LIVRE V
période oni\n:v*K.
Lm Arabes d’Oroto substituent leur domination A celle des Portugais sur la cite comprise entre les caps Delgado et Guardafui.
Le pays d’Omâ» est cette partie uord-est de l'A.rabie dont le littoral , baigné par les eaux de l’océan Indien, est compris entre l’île Mocira et le cap M’cendem. On peut lui assigner des limites différentes du côté de l’intérieur, selon qu’on envisage la contrée sous les divers rapports de la géologie, de l'ethnologie ou de la politique. A ce dernier point de vue, et c'est celui sous lequel nous avons à nous en occuper plus spécialement, ces limites paraissent avoir varié sous l'influence des événements politiques et religieux qui s’y sont produits depuis l’époque de l’établissement en ce pays des Arabes de la tribu d'Âzd , jusqu’à celle où nous sommes arrivé à la fin du livre précédent. Au reste, nous ne prétendons pas écrire ici l'histoire de l’Omân; notre tâche doit se borner à signaler l'origine et à esquisser à grands traits le développement de cette puissance nouvelle, en face de laquelle les Portugais se trouvèrent à l'époque de leur décadence, et qui contribua à faire cesser leur do-
mination dans une partie de la cAte orientale d'Afrique.
Les plus anciennes notions qu'on possède sur ce pays sont dues à Pline le naturaliste; elles ne présentent qu'une description succincte des principaux points du littoral, et, si les indications que l'auteur donne relativement à certaines localités permettent de rapporter celles-ci à des points connus depuis sous d'autres noms (1), il ne s'y trouve, du moins, aucun détail ayant trait au sujet historique que nous avons à élucider.
La géographie de Ptolémée et le Périple de la mer Erythrée sont encore moins explicites (2), et les historiens des
(1) Voyez Uutorical geography in Arabia, par le révérend Charles Forster, vol. II, section iv, page 227 et suivantes.
(2) Tout ce que nous pouvons tirer de ces deui documents, c'est qu'à l’époque où ils furent écrits le nom d'Omàn (*) était déjà appliqué à la partie orieulalo de l'Arabie Heureuse, et que plusieurs points de son littoral étaieut fréquentés par les navigateurs gréco-égyptiens. Il parait même que les Romains y auraient eu des etablissements : ou pourrait, entre autres faits a l'appui de celte opiuiou, rappeler qu’en 1601, les Portugais trouvèrent enterrées, dans la citadelle de Sohhar, des monnaies frappées sous le règne de Tibère, en quantité telle ( dit récrivaiu qui rapporte le fait), qu’on no pouvait douter qu’il o‘y eût existé une colonie de Romains (**}.
Quant aux assimilatious qui out été proposées par certains commentateurs entre les points mentionnés dans Ptolémée et le Périple, et diverses JocaliU-s connues aujourd’hui, telles que Keulhit, Mascato, Sohhar, elles nous paraissent complètement arbitraires, et quelquefois même en désaccord avec les indications positives des deux auteurs grecs. Au surplus, il u’entre pas dans le plan de ce livre d’établir uur discussion à ce sujet , puisque uous ue uous occupons de l'Omiu qu’eu ce qui rattache politiquement ce pays à la côte orientale d'Afrique.
(*} Dan* une chronique arabe computer par le t hriklt Abou-SoUimao-Mohhammad-ban-Amir Wn-fUchitl cL.Maooli , et dont le arnimil w trouvait à Zaatihar, noo* avon* la que te nuta <1 Omis riait pr.tuitivcamt celui d uur «aller tance *Un» Ir p*j» dont il t'agit, et que lu Pereant l'avaient munir appliqué au part tout entier.
