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donné leurs navires , ceux-ci furent enlevés par les gens de Mombase. Le sultan, qui pensait bien que les Portugais reviendraient à la charge, et qu'il ne pourrait pas résister à une nouvelle attaque , résolut de mettre à profit , pour prendre la fuite, le moyen inespéré que la fortune lui offrait. Il transporta donc à bord des deux prises portugaises toute l'artillerje de la citadelle, la démantela, détruisit la ville maure de fond en comble et rasa tous les arbres à fruit ; enfin , après avoir promené partout le fer et la flamme, il s'embarqua avec toutes ses richesses, et , accompagné de quelques Maures et de quelques esclaves , il se dirigea vers les côtes de l'Arabie, où il visita successivement Kechen, Chaël (Chehheur) et Aden.
Pendant deux mois après le départ de ïouceuf, l’Ile de Mombase ne fut qu'un désert silencieux, où ne s’élevait que cette mystérieuse voix des ruines qui donne aux hommes dé si austères et souvent de si inutiles leçons.
Enfin quelques Maures informèrent Pedro Rodrigue* Botelho, alors à Zanzibar, des faits qui venaient de se passer à Mombase. il s'y rendit aussitôt, reprit possession de Pile, et commença à relever de ses décombres la forteresse et In cité qui, tant de fois déjà, avaient accompli de si lugubres destinées.
En 1( <56 (ltezcnde dit à la fin «le 1 635 ) , Pex-sultan de Mombase, après avoir erré quelque temps sur les rivages de l'Yémen, vint chercher un refuge à Madagascar, où il se concilia la faveur du sultan «le Masselege (1) et de quel-
<, 1 ) 11 s'agit de la baie dr Koucui, cote ouest de Madagascar, où était établie une colonie d'Arabes venus de différents points de l'Afrique orientale, et particulièrement de Patla.
ques Maures originaires de Patin. Dès que les Portugais de Mozambique eurent connaissance de ce Tait , ils résolurent d'aller attaquer l’auteur abhorré de la catastrophe de Mombàse. Ils armèrent deux navires et quelques barques, sur lesquels montèrent soixante soldats portugais et cent dix Caffes. L’expédition était commandée par Roque Borges, qui avait sous ses ordres les capitaines André Borges et Antonio de Oliveiro.
Le 17 mai , cette petite troupe de vengeurs fit une descente sur la côte malgache et se porta vers l’enceinte fortifiée où s’était retiré Youceuf. Mais les assiégés étaient nombreux, et de plus ils occupaient une position inexpugnable. Cette dernière circonstance se rencontra fort à propos pour couvrir l'honneur des assaillants, qui furent obligés de se retirer sans avoir pu mettre la main sur le renégat Dom Geronimo Chingoulia. Eu revanche, ils brûlèrent quelques bateaux et de misérables villages, égorgèrent de malheureux noirs qui n'étaient pour rien dans le massacre de Mombase, emportèrent, pour trophée, des agrès, des munitions (1) sur les barques incendiées; et, comme ils rentrèrent à Mozambique avec ce butin, la vanité portugaise put se déclarer satisfaite de ce dénoûment, quoique le but de l'expédition eût été manqué.
Après ce dernier épisode, nous ne trouvons, dans Faria y Souza, dont le récit se termine avec l'année lfiW), rien qui ait rapport à la côte orientale d'Afrique.
Ce qui arriva à la suite de la reprise de Mombase est résumé dans une inscription qui existe encore de nos jours
(t) C'était une partie dos canons que Youceuf avait enlèves à la for* teresse de Mombase.
au-dessus de la porte de la forteresse de l'ile (4). 11 parait, d'après rette inscription, qu’en 1635, le capitaine-major Francisco de Sexas e Cabra releva la forteresse; qu’il réduisit la côte de Melinde, soulevée à la voix de Youceuf; qu'il rendit tributaires les cheikhs d'Otondo, de Mandra, de I.ouziva et de Jaca ; enfin qu'il châtia Palla, dont les murailles furent rasées, l’emba et toutes les populations rebelles, livrant au supplice, sous sa responsabilité, les gouverneurs révoltés.
Rezcnde nous apprend, en outre, qu'a celte époque, la ville maure de l'ile Mombase n’avait pas encore été repeuplée; il n’y existait qu'un seul habitant, du nom de Faquevalle (2), que le vice-roi nomma gouverneur du territoire de Mombase et de Melinde, à cause de son origine et de sa fidélité envers les Portugais : tous ses coreligionnaires, s'étant trouvés compromis dans la révolte de Youceuf, avaient »
pris la fuite après le départ de celui-ci. La population portugaise était aussi, comme on le pense bien, très-bornée, pur suite du massacre général opéré précédemment, et vu le peu de temps écoulé depuis la reprise de possessiqn. Le vice-roi fut donc obligé de faire venir de Patta et de Zanzibar une vingtaine de Portugais mariés pour peupler (3) la ville à mesure qu’on la réédifiait.
La sanglante expédition exécutée contre les villes de la côte de Mombase assura pour un certain temps leur sou-
(1) Voir appendice, pièct u° 3.
(2) Probablement Feki-Ali.
(3) C'est peut-être à cette époque que les Ouakiliudini , tribu précédemment établie sur la terre ferme, se transportèrent sut l’ile, avec l'autorisation des Portugais, fait dont il sera parle dans la relation, i, Voyez 11* partie, chap. mu.)
mission. Maison comprendra aisément qu’elle restât précaire, si l’on se rappelle que la domination portugaise était alors partout ailleurs en décadence, et que cet état de choses devait, sur les points où elle existait encore, surexciter les désirs de rébellion. Avant d'entreprendre le récit de ce qui eut lieu ultérieurement à la côte orientale d’Afrique , arrêtons-nous un moment pour faire un résumé de l'état où était celte contrée lorsqu’elle possa sons la souveraineté des Portugais, et donner une idée générale de l’organisation de celle-ci à l’époque où Rezcnde écrivit son traité.
Quand les Portugais abordèrent à la côte orientale d'Afrique, ils y trouvèrent les établissements arabes dans une situation dont quelques-uns des documents examinés par nous dans le livre précédent ont pu déjà donner l’idée. Les récits d'Ibn-Ëathouta ont surtout édifié le lecteur au sujet des villes de Moguedchou et de Kiloua. Si l’on en juge d’après certains détails de la chronique de ses sultans, Kiloua avait, à la fin du xv* siècle, perdu une partie de scs anciennes dépendances; mais, sous le rapport politique et commercial, cette ville était encore fort importante : elle comptait parmi ses possessions, Mozambique, si riche d’avenir, et Sofula , le comptoir le plus productif de toute cette partie du continent africain. l)u reste, le développement successif de toutes les localités de second ordre créées par l’initiative des cités mères avait été la principale cause de l'amoindrissement de celles-ci. Dès qu'un centre de population s'était formé , il voulait vivre de sa vie propre et ne dépendre que de lui-mème. C’est ainsi que l'État de Kiloua avait perdu, entre autres points, l’une de ses principales annexes, l’ile
de Zanzibar, dont le cheikh avait pris le titre de sultan. Celte dernière, Mombase, Melinde et kiloua paraissaient être, lors de la venue des Portugais, les localités les plus considérables de la céte.
