COMMERCE EXTÉRIEUR
Esclaves. — J'ai cité les principales peuplades de l’intérieur d’où provenaient les esclaves transportés d’un point à
un autre des Etats d’Afrique. Il en est aussi importé de plusieurs points au sud du cap Delgado, entre autres d’Anggoji ,
de Mozambique, d’Ibo et de Tonggui. Ce sont principalement des Oua-Makoua, qui sont très-estimés ; mais ces exportations sont devenues difficiles à cause des croisières portugaises et anglaises qui surveillent la côte du Mozambique.
La côte ouest de Madagascar et les Comorres indépendantes de notre domination en fournissent également. Mombase en reçoit un certain nombre des pays voisins (Nika et Tchaga); Lâmou et les Bénadir achètent quelques esclaves (femmes) à leurs voisins galla. Enfin des bateaux de la mer Rouge amènent sur le marché de Zanzibar un petit nombre d’Abyssins des deux sexes : ce sont les esclaves les plus recherchés, et il en est dont le prix s’élève jusqu’à 100 piastres. Les femmes, surtout, sont Irès-appréeiées pour leur beauté relative et leurs qualités domestiques ; elles sont payées de 40 à 150 piastres, et quelquefois au delà; aussi n’en trouve-t-on que chez les gens très-riches et les hauts fonctionnaires de Zanzibar.
Chameaux. — Ils sont conduits aux Bénadir par les indigènes des tribus soumal voisines, les Abgal, les Odjourane, les Guel-Djaal, les Gogoun’dobé, et par ceux des territoires de Ganarié et de Lébine.
Anes. — Il en est importé de Mascate à Zanzibar; on les destine spécialement à servir de montures, et ils sont vendus de 20 à 50 piastres. Ceux de M’rima, de Mombase et des Bénadir ne sont ordinairement employés que pour porter des fardeaux. M’rima les reçoit de l’intérieur, particulièrement du pays des Nyamouézi; Mombase, de Nika et de Tchaga; aux Bénadir, on les tire du pays de Rahhan’ouine et de Haouiya. On en a quelquefois exporté de Moguedchou et de Braoua pour Maurice.
Bœufs. — Mombase s’en fournit de chez les Oua-Nika et en vend aux Oua-Kamba; Lâmou et I'atta en achètent aux Galla voisins. Des navires de Maurice en viennent prendre annuellement à Braoua Lois à quatre chargements, au taux
de 11 piastres par tète de bœuf rendu à bord : c’est le double du prix courant sur cette place, mais les Anglais sont entièrement à la merci des deux seuls négociants indigènes qui parlent leur langue. 11 serait beaucoup plus avantageux d’aller chercher ce bétail à Meurka ou à Moguedchou ; mais le mouillage extérieur de Meurka est mauvais, et son petit havre intérieur ne donne accès qu’à des navires calant moins de 10 pieds d’eau. Quant à Moguedchou, son mouillage, quoique forain comme celui de Braoua, est moins dangereux que ce dernier; en revanche, la population y est beaucoup plus turbulente.
Moutons. — Mombase en achète aux Oua-Nika et aux Galla.
Cabris. — Il en vient à Zanzibar de la grande Comorre, qui sont plus gras et plus estimés que ceux des Bénadir, et que ceux dont Mombase se fournit chez les Oua-Nika. Ils sont vendus à Zanzibar de 2 piastres 1/2 à 6 piastres au lieu de 1 à 2 piastres, prix habituel des autres marchés.
Peaux de bœuf ou cuirs. — Il n’en est guère exporté de Zanzibar que par les navires européens; un petit nombre de kourdja en sortent annuellement pour Bendeur-Abbass et Bouchire, directement ou par Mascate; quelques-unes, aussi, sont expédiées des Bénadir pour les ports soumal du golfe Arabique. Il est importé, à Zanzibar, des cuirs de l’Inde (Surate et Bombay) et de Mascate (venant, sans doute, de la Perse). Une partie est consommée dans le pays, et on envoie le reste aux Comorres. Ceux de Surate, qui sont les plus légers, se vendent 1 piastre la pièce; les autres, de I piastre 1/2 à 1 piastre 5/4.
Peaux de mouton. — Mascate en expédie de loin en loin. Elles sont achetées par les Américains.
Peaux de cabris. — On en reçoit de Mascate et de Socotra en poil et en cuir; les Anglais en ont réexporté, à l’occasion, au prix de 5 à 5 piastres la kourdja.
Peaux de rhinocéros. — 11 en vient quelquefois de la côte de Mozambique, particulièrement d’Anggoji. Les Kiloua et ports au sud les reçoivent des peuplades de l’intérieur, les Oua-Iâo, les Oua-Makoua et autres. Les Indiens et les Arabes en prennent à Zanzibar pour l’Inde et le Keutch. Celles qui arrivent aux Bénadir des pays de Rahhan’ouine et des pays galla des bords du Djoub suivent la même destination.
Cornes de rhinocéros. — Elles ont les mômes provenances que les peaux, et sont prises à Zanzibar par les Américains et les Anglais. Les Arabes et les Indiens les répartissent dans l’Inde, à Mascate, sur la côte sud d’Arabie et dans la mer Rouge. En Arabie, on en fait des manches de poignards ; dans l’Inde, on les emploie à différents petits ouvrages, tels que boutons d’oreilles, bracelets, manches de couteaux et de poignards, etc. Cet article figure dans les importations annuelles de la côte à Bombay pour une somme moyenne de 3,000 roupies représentant la valeur d’environ 60 quintaux de cornes.
Semen. — Outre celui qui est préparé dans les diverses localités du littoral, il en vient à Zanzibar de Socotra. Zanzibar et Mombase en exportent aux Comorres, à Nossi-bé et à Mozambique. Le marché de Mombase en est largement approvisionné par ses voisins du littoral, et s’il lire, comme je l’ai dit en traitant du commerce intérieur, un peu de
cette denrée de F île Pemba, c’est que sa population comprend un certain nombre d’individus de la secte des ibadhi , qui ne peuvent manger du semen préparé par les infidèles (les Oua-Nika).
