard il ne s’élève pas au-dessus de 500. On y introduit, en outre, environ 200 arrobes de dents d’hippopotame et une petite quantité de vieux cuivre. Dans le cas donc où une maison de commerce établie à Maïotte et ayant à envoyer quelque bateau chargé à Bombay ou à Mascate voudrait comprendre dans cette expédition une escale à

Diou, elle aurait la chance de placer ces articles avec avantage, s’ils y étaient présentés dans les conditions ci-dessus indiquées quant à l’époque et à la quantité. Toutefois le payement n’en serait facilement effectué, par l’acheteur, qu’en traites sur Bombay ou Surate, ordinairement tirées à huit jours de vue. La vente ne pourrait, d’ailleurs, avoir lieu qu’en entrepôt. Le droit d’entrepôt est de 1 pour 100; mais, par suite d’une espèce de courtage dont se charge le chef de la douane, il s’élève, m’a-t-on dit, à 2 5/4 pour 100; c’est le vendeur qui règle avec la douane, sans être obligé d’entreposer réellement la marchandise, pourvu que le droit d’usage soit acquitté.

S’il s’agissait, au contraire, d’un achat d’ivoire à faire par un navire passant à Diou, l’époque la plus convenable serait la fin de novembre.

Trois jours passés dans cette localité nous suffirent pour obtenir les renseignements relatifs à l’objet principal de la mission. Le 18 novembre, à neuf heures du soir, nous appareillâmes avec une petite brise de terre, et nous nous dirigeâmes, sous toutes voiles, vers notre nouvelle destination.

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