Mais, dans tous les lieux où étaient établis des Arabes ou des descendants d’Arabes , il existait des signes manifestes d'une certaine prospérité. Mozambique, qui eut l’honneur d’être le premier point visité par Gama, Mozambique, quoiqu’elle ne fût encore qu’un établissement de troisième ordre, pouvait déjà causer quelque surprise aux Portugais. Les maisons des habitants étaient en bois; mais au-dessus d’elles s’élevaient des mosquées, et la maison du cheikh, bâties en pierre, et, quand l’amiral vit venir au-devant de lui ce cheikh vêtu de soie et de velours brodés d'or, chaussé de sandales de soie, armé du sabre et du poignard, accompagné d’une suite nombreuse de Maures richement habillés eux-mêmes , marchant au son de divers instruments de musique, il dut comprendre le dédain avec lequel furent accueillis les modiques présents qu'il offrait à son hôte. Les Portugais s'étaient imaginé trouver au delà du cap de Bonne - Espérance des peuplades sauvages, semblables à celles qu'ils avaient rencontrées sur la côte occidentale du même continent; ils étaient détrompés. Ce fut bien autre chose lorsqu’ils mouillèrent devant Mombase! Il y avait dans le port un grand nombre de petits bâtiments de commerce, et l'ile, riche en productions de toutes sortes, était couverte de vergers plantés de cocotiers, de grenadiers, de figuiers d’Inde, d'orangers et de citronniers. La ville était grande; la plupart des maisons, bâties en pierre, avaient forme de celles d’Espagne, avec des plafonds de plâtre tra-
vailles en compartiments. Dans ses rues, fort Mies, circulaient de nombreux piétons et d'adroits cavaliers, lous brillamment parés. Les femmes s’y faisaient remarquer par le luxe et l’élégance de leurs vêtements, qui étaient en soie, enrichis d’or et de pierres précieuses. Mombase recevait du continent une grande quantité d’ivoire, de cire et de miel.
A Melinde, nouveau sujet d’étonnement! Les Portugais, dit l'histoire, y admirèrent la beauté des rues, la régularité des maisons, bâties en pierre, à plusieurs étages, avec des plates-formes et des terrasses au sommet. La ville était peuplée d'Arabes possédant de spacieuses habitations, sc piquant d’élégance et de politesse, vêtus de soie ou de Gnes étoffes de coton, portant des sabres et des poignards travaillés avec assez d'art et de goût. Les femmes, comme à Mombase, s'y distinguaient par la richesse de leur parure, et de plus elles étaient fort belles; aussi disait-on sur toute la céte : « femmes de Melinde, cavaliers de Mombase. » Melinde comptait aussi , dans sa population flottante, beaucoup de marchands du Cambaye et de Gouzerate, qui venaient chercher de l’or, de l'ambre, de l'ivoire, des résines et de la cire en échange des épices, du cuivre, du mercure et du calicot qu’ils apportaient de l’Inde. La campagne qui s’étendait derrière la ville était couverte de cocotiers et d’autres arbres donnant d'excellents fruits ; le bétail , la volaille et les céréales y abondaient.
Gama avait éprouvé une grande joie de trouver une ville qui ressemblait à celles de sa patrie; il se sentit plus heureux encore quand il se vit accueilli avec une bienveillance et une cordialité inespérées par les principaux per-
sonnages do pays, dont l'aspect ne pouvait manquer de produire une vive impression sur lui et scs compagnons. En effet, lorsque la flotte fut visitée par le fils du cheikh de Melinde, ce prince était dans sa barque, assis sur un beau fauteuil ; une longue robe de damas cramoisi doublé de satin vert couvrait ses autres vêtements, une riche écharpe était élégamment roulée en forme de turban autour de sa tête; vingt Maures ou Arabes somptueusement vêtus formaient sa' suite, et l'un d’eux , debout à son cêté, portait dans ses mains une magnifique épée à fourreau d’argent. En même temps, à mesure que les barques qui amenaient les visiteurs circulaient entre tes navires, divers musiciens faisaient retentir l'air du son de leurs instruments.
Nous rappelons toutes ces particularités pour prouver l’opulence des villes auxquelles elles se rapportent et le degré de civilisation relative qu’elles avaient atteint. Du reste, la plupart des autres villes de la céte étaient, à des nuances près, aussi prospères. L’histoire des premières années de la conquête témoigne hautement de l’état florissant de Sofala, de Zanzibar, de Lâmou, de Patta, d’Oja, de Jaca, de Braoua. Meurka manque à cette nomenclature, et les Portugais paraissent ne l'avoir pas connue; du moins n'est-elle mentionnée par aucun de leurs historiens. Quant à la ville de Moguedchou , Vasco da Gama , revenant de son premier voyage à Calicut, In rangea d'assez près pour distinguer qu’elle était grande et fort belle, qu’elle avait une ceinture de murailles et des édifices remarquables, enfin qu’un nombre considérable de bateaux étaient mouillés dans son havre. Nous avons dit que, plus tard, lorsque Tristam da Cunha se présenta devant cette ville, avec l’intention de la
soumettre ou de la détruire, il la trouva dans des conditions de défense assez imposantes pour qu'il jugeât prudent de renoncer à son projet.
Ce qui manquait à tous les établissements arabes de l'Afrique orientale, c’était une force militaire organisée; mais il ne faut pas oublier qu’ils ne devaient pas leur origine à la conquête : fondés par des marchands ou des proscrits, ils s’étaient développés peu à peu par l’action lente, mais sûre du commerce, presque toujours sans violence et du consentement des indigènes, souvent môme avec leur concours. Aussi n’avaient-ils jamais eu à redouter que les jalouses compétitions qui les armaient les uns contre les autres, et les irruptions faites à de rares intervalles par certaines peuplades sauvages de l'intérieur. Contre de tels ennemis, quelques pans de muraille, de médiocres mousquets, l’arc, les flèches et la sagaie étaient de suffisants moyens de défense. Grâce, d'ailleurs, aux allures pacifiques de ces colonisateurs sans nom comme sans désir de gloire, l'union des races avait pu se faire dans la zone voisine de la côte, favorisée en outre, jusqu’à un certain point , par quelques heureux résultats de propagande religieuse. Ainsi le Cafre, l’Africain, dont le caractère a beaucoup plus d’affinités avec l’Arabe qu’avec l’Européen, s’était habitué à voir sans défiance circuler dans ses domaines, s'avancer même bien loin dans l’intérieur, les petits-fils des émigrés de l’Yémen et de l’Omân. Bref, toutes ces circonstances avaient amené, entre les colons elles indigènes, des relations solides et un vaste système d’échange, qui, par mille et mille canaux, faisait affluer les esclaves, l’or, l'ivoire et les autres productions du continent vers la côte, le long de laquelle la mer était sillonnée de
barques innombrables, faisant escale aux villes mentionnées plus haut, que ce trafic ne cessait d'enrichir.