Miel. — Il en est importé à Zanzibar de Mascate, de Moka et de Socotra.
Cire. — Pemba, Mombase et les ports au nord en dirigent directement sur l’Inde ; Zanzibar, sur l’Inde et l’Arabie ; mais ce dernier pays la fournit plutôt en bougie que brute. Les navires anglais en ont exporté quelquefois de Zanzibar pour l’Europe. La quantité de cet article versée annuellement sur le marché de Bombay est de 50 à 60 quintaux.
Ivoire. — Les Kiloua et les ports du sud le reçoivent de l’intérieur, principalement des Oua-Iâo, des Oua-Makon’dé, des Oua-Ghindo, des Oua-IIéhé et des Oua-Sagara. Celui qui vient de la côte de M’rima y est apporté par des Oua-Sigoua , des Ona-N’gouho , des Oua-Nyamouezi , des Ouakouavi et des Oua-Kamba. On en envoie également des établissements portugais d’Ànggoji, de Mozambique, d’Ibo et de Tonggui, qui le trouvent chez les peuplades oua-iâo et oua-makoua. Zanzibar, où il en arrive de tous ces ports, entre autres de M’rima, le livre à l’exportation pour l’Inde, l’Europe et l’Amérique. Mombase, qui en est approvisionné par des Oua-kamba, des Oua-Tchaga, des Oua-Nika et par les gens de Takaonggo qui l’achètent aux Galla, l’expédie directement dans l’Inde. Lâmou, qui le tire des pays galla, fait de meme. Braoua, Meurka et Moguedchou, où il vient des pays de Léouine, de Rahhan’ouinceldeChébclleh, en livrent aussi aux banians et aux Indous pour l’exportation. J’ai dit
le prix de la frazela sur les divers marchés du pays. Quand les traitants arabes et banians, qui vont commercer à Anggoji trafiquent avec les caravanes venant de l’intérieur, ils payent la frazela d’ivoire de 29 à 52 piastres en marchandises, ce qui représente pour eux un déboursé de 16 à 17 piastres que leur ont coûté ces mêmes marchandises. Mais quand c’est aux négociants de la ville qu’ils l’achètent, quoique ce soit nominalement au même prix, le résultat est bien différent, non-seulement parce que ceux-ci exigent que le tiers ou la moitié du prix convenu leur soit payé en argent, mais encore parce qu’à la côte la valeur vénale des marchandises, au lieu d’être, comme à l’intérieur, plus forte de 80 à 100 pour 100 que leur prix d’achat, ne l’est que de 15 à 20 pour 100; dans ces conditions, la frazela d’ivoire vaut de 28 à 50 piastres. A Mozambique, il revient à 50 ou 52 piastres l’arrobe, poids semblable à la frazela; à Tonggui, à 52 ou 55 piastres en marchandises d’un coût moindre de 15 à 20 pour 100, si elles consistent en khami, et de 50 à 55 pour 100, si ce sont des étoffes de l’Inde ou de Mascate. Aux marchés indigènes, à l’ouest et dans le voisinage de Mombase, c’est-à-dire de Rabaye, Derouma et Guériama , on l’achète avec des marchandises qui gagnent environ 40 pour 100 et représentent pour l’acquéreur une valeur de 16 à 24 piastres, selon la qualité de l’ivoire. Aux marchés galla, en arrière de Lâmou et Fatta, à Kâo, Toualé et Ras-Bourgào, la frazela d’ivoire ne se paye pas plus de 20 à 25 piastres en marchandises, coûtant de 16 à 18 piastres à celui qui les offre. Cet ivoire est toujours d’un blanc mat qui indique une plus forte dessiccation et qui le fait moins estimer; les diverses raisons qu’on
m’a données pour expliquer ce fait ne sont pas assez plausibles pour que je les produise ici.
Dans le commerce, on distingue trois qualités d’ivoire, dont chacune admet des subdivisions : la qualité supérieure est dite bouri; la seconde, galansia ou galancha ou ha- Jaclia ; la troisième, meuscoub.
L’ivoire bouri comprend les dents de grande et moyenne dimensions, qui réunissent à cette condition la couleur et la proportion des formes. Ces dents ne doivent pas peser plus de 1 à 5 frazela. La même qualité offre encore trois nuances très-distinctes et qui sont inégalement appréciées.
La première se compose des dents les plus régulières et les plus parfaites pour le grain et la couleur; elle est ordinairement payée , à Zanzibar, de 56 à 58 piastres la frazela, et est exportée de préférence par les banians et les Hindous. Dans les Bénadir, on la désigne sous le nom de négouet bouri (bouri du premier choix, ainsi que l’indique l’épithète négouet, qui signifie la partie supérieure et choisie d’une chose) ; le prix de la frazela y est quelquefois de 1 ou 2 piastres moindre qu’à Zanzibar.
La seconde subdivision comprend les dents un peu moins parfaites, pesant, chacune, plusieurs frazela ; c’est la qualité recherchée par les Européens et les Américains; on la désigne habituellement par le mot oulaïa ; son prix, à Zanzibar, est de 52 à 54 piastres.
Enfin la troisième subdivision renferme les grandes dents défectueuses, non circulaires et un peu fendues ou coupées en gros morceaux dépareillés (1) ; elle se paye de 25 à
(1) La dent étant partagée en deux parties, le côté de la pointe est
28 piastres; c’est l’ivoire désigné aux Bénadir sous le nom de moura.
L’ivoire golan sia comprend les dents régulières, pesant moins d’une frazela et plus de trois men’, puis les grands morceaux cassés, mais encore verts, et même quelques dents du poids d’une frazela et plus, trop irrégulières et défectueuses pour faire partie du bouri.
On fait également des distinctions dans cette seconde qualité suivant la quantité de dents nécessaire pour compléter une frazela, dont le prix varie alors de 18 à 25 et 26 piastres. Elle est achetée par tous les commerçants qui s’occupent de l’exportation de cet article.
