‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale (volume 2)Chapitre 9 sur 33 · Il · texte numérisé non relu

Il

ter leur insolence cl leur audace. Je n’ai plus le moyen de vérifier cette assertion , mais il me paraît peu admissible que Saïd eût osé, seul, porter les armes contre les coreligionnaires de Souhoud. Quoi qu’il en soit, un moment arriva où les pirates ne mirent plus de bornes à leurs déprédations et ne respectèrent aucun pavillon. En avril 1809, ils détruisirent une petite flotte réunie par les principales villes maritimes du golfe Persique et qui allait se joindre aux forces du sultan de Mascate. Aussi la navigation de ce golfe était-elle rendue impossible aux bateaux des pays riverains. Quand les Djouassim n’en trouvèrent plus à capturer, ils s’enhardirent jusqu’à arrêter les navires anglais. Ils s’emparèrent, entre autres, de la Minerve , vaisseau de la compagnie, qui se rendait de Bombay à Bassora, et massacrèrent presque toutes les personnes qui étaient à bord ; une corvette, le Mornington, appartenant également à la compagnie, ne leur échappa qu’à la faveur d’une forte brise.

A la suite de ces événements , deux frégates de la même nation parcoururent le golfe Persique et remportèrent sur les pirates plusieurs avantages; elles emmenèrent à Bombay un certain nombre de prisonniers qui furent jugés et condamnés à mort. Toutefois, à la veille de l’exécution , on fit grâce aux coupables, dans l’espoir que cet exemple de magnanimité porterait leurs compatriotes à respecter les navires sous pavillon anglais. Cependant l’effet attendu ne se produisit pas; au contraire, les Djouassim, se croyant redoutés, n’en devinrent que plus cruels; et les Anglais, fatigués des excès de ces pillards, résolurent de faire tout ce qui était possible pour s’en délivrer à jamais, l.e sultan de Mascate manifestait des dispositions semblables; il en ré-

sulta , entre celui-ci et le gouvernement de Bombay, un pacte ayant pour but de combattre en commun les pirates et de détruire leurs principaux ports.

Vers la fin de l’année 1809, une flottille anglaise, composée des frégates Caroline et Chiffonne, des corvettes il/ornington et Thanet , de deux bricks et de plusieurs transports, mouilla dans le havre de Mascate. L’étoile de Saïd lui amenait donc pour alliée contre ses redoutables ennemis la première puissance maritime du monde. Le Sultan, se déclarant alors ouvertement ennemi des Ouahhaby, renvoya de son territoire le représentant de Souhoud ; il porta en même temps ses troupes au chiffre de six mille hommes et équipa sa flotte avec la plus grande activité. Ces préparatifs achevés, les forces combinées sortirent pour aller à la recherche des Djouassim : elles rencontrèrent la flottille des pirates, en mer, le 9 novembre 1809, et la mirent en déroute. Cent vingt dâo furent coulés à fond avec leurs équipages, et beaucoup furent pris. Ceux qui purent échapper se réfugièrent dans les ports qui leur servaient de repaires. Les alliés se présentèrent ensuite devant Ras-el-Khima , qu’ils attaquèrent par mer, tandis que des troupes de débarquement l’assaillaient par terre. La place fut bientôt enlevée et réduite en cendres avec tous les matériaux servant à la construction des dôo. Il en fut de môme des villes de Charga, Lenghi, et de plusieurs autres appartenant aux Djouassim. L’œuvre de destruction terminée, la flotte victorieuse rentra dans le port de Mascate, emmenant près de deux mille prisonniers et une grande quantité de bateaux.

Ayant obtenu ces succès, dont l’honneur ne lui était dû qu’en partie, Saïd voulut en poursuivre le cours au moyen

de I intrigue. Sakor, gouverneur de Ras-el-Khima , mort récemment, venait d’être remplacé par son fils Soultan’. Syed Saïd chercha à décider le nouveau cheikh des Djouassim à faire la paix avec les Anglais et à unir ses forces à celles de Mascate, pour mettre une digue au pouvoir toujours grandissant de Souhoud. Soultan’ paraissait disposé à accepter cette proposition; mais l’intention qu’il en témoigna excita un soulèvement parmi les siens, et Souhoud, ayant été instruit de ce fait et de la cause qui l’avait provoqué, fit arrêter et conduire à Déraïeh son tributaire infidèle.

Le châtiment infligé à Soultan’ ne détourna pas Saïd du projet de recouvrer plusieurs points de l’Omân occupés par les Ouahhaby. Il se rendit d’abord à Beurka, par mer; cette ville avait été choisie comme lieu de réunion pour les troupes destinées à l’expédition, et qui se composaient de cinq mille hommes de pied et de trois cents cavaliers. De là le Sultan, monté sur l’un de ses navires, accompagné d’un autre gros bâtiment et d’environ quatre-vingts bateaux , fit voile vers le nord-ouest, pendant que son armée de terre suivait le rivage, sous la conduite de son frère Salem. Son but était de s’emparer de Chinas. Toutefois , cette ville étant assez bien fortifiée pour que l’assaut en fut périlleux, il crut de voir attaquer d’abord une autre place voisine, qu’il espérait réduire facilement parce que, située sur le rivage, elle était à portée des canons de la flotte. Il se flattait que ce succès frapperait de terreur la population de Chinas et la déciderait à se rendre. Les choses ne se passèrent pourtant pas tout à fait selon ses prévisions ; cette place fut, il est vrai , prise et incendiée; mais les habitants, s’étant retirés dans les mon-

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