Aussi , quand les Portugais eurent sous les yeux un aperçu du tableau vivant et animé qu'offrait cette activité commerciale et de la prospérité qu'elle avait engendrée, conçurent-ils le désir de déposséder les Arabes de ce magnifique monopole et de se substituer à eux pour l'exploiter. Une double raison devait encore leur rendre précieuse la possession des établissements qu’ils venaient de découvrir : c'était, d'une part, la situation de la côte orientale d’Afrique snr la route de l'Inde; de l'autre, la richesse des gîtes aurifères du Sofala. Trouver à la fois un lien de repos et de ravitaillement pour les flottes du Portugal , qui avaient à faire 1a longue traversée d'Europe en Asie, et un pays dont la fécondité de ses mines avait rendu depuis longtemps le nom célèbre, même à la cour de Lisbonne, il n’en fallait pas tant pour décider celle-ci à une conquête qui lui parut, avec raison, exempte de grandes difficultés. Cette conquête fut le but de l’expédition de Dom Francisco d’Alméida, premier vice-roi de l'Inde. Nous avons fait le récit de ses rapides victoires et dit comment des forteresses avaient été construites à Kiloua et à Sofala , et que celle de Kiloua ayant été bientôt abandonnée, Sofala était alors devenu, au double point de vue hiérarchique et commercial, le premier établissement portugais de la côte. Le roi Emmanuel,, préoccupé, sans doute, des intérêts de son trésor, voulut même, d'abord, conserver ce gouvernement de Sofala sous sa direction propre et en dehors de l’action immédiate du viceroi. Plus lard, cependant, il fut placé sous la juridiction du gouvernement central de Goa , en conservant son rang de
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capitainerie majeure jusqu'au jour où. ce tifre, arec les prérogatives qu’il entraînait, passa, ainsi que nous l’avons raconté, après l'attaque des Hollandais en 1 007, à l’établissement de l'ile de Mozambique (1), sur laquelle, comme on le sait déjà, une forteresse avait été construite dès les premières années de la conquête (2). A part ces deux forteresses et celle de Mombasc, dont l’érection n'eut lieu qu’en 1594, il n’existait sur toute la côte que quelques petits forts placés sur diverses iles ou sur des points de la terre ferme; ' plusieurs des endroits occupés par les Portugais n'avaient môme pour toute force militaire que de simples garnisons. , Melinde était dans ce dernier cas, probablement à cause du bon accord qui n'avait cessé de régner entre les cheikhs de celte ville et les Portugais; aussi est-il présumable que le petit nombre de soldats qu’on y entretenait était moins destiné à ’ servir de garantie contre ces cheikhs, qu'à les défendre contre leurs propres ennemis. Au surplus, en substituant leur souveraineté à celle que les Arabes ou Maures exerçaient sur la côte, les Portugais n’eurent garde de les déposséder de leur autorité. Ces chefs, en effet , étaient, eutre leurs vainqueurs et les populations maures ou cafrcs du littoral, des intermédiaires précieux qu'il valait mieux utiliser que supplanter. La cour de Lisbonne se contenta donc , autant que l’esprit de soumission des premiers occupants le lui
(1) Le capitaine qui commandait à Mozambique aranl le changement t dont il est Tait ici mention avait, romm ■ dans tous les etablissements
placés au mémo ranjz, le titre de ruilell'in commandant de cbàlcauj.
(2) Cette forteresse fut, plus tard, modifiée et agrandie, d'après les
plans de l)om Joâo de Castro, qui la trouva mal construite et insuffisante, lorsque, allant prendre la vice-royauté de l'Inde ru IMS, il toucha à Mozambique. •
permit, d’établir entre ceux-ci et elle de* rapports de vassal à suzerain (I) et de leur imposer un tribut annuel. Les cheikhs, de leur côté, étaient trop prudents et trop bons calculateurs pour n’avoir pas compris tout de suite l'impossibilité d'une résistance soutenue , puisque les Portugais se trouvaient maîtres de la mer, et le danger auquel ils s’exposaient en l’essayant, de perdre le plus beau, le véritable joyau de leurs chétives couronnes, c’est-à-dire les bénéfices du trafic qu’ils faisaient, des produits de l’intérieur, avec les marchands affluant dans leurs ports de tous les points de l'Inde et de
(1) Nous avons trouvé, dans on ouvrage portugais intitulé Oorumanfoa Arabicos para a hitloria porluguesa, copiados dos originaes da Torre do lomho r rertidos em portuguez pur Fr. JoBo de Sotisa , Lisboa, 1700, deuz lotiras écrites peu d’années après la conquête. Elles montrent dans quelle étroite dépendance étaient maintenus les cheikhs de la cdte d'Afrique, mime ceui dont la soumission datait des premiers jours de la découverte, et dont la fidélité n'avait jamais été douteuse. En voici la traduction :
Lettre du roi de Melinde ali roi O. Uanoel.
Après les compliments d'usage.
• Et il (le roi de Melinde) vous demande votre protection et votre agrément afin qu'il toit plus honoré et considéré par vos serviteurs, lui permettant de pouvoir naviguer tous les ans une fois pour Goa et Mozambique dans un sien navire pour qu'il soit utilisé, sauf votre respect , et que vous n'oubliiez pas cette supplique
« C'est pourquoi votre serviteur le cheikb Ouagerage (’) vous demande que vous jetiez sur le peuple de Melinde des regards d'autant plus favorables et cléments que vous êtes la gloire, l’abri et le respect des hommes ; et comme le cheikh de Melinde n'a pas encore voyagé è Mozambique il espère que vous lai concéderez licence pour y aller et si quelqu'un, soit portugais, soit musulman lui disait quelque chose ou lui fai-
(*) l.e cbnikli Clan rit était la acigorur de Mtlinde »v*c qui Vaaro da Garni Gl alliance ata 1499, i l dont il emmeai lazubaiaa Jeui en Portugal.
I Arabie. Fresque tous sc résignèrent donc à leur mauvaise destinée et se soumirent après plus ou moins de tergiversations et avec plus ou moins de sincérité, jugeant qu'il valait mieui partager la proie que la perdre entièrement. A l’aide de ces derniers, les Portugais parvinrent à connaître la nature et les habitudes du commerce établi depuis si longtemps sur cette immense côte et à y prendre une part active. Ce commerce opérait principalement (à part quelques objets d échange envoyés d’Europe) au moyen de certaines étoffes que les Portugais tiraient de leurs comptoirs indiens,
sait quelque dommage il répondra que le roi l’a voulu ainsi cl de même qu il commaude et décide eu Mclinde comme il veut, l'autorité du monarque n’a pas de limite; el avec cette grâce qu'il espère, on dira , le cheikh de Meliudc a été à Mozambique sans craindre les insultes dea Porlugais el tous sauront qu'il mérite celle faveur pour avoir toujours coopéré à l'élévation de votre nom , de votre crédit et dp votre réputation, ainsi que pourront le témoigner vos serviteurs Simon d'Audrade, Francisco Pereira et tous autres aussi bien chrétiens que musulmans.
« Finalement, Monseigneur, je suis à votre service avec mes Ms et mes biens , etc.
« Elle ( celte IeUre , a été écrite le 28 de zoukhada de <M ( 30 septembre 1513). »
l ettre du chérif Mahomed-el-A (oui (") de Mozambique, écrite ou roi D. Jlanoet.
Après les complimeots d'usage.