L’ivoire meuscoub ne se compose que des plus petites dents et des morceaux de rebut ; on en paye la frazela de 12 à 18 piastres à Zanzibar; ellb n’est recherchée que par les Hindous, qui l’expédient indirectement au Bengale et surtout en Chine.
Les Bénadir fournissent aussi des dents d’hippopotame, qui sont prises par les banians au taux de 6 à 8 piastres la frazela, et envoyées dans l’Inde comme celles venues du sud sur le marché de Zanzibar.
La part de Bombay, dans ce commerce, est annuellement de plus de 3,000 quintaux; celle du Keutch, d’au moins 2,000 quintaux. Dans l’année 1848, il en a été exporté par les Américains 2,000 quintaux environ; par les Anglais, 1,200; et pour l’Inde, 3,000.
nommé zel et l’autre gofou. Les dents coupées à cause de leur trop grand poids, mais dont les morceaux sont appareillés, seraient payées de 30 à 32 piastres, prix intermédiaire à celui de la deuxième et de la troisième subdivision.
Ecaille. — Il en est importé de la côte ouest de Madagascar, des Macihoua (désignation des Comorres en langage souahhéli), et des Vicihoua-ia-Ibo (désignation des îles kériniba dans le même langage). En ces endroits, les caboteurs arabes payent, à raison de 1 piastre 3/4 à 2 piastres 1/2 et 3 piastres au plus, en marchandises une quantité d’ écaille d’un poids égal à celui de 16 piastres. On se la procure à Zanzibar au prix de 8 piastres 1/2 à 10 piastres 1/2 le men. L’écaille provenant de Madagascar et d’Ibo est réputée la meilleure; celle des Vicihoua-Ni (îles Dundas) est la seule recueillie dans le pays, qui soit considérée comme ayant autant de valeur. Les Anglais et les Américains n’en prennent presque plus ; les banians en exportent de 250 à 300 livres, peut-être pour Bombay, qui en expédie en Chine.
Poisson salé. — Il est fourni aux Bénadir et au Souahhel par des bateaux de Soûr (côte nord d’Omân) et des ports de la côte sud d’Arabie, M’kellé, Sihhout et autres. Ces bateaux font leur pèche sur les côtes arabe et soumal , et, descendant au sud, distribuent leur cargaison dans les ports du Souahhel, principalement à Lâmou et Mombase. Le poisson est de deux espèces : le requin et le tazar ( lebak et kenâada des Arabes; papa et goo des Souahhéli). La queue, les nageoires et l’aileron du requin sont préparés et vendus à part pour être réexportés dans l’Inde. Bombay reçoit annuellement de la côte de 80 à 100 quintaux de ces parties, dont il expédie en Chine, par an, plus de 5,000 quintaux.
Ambre gris. — Il en vient quelquefois de la côte de Mozambique; des baleiniers américains en ont apporté à Zanzibar des îles voisines de Madagascar. Les bateaux qui font la pèche dans les baies d’El-khazaine, et sur la côte dite Sîf-
et-Taouil et celle de M’rouli, en ont souvent à bord. 11 est exporté, pour les ports d’Oman et de Keutch, des points de la côte où il a été recueilli.
Froment. — On en tire de l’Inde et, depuis deux ou trois ans, de la Perse par Mascate; ce dernier est préféré.
Riz. — Il en vient, à Zanzibar, de Madagascar, de Nossi-bé et, en bien plus grande quantité, de l’Inde. Ce dernier est de deux qualités, dont la première a sur les marchés d’Afrique la même valeur que celui de Pemba, et la seconde qualité, une valeur égale à celle du riz malgache. Mombase en reçoit un peu de l’Inde et beaucoup plus des Oua-Nika. Les Bénadir en prennent aussi dans l’Inde.
Maïs. — On n’en a point exporté jusqu’à présent, cependant il y aurait avantage à le faire pour nos établissements du canal de Mozambique, voire pour la Réunion.
A Mombase, qui s’en approvisionne dans ses environs, on en a cent mesures (kila) pour 1 piastre; et, en l’achetant aux Oua-Nika ou aux esclaves qui le cultivent, on en obtient , pour 1 piastre, jusqu’à 120 mesures, c’est-à-dire l’énorme quantité de 7 quintaux.
Moutama. — Le moutama est le produit du pays qui, comme matière d’encombrement, fournit le plus d’aliment à la navigation. Des bateaux de M’rima, de Lâmou et des Bénadir en envoient directement à la côte d’Arabie et jusqu’à Djedda, concurremment avec quelques bateaux de Soûr et de la mer Rouge. Ceux de Zanzibar participent également à ce transport, principalement pour M’kellé, Chehheur et la côte d’Oman. Quant aux autres grains nourriciers produits dans le pays, ils y sont consommés, à part un peu de mliindé, qu’on exporte pour l’Inde en cas de disette dans
cette contrée, et une petite quantité de Ichoko ou monygui, qu’on expédie quelquefois au Keutch.
On exporte 7 à 8,000 tonneaux de moutama tant de Zanzibar que des autres points de la côte.
Sésame. — Une partie s’écoule vers l’Yémen, l'Oman, le Keutch et l’Inde ; l’autre, qui prend des proportions de plus en plus considérables chaque année, est enlevée par les Américains et les Anglais. Il en vient un peu des bords de la rivière Denoq aux Bénadir. C’est dans le sud du Souahhel que nous aurions avantage à composer nos chargements, non-seulement parce que ce point est le plus à portée de Maïotte, mais aussi parce qu’on y obtient cet article à des prix moins élevés.
Huile de sésame. — On en envoie dans l’Yémen, à la cèle sud d’Arabie et à Mascate; Mozambique même en reçoit en certaines occasions, particulièrement dans les années où l’huile de coco est chère. Les Anglais et les Américains en ont acheté à diverses reprises ; je crois pourtant que ces derniers y ont renoncé désormais; ils trouvent, sans doute, plus de bénéfice à prendre la graine môme.