(“) Voye* le paragraphe relatif a Sohhar dan» le traité d« Barrelo de Krx< iilt, rajoutent por luf,ai» déjà cite.
premiers siècles de notre ère ne nous apprennent rien de l’Omân, si ce n’est la prospérité commerciale de la ville de Sohhar, qui en était alors le marché le plus important et qui servait de point de relâche aux bâtiments naviguant dans le golfe. Il faut arriver aux écrits des géographes et des chroniqueurs arabes pour avoir quelques renseignements sur l'ethnologie et l’état politique de ce pays. ^ D’après les chroniques arabes, la population de l’Omân, d’abord composée de tribus descendantes d'Adnan , descendant lui-mème d’Ismaël, se recruta, plus tard, d’Arabes de la tribu d'Azd, issue de kahtan ou Jeclan, quand l’annonce de la rupture prochaine de la digue de Mareb porta les habitants de ce pays à émigrer en diverses parties de l'Arabie, pour échapper au danger dont ils se croyaient menacés. A l’arrivée des Azdites, l'Omân était sous la dépendance du roi des Perses et gouverné, an nom de ce souverain, par un satrape qui refusa aux émigrés la permission de s'y établir. Malek-ben-Fehm (ou Fahm), qui les conduisait, attaqué par l’armée de ce gouverneur, la défit et parvint à affermir son autorité dans le pays, après en avoir expulsé les troupes persanes qui le gardaient. Il y accueillit ensuite d'autres tribus arabes, et il parait môme que quelques populations d'origine persane continuèrent d'y résider sous la domination des Azdites, ou qu'elles y fondèrent, plus tard, de nouveaux établissements (1).
(1) Ou Ut, dtui» i lliiiotre des rois de Perte, par Nibki-beu-tlassoud (manuscrit persan, u* Cl), que « Schabour, fila de Nanti, à la suite de si victoire sur les Arabes , assigna la province de Itabhrin et le Teama pour rcbideuce aux enfants do Taleb, et ordonna aux tribus de Kaïs et de Tbémim de s'clabür sur 1rs cdtes d’Oniàn et de YVmrn . et de s'y
Le règne des descendants de Malek-ben-Fehm ne fui pas d’aussi longue duree dans l'Omân que dans l'Irak; peu de temps après sa mort , le gouvernement échut à la famille d'El-Djelindi, Gis d'El-Moustenir, à. laquelle les Sassanides, devenus maîtres de la Perse, imposèrent une sorte de vassalité. Geui-ci entretenaient sur le littoral quatre mille cavaliers et uii gouverneur, pendant que les montagnes et les plaines de l'intérieur étaient au pouvoir des Azdites. Cet état de choses dura jusqu'à l’adhésion des habitants de l’Omân à l'islamisme, c’est-à-dire jusqu’au! premières années de l'hégire (t).
transporter avec leurs bagages et leurs troupeaut. » (Voyez la Notice de M. de Sacy, au tome 11 des notices et extraits des manuscrits de ta bibliothèque du rai. )
(1) Les détails que nous donnons ici relativement a la situation politique de l'Omân depuis l'immigration des Aidites jusqu'à l'hégire sont eitraits du Kilab- Ansab-el-Arab t livre des généalogies des Arabes), folio 412 à 43S, manuscrit dont l'auteur est le savant cheikh Selma-ben- Moslcm-el-Aolabi-cs-Sohhari (de Sohhar), qui a écrit aussi un livre intitulé El-Zia (la lumière). Nous nous sommes procuré un etemplairc de ce manuscrit à Zanzibar; M. Kazimirsky de Biberstein a bien voulu nous en faire l’analyse et nous donner en même temps la traduction de certains fragments de cet ouvrage qui se rapportent au sujet que nous traitons. Comme ce manuscrit ne se trouve pas dans la collection de la bibliothèque nationale et que nous le croyons fort rare, nous insérons ici un résumé sommaire de ce qui a trait à cette phase de l'histoire de l’Obiân.
