‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale (volume 2)Chapitre 5 sur 33 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Situation géographique de nie. — Moussons régnantes; mode d’atterrage pour chacune d’elles. — Mouillage de la ville. — Superficie de File. — Mature du sol. — Météorologie. — Population. — Costume des deux sexes. — Maladies. — Insalubrité du climat. — Linguistique. — Religion. — Superstitions. — Vie individuelle et de famille. — Relations sociales. — Description de la ville de Zanzibar. — Cultures et industries agricoles.

L’île de Zanzibar ou, mieux, Zcndzibar tire son nom de la partie du continent africain dont elle dépend, et que les Arabes nomment Zendjibar, terre des Zendjes ou des noirs. Les Souahhéli, dans le pays desquels elle est comprise, la désignent sous le nom d ’Anggouya; elle s’étend, en longueur, entre les parallèles de 5° 45' et 6° 28', et, en largeur, entre 56° 5' et 57° 16' de longitude; son gisement est à peu près nord-nord-ouest et sud-sud-est, à une distance moyenne de vingt et un milles de la terre ferme. Cette île est basse; du pont d’un navire on aperçoit à peine, à quatre ou cinq lieues, les têtes de cocotiers qui dominent ses points les plus élevés. Elle paraît bien boisée et l’aspect général en est riant; son rivage présente presque partout une plage, sauf à ses deux extrémités nord et sud, où il est plus accore et terminé par des falaises rocailleuses.

En plusieurs endroits de sa côte ouest, le rivage est bordé d’une chaîne d’ îlots et de bancs de sable ou de corail , qui

y forment des havres parfaitement abrités. Sur toute l’étendue de celte côte, les navires peuvent, au besoin, jeter l’ancre; mais le mouillage principal auquel on donne le nom de port de Zanzibar est situé devant la ville. Il est protégé, au nord et à l’ouest, par une ceinture de bancs et d’îlots, dont les principaux, en allant de l’est à l’ouest, ont reçu les noms de Chapagny (1), Kibandéco, Changou et Bâouî. Ces îlots et bancs laissent entre eux des intervalles où le brassiage est assez grand pour les navires, et qui constituent ce qu’on appelle les passes de Zanzibar. L’intervalle compris entre eux et la partie nord-ouest de l’île est d’environ 5,7 milles carrés. Tarmi les passes qui y conduisent, il en est trois principales, entre lesquelles on choisit selon la mousson régnante et selon que l’on a atterri par le nord ou par le sud de l’île.

Le rivage oriental de Zanzibar ou, autrement, la côte du large est roide, accore et sans mouillage, sauf la baie située à sa partie moyenne, à l’ouvert de laquelle, durant la mousson de sud-ouest , un navire pourrait mouiller en cas de nécessité, mais qui n’est fréquentée, d’ailleurs, que par les bateaux du pays.

Il a été dit, précédemment, ce que sont les vents généraux de la mer de l’Inde, connus sous le nom de moussons, qui soufllent, sans interruption, du nord-est une partie de l’année, et du sud-ouest pendant l’autre. Il ne faudrait pas considérer ces désignations comme absolument invariables; il est vrai qu’au large, la mousson régnante souffle presque constamment suivant l’une de ces directions ou à peu près;

(1) Cet îlot porte sur certaines cartes le nom d’ilc des Français.