Cocos et huile de coco. — Les noix sont enlevées de Zanzibar et de Pemba pour Mascate, le Keutch, Bombay et Mozambique. L’exportation annuelle pour le Keutch est d’environ 100,000 noix ; celle pour Bombay, de 160 à 170,000. L’huile, que Zanzibar et Pemba fabriquent seules pour l’extérieur, est expédiée en partie à Mozambique, à Mascate et à Bombay. Les navires anglais et américains, qui en demandaient beaucoup il y a quelques années, n’en emportent que
rarement maintenant.
Noix d’arec. — Zanzibar en fournit au Keutch, à Masrate, Surate, Bombay et à la côte sud d’Arabie.
Girofle. — Le chiffre d’exportation de cette denrée combiné avec sa valeur vénale le rend aujourd’hui, après l’ivoire, l’article le plus important du commerce de Zanzibar. La production du girofle, dont le climat et la nature du sol font à peu près seuls les frais, et qui demande, d’ailleurs, de faibles efforts d’industrie et d’intelligence, est peu coûteuse dans ce pays où, d’autre part, le travail, encore esclave, recrute facilement les bras qui lui sont nécessaires, et ne réclame pour tout salaire que la nourriture et le vêtement du travailleur. L’extension donnée à cette culture dans les États du Sultan et le prix modique de ses produits assurent exclusivement aux girofles de Zanzibar et dépendances l’approvisionnement des divers marchés de la mer Rouge, du golfe Persique et de la côte occidentale de l’Inde. Il serait, dès à présent, très-avantageux d’en exporter de Zanzibar à la Réunion et en France; car nous devons considérer comme à jamais fermé le débouché que le girofle de notre colonie de Bourbon trouvait autrefois à Mascate, Bouchire et Bombay. Outre les contrées que j’ai indiquées, dont le littoral est déjà desservi par Zanzibar, l’Angleterre et l’Amérique en reçoivent aussi, depuis plusieurs années, tant par leurs navires respectifs que par ceux que le Sultan y a expédiés commercialement. J’ai dit précédemment que le prix de la frazela pourrait tomber, cette année (1848), à 2 piastres 1/4, à Zanzibar, dont le prix s’est réglé, jusqu’à présent, sur celui de la place de Bombay.
Copal. — Il en est importé dans le pays, particulière-
ment à Zanzibar, de quelques ports de la côte de Mozambique, Anggoji, Mambi, Kissnngga, Panggani, Ibo et M’simboa ; il est généralement payé, sur ces divers marchés, à raison de 2 à 3 piastres de marchandises par frazela ou arrobe, ce qui représente une valeur en argent de 2 piastres 1/2 à 3 piastres 1/2. Ibo en pourrait offrir une plus grande quantité que chacun des autres points, d’où elle le reçoit ; d’ailleurs, le prix n’y serait plus élevé que de 1/4 à une 1/2 piastre par frazéla. Tout le copal est, pour ainsi dire, récolté en dehors des possessions du Sultan, car la domination de ce prince n’a, comme on le sait, de réalité que dans les villes principales de la côte, dont le territoire avoisinant, lui-même, ne doit que très-exceptionnellement être considéré comme une dépendance.
Les négociants établis dans les villes de la côte, et les Souahhéli surtout, qui ont, en quelque sorte, le monopole des relations avec les indigènes de l’ intérieur, opèrent toutes leurs transactions avec ceux-ci au moyen de marchandises sur lesquelles ils ne gagnent pas moins de 80 à 100 pour 100, ce qu’ils en donnent pour la plus belle résine non grattée leur coûtant de 1 piastre 1/2 à 2 piastres.
Dans les marchés oua-nika, l’échange a lieu de la môme manière; quelquefois, pourtant, l’argent entre pour moitié dans le payement. Le prix de revient est de 2 piastres à 2 piastres 1/4 la frazela, et de 4 piastres la première qualité mondée, mais non grattée.
Le copal est entièrement exporté du pays pour l’Inde par la marine indigène, et pour l’Europe et l’Amérique par les navires arabes, anglais et américains. L’exportation, sous ces deux derniers pavillons, a un peu diminué depuis deux
ou trois ans, et cette diminution est, sans doute, la principale, sinon l’unique cause de la baisse qu’a subie, comme je l’ai déjà dit, le prix de cet article sur le marché de Zanzibar.
Ainsi, en 4844, année pour laquelle l’exportation s’était élevée à 40,000 frazela, le prix moyen de la première qualité mondée fut de 7 piastres 1/2. Au commencement de 4843, par suite d’urie grande demande faite à Bombay, elle avait monté jusqu’à 9 piastres. En 184G, elle retomba an prix de 4844, et depuis elle s’est vendue successivement 7 piastres, 6 piastres 1/2 et 6 piastres, chiffre qu’elle n'a pas dépassé cette année. La part du Keutch, dans le copal exporté, est de 1 quintal 1/2 à 2 quintaux par an : celle de Bombay est très-variable; mais elle s’est élevée quelquefois au-dessus de 3,000 quintaux.
Sucre. — Zanzibar en reçoit de l’Inde, en cassonade et candi, une quantité très-variable de l’une et de l’autre espèce. La moyenne des importations annuelles peut être évaluée à 700 ou 800 quintaux pour la cassonade et à 200 pour le sucre candi. La première est payée, à Zanzibar, de 2 piastres 4/2 à 3 piastres 1/4 la frazela, selon la qualité; je donnerai une idée de celle-ci, en disant que notre belle cassonade blanche de la Réunion se vendrait de 5 piastres 4/2 à 5 piastres 5/4 sur le même marché. Le sucre candi se paye de 4 à 4 piastres 1/2 et 5 piastres. Les Anglais et les Américains importent du sucre raffiné qu’ils livrent en caisse de dix pains, pesant ensemble environ 50 kilogrammes, à raison de 10 piastres 1/2 à 12 piastres 1/2 la caisse.