- Dispersion des Aidites lors de l'inondation des digues (') (folio 412). — Ils se rendirent d’abord à la Mekke, où les uns restèrent, tandis que les autres allèrent dans l’Omân. (> pays n’a été appelé ainsi que depuis qu'une partie d'émigrants azdites s'y furent établis; ils lui donnèrent ce nom en souvenir des localités appelées Omân dans le Mareb, qu'ils avaient quittées lors de l'inondation des digues (folio 413). — Ma-
(*) L’opaque <it U raptur* du* digue» r*t rapportée pur M. No«I Drivr^ri uui éaratern aaaùwdu i«» nrcle dr noire ère sa im pruimèrua taiaa du ••tond.
Diqitized bv Googjc
Plus tard, à la suite de la scission opérée dans te khalifat par l’usurpation de Moawiah au préjudice d’Ali, quelques anciens partisans de ce dernier, mécontents de la faiblesse qu'il avait montrée en cette circonstance, abandonnèrent sa cause. Ne voulant pas, néanmoins, reconnaître le khalife choisi par leurs adversaires, qu’ils regardaient comme re-
lek-ben-Fehm se rendit dans l'OraAn avec une partie de la tribu de Kodaa; ils y trouvèrent les Perses obéissant alors k Dara (Darius), fils de Dara, fils de Behmen, fils d’Isfeudiar. Un satrape gouvernait le pays au nom du roi de Perse. Malek-beu-Fehm lui euvoya des messagers pour lui demander la permission de s’établir dans une partie de 1*0mâti; en attendant la réponse, il campa à EIdjouf-el-Feledj, lieu nommé depuis ELFeledj ou Feledj-hlalek. Le satrape résidait h Sohhar. Après avoir refusé d’accueillir les Azdites, il se prépara à les repousser; il marcha contre eut h la tète de trente à quarante mille cavaliers : il avait des éléphants daus son camp. Après quatre jours de combats acharnés, les Perses se retirèrent à Sohhar, et offrirent la paix aux Azdites, à condition que ceux-ci occuperaient les plaines, et les Perses Sohhar, ses environs et le littoral. Un armistice fut conclu ; le satrape en profita pour demauder des secours au roi de Perse. Les renforts étant arrivés, les Azdites furent attaqués à ('improviste. Malek se prépara aussitôt À la guerre , combattit les Perses et les chassa de l’Omân ( folio 425 ). Ici l'auteur cite divers pocmes arabes sur la conquête de •
l'Omàn par les Azdites. Malek-beu-Fehm s'établit dans ce pays, et accueillit d'autres tribus arabes > folio 430). Malek-ben-Fehm fut tué par son fils Sélima ; alor> celui-ci s’expatria et se rendit dans le Fars et dans le Kerman. Les fils de Malek étaient Hénat, Maan, Sélima; — Djodhaïma, régnant à Dira; — Tbaiaba, régnant À Tenoukh; — enfin Fecahid.
■ Sélima conquit le Kerman (folio 433 et suivants ). Son frère Hénat l’assista dans son entreprise en lui envoyant trois mille cavaliers azdites. Sélima avait dix fils : après sa mort, la discorde éclata entre ses enfants. Les Persans du Kerman et du Fars en profitèrent pour mettre fin à la domination des Arabes. Les Azdites se répandirent daus le Kerman, le Fars i folio 438 \ et les Iles du Fars; une partie des Azdites se rendit dans les montagnes d’Omân. On compte parmi les descendants de Sélima les Arabes qui habitant les montagnes de Kafes daus le Kerman, les habitants d'El-Kerd, les Benou-Bélal , la famille (TEl-Djelendi, fils de Kerker. Ce dernier est le grand-père d'Es-Saffah. Parmi les des-
belle» et coupables envers Dieu, ils se séparèrent également du parti de Moawiah, et formèrent une secte à laquelle on donna le nom de Khouaridj ou Khouaredjites (ceux qui sortent de la vraie voie).
Le premier soin des sectaires avait été de se donner un chef de leur choix, se fondant sur ce qu’Ali avait perdu son
tendants de St lima, ou compta encore les rois qui ont régné il Heru jusqu'à ce jour. Il y a beaucoup dr descendants de Sélima dans le Fars et dans le Kermati, tandis qu'il y ru a fort peu dans l'Ouiiu folio 43S).