* Ce que je sollicite de votre bien-
faisance, Monseigneur, est que vous u'oubliiéa pas de m'envoyer la lettre que je vous ai déjà demandée , par laquelle je sois préservé de l'iuvasiou et de 1'bostililé de vos sujets dans l’État de i'Iude el puisse naviguer librement et avec toute sécurité en nu mien navire sans que persouue me violeule ou me fasse aucuu dommage. Telle est la faveur que j'implore de vous et grâce à elle je serai élevé parmi les musulmans et vous eu aurai de ia reconnaissance tous les jours et toutes les ouits de ma vie.
s Elle (cette lettre) a été écrite le 25 de rebi de 023 ( 27 mai 13(7 j. •
l") dierif Malionird, qui gouvernait Motambiqur « cette époque, était n lui avec lequel N mco da Ganu fit cottoaiuaotv et amitié lorv de ton teennd voyage dana l'Itirlr, en |{0?
comme avaient fait jusqu’alors les Arabes leurs prédécesseurs. L’autorité suprême des vice-rois ou gouverneurs de l’Inde s’exerçait, dans les possessions d'Afrique, par l'intermédiaire d’officiers dont le grade était en rapport avec l’étendue des circonscriptions placées sous leurs ordres. Celles-ci subirent des changements à mesure que se modifiaient les convenances politiques ou administratives qui les avaient limitées; mais voici à peu près ce qu’elles étaient en 1655, époque à laquelle Barreto de Rezende, secrétaire du vice-roi comte de Linhares, écrivit, sur les colonies portugaises de l'Inde et de l’Afrique orientale, le traité dans lequel nous avons puisé la plupart des détails qui suivent (1).
Il existait deux circonscriptions principales, celle de Mozambique et celle de Mombase.
La première, et la plus considérable, comprenait les districts de Snfala, de Mozambique et de ce qu'on appelait Os rios de Couama (2), autrement dit les établissements placés sur les bords du fleuve Zambèze.
L’établissement de Sofala, situé, par 21° de latitude sud, sur une langue de terre de 400 brasses de tour, dont un bras de mer faisait une île à marée haute seulement, consistait en un simple fort carré de peu d étendue, ayant un bastion à chaque angle ; quelques cases, habitées par cinq ou six
(1) Ce traité, resté manuscrit et dont un etemplaire se trouve à la bibliothèque nationale, a pour titre : Brève Iralado feito por Pedro Barrelo de Beiende, eecrelario do tenhor ronde de Linkaree vitorrey do Etlado da India. No anno 1635.
(Z) Sur la plus grande des Iles comprises dans le delta du Zambèze ciistait, lors de la conquête, uu village nommé Couama. C'est, dit-on, par suite de cette circonstance que les Portugais ont donné le nom de fiioa de Couama à la région découpée en lies par les nombreuses branches du Oeuve et À ces branches elles-mêmes.
ménages portugais, étaient disséminées autour de cette fortification. Celle-ci ne contenait pas de garnison, et il ne s'y trouvait aucun autre militaire que le capitaine; mais les Portugais qui vivaient sous la protection de ce fort possédaient un certain nombre de Cafres esclaves, dont on pouvait faire, au besoin, des soldats pour le défendre.
Le capitaine de Sofala avait le monopole du commerce sur toute la côte comprise entre ce point et le cap de Bonne-Espérance, où il existait deux comptoirs assez importants, l’un, par 26“ de latitude sud, dans la baie à' Alagoa ou de Lourenço Marques, nom du premier Portugais qui , pour la traite de l’ivoire, alla y établir des relations régulières avec les Cafres; l’autre, celui d’Inhambane, près du cap Corrientes, par 23“ 30' sud. Inhambane fut le premier village notable que reconnurent les Portugais quand ils vinrent aborder à la côte orientale d’Afrique, en 1497 ; il faisait partie d'un royaume nommé, comme sa capitale, Tongue ou Otongue (I).
Quant à l’établissement de Sofala proprement dit , dépourvu d’une ville et n’ayant pour port qu'un petit bras de mer dans lequel ne pouvaient entrer que des bateaux d’un faible tonnage , il n’avait guère d’autre utilité que de servir d’entrepôt pour le commerce de l'or, dont la traite se
(1) Nous n’avons pu découvrir la date de la fondation du comptoir d’Inharahane ; nous savons seulement qu’au milieu du xvi* siècle il était en pleine exploitation. En 1560, le R. P. jésuite Gonçalo da Sylveira parcourut en missionnaire le royaume d’Otongue, et se rendit même dans ta capitale, auprès du roi du pays; son influence y était, dit-on, fort grandi*, l/amiéc précédente, le cousin, d’autres disent le Gis de ce prince, avait été baptisé à Mozambique, ayant pour parrain Dom Sébastien de Sè, capitaine de la forteresse. (Voyex Oriente conquistado . couq. Y, d. h, p. 829 et suiv.)
faisait à (K) lieues environ dans l'intérieur. De ce côté s'étendait, autour de Sofala, un vaste territoire que les commerçants portugais pouvaient parcourir en toute sécurité (1). Le roi de ce pays s'appelait le Quitèvc, comme le pays lui-même. Autrefois sujet de l'empereur du Monomotapa, il avait rendu cette dépendance puremeut nominale en profitant de l'appui qu'il recevait des Portugais, et, désirant se maintenir en paix avec ses dangereux voisins de la côte, il favorisait leur libre circulation dans toute l’étendue de son royaume.
A l'aide de leurs établissements du Zambèze, les Portugais exerçaient leur domination jusqu'au cœur de l'Afrique orientale. Ce beau fleuve leur permettait de transporter facilement à plus de 100 lieues dans les terres les marchandises destinées à la traite. On les expédiait de Mozambique à Quilimanc par mer, en mars ou en octobre. Arrivées à ce dernier point, situe sur la rive gauche du bras de mer appelé rivière de Quilimane, à t lieues au-dessus de son embouchure , elles étaient débarquées et déposées dans des magasins à la garde d'un facteur, pour être transportées, au moment favorable, sur le fleuve, qu'elles remontaient dans des bateaux appropriés à. sa navigation (2).
(1) Les royaumes compris entre le pays ri'Inhambaue ci la barre de Louabo étaient les suivants : au nord d'inbambane, le royaume de Chiranga, ayant pour limite septentrionale la rivière .Saôia ; puis le royaume de .'edenda , qui venait confiner au\ terres de Sofala; ici commençait Je royaume de Quitta», se terminant à une rivière que les Portugais nommaient Tendanculo ; le territoire compris entre celle-ci et la rive droite du Zambèze était regardé comme possession portugaise. Tous ces royaumes faisaient partie de l’empire du Mouomotapa. (Voyez Oriente conquit tado, conq. V, d. u, p. 853.)
(2) Toutes les descriptions qui uous ont etc dounees par les auteurs
I.e fort de Quilimute était situé sur le territoire de Bworo. Aussi peu considérable que celui de Sofala, on l'avait laissé sans artillerie jusqu'en 4653, époque à laquelle une caravelle venue de Portugal avec des mineurs y apporta six pièces de faibles calibres. Dépourvu de garnison, sa défense était conliée aux quelques Portugais établis dans le pays; mais leurs esclaves pouvaient être armés, et à ceux-ci s’adjoignaient, au besoin, un certain nombre de Cafres vassaux du roi de Portugal , habitant les territoires voisins. Quand une guerre devenait imminente, la petite population disséminée autour du fort s'y enfermait et envoyait prévenir le capitaine de Seua ou celui de Mozambique.
Du reste, les relations des Portugais avec les indigènes étaient ordinairement pacifiques , à part quelques rares démêlés qu'ils avaient avec un chef indigène nommé le
portntiii» représentent le Zambèze comme se divisant , il 30 lieues dans l'intérieur, en deux bras qui viconent se jeter dans la mer, à 18 lieuo* de distance l’un de l’autre; celui du sud , qui est le plus considérable, porte le nom de Louabo; celui du nord rst nommé rivière de Quilimane. Cependant, si l’on en croit M. Loarer, qui s’exprime à ce sujet d’une manière très-explicite, cette prétendue rivière de Quilimaue ne serait qu'un bras de mer d’une vingtaine de lieues de profondeur, aboutissant, à Fouest, à un cul-de-sac nommé Boeca do Rio, et séparé du fleuve par une langue de terre de 25 à *26 milles seulement, que les Portugais nomment O Mazaro. Les objets de traite seraient alors transportés, à travers eet isthme, jusqu'aux bateaux qui doivent leur faire rcmoutiT le Zambèze. Selon Xavier Bote I ho, déjà cité, le Zambèze, à certaines époque» de .l’année, c’est-à-dire dans la saison des pluies, communique avec le bras de mer de Quilimane, et cette communication auraiL lieu pendant quatre mois , laps de temps suffisant pour légitimer Te nom de rivière donné au bras de mer eu question. Mais M. Loarer afliruie que cette communication n'existe que pendant quelques jours, à la suite de pluies violentes et par un débordement du fleuve. (Voyez le rapport inauuscril de M. Loarer au ministre de l’agriculture et du commerce.)
Mozoura , souverain du pays compris entre le Samoroco , 40 lieues au- nord de Mozambique et le territoire dépendant de Quilimane. D’après Rezende, ce territoire s’étendait, le long de la cAte, sur une zone de 40 lieues de large, jusqu'à la rivière des Bons-Signes, et , le long du fleuve, jusqu’à Morabone, 5 lieues au-dessus de Quilimane, où se trouvait un cheikh maure ami des Portugais. Au sud de Quilimane, les Portugais possédaient le vaste et fertile territoire enfermé dans le delta du Zambèze (1), et qui n’avait pas moins de 80 lieues de circuit, line partie de ce territoire était occupée par eux ; le reste était entre les mains de chefs indigènes, ayant dans le pays le titre de Foumo (2), vassaux et tributaires de la couronne de Portugal. Malgré la fertilité de ces immenses possessions, la production n’y était pas développée au delà des besoins de leurs habitants; mais elles fournissaient un assez grand nombre d’hommes de guerre, que l'autorité portugaise pouvait, à volonté, appeler aux armes moyennant une faible rétribution en étoffes.
La fidélité de toutes ces populations noires des environs
(1) D'après Rezende, le delta du Zambèze renfermait deux lies, séparées seulement par un bras étroit de la rivière : l'une, appelée Louabo, donnait son uom à la branche du sud, dont elle formait la rive nord; l'autre se nommait Maïndo. Selon l’auteur d 'Oriente cou qui s la do, il j avait trois lies : celle du milieu, qui était de beaucoup la plus grande, prenait le nom de Chingoma ; la seconde, qui était au sud de Quilimane, s'appelait nie de Linde ; la troisième enfin, et la plus petite, était nie de Louabo , près de la barre du même uom.
Xavier Botclho, au contraire, n’en signale qu’une nommée Chingoma.
1,2) Foumo, seigneur. C’est le titre que les indigènes du Sofala donnaient à leurs chefs. 11 parait avoir été adopté sur d'autres poiuts de la cète fort éloignés de Sofala, et il est encore aujourd’hui employé par les Souahhéli de Patta, qui en font précéder le nom de leurs sultans : on en verra des exemples au livre suivant.
de Quilimane était garantie par le besoin qu'elles avaient des Portugais pour se défendre contre des voisins farouches, ceux de Bororo, par exemple, qui étaient adonnés à l'anthropophagie, et dont la cruauté leur inspirait une extrême terreur.
Quoi qu’il en soit, cet état de choses suffisait à protéger les mouvements de la navigation sur le fleuve, et les bateaux pouvaient, sans être inquiétés, remonter jusqu’à Sena et à Tete, et en redescendre avec leur riche cargaison.
Sena était une ville assez florissante, élevée aur la rive droite du fleuve, à 30 lieues de son embouchure et sur le territoire de Botonga. Siège du gouvernement central des établissements du Zambèze, un capitaine, à la nomination du gouverneur de Mozambique, y exerçait l'autorité. Il avait sous sa juridiction tous les postes portugais compris entre la barre de Louabo et la rivière nommée Àrvegna, dont le cours passe à 50 lieues au-dessus de Sena, et au delà de laquelle commençaient les dépendances de Tete.
Aucun fort ne défendait la ville de Sena ; elle en avait eu un autrefois, armé de huit fauconneaux, mais, tombé en ruines , il ne fut jamais restauré. I.e gouverneur de Mozambique entretenait à Sena un facteur, qui en occupait la principale maison. La population se composait d’une trentaine de Portugais mariés, tous munis de roousqnets et possédant, chacun, de trente à cinquante esclaves susceptibles d’être utilisés comme hommes de guerre.
On comptait quatre églises dans cette petite ville : parmi les indigènes sujets du Portugal se trouvaient , il est vrai , un certain nombre de gens baptisés qni grossissait celui
des fidèles ; mais, comme le fait observer Revende , ils o c • taient chrétiens que de nom.
Le capitaine de Sens remplissait les fonctions de juge ; toutefois on appelait de ses arrêts à l'ouvidor de Mozambique.
Les Portugais prétendaient être maîtres de tout le terri toire qui s'étend du fond de la rivière de Quilimane {bocea do rio) jusqu’à plus de 120 lieues en amont, et ayant en largeur un espace s’avançant jusqu'à 30 et 40 lieues dans le sud du fleuve. Au reste, qu'elle fût illusoire ou réelle, cette souveraineté ne rapportait pas de grands bénéfices, d'abord parce que les bras manquaient pour la culture, en suite parce que les Cafres qui habitaient ces régions, ayant souvent guerroyé contre leurs nouveaux maîtres, gardaient un secret ressentiment des nombreux revers que ceux-ci leur avaient fait autrefois essuyer.
Le territoire de Sena confinait au royaume de Baro, dont le chef, nommé le Mackone, était en paix avec les Portugais, et qui leur garantissait, en échange d’une certaiue quantité d'étoffes , la possibilité de voyager librement et avec sécurité à travers ses États. En passant par ce royaume de Baro, on se rendait dans celui de Manica, où se trouvait un fort nommé Chipangoura , qui servait d’asile aux marchands portugais lorsqu’ils parcouraient le pays pour faire la traite, et près duquel était une mine en exploitation. Un autre fortmoinsconsidérable existait encore dans le royaume de Manica; il portait le uom de Matonca.
A 60 lieues en aroout de Sena, et comme elle au sud du fleuve, sur un plateau salubre faisant partie du royaume de Mocranga, était le comptoir de Tete, enceint d’une mu-
raille haute de 1 brasse 1/4, défendue par six bastions armés de fauconneaux. Là rivaient une vingtaine de Portugais mariés, quelques métis et noirs, tous pourvus de mousquets. Le capitaine de Tete était nommé par celui de Mozambique; il remplissait les fonctions dejugedaus les mêmes conditions que celui de Sena : sa juridiction s’étendait depuis la rivière Arvegna jusqu'aux limites des possessions portugaises, lü lieues à peu près au-dessus de Tete. U pouvait, au dire de Rezende, lever dans cette étendue de terre environ huit mille hommes de guerre parmi les Cafres soumis à l'autorité portugaise.
L’établissement de Tete était au centre même de la contrée où existaient les mines , et cette situation lui donnait une importance d'autant plus grande que les objets d’échange étaient amenés jusque sous ses murs par la voie du fleuve , encore navigable bien au-dessus de ce point. IX autres petits forts avaient été construits, par les Portugais, dans diverses localités où les traitants pouvaient avoir besoin de trouver un refuge ou uoe protection : c'était, sur les terres de Botonga, le fort de lUayavao, à 10 lieues de Tete; à 40 lieues de cet établissement , dans le royaume du llooorootapa, le fort de Lonnnze; puis celui d ’Ambératu, celui de Massapa, dont nous avons parlé précédemment; celui de Malafauma, celui de Chiperxvici; enfin un autre, le plus important de tous, daus la résidence même de l'empereur du Monoraotapa. Le gouvernement de Mozambique entretenait dans ce dernier fort trente soldats commandés par un officier, et qui d' ordinaire suivaient l’empereur daos ses guerres.
Les Portugais avaient avec ce monarque des relations le plus souveul amicales. .Nous avons déjà parlé du traité qui
ouvrait toutes les terres de son royaume à leur commerce, moyennant le présent que devait lui envoyer chaque nouveau capitaine-major; la situation des Portugais dans le Monomotapa était ainsi très-avantageuse; ils pouvaient aller trafiquer dans les parties les plus reculées de ce pays, et les Cafres eux-mêmes se faisaient leurs colporteurs, colporteurs d'une fidélité rare, à qui ils confiaient toute espèce de marchandises , sans avoir jamais à craindre qu'on ne leur en rapportât pas la valeur en or, en ivoire et autres objets précieux.
Ce fonctionnaire avait , moyennant une redevance payée au roi de Portugal , le monopole des objets d’échange employés, pour la traite, dans toute l'étendue du district de Rio» de Couama, comme dans celui de Sofala. C'était lai qui, par conséquent, approvisionnait les magasins de dépôt existant à Quilimane, à Sena et à Tete. Lorsque le gouvernement , comme cela arrivait quelquefois, se réservait l'exploitation du commerce de ce district, il concédait au capitaine-major, ainsi qu’aux facteurs, le droit de partiper, dans une certaine proportion, au fret des bateaux employés pour le transport des marchandises.
Le capitaine de Mozambique, nommé par le gouvernement de Lisbonne, ne conservait sa charge qu'un petit nombre d'années. Il résidait sur l'tle, dont les Portugais avaient fait le plus beau, le plus puissant de tous les établissements de l’Afrique orientale. La bonté de son port en avait fait le point de ralliement de tout le commerce de ces parages; aussi était-elle la seule localité de la côte d’Afrique qui eût, en réalité, une ville portugaise, ville déjà fort remarquable en 1655. D'un autre côté, tout ce que l’art des
fortifications offrait de ressources à cette époque avait été employé dans la construction de la citadelle et des forts élevés sur plusieurs points de l’jle, devenue, par suite, le dépêt des munitions et du matériel naval ou de guerre nécessaire soit aux bâtiments de l'État, soit aux garnisons des autres villes de la côte.
il y avait à Mozambique Une administration des affaires ecclésiastiques ne relevant que de la métropole de Goa, et dont l’action s’étendait à tous les lieux de l’Afrique orientale où l’on pratiquait le culte catholique. Les églises et les couvents y étaient nombreux, et il en existait dans toutes les localités importantes de la circonscription. Sur les points de l'empire du Monomotapa où les Portugais occupaient quelques fortins isolés, il se trouvait même de petites chapelles, dans lesquelles un prêtre attendait l'occasion de convertir quelque idolâtre ou d'offrir aux soldats et aux traitants portugais malades les secours de la religion.
Un ouvidor, envoyé de Goa par le vice-roi, rendait la justice; il avôit des pouvoirs très-étendus. On a vu, par l’affaire de Diogo Simoens Madeira, qu’ils étaient presque illimités.
Enfin un administrateur, désigné sous le titre d Escrivao da Faienda de Sua Majetlade « Fetlorxa, surveillait I» intérêts du trésor royal.
Au milieu de tous les avantages dont la nature et l'art avaient doté Mozambique, une chose essentielle lui manquait, c’étaient lesdenrées alimentaires. Exclusivement adonnés au commerce, les Portugais ne s’étaient jamais occupés de la culture des terrains fertiles que leur offraient les environs de Plie même, ni de celle des terrains, bien plus vastes.
qu'ils possédaient dans le delta du Zambèze et tout le long de la rive droite de ce fleuve. Aussi les habitants de cette importante place de guerre et de commerce étaient-ils obligés de s’approvisionner à Madagascar, à Pemba, à Zanzibar et sur quelques pointa de la côte compris entre le cap Deigado et Mombase.
Pour terminer ce qui a trait à la circonscription de Mozambique, il nous reste à parler des Iles d'Angoxo et de Querimba, qui en étaient dépendantes.
L'ile d'Angoxo, la plus grande du premier groupe et qui lui a donné son nom , est située à 30 lieues dans le sud de Mozambique, devant l'embouchure d’une rivière, où eiie 9’ enfonce d'à peu près la moitié de sa longueur, y formant ainsi deuz canaux assez profonds. Elle était peuplée de Maures et de noirs, esclaves, ou nombre d'environ quinze cents; le chef de l'Me se considérait comme vassal du roi de Portugal. Le capitaine de Mozambique y entretenait un facteur chargé de trafiquer avec les indigènes de la terre ferme. Pendant longtemps un prêtre y avait résidé; mais, en l'année 1627, les Maures ayant assassiné celui qui s'y trouvait, il ne fut pas remplacé.
Les autres lies du groupe , situées dans le sud-est de la précédente, étaient toutes inhabitées.
Les lies Querimba forment une chaîne d'ilots très-voisins de la terre ferme, commençant à nue soixantaine de lieues de Mozambique et s’étendant le long de la côte jusqu'au cap Delgado. Ces îles avaient peu d'importanceà l’époque où Rezende en fit la description dans son traité; elles étaient la propriété de quelques colons portugais, qui payaient , chaque année, au capitaine de Mozambique une faible redevance en millet.
Matemo , la plus grande de ces lies (elle a 7 lieues de circuit), produisait, outre cette céréale, quelques autres plantes vivrières; les cocotiers y abondaient, et on y élevait beaucoup de petit bétail.
Les autres lies étaient, pour la plupart, inhabitées, sans étendue notable, dépourvues d’eau douce et de culture, n'ayant même qu’une végétation è peine .suffisante pour nourrir quelques chèvres : il nous parait donc inutile de reproduire la description détaillée qu’en a donnée Retende, et nous nous bornerons à extraire de celle-ci les particularités caractérisant leur sujétion k l’autorité portugaise.
A Querimba, celle des îles dont le groupe porte le nom, se trouvait une église desservie par un vicaire appartenant à l’ordre de Saint-Dominique, et où les colons des autres lies étaient obligés d’aller entendre le service divin aux quatre principales fêtes de l’année. Sur O Ibo et Maiacoe, toutes deux assez voisines du continent pour faire craindre à leurs habitants quelque attaque de ce cêté , on avait élevé des maisons en pierre armées de fauconneaux et décorées par les Portugais du nom de forts. En résumé, la possession des Querimba était, au point de vue politique et militaire, sans utilité pour le gouvernement portugais; on ne s’y procurait d'autre article de commerce qu; un peu d’ambre jeté par la mer sur le rivage sablonneux de ces îles.
A partir du cap Delgado commençait la seconde circonscription dont nous avons parlé; Mombase en était le cheflieu, et il y résidait un capitaine-major, dont la juridiction s’exerçait depuis le cap susnommé jusqu'au cap Guardafui.
La soumission des villes situées au nord de Patta, telles que Braoua , Meurka , Moguedcbou, etc., était, il est vrai ,
bien problématique; mais, jiar suite des dispositions prises, ces localités portaient , comme toutes les autres, le poids de la domination portugaise. Chaque année , le capitaine de Mombase devait envoyer un navire avec vingt-cinq soldats parcourir les îles et la côte jusqu’à Cuardafui , pour faire acte de souveraineté ; sa mission principale consistait à forcer les bateaux qui , de Diou, Daman, Baçaïm et Chaut, venaient aborder à la côte d'Afrique avec des vivres et des étoffes, d’aller à Mombase, où une douane avait é$ établie pour percevoir des droits sur tous ceux qui trafiquaient dans l’étendue de la circonscription. •
La forteresse de Mombase était , après celle du Mozambique, la plus considérable, disons mieux, la seule-digne de ce nom dans les établissements de l’Afrique portugaise. Elle contenait une garnison de cent soldats environ , commandés par un capitaine sous l’autorité supérieure du capitaine-major.
Il existait, en outre, de l’autre côté de file, en face de la passe de M’Koupa, trois fortins destinés à empêcher les Mozoungalos (1), peuplade cafre qui occupait la zone de la terre ferme environnant Mombase, de s’introduire dans l’ile en passant le gué; toutefois un certain nombre de ces maraudeurs parvenaient, dans les nuits obscures, à le franchir, malgré cet obstacle.
Les Mozoungalos étaient la terreur des gens de Mombase :
(1) Ce nom, qui Cgure aussi dans l'inscription gravée au-dessus de la porte de la citadelle, n’apparlirul aujourd’hui à aucune peuplade des environs de Mombase. Nous u’eu saurions dire la siguificatiou propre ; mais peut-être elait-ce celui par lequel les habi.auU de Pile et les Portugais désignaient alors les Oua-Nika , qui, dès cette époque, devaient occuper la partie du littoral où Bezeude place les Mozoungalos.
Rezende fait un tableau sinistre du penchant de ces Cafres au vol et au meurtre et de l'effet terrible de leurs flèches empoisonnées. La crainte de les voir envahir l’ile avait toujours été telle, qu’on ne se contentait pas seulement d’y faire bonne garde et de surveiller les mouvements de leurs embarcations : le sultan de Mombase, dont ils acceptaient l'autorité, avait soin, en outre, de se concilier leurs chefe et de les intéresser au maintien de la pais en leur payant une sorte de redevance en étoffes. Depuis la disparition de Youceuf, le roi de Portugal ayant hérité de tous les droits de souveraineté dont jouissait , avant sa révolte, le sultan infidèle, les Mozoungalos se disaient vassaux des Portugais; mais ils n’en exigeaient pas moins de ceux-ci le tribut accoutumé, dont l'acquittement ne garantissait pas néanmoins au tributaire une tranquillité parfaite.
’ Quelque peu solides que fussent les relations des Portugais avec cette peuplade, ils en obtenaient, moyennant échange, de grandes quantités de grains, et s’ appropriaient de la même façon tout l’ambre ramassé sur les côtes voisines, substance dont la vente donnait lieu à de grands bénéfices pour le trésor royal. La douane de Mombase procurait également au trésor un revenu considérable, uit peu diminué, toutefois, depuis l'attentat de Youceuf.
Les localités comprises dans la capitainerie de Mombase étaient les suivantes :
1° L'île de Palta. On y trouvait, outre la ville du même nom, celle d'Ampaza et celle de Sihoui. Les cheikhs de ces trois villes étaient Arabes ou de race arabe ; ils se reconnaissaient vassaux du roi de Portugal et lui payaient tribut. Celui de Patla, qui prenait le titre de sultan, était de beau- 1. 30
coup le plus puissant des trois, et ses prédécesseurs avaient plusieurs fois cornais, i l'égard des Portugais , des actes d'insubordination . Le cheikh qui rirait à l’époque où écrirait Rezeode était soumis et fidèle ; néanmoins il n arait jamais roula consentir à laisser construire une église sur son territoire. Le rico-roi comte de Linhares y arait établi une douane qui serrait de succursale à celle de Mombase ; les bateaux *’T rendaient pour acquitter les droits, lorsque la mousson ou quelque autre circonstance ne leur permettait pat d aller jusqu'à Mombase. Le capitaine de Mozambique entretenait à Patta ub facteur chargé des intérêts de son commerce.
A Aropaza, il y arait une église dessertie par un ticaire appartenant à l’ordre de Saint-Augustin.
Les trois tilles de Plie Patta comptaient un assez grand nombre de soldats maures ; leurs habitants possédaient , tant snr Plie que sur la côte environnante, de grandes plantations de cocotiers ; ils y cultivaient , en outre, beaucoup de millet et d'autres substances alimentaires. Cette île et ses dépendances contenaient une nombreuse population.
2* L'iis de Làmou. Elle était, comme la précédente, peuplée d’Arabes et de Maures, et son cheikh payait tribut.
)• Mtlxnde et ton territoire. Cette localité ne rapportait rien aux Portugais. Il fallait même que ceux-ci envoyassent, tous les ans , au cheikh de la tille une certaine quantité de fer et de pièces de toile, destinée à être distribuée aux Caftes euacegueyos qui infestaient le voisinage ; à ce prix seulement, la tille se mettait à l’abri de leurs agressions.
4> L'Ue de Pemba et le* UoU adjacmU. Cette lie, reroar-
quable par sa fertilité, était alors fort peuplée. Rczende assure qu’eHe pouvait mettre cinq mille hommes sous les armes ; elle contenait quatorze villages. La population te composait de Maures et de Cafres, que le» premiers y attiraient pour les employer à l'agriculture. Quoique les excès commis par les colons portugais qui l'avaient habitée autrefois les eu eussent fait expulser, l’embu n'en était pas moins restée soumise à une redevance annuelle de 600 maeauda* de riz. Cette denrée y était très abondante et de meilleure qualité que dans l’Inde. Elle produisait aussi d'excellent sésame, beaucoup de légumes et de fruits, du beurre, enfin une quantité considérable de gros bétail et des porcs à l'état sauvage, provenant de ceux que les anciens résidents portugais y avaient laissés. Les plantations de cocotiers étaient nombreuses sur la grande île et même sur les Ilots ; on pouvait tirer de la première de beaux bois de construction. Aussi Pembo fournissait-elle à Mozambique et à Mombase la plus grande partie de leurs approvisionnements.
Pour échapper aux tracasseries et aux inquiétudes que causait à la garnison de Mombase le voisinage des Mozoungalos, le gouvernement portugais avait eu, pendant quelque temps, le projet de faire évacuer celte forteresse et d’établir le siège de la capitainerie à Pemba ; mais il y avait renoncé, à cause de l'insalubrité de l'ile et parce qu’ou ne croyait aucun de ses ports susceptible de contenir de grands navires. • '
5° L'tle de Zanzibar. Au temps de Rezende, elle avait cessé d’être vassale et tributaire; mais son cheikh ou sultan conservait les meilleures dispositions pour les Portugais. Ceux-ci avaient beaucoup de leurs compatriotes établis sur
nie arec leurs familles et faisant valoir leurs plantations dans une complète sécurité. Il s’y trouvait une église desservie par un frère de l'ordre de Saint-Augustin, et le culte catholique y était activement protégé par le cheikh.