Café. — Cet article vient de l’Yémen par bateaux de la mer Rouge, à la fin de janvier et en février; les Bénadir le
reçoivent directement. Quelquefois, un ou plusieurs de ces bateaux, s’arrêtant à Lâmou et à Mombase pour déposer et prendre des pèlerins, y débarquent alors le café nécessaire à la consommation de ces deux localités; mais le plus ordinairement, il arrive à Zanzibar. La qualité supérieure n’y est guère envoyée que sur commandes; l’importation ne s’en élève pas annuellement à plus de 200 balles de 5 à 6 frazela chacune.
De Zanzibar, on en réexporte sur divers points du Souahhel , et, en petite quantité, à Maïotte, Ànjouan et Nossi-bé. Les navires du Sultan en ont porté en Angleterre et en Amérique. Les commerçants de ces nations n’en viennent point prendre sur ce marché : les Anglais vont à Moka même composer leurs chargements.
Enfin Mascate fournit un peu de café aux possessions arabes d’Afrique.
Dalles el fruits secs ou confits. — Les dattes sont importées de Mascate sur les principaux marchés du Souahhel , d’où on en réexporte un peu à la côte de Mozambique aux Comorres, à Nossi-bé et à Madagascar. Les amandes, les noix, les raisins secs, les confitures de pommes et de prunes viennent de la Perse par Bendeur-Abbass et Mascate, et sont presque entièrement consommés à Zanzibar. Dans ces derniers temps il a été porté, par navires français, à Zanzibar, dans des flacons bouchés à l’émeri, des fruits au sirop, dont la préparation s’est beaucoup améliorée et développée depuis quelques années. Cet article serait tout à fait propre à la consommation locale, et son prix en permettrait l’usage à toutes les personnes de condition un peu aisée. Je crois qu’il serait bientôt préféré aux confitures de Perse. Le Sultan en
a pris une assez grande quantité à bord de la Grenouille mais (les substitutions de ce genre ne sont que trop communes dans nos exportations à l’étranger), au lieu de fruits au sirop que Saïd avait cru acheter, il a trouvé, en majeure partie, des fruits à l’eau-de-vie, dont l’usage n’est pas de son goût, et lui est d’ailleurs, on le sait, défendu par sa religion. Son mécontentement a été d’autant plus vif, qu’il a cru pouvoir attribuer cette déception à la mauvaise foi du capitaine. Il n’est pas besoin d’appuyer sur ce fait pour qu’on en comprenne les conséquences fâcheuses. Quoi qu’il en coûte à l’amour-propre national , je crois qu'il est de l’intérêt de notre commerce extérieur de dévoiler de pareilles turpitudes.
Nattes. — Quelques-unes sont exportées aux Comorres et à la côte de Mozambique, à Nossi-bé et à la côte ouest de Madagascar.
Coton en laine (so., pemba ) et coton filé (so., ouzi). — Le premier, qui provient du Keutch et surtout de Bombay, est importé aux Bénadir et à Zanzibar en quantité annuelle de 45 à 50 tonneaux, au prix de 2 piastres à 2 piastres 1/4 la frazela. Aux Bénadir, on en fabrique ces étoffes dont j’ai parlé en traitant du commerce intérieur, et dont une partie est expédiée dans les pays à l’ouest et dans les ports soumal du nord. Dans les autres localités, le coton en laine ne sert que pour rembourrage. On importe aussi à Bombay, tous les ans, 4,000 à 5,000 frazela de coton filé.
Etoffes de coton. — Ces étoiles comprennent une infinité d’articles ayant, chacun, un usage particulier et un nom différent selon sa provenance. On n’en saurait donner une idée exacte qu’au moyen d’échantillons choisis dans ce but
- Olü - -
àî. l’agent commercial en a dû faire une collection complète; je me bornerai donc à des indications générales. Les cotonnades en pièces sont presque exclusivement de fabriques américaine et anglaise, et comprennent surtout des cotons blancs et unis, de diverses qualités. Au nombre de ceux-ci figure, pour la part la plus importante, le coton américain dit khami, dont la consommation est si généralement répandue dans les pays arabes. Depuis quelque temps, le prix en a baissé à Zanzibar; la pièce qui se vendait, il y a peu d’années, 3 piastres 1/2 n’est payée maintenant que 2 piastres 3/4 et même 2 piastres 1/2; celle qui était d’abord du prix de 2 piastres 3/4 est obtenue à 2 piastres 1/4. Les cotons imprimés sont aussi de provenances américaine et anglaise, mais plutôt de cette dernière ; ils servent pour literie, rideaux et vêtements des femmes de condition aisée. Bombay en exporte annuellement à la côte de 8,000 à 10,000 pièces, et de 20,000 à 25,000 pièces de coton blanc. Les étoffes de dimensions arrêtées, dont chaque pièce est confectionnée spécialement pour tel détail du vêtement des hommes ou des femmes, sont presque toutes de fabrique hindoue, et viennent principalement du Keutch et du Gouzerate; quelques-unes seulement sont tissées à Mascate. Cette disposition les rend plus propres que les étoffes en pièces à la consommation individuelle et au commerce de détail. Destinées, d’ailleurs, à la classe pauvre ou peu aisée cl aux esclaves, elles sont, en grande partie, de très-mauvaise qualité et de fabrication grossière.
