‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale (volume 3)Chapitre 28 sur 56 · LH · texte numérisé non relu

LH

M’kellé, à la côte sud d’Arabie; Moguedchou, Braoua, Lâmou à la côte d’Afrique.

Il sera nécessaire de se mettre en correspondance avec les maisons américaines qui expédient annuellement des navires à Zanzibar. Ces maisons ont déjà prouvé, par l’organe de l’agent qu’elles y entretiennent, qu’elles sont disposées à comprendre Maïotte dans les escales de leurs navires dès qu’ils auraient la certitude d’y placer quelques parties de leurs cargaisons (1). Or actuellement, et il en sera, sans doute, longtemps de même, le coton écru américain dit khami est un article indispensable pour traiter dans tous ces parages; nos maisons de Maïotte auront donc à s’en approvisionner, et elles trouveront toujours de l’avantage à le recevoir de première main. Elles s’ouvriront ainsi un débouché pour le copal, l’ivoire, le sésame, les peaux, etc., que le début de nos opérations avec la côte aura amassés sur notre marché.

On pourra juger, d’après les indications données au sujet

(1) La lettre dont la traduction suit m’a été adressée par le consul des États-Unis à Zanzibar :

Zanzibar, le 25 avril 1848.

Monsieur le commandant, lorsque vous vous trouviez dernièrement à Zanzibar, je vous annonçai qu’iudubitablement la barque américaine Star, à son retour des États-Unis, apporterait une cargaison de provisions pour Maïotte. D'après les encouragements donnés au capitaine par M. Passot, nos propriétaires l’ont expédiée pour Nossi-bé et Maïotte, avec dçs farines, des salaisons de bœuf et de porc, et divers autres articles. Si le commaudant de Maïotte y donne de suffisants encouragements, je n’ai aucun doute que nos associés en Amérique ne s’empressent d’envoyer à Maïotte deux ou trois fois par an, et de tenir cette station bien approvisionnée. Je vous en informe, afin que vous puissiez le communiquer à M. Passot, si, dans votre opinion, vous jugez convenable de le faire, etc.

Signé Cuahlbs Wabd, consul des États-Unis d’Amérique.

des divers articles du commerce extérieur de l’Afrique orientale, quels sont les produits français dont le comptoir devra se munir tout d’abord; les échantillons recueillis par M. l’agent du ministère du commerce seront, pour le choix à en faire, des indications plus pratiques et plus positives encore. Ces produits ne trouveraient pas immédiatement un placement assez abondant pour former une cargaison com plète, mais les premiers envois seront naturellement combinés avec d’autres besoins à satisfaire. Je range dans cette dernière catégorie le transport du matériel nécessaire à l’établissement du comptoir et à l’exploitation agricole, puis le fret de quelques approvisionnements que le gouvernement aura, sans doute, à y expédier; enfin des vivres, des vêlements et généralement tous les articles propres à la consommation particulière de Maïotte, Nossi-bé et des possessions portugaises. Ces chargements partiels peuvent parfaitement convenir aussi à des navires armés pour la côte de Coromandel, destination pour laquelle le fret, jusqu’à présent, n’a jamais été suffisant (d).

Ainsi s’engendrera, sans avances considérables, sans essais hasardeux, dans des limites restreintes au début, mais tendant à se développer chaque année, le mouvement qui accumulera sur le marché de Maïotte les produits demandés par les contrées voisines et que répartira son cabotage. Voyons comment prendra naissance et s’alimentera le mou-

(1) La société des Comorres a déjà usé de ce moyen pour plusieurs des envois de marchandises et de matériel qu’elle a faits à sou établissement; il n’est pas de navires partant de Nantes pour la côte de Coromandel qui ne lui demandent du fret pour Maïotte et qui ne soient heureuv d'en prendre à raisou de 25 francs le tonneau; à ce prix, ils préfèrent l’escale de Maïotte à celle de la Réuniou.

vement de réexportation des objets d’échange rapportés par les bateaux de la société.

On sait déjà, par la nomenclature raisonnée que j’en ai faite, quels sont les articles que le continent africain offre aujourd’hui à l’exportation.

Les échantillons recueillis par M. l’agent commercial suffiront pour éclairer nos négociants sur ceux de ces articles qui sont susceptibles d’un placement plus ou moins avantageux dans la métropole. Les renseignements que j’ai consignés, d’autre part, au sujet des opérations des commerçants américains, anglais, etc., font connaître les articles qu’ils pourraient venir demander à Maïotte; on sait donc quels sont les produits que, par le cabotage, Maïotte devra chercher à accumuler sur son marché pour la réexportation.