mais, aux approches de la terre, il n’en est plus ainsi, et elle subit des déviations, quelquefois de plusieurs quarts, qui sont dues soit aux contours du rivage, soit à l’élévation des montagnes, soit à la saillie des promontoires, soit enfin aux accidents météorologiques qu’engendre le voisinage des grands continents : inutile de dire que les renversements de mousson se font sentir plus ou moins tard dans les diverses localités, selon que celles-ci se trouvent plus ou moins éloignées du point de départ de la mousson. En ce qui regarde particulièrement l’île de Zanzibar, voici , selon les renseignements fournis par la pratique des navigateurs indigènes, et avec lesquels nos propres observations s’accordent, comment s’y comportent les moussons : celle de nord-est, qu’ils nomment Mouceum ou Azieub , arrive à la fin de novembre et finit dans la dernière quinzaine de mars; elle acquiert sa plus grande force de la mi-décembre à la mi-février; dans cet intervalle, elle souffle souvent du nord et du nord-nord-ouest. La mousson de sud-ouest commence dans la dernière quinzaine d’avril ; elle est assez improprement nommée par rapport à Zanzibar, car, pendant le jour surtout, elle vient bien plus souvent du sudsud-est et sud-est que de l’ouest du sud ; elle dure jusqu’au mois de novembre; les Arabes la divisent en deux parties distinctes : la première, qu’ils nomment Qouss (en souahhéli , Qouci ), est la plus intense et se prolonge jusqu’au commencement de septembre; ils donnent à la seconde le nom de Dimân (en souahhéli , Dimani). La mousson de sud-ouest est considérée comme terminée après le mois d’octobre. De cette époque à la fin de novembre, le vent tourne du sud-ouest à l’est, avec intermittences de

calme. Du reste, à la fin de chaque mousson et durant le laps de temps qui les sépare, il y a, dans la journée, des brises de mer qui se rapprochent plus ou moins de la direction générale de l’une des deux moussons, et auxquelles succèdent, après quelques heures de calme, des brises d’ouest et de sud-ouest, venant du continent; ces dernières se font sentir vers deux ou trois heures de la nuit et cessent à huit ou neuf heures du matin. Alors le calme reparaît, pour faire place ensuite à la brise du large, qui commence vers midi et tombe dans la soirée, entre le coucher du soleil et dix ou onze heures du soir.

D’après les indications qui précèdent sur le gisement de l’île, la position et les abords de son mouillage, et les vents généraux qui soufflent dans les parages où elle est située, il est facile de comprendre qu’on devra atterrir différemment, selon la direction de la mousson actuelle et aussi selon qu’on viendra du nord ou du sud.

Pendant la mousson de sud-ouest, quand on veut gagner le mouillage de Zanzibar, il faut bien tenir compte des courants portant au nord-ouest, qui régnent depuis les premiers jours d’avril jusque vers la fin de novembre, et qui augmentent de vitesse à l'approche de la côte, en même temps qu’ils prennent une direction plus nord : je les ni trouvés, généralement, de 50 à 40 milles en vingt-quatre heures.

Si on a la certitude de reconnaître , avant la nuit , la pointe Pounah, située à l’ouvert sud du canal qui sépare l’île du continent, il faut faire valoir la route de façon è atterrir sur celle pointe; dans le cas contraire, on doit at terrir de manière à voir, avant la nuit, la partie nord de

l’île Mafiia, d’où l’on se dirigera, sous petite voilure, vers la pointe Pounah sans craindre de rencontrer le banc de Latham, dont l’approche est très-dangereuse dans les ténèbres. Plusieurs îlots et récifs gisent dans le nord de Mafiia, mais restent bien à l’ouest de la route à faire, du point où l’on a reconnu l’île, pour atteindre la pointe Pounah. Si la nuit est claire, il ne faut pas hésiter à rallier la côte un peu au sud de cette pointe, afin de bien la distinguer et de prendre en temps opportun la direction du canal.

A sept ou huit lieues au sud de ladite pointe, la terre est basse et parsemée de cocotiers, dont les panaches isolés s’aperçoivent bien avant qu’on voie la côte. En deçà, les arbres sont plus massés et se confondent avec elle, la faisant paraître ainsi d’une hauteur modérée et uniforme, sauf deux monticules qui restent dans le sud-ouest de la pointe Pounah, à quelques milles dans l’intérieur.

Après avoir doublé cette pointe, on peut se diriger vers les îlots Koualey et Kiçoueni (1), qui sont à la partie sud de Zanzibar. Il faut bien se garder de mettre en panne ou même de chercher à se maintenir, en louvoyant, aux environs de la pointe Pounah, sans être déjà entré dans le canal, parce qu’on serait drossé par les courants, qui, en dehors, portant au nord, feraient, en quelques heures, dépasser au navire la pointe sud de Zanzibar. Si on a reconnu Koualey et Kiçoueni pendant la nuit et qu’on n’ait pas la pratique des localités, il sera convenable ou de jeter l’ancre près de l’un d’eux, ou de mettre en travers, en les

(1) Ce sont les îles Kwaly et Iviseewcn iragovany Hoy de la carte d’Oweu.

conservant à vue jusqu’au jour, pour se diriger alors vers l’île de la passe (île Choumby des caries).

Vue de l’est , la partie sud de l’île se termine par une pointe rocailleuse et de peu de hauteur, où il n’existe pas d’arbres sur une étendue d’environ un mille. A partir de là, l’île est très-boisée et le rivage vient mourir à la mer par une plage de sable blanc. En supposant que, drossé par le courant plus qu’on ne s’y attendait, au lieu d’atterrir sur Pounah, on atterrisse à la partie est de Zanzibar, cette plage et la disposition des cocotiers, qui forment sur la crête de l’île de gros bouquets épars çà et là , la feront distinguer des terres de Pounah , dont le rivage se présente en falaise de terre rougeâtre et dont les arbres offrent, comme je l’ai déjà dit, une masse continue. Quoi qu’il en soit, dans ce dernier cas, il n’y a pas à songer à louvoyer sur la côte pour doubler l’île au sud ; on doit se hâter de faire porter vers sa pointe nord pour donner dans le canal par le nord, ou bien faire un bord de 450 à 200 lieues au large, où, les courants étant moins violents, on pourra regagner dans le sud jusqu’à ce qu’on soit en position d’atterrir sur Pounah. Le premier moyen est de beaucoup préférable, puisqu’il occasionne une perte de temps bien moindre. On a vu, au chapitre précédent , par le récit de notre arrivée à Zanzibar, que le choix du second nous avait fait perdre cinq jours.

Enfin, quand on est parvenu à entrer dans le canal par l’ouvert sud, on aperçoit d’abord, du côté du nord, les arbres de la partie sud de Zanzibar , puis ceux des îlots dont j’ai déjà parlé comme lieu de station pendant la nuit, ensuite toute la côte sud et sud-sud-ouest de la grande île, et enfin l’île de la passe. Dans ce trajet, il n’y a nul danger à

craindre; je n’ai reconnu, dans cette partie du canal, aucun banc ou haut fond qui ne soit porté sur la carte.

Après avoir contourné l’île Choumby à l’ouest, on a devant soi plusieurs passes conduisant au port; je les ai fait explorer pour chercher des alignements au moyen desquels on pût s’y diriger ; mais l’aspect uniforme des terres n’offre qu’un petit nombre d’amers : nous avons pourtant trouvé un alignement pour faire la passe du sud. En donnant dans les autres, il faut avoir de bonnes vigies; les bancs sont généralement de sable blanc et signalés par la décoloration de l’eau qui les couvre. Voici les renseignements recueillis sur les passes de Zanzibar :

Passe du sud. — Quand on vient du sud , la passe à l’ouest de Choumby est indiquée par un alignement facile à reconnaître. Étant à un demi mille à l’ouest de cette île, on aperçoit sur la droite de la ville, au bord de la mer, un petit édifice de forme rectangulaire, qui est un temple hindou, et au-dessus le minaret d’une mosquée située dans le nord-est. En conservant le minaret par le temple hindou, on passe entre les deux bancs qui sont au nord de Choumby, et le haut fond désigné, par Ilorsburg, sous le nom de Middleground (banc du milieu) (1). On gouverne

(1) Le Sultan avait fait placer deux bouées pour marquer cette passe ; l’une était mouillée à trois milles dans le nord 5° est de l’île Choumby, à l'extrémité d’un banc qui longe la côte ; on la laissait sur tribord eu venant au mouillage. L’autre bouée, qu’on devait laisser à bâbord , était placée à l’accore sud-est du Middleground , dont le milieu assèche dans les basses mers de syzygies. Ces bouées, soit qu’elles eussent été mal mouillées, soit par toute autre cause, avaient disparu lors de notre dernière relâche; c’est en prévision de pareils accidents que j’ai cru utile de donner les renseignements uautiques qui précèdent et ceux qui suivent.

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