Les cotons américains n’arrivent directement qu’à Zanzibar; il en est de même des cotons anglais venant d’Europe, mais toutes les étoffes importées d’ailleurs sont dirigées de
prime abord sur plusieurs points autres que Zanzibar : ce sont les Bénadir, Lâmou, Mombase, les Kiloua et, quelquefois, M’gâo. Lâmou et Mombase sont, après Zanzibar, les deux localités où l’on consomme le plus d’étoffes de Mascate. A M’rima, la principale consommation porte sur celles de l’Inde. Dans les Bénadir et le nord du Souahhel, les cotons américains ont moins de débouchés que sur la côte qui s’étend au sud de Zanzibar, où dominent cependant, encore aujourd’hui, le goût des tissus de l’Inde et l’usage des toiles bleues dites guinées. Aussi l’importation en est-elle toujours très-considérable. La quantité qu’en fournit annuellement le Keutch n’est pas moindre de 150,000 pièces de 5, G 1/2, 7 et 12 gueuz (35 pouces et G lignes anglais) de long; celle de Bombay est, en moyenne, d’environ 110,000 pièces, représentant une valeur de près de 2 laks de roupies, cela sans compter les cotonnades du même genre que fournissent Surate et Mascate.
Bois de construction ou autres. — Les premiers ne sont exportés que par des bateaux de Meheura pour la côte sud d’Arabie. Il vient de l’Inde et de Madagascar un peu de bois de sandal, et une partie de celui qui est importé de ce dernier pays est réexportée pour l’Inde. Il sert de bois à brûler pour certaines cérémonies religieuses des banians et des Parsis. Le bois de sandal des côtes de Malabar et de Canara est bien supérieur à celui de Madagascar; il est aussi plus odoriférant. Il est seul employé comme bois de senteur et pour la fabrication des essences.
Sel. — Les bateaux de Meheura et d’autres points de la (ôte sud d’Arabie en importent ordinairement à Zanzibar; ils en déposent aussi à Lâmou et à Mombase.
Verroterie. — Elle est importée, dans les possessions d’Afrique, en partie de Bombay, en partie de Djedda et Moka, mais surtout par les navires anglais qui commercent à Zanzibar; ce dernier marché en approvisionne presque toute la côte. Lâmou et les Bénadir en reçoivent directement un peu : celle-là, de l’Inde; ceux-ci, de la mer Rouge.
Les ports du golfe Arabique, qui conservèrent pendant si longtemps le monopole de cette branche de commerce, placent maintenant, à grand’peine, à la côte un millier de teurdy (ballot en nattes contenant de 7 à 7 frazela 1/2) de verroteries. La participation des Européens aux transactions commerciales de la côte orientale d’Afrique, et l’abolition de la traite, qui, selon les probabilités, s’étendra bientôt à tout ce littoral, doivent diminuer encore l’importation des perles de Venise par la voie de la mer Rouge, en même temps que la consommation de cet article.
Laiton. — Il vient d’Angleterre, d’Amérique et de l’Inde. C’est sur Zanzibar seulement qu’il est dirigé en droite ligne au sortir des deux premiers pays; mais il en arrive également d’Europe par Bombay, d’où Lâmou et Mombasc le reçoivent ordinairement, ainsi que le laiton de l’Inde dit mazoka. Celui-ci est particulièrement importé de Mandévi, l’un des ports du Keutch , en quantité d’environ 4 tonneaux par an, représentant une valeur de 1,800 à 1,900 piastres. Bombay en envoie au moins 2 tonneaux valant environ 1.100 piastres; de ce port, en outre, il est quelquefois expédié aux Bénadir un peu de vieux cuivre en feuilles, en clous et en débris de vases.
Fil de fer. — Il vient d’Angleterre directement par Bombay, de même que le fer en barre. Les autres métaux, dont
j’ai déjà parlé comme figurant dans le commerce intérieur, le plomb, l’étain et le cuivre rouge, sont importés de Bombay presque exclusivement.
Poudre de guerre. — Elle était, il y a quelques années, fournie à Zanzibar concurremment par les Américains et les Anglais; mais, depuis, la poudre anglaise est préférée et recherchée, même pour le trafic de la côte; aussi, tant qu’il y en a sur le marché, à 12 piastres le quintal, la poudre américaine ne trouve-t-elle pas d’acheteurs à un prix moindre d’un tiers.
On en place à Zanzibar de 400 à 500 barils de 25 livres, au prix courant de 5 piastres à 5 piastres 1/2.
Armes. — A part quelques armes de luxe apportées seulement sur commande, les fusils employés sont de fabrique anglaise et importés, à peu d’exceptions près, par des navires anglais. Ils ne coûtent plus que 5 piastres, grâce à l’importation assez considérable qu’en fit directement le navire du Sultan, la Caroline, à son retour d’Angleterre, et par suite de laquelle ils furent livrés aux marchands indigènes pour 5 piastres 1/4 au lieu de 5 1/2 et 5 3/4. Les Américains, qui les tiraient d’Angleterre, n’auront plus de bénéfice à en porter désormais à Zanzibar.
Les lames de sabre, montées et non montées, arrivent d’Angleterre; on importe aussi des sabres de l’Yémen. La consommation de cet article, sur la côte, est loin d’être égale à celle des fusils.
Vaisselle. — Sous celle dénomination sont compris les articles de poterie et porcelaine qui proviennent, pour chacun de ces genres, de pays différents. La faïence de fabrique anglaise est amenée plus particulièrement par les na-
vires de cette nation qui commercent avec Zanzibar. La majeure partie de la porcelaine est d’origine chinoise ; elle arrive presque entièrement par Bombay, dont l’exportation annuelle de cet article, pour la côte d’Afrique, représente une valeur d’environ 12,000 roupies; il vient aussi un peu de porcelaine de Chine par navires américains. Le surplus de la porcelaine importée est de manufacture anglaise. Du reste, toute la vaisselle introduite dans le pays, quels qu’en soient le genre et la provenance, est d’un goût plus que médiocre et d’un prix relatif. Parmi la poterie, qui vient en majeure partie de l’Inde, figurent un grand nombre de gargoulettes fabriquées à Mascate. Quelques pièces de vaisselle (faïence et porcelaine) d’origine française ont été importées de Maïotte dans ces derniers temps.