■ Les Bruou-Samit, descendants de Sélima, habitent an grand nombre les montagnes de Maugal ( folio 439). On reprend , folio 448, le récit de Fbistoirc (te l'OrnAu. Depuis que Alalck-bcu-Fabm s'empara de l'UmAu, ce pays ue retourna plus sous la donuuatiou des l’erses. Après lui , le royaume de l'OmAu échut A la famille d'El-Djelendi , lils d'El-Mousleuir. Le Fars passa sous la domiuatiou des Sassanidcs ; entre ceux-ci et la famille d'El-Djeleudi , il y eut trêve dans l'Ouitn ; mais il y avait , daus ce pays, pendaut la trêve, quatre mille cavaliers perses avec leurs chefs et leur gouverneur, et, taudis que le littoral appartenait aux Perses, les montagnes et les plaines étaient au pouvoir des Axdiles, et même, lorsqu* le roi de Perse voulait exiler quelqu'un de sou royaume, il l'envoyait daus l'Oman. Ceci dura jusqu'à 1a propagation de l'islam daus l’Oiniu A ce sujet, l'auteur cite une lettre de Mahomet adressée a Djeifer-el- Abd, bis d'El-Djcleudi (folio 430). »
U ne noua a point échappé que 1a versiou de l’auteur du Kilab-dnsabcl-Arab , relativement au rôle qu’elle prête à Malek-beu-Fehm, est en désaccord avec 1a version de Nassoudi, ainsi qu'avec l'opiuiou de nos auteurs moderues, sur ce même .Malek, cousidéré par eux comme le fondateur du royaume de Dira. Mais, ces derniers auteurs confessant que les débuts de celle monarchie ont laisse bien peu de Irates dans Us traditions parvenues jusqu'il emr, uous avous cru devoir oc pas dédaiguer une indication nouvelle, surtout quand celle-ci était présentée par un habitant de l'OmAn, mieux à portée, par cela même, que Massoudi et autres auteurs arabes de recueillir les Iradilious de sou pays, d'ailleurs fort négligé daos les ouvrages anciens qui traitent de l'Arabie.
Les hommes compétents jugeront du crédit qu'il faut donner aux assertions de notre auteur.
droit à cet office en permettant que la contestation suscitée par la révolte de Moawiah fût décidée par le jugement des hommes au lieu de l'être par celui de Dieu ou de l’imam, son représentant. Ils s'étaient réunis alors aux environs de Koufa, et, en excitant autour d'eux la défection, ils travaillaient à miner le pouvoir qu'Ali conservait encore dans la Mésopotamie et la Perse ; mais, attaqués par ce khalife à la tête d’un corps de troupes considérable, ils furent mis en déroute à Nharouan, sur les bords du Tigre. Du petit nombre de ceux qui échappèrent à cette défaite , deux allèrent chercher un refuge dans l'Omân.
Les principes des Khouaridj, dont l'esprit était tout à fait en harmonie avec le caractère indépendant des Arabes, furent facilement acceptés par les habitants de l'Omân, et le schisme s’organisa sans entraves et se maintint paisiblement jusqu'au khalifat d'Abd-el-Melik (1). Sous le règne de ce prince, le fameux Hhadjadj, devenu gouverneur de l'Irak, envoya des forces en Omân pour y faire reconnaître l’autorité du khalife : deux frères, Seliman et Saïd, de la descendance de Djelendi, y exerçaient alors le pouvoir. Ils battirent, dans toutes les rencontres, les troupes d’Hhadjadj, qui se vit contraint de demander des renforts au khalife. Une armée nombreuse lui ayant été envoyée, il finit, grâce à ce secours, par triompher de ses adversaires, et força Seliman et Saïd de s'expatrier avec leurs familles. Dès ce moