CG
ainsi au nord, 25° 30' est du compas. Celte direction doit être suivie jusqu’à un demi-mille du temple hindou; on a dépassé les bancs quand on relève l’extrémité nord de l’île Baouï au nord-ouest \ nord du compas ; on vient alors sur bâbord , gouvernant, pour ranger la côte, jusqu’à la pointe où est bâtie la ville. Cette pointe, qu’on appelle Changani , est accore, et on peut la contourner de très-près pour aller au mouillage. L’alignement dont nous avons parlé se distingue facilement, en ce que le temple hindou est la seule construction que l’on voie au sud-ouest; le minaret est aussi le seul qui existe dans Zanzibar : les deux points paraissent à travers une éclaircie de palmiers.
Passe de l’ouest. — Cette passe, située entre le récif de Baouï et le plus nord des bancs compris entre cet îlot et celui de Choumby, n’est large que d’un demi-mille; on n’a, pour la suivre, aucun alignement, et il n’est ni utile ni avantageux de la préférer à l’autre.
Passe du nord-ouest. — 11 n’existe non plus aucun alignement pour la passe entre Baouï et Changou. Cette passe est large et facile à faire avec la carte du capitaine Owen, et en veillant bien la couleur de l’eau pour deux hauts fonds qui s’y trouvent. Ceux-ci ne sont, à vrai dire, que des pâtés de corail , dont le plus grand est comme un prolongement avancé du banc de Changou; il en est séparé par une coupée d’un tiers de mille de large, dans laquelle il y a au moins 8m,0 d’eau , et il est situé à un peu plus d’un mille et demi à l’ouest 20° nord (vrai), du fort de la ville. L’autre pâté, beaucoup plus petit, est à trois quarts de mille dans Test-sud-est de Baouï ; et, placé à son centre, on relève au nord 50° est le milieu de T île Changou. Au surplus, ni
l’un ni l’autre n’exigent de précautions que de la part des navires ayant un fort tirant d’eau, car il reste toujours, dans les plus basses marées, 6 mètres d’eau sur le premier de ces pâtés, et plus de 5 mètres sur le second.
Passe du nord. — Pour faire la passe entre Zanzibar et l’île aux Français ou Chapany, il faut se défier du banc qui se projette dans le sud-est dudit îlot ; on devra donc toujours, en y donnant, se tenir à une distance d’un quart à un demi-mille de la côte de la grande île, qui est assez accore. Le Sultan avait fait placer une bouée à l’extrémité sud-est de ce banc; elle y était encore quand nous avons quitté Zanzibar pour la dernière fois ; mais j’ignore si , depuis , elle n’a pas subi le même sort que celles dont j’ai parlé dans la note de la page 60. Les passes que je viens de décrire ne sont défendues par aucune fortification.
Les navigateurs auraient tort de s’inquiéter de cette multiplicité de bancs qui gisent aux abords du mouillage de Zanzibar et de croire à de grandes difficultés pour faire les passes; avec la carte d’Owen et une bonne vigie, il n’y a rien à craindre. Mais ce qui est véritablement important lors d’un premier voyage, c’est, et nous le répétons à dessein , de bien calculer son atterrage, afin de se trouver en temps opportun à l’ouvert sud du canal , et, pour cela, de tenir soigneusement compte du courant en faisant valoir la route.
Voici maintenant quelles sont les précautions à prendre pour atterrir avec la mousson de nord-est.
Si l’on arrive du nord, il faut naviguer de façon à pouvoir s’engager directement dans le canal qui sépare l’ île Pemba du continent. Là , si des calmes surviennent, on n’a plus
rien à redouter des courants, qui portent directement le navire vers le port; tout au plus y aurait-il une précaution extrême à prendre, celle de se tenir à peu près à mi-canal.
Si , venant de tout autre côté, on ne se trouve pas en position de suivre la voie indiquée, il faut, du moins, faire en sorte d’atterrir sur la partie sud de Pemba, afin de donner, sans perdre de temps, dans le canal qui sépare cette île de Zanzibar; car, si, à l’atterrage, le vent tombait, comme la première est un peu plus est que la seconde, il serait à craindre, vu la force des courants, qu’on ne fût drossé, dans le sud, avant d’avoir pu doubler l’extrémité nord de Zanzibar. Les courants, entre les mois de décembre et d’avril, portent au sud-ouest et ont parfois une vitesse de 20 à 50 milles ( 1 ). Quand on a réussi à s’engager dans le canal précité, on doit passer à l’ouest de l’île Toumbat, qui est à la partie nord-ouest de la grande île ; puis on range la côte de celle-ci, en ayant soin de ne pas s’en éloigner de plus de deux milles, pour éviter deux hauts fonds qui sont dans le sud 50° ouest de la pointe Ousououembi , l’un à cinq milles, l’autre à huit de cette pointe. Le premier est à deux milles et un tiers, le second à quatre milles et demi du rivage (2). On
(1) Nous avons déjà dit que la mousson de sud-ouest est plus forte que celle de nord-est, et les courants sout naturellement en proportion de la force de chacune d’elles.
(2) Il en existe un troisième, marque sur la carte d’Owen, à trois milles dans le sud de ce dernier; mais il est à cinq milles et demi du rivage. Si l’on en croit le docteur Ruschemberger (*), le navire sur lequel il se trouvait aurait touché deux fois, eu se rendaul de Pile Toumbat au mouillage de Zanzibar, sur des pâtés de coraux que n’indique pas, dit-il, le nouveau plan d’Owen.
(*) Voyez Narrative of a voyage round the world during the years 1835, 1836, 1837 ; l>y W. S. W. Kuscbeinberger, M. D. Le navire de l’expédition était le d'eacoct, de la marine amérie ai ne
gagne ensuite le mouillage par l’une des deux passes du nord.
Lorsqu’on atterrit pendant la mousson de nord-est, s’il arrive qu’on ne soit pas en position de s’engager dans le canal en doublant la pointe nord de Zanzibar, il faut alors laisser porter, pour venir ranger le côté sud de l’île jusqu’à Pilot Choumby, à partir duquel on louvoiera, en dehors de tous les bancs, jusqu’à ce qu’on puisse donner dans la passe entre Baouï et Changou.
Il nous reste à dire comment on s’éloigne du port pour prendre la mer.
Dans le fort de la mousson de sud-ouest, de juin à la miaoût , on sort généralement par le nord du canal : à toute autre époque de l’année , on le fait par le sud , sans difficulté, môme pendant les autres mois de la mousson de sudouest , en profitant des brises de terre et du mouvement favorable de la marée. Si l’on doit se diriger vers un point situé au sud de Zanzibar, il est d’autant plus avantageux de sortir par le sud du canal que le choix de la voie opposée obligerait, la mousson de sud-ouest régnant, à passer sous le vent de Pemba : il faudrait, en effet, pour la doubler au vent, un concours de circonstances qui permît de le faire à la bordée, et il se présente rarement; d’autre part, le courant portant avec violence au dedans des îles, il serait impossible de gagner dans l’est en louvoyant. Or, en sortant du canal par l’extrémité nord de Pemba, on se trouve sous-venté d’une quarantaine de lieues, qu’on ne regagne ensuite qu’avec beaucoup de temps et de peine. Revenons au mouillage principal.
C’est ordinairement devant la partie de la ville comprise
entre la pointe Changany et le palais du Sultan qu’on jette l’ancre : les petits navires à deux encablures de terre, par S ou 10 mètres, fond de sable vaseux ; les grands navires, à un demi-mille du rivage, par 10 ou 12 mètres. La tenue y est très-bonne et la mer toujours belle, quelle que soit la force de la brise : le seul inconvénient qu’on y rencontre, c’est que, dans les grands vents du nord , qui soufflent parfois en décembre et janvier, le débarquement devant la ville est rendu difficile par la mer qui déferle à la plage. Dans ces circonstances, on peut aller débarquer au sud de la pointe Changany.
Les mouvements de marée ont lieu ainsi qu’il suit sur la rade. D’après le capitaine Owen, la mer marne de 2m,74; l’établissement du port est 4 heures 45 minutes. Au mouillage et dans les passes qui y conduisent, le flot porte, selon la direction de celles-ci, entre le nord et l’est; le jusant entre le sud et l’ouest.
Un bâtiment trouve, dans cette relâche, des rafraîchissements en abondance et à bas prix. Comme les seuls puits de la ville qui fournissent de l’eau potable sont fort loin du rivage, il vaut mieux aller en prendre à l’aiguade de M’toni , où elle est assez bonne et se fait très-commodément, ce qui compense bien la perte du temps employé pour l’allée et le retour de l’embarcation.
L’île a 100,000 hectares environ de superficie; sa surface est ondulée par des collines de peu d’élévation et trèsrapprochées les unes des autres, qui atteignent leur plus grande hauteur vers le centre du pays. Elles laissent entre elles, dans certains endroits, de petites vallées étroites, quelquefois assez profondes, où viennent s’amasser les eaux
pluviales, qui, ne trouvant pas d’issues suffisantes, y forment des marécages. C’est peut-être là une des causes de l’ insalubrité de Zanzibar. Nous avons pu constater l’existence de plusieurs de ces marécages dans les courses que nous avons faites à l’intérieur, puis entre M’toni et la ville, et enfin aux environs du ruisseau qui débouche à Bomboui, à quelques milles ou nord de M’toni. Les cours d’eau ne sont ni nombreux ni considérables : ce sont, à proprement parler, des ruisseaux qui, lors des grosses pluies, se transforment en torrents, et dont les eaux, se mêlant, à leur embouchure, avec celles de la mer, y font croître une grande quantité de palétuviers, foyer de miasmes pestilentiels. Le sol est généralement riche, et, sauf quelques parties où la terre est légère et sablonneuse, et qu’occupent surtout les cocotiers, la végétation y est aussi belle que variée. Il est propre à toutes les cultures intertropicales : la canne à sucre, l’indigotier, le giroflier y viennent à merveille, ainsi qu’un grand nombre de plantes vivrières, telles que le riz, le millet, le maïs, etc. Mais, soit manque de débouchés, soit que les indigènes préfèrent s’adonner à d’autres industries qui leur paraissent plus lucratives, l’agriculture est à peine assez développée pour fournir aux besoins de la consommation. Cependant, depuis l’introduction du giroflier, on se livre un peu plus aux exploitations agricoles. Quant aux arbres fruitiers, tels que les orangers, les citronniers, les manguiers, les bananiers, les grenadiers, etc. , ils y sont en grande quantité. Il existe aussi, dans les endroits boisés de l’ île, plusieurs essences propres à la construction ; mais on ne fait rien dans le pays pour mettre à profit ces richesses naturelles. Les ruisseaux dont nous parlions tout à l’heure ne sont
nulle part utilisés ni comme force motrice ni pour les irrigations; d’ailleurs, si ce n’est pendant quelques années de sécheresse qui se présentent de loin en loin, les pluies et les rosées suffisent à l’arrosement du sol. Les pluies périodiques tombent principalement à l’époque du renversement de la mousson de nord et dans les trois ou quatre premiers mois de la mousson de sud. Il y a, de plus, en décembre et janvier, de fréquents orages, qui amènent des pluies abondantes ; ces orages se forment au-dessus de la grande terre, et, lorsqu’ils éclatent dans la mousson de nord , ils donnent lieu à de violents coups de vent.
La température est très-variable, et les brusques transitions qu’elle subit sont pour beaucoup dans les maladies qui désolent le pays. La chaleur y est toujours très-forte dans le jour; mais, pendant la mousson de sud, dès que le soleil est couché, l’air devient assez frais pour qu’on soit obligé de mettre des vêtements d’hiver.
Voici le résumé des observations barométriques et thermométriques faites, à des époques différentes de l’année (1), durant nos divers séjours sur rade :
(1) Les observations barométriques ont été faites, pendant toute la campagne, de six heures en six heures : à midi, à minuit, à 6 heures du matin et à 6 heures du soir.