Verrerie. — Il en est de cet article comme du précédent pour la qualité et la quantité de la consommation. La verrerie a étéapportée, depuis plusieurs années, par des navires anglais, français et américains. Elle comprend principalement de la gobeleterie commune et des cristaux de table. Le vitrage des fenêtres est chose trop rare dans le pays pour donner lieu à une importation notable. La miroiterie n’est pas non plus prodiguée dans l’ameublement des maisons, et le peu de glaces d’une certaine dimension, qu’on trouve chez les gens riches, sont de très-médiocre qualité, quant à la glace meme, et du goût le plus arriéré quant à la forme et à la sculpture du cadre. Maïotte commence également à importer un peu de verrerie.
Quincaillerie. — Tous les articles de quincaillerie, serrurerie, clouterie, coutellerie, chaudronnerie et ferblanterie, qui entrent dans la consommation des Etats d’Afrique, sont
de fabrique anglaise, et importés soit directement par navires anglais, soit de Bombay par bateaux du pays. Il en arrive annuellement de ce port pour plus de 250,000 francs. Parmi les articles de chaudronnerie très-recherchés à la côte et à l’intérieur de l’Afrique, sont les marmites en fonte; depuis quelques années, l’insuffisance de leur importation est telle, que ses habitants s’en approvisionnent à Maïotte; nos expéditeurs sont donc certains d’en trouver un débit toujours avantageux sur le marché de Zanzibar.
Meubles. — Dans cette catégorie, nous comprenons principalement des chaises à fond de hois et des fauteuils rotinés venant de Chine par Bombay, et d’Amérique par navires américains; puis des canapés, lits, tables, buffets de forme rectiligne et complètement dépourvus d’ornements; ces derniers objets sont fournis plus spécialement par l’Inde; aussi bien que quelques pièces de menuiserie travaillées à jours et destinées à être placées comme garnitures de fenêtres et autres ouvertures ménagées dans les murs des maisons. Si peu luxueux que soit un pareil ameublement, les maisons de Zanzibar qui peuvent en offrir l’assortiment complet sont rares; et dans les autres villes, Lâmou et Mombase exceptées, il n’y a, avec le kibani indigène, d’autres meubles en usage qu’un petit nombre de chaises de Chine : souvent encore ne les rencontre-t-on que chez les marchands banians ou indiens de l’endroit.
Vêtements confectionnés. — Us viennent de Mascate et de l’Yémen à Zanzibar, très-peu à Mombase, mais beaucoup à Lâmou, dont les habitants ont, plus que tous les autres Souahhéli, le goût de la toilette et du costume arabe. Il en arrive aussi quelquefois d’Anjouan. Inutile de dire qu’aucun
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des vêtements qui composent le costume européen ne saurait convenir ici.
Tapis de pied. — Les tapis de Turquie sont apportés par les bateaux de l’Yémen; ceux de Perse, de Bassora et de Bendeur-Abbass, par Mascate. Quoique l’emploi de ce meuble soit entièrement dans les usages de l’Orient, la consommation en est assez bornée dans les États d’Afrique où, partout ailleurs que dans les maisons riches des deux ou trois principales villes, les indigènes se contentent de la modeste natte. La température de ce pays y rend, d’ailleurs, l’utilité des tapis beaucoup moins réelle que sous des latitudes plus élevées.
Eau de rose et huiles essentielles. — Ces deux articles viennent en petite quantité de l’Yémen , et surtout de la Perse, par Mascate et Bendeur-Abbass; ils sont dirigés sur Lamou, Mombase, et principalement sur Zanzibar. On en réexporte une partie aux Comorres. L’Inde fournit également un peu d’huiles de rose et de sandal.
Droguerie. — Je réunis sous ce titre l’aloès, le sangdragon, l’encens, la gomme arabique, la myrrhe, le gingembre, le cardamome, la coriandre, le fenugrec, la cannelle, le benjoin, le poivre, le thé, le safran, l’assa-fœtida, la soude, le Colombo : toutes ces substances, sauf le poivre, la gomme arabique et le thé, arrivent à la côte d’Afrique en quantité très-restreinte, et seulement pour la consommation de Zanzibar, ou n’en sont réexportées qu’accidentellement. L’aloès (soum., hhomneur) et le sang-dragon amenés de Socotra sont réexportés en presque totalité. L’encens (soum., heïo) vient des pays soumal du nord, quelquefois par les ports situés entre Beurbeura et Guardafui, ou au-
I rement par terre jusqu’à Moguedchou; il en arrive aussi, mais plus rarement, de la côte sud d’Arabie et de Socotra. La gomme arabique (soum., Iiabko), la myrrhe (soum., malmel et hhadi), récoltées chez les Ougadine, les Loulbahanté, les Meurrihan’ et les Gaila, sont apportées de ces divers lieux, par terre, aux Bénadir, et dirigées directement sur l’Inde ou bien envoyées à Zanzibar, d’où elles reçoivent ultérieurement la môme destination. Le gingembre, le cardamome, la coriandre ( so. , vionggo-viam'tellé) , le fenugrec (so., ouatou, — hhaleba des Arabes), la cannelle, le benjoin, le poivre (so., pilipüi) et le thé sont expédiés de Bombay à Zanzibar. Le safran est apporté de Bendeur-Abbass et de Bouchire par les navires de Mascate; on en tire également un peu de la mer Rouge. L’usage du thé paraît devoir se développer à Zanzibar et à Mombase; on prétend que dans ces deux villes on en consomme déjà autant que de café. L’importation en poivre, faite annuellement par Bombay, varie de 800 à 900 quintaux ; celle du benjoin peut être de 25 à 50 quintaux. L’assa-fœtida vient de la côte de Perse par Mascate; la soude ou mogat , du pays de Ganané aux Bénadir. La racine de Colombo est recueillie aux environs de Mombase.
Pour compléter la nomenclature des objets du commerce étranger, il me reste à en signaler quelques-uns qui n’ont pas figuré dans le commerce intérieur.