Zanzibar, non moins fertile et verdoyante que Pemba, pouvait fournir d’excellents bois pour la construction des navires de toutes sortes , et le cheikh n’en refusait jamais aux Portugais.
Le capitaine de Mozambique avait, à Zanzibar comme à Patta, un facteur chargé de faire des ventes et des achats pour le compte de ce fonctionnaire.
6° L’ile de Mafiia. Bien que les habitants fussent sujets du sultan de Kiloua (1); le capitaine de Mozambique n'en avait pas moins un facteur sur l’tle de Mafiia. Il y existait aussi , près du bord de la mer du côté de l'est, un petit fort qui' recevait, en temps de guerre, douze soldats portugais fournis par la garnison de Mombase. Ce fort n’était , au reste, qu’une maison bâtie de pierres et de chaux , n’ayant pour toute arme défensive que les mousquets portés par les soldats.
On élevait à Mafiia beaucoup de gros bétail , dont la chair n’était pas bonne, mais qui donnait du beurre en abondance Le capitaine de Mombase s’y procurait, en échange d'étoffes, beaucoup de résine (2), dont il devait fournir chaque année une certaine quantité au gouvernement.
(1) Nous avons vainement cherché, dans le traité de Retende, quelque mention de Kiloua autre que celle qui en est faite à propos de Me de Mafiia. Le silence gardé par l'auteur relativement è une ville autrefois si importante est dautaut plus étonnant qu’il semblerait indiquer la cessation de tout rapport entre les Portugais et le chef de cette localité.
(2) 11 est probablement question ici de la résine copal , qu’on trouve an grande abondance sur toute la côte.
Enfin auprès de l’ile Maffia se trouvaient trois Ilots nommés Auxoly, Coa et Zibondo (I), le premier ayant une 1/S lieue de tour et les deux autres 3 lieues. Ils étaient peuplés de Maures, pour toute redevance, ayant la charge de nourrir les Portugais qui abordaient chez eux , pendant la première journée de leur séjour.
En résumé, presque tous les points dont nous venons de parler contribuaient , pour une forte part , à l'approvisionnement de Mozambique, en y envoyant du millet, du riz et du bétail : c’était la plus sérieuse des raisons qui faisaient considérer aux Portugais comme d'une nécessité urgente le maintien de leur domination sur cette partie de la côte.
Au point de vue commercial , les principaux articles fournis par la circonscription de Mombase étaient l’ivoire, l'ambre, la civette et les esclaves qu’on exportait dans l’Inde. En échange de ces objets, Mombase recevait du même pays des étoffes , que les Cafres et les Maures appréciaient pardessus tout; puis du fer et du riz; car, à part Elle Pemba et les bords de l’Oufidji, on ne cultivait sur toute la côte que du millet, dont les indigènes font leur principale nourriture.
Les établissements de l’Afrique orientale rapportaient à leur métropole d'assez grandes richesses, môme en faisant la part des exagérations portugaises. Outre les tributs et le produit des douanes, le trésor royal percevait de brillants
(1) Il s'agit ici des Ilots situés dans le nord-ouest de Mafiia. Nous croyons les noms donnés par Bezende entachés d'erreur ; nous n'y retrouvons pas, par exemple, celui de Coualey, que porte aujourd’hui l’un d'eui, le plus intéressant comme escale de commercé pour les bateaux, ni celui de kouma, qui en désigne un autre.
revenus, provenant soit des monopoles que le gouvernement se réservait, soit de leurs fermages quand il n'en dirigeait pas lui-même l’exploitation. Ces fermages étaient ordinairement donnés à bail aux c ipitaines-gouverneurs , à charge, par eux, de subvenir aux dépenses publiques de leur district et de servir une rente au trésor.
Mois le gouvernement de Lisbonne ne réalisait tous ces bénéfices qu'à la condition de fermer les yeux sur les exactions, les violences et les concussions de ses agents, qui, afin d’amasser une rapide fortune pendant leurs courtes fonctions, pressuraient les populations, les trompaient, les spoliaient souvent, et les désaffectionnaient à jamais', de sorte qu'en moins d'un demi-siècle, avec l'or dont il regorgeait, le Portugal avait recueilli de sa conquête deux fruits bien amers : la corruptiou irrémédiable des conquérants et la haine inextinguible des peuples conquis.
Les historiens portugais ont systématiquement attribué la décadence de leur empire d'Orient à l’avénemenl de la maison d’Kspague au trône de Portugal. Durant la période d’annexion, la politique de l’Escurial suscita, en effet, à ce peuple des ennemis qu'il n'aurait peut-être pas eus sous un gouvernement indépendant. Mais est-il supposable que la Hollande et l’Angleterre, qui, cherchant à étendre leur commerce et à fonder des colonies, s'étaient déjà frayé une route vers l’Inde, n'eussent pas, quoique restées en paix avec le Portugal, saisi ou fait naître, un jour ou l'autre, l'occasion de prendre leur part du splendide festin ? Et du reste, bien avant l’annexion , le caractère des conquérants de l'Inde avait commencé à se dégrader, et l'our» sacra famés, l’ardente suif de l'or, s'était emparé de leur coeur;
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bien avant cette époque, leur orgueil et leur cruauté avaieut mis la rage et le désespoir dans l’âme des peuples conquis. Nous l'avous dit en d’autres termes, toute hypothèse qui lait résulter les grands événements de causes accidentelles est menteuse et inféconde l'histoire ainsi interprétée serait sans autorité morale et n’aurait plus d’enseignements utiles pour la postérité. Nous ne saurions nous placer à un tel point de vue, et notre conviction est que, sous la maison de Bragance comme sons les descendants de Charles-Quiut , l’empire portugais devait, par les raisons que nous avons énumérées, s'écrouler fatalement et donner, une fois de plus, à l’histoire sujet de flétrir toute conquête égoïste et brutale, c'est-à-dire n’ayant pas pour excuse l'amélioration du sort des vaincus.
Toutefois, après avoir repoussé ce qu'il y a d’absolu dans l’opinion des historiens portugais, nous reconnaissons que le passage d'une dynastie étrangère sur le trône d’Emmanuel dut contribuer à ébranler l’empire que ce grand roi avait fondé en Orient, et hâta probablement sa chute : si bien qu’en 1640, lorsque le duc de Bragance, Jean IV, rétablit l’indépendance du royaume de Portugal, il était trop tard pour que cet événement influât d’une manière notable sur les destinées des possessions portugaises de l'Inde. Déjà l’Angleterre et la Hollande y avaient fait de larges brèches, et les guerres que la métropole eut à soutenir en Europe pour assurer son indépendance reconquise ne permirent pas d'envoyer, dans les colonies, des forces proportionnées aux exigences de leur situation. Quant aux établissements de la côte d’Afrique, les conséquences funestes de la perte d’Hormoux allaient bientôt se faire sentir pour eux; car sur les ruines de
la domination portugaise, dans le golfe Persique, grandissait la paissance des imams d’Omln , à qui l’indomptable Mombase devait on jour demander, pour soutenir sa lutte contre l’oppression , un appui aussi utile à sa cause que périlleux pour ses dominateurs.
Cette intervention de l'Omin dans les affaires de l’Afrique orientale et les événements politiques qui en résultèrent seront le sujet du livre suivant. Nous entrerons en matière par quelques recherches géographiques et historiques sur les origines et le développement de cette nationalité, dont le représentant actuel est le prince connu, en Europe, sous le nom d'imam ou Sultan de Mascate.