Dès la seconde année, au moyen des seuls produits de la côte, notre comptoir serait à même d’effectuer le chargement d’un ou deux bâtiments : il comprendrait les riz de Nossi-bé ; le girofle de Zanzibar, payé en ce lieu moins cher qu’à la Réunion (4); enfin on y joindrait une certaine quantité d’huile de coco que fournirait Maïotte, si l’établissement voulait mettre au nombre de ses premiers travaux l’installation d’un moulin ou pressoir destiné à cette fabrication. En tous cas, le fret pour réexportation s’augmentera

bientôt des produits de l’exploitation agricole. Dès la troi-

sième année, si les travaux ont été bien conduits, le sucre entrera dans la composition des chargements pour France :

(1) Les opérations récentes des navires du Sultan envoyés en France prouvent que cet article, exporté de Zanzibar, peut être d’un bon placement.

il en sera successivement de meme du café et du girofle récoltés sur les lieux (1). Ces produits s’ajouteraient aux articles à offrir aux Américains en échange de leur coton fabriqué.

Nos opérations peuvent aussi, dès à présent, embrasser la partie du continent africain où sont enclavées les possessions portugaises du Mozambique : la législation douanière qui les régit est tellement préventive, qu’elle établit, pour ainsi dire, une prohibition à l’égard des produits étrangers (2). I.es caboteurs portugais, placés en dehors de ces mesures fiscales, viendront seuls, comme ils l’ont déjà fait, chercher à Maïotle les marchandises françaises ou autres. Cette île sera donc l’intermédiaire indispensable à nos opérations avec le Mozambique.

Enfin ses relations s’étendront à la côte de Madagascar dès que l’interdiction portée depuis quelques années contre le commerce étranger cessera sur tous les points de cette île où s’exerce l’autorité du gouvernement hova.

(1) Je mentionne ici pour mémoire que des plantations de caféiers et de girofliers existent déjà à Nossi-bé et paraissent devoir y bien réussir; il est inutile de dire que Maïotle deviendrait naturellement l’entrepôt de toutes ces productions.

(2) Jusqu’à présent, à côté du régime légal, il y a toujours eu, il est vrai , un régime de tolérance motivé par le complet dénûment de certains objets de consommation où se trouve fréquemment le marché de Mozambique. Alors le gouvernement local autorise, moyennant le payement d’un droit arbitrairement fixé et spécialement applicable à la circonstance présente, l’introduction des denrées ou marchandises dont la place est eu disette. Mais ou n’assied pas une opération sur un état de choses sî éventuel et si précaire; pour ces cas exceptionnels, l’entrepôt de Maïotte, placé dans le voisinage, peut seul agir opportunément, et par suite calculer sûrement les résultats possibles d’une pareille spéculation.

Voilà donc Maïotte devenue le centre des mouvements divers que je viens d’indiquer, offrant, aux navires se rendant du Cap à la côte occidentale de l’Inde, dans le golfe Persique et dans la mer Rouge, une escale où ils pourront se livrer à de nouvelles spéculations. Croit-on que, dans de telles conditions, elle n’aura pas sur l’itinéraire de ces navires une influence analogue à celle qu’exerce aujourd’hui Maurice sur une partie de ceux qui font les voyages de l’Inde? Certes la production agricole et la consommation locale de cette dernière île, qui sont, en définitive, la cause presque exclusive de la direction du courant commercial actuel, seront toujours plus considérables que celles de Maïotte; mais, en revanche, l’entrepôt de notre colonie sera pourvu d’articles plus variés et comprendra, outre les quelques objets de l’Inde que reçoit sa rivale, ceux de la Perse, de l’Arabie, de l’Afrique orientale et de Madagascar, dont le cabotage est bien autrement facile et moins coûteux à notre possession qu’à celle des Anglais. Quant à nos propres expéditions pour la côte orientale de l’Inde, et particulièrement pour celle de Coromandel , j’ai eu déjà l’occasion de signaler que l’escale de Maïotte pouvait, avec avantage, être comprise dans l’itinéraire des bâtiments consacrés à ces voyages. A leur retour, notre établissement de Pondichéry leur fournira du savon, des guinées et quelques cotonnades qui serviront à la consommation de Maïotte, des Comorres, de Nossi-bé, et que la première de ces îles emploiera fructueusement dans ses opérations avec les populations de la côte d’Afrique. Des étoffes appropriées au goût de celles-ci ont été fabriquées, comme essai, dans notre comptoir indien. Leurs prix modérés permettent d’espérer

qu’elles pourront entrer en concurrence avec celles du même genre qui ont été apportées jusqu’à ce jour du Keutch ou du Gouzerale.

On voit maintenant que je n’ai point fait une digression inutile, et que cette étude sur Maïotte, qui, un moment, a semblé m’entraîner hors de mon sujet, était un complément rigoureux à la partie commerciale du compte rendu de mon exploration.

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