Chevaux (so., farassi ; soum., fereus). — Ils arrivent à Zanzibar de Mascate, du Keutch et deHhafoun. Les premiers, issus de la belle race d’Arabie et, par conséquent, bien supérieurs aux autres, sont vendus de 150 à 200 piastres; ceux du Keutch, de 100 à 160 piastres ; et ceux de Hhafoun,
de 25 à 40 : de ceux-ci , il n’est guère importé plus d'une dizaine par an; les autres ne le sont que sur commande. 11 vient aussi à Zanzibar quelques mules de Bendeur-Abbass et de Mascate. On porte enfin, dans cette dernière ville, une espèce de fourrage en corde nommé ibis, qu’on donne aux chevaux dans la saison des pluies.
Viande de bœuf salée, boucanée , ou préparée (so., ngniama-ia-tchionwi , ia-mitanda , ou ia-koukangga). — Elle ne vient que de la côte ouest de Madagascar, où elle est préparée souvent par les équipages des bateaux qui vont l’y chercher; elle est consommée en partie à Zanzibar et à Mombase, mais sert surtout comme provision de mer à bord des bateaux arabes ou souahhéli.
Huile de poisson (so., mafoulha-ia-sifa) . — Il en est apporté .à Lâmou, Mombase, et principalement à Zanzibar, par les bateaux de la côte de Meheura, en jarres dites farrah , qui contiennent de 5 à 7 frazela 1/2 et sont vendues au prix de 5 à 8 piastres. Elle est extraite d’un petit poisson nommé dagaa à Zanzibar, simon à Mombase, et houma à Mascate. Ce poisson est mis en masse dans un large trou maçonné, exposé au soleil, et où on le laisse se putréfier, puis on re cueille et épure un peu l’huile qui monte à la surface; elle est employée dans le corroi dont on enduit les carènes des bateaux.
Piments (so., pilipili holio). — Ils sont récoltés à Zanzibar et Mombase, et entrent depuis quelques années dans les exportations des Anglais et des Américains, au prix de 2 piastres la frazela; on en cultive maintenant sur les plantations de girofliers, dans les intervalles laissés entre ceux-ci, et cet article augmente de valeur.
Oranges (so., matchoungga) . — Elles son l récoltées à Zanzibar et Pemba, d’où on en expédie à Mascate, au Keutch, à Bombay et aux Cornorres. Mozambique en envoie aussi parfois, qu'on réexporte à Bombay.
Oignons (so .,kitou vouou). — Ils sont fournis par M’kellé, Cheheur et autres points de la côte sud d’Arabie, où l’on en cultive beaucoup.
Baslin (so., kamba). — Il arrive aux Etats d’Afrique, de la grande Comorre, où on en fait abondamment, et de Bombay, en quantité d’environ 400 quintaux.
Savon (so., sabouni). — Il est apporté par les Américains, puis de l’Inde, de Maïotte et de Nossi-bé par bateaux du pays.
Tabac (so., toumbako ). — Il vient, en feuilles paquetées ou tordues, de Madagascar, des Cornorres et de divers points du littoral africain. Les Américains l’expédient en poudre, en corde et en figue. On le cultive, d’ailleurs, sur plusieurs points du Souahhel.
Soieries. — Elles sont importées de l’Inde (Surate et Bombay), quelquefois de l’Yémen, et enfin d’Europe par les navires français et anglais.
Parmi celles de l’Inde, il en est bien peu qui ne soient pas plus ou moins mélangées de coton. Le navire français la Grenouille , qui a passé à Zanzibar, l’année dernière, avec des échantillons nombreux et variés, en a reçu commande pour une valeur de 20,000 piastres. Le gouverneur de la ville, qui était l’un des commanditaires, m’a assuré qu’on en placerait annuellement, à Zanzibar, pour 10,000 piastres.
Spiritueux. — Zanzibar reçoit de Maïotte et de Nossi-bé quelques caisses de vin, d’eau-de-vie et de rhum;
toutefois l’usage de ces boissons, étant défendu aux mahométans et réprouvé par l’opinion, n’a lieu que d’une manière occulte, et ne saurait de longtemps prendre un grand développement dans les pays musulmans de l’Afrique orientale.
Mais, par une singulière contradiction, les croyants les plus orthodoxes pensent que les liqueurs ne leur sont pas interdites, et ils en usent volontiers; aussi le peu de navires français, soit d’Europe, soit de la Réunion, qui ont passé à Zanzibar en ont-ils toujours placé un certain nombre de caisses. Cependant la consommation possible serait, pour le moment, largement estimée en la portant à 200 caisses.
Fils , cordonnets et galons de soie , d'or et d'argent pour vêtements. Ils viennent de Perse par Mascate, de Surate et de Bombay par bateaux du pays, et de Londres par navires anglais.
Sirops. — Cet article est susceptible d’entrer pour une bonne part dans la consommation, car il est, de sa nature, tout à fait en accord avec les goûts et les habitudes hygiéniques des populations des villes. Il en a été souvent envoyé de la Réunion, et le débit en a été facile : il en arrive maintenant par Maïotte et Nossi-bé, exportés de ces endroits par des bateaux du pays. On vendrait, m’a-t-on dit, sans peine, 150 caisses à Zanzibar, qui ne reçoit guère d’autre provenance que quelques bouteilles de sirops plus ou moins vieux et de mauvaise fabrication.
Fournitures de marine. — De la toile à voiles, un peu de cordage en chanvre, du goudron, de l’étoupe, du brai, du pouliage, des pièces de mature, des avirons, des planches
de sap, le tout destiné, presque exclusivement, à l’entretien III. 23
ou au service des bâtiments du Sultan , sont fournis par les navires américains. Bombay entre aussi pour sa part dans ces approvisionnements; néanmoins le chiffre qui, pour ce dernier lieu , représente la valeur des fournitures de ce genre ne s’élève pas aujourd’hui à plus d’un millier de roupies par an.
On pourrait ajouter à l’énumération que je viens de faire un certain nombre de menus objets; mais ils sont sans importance réelle par leur quantité comme par leur valeur, et je crois n’avoir omis aucun article d’échange pouvant offrir de l’intérêt. Voyons maintenant par quels moyens les transactions s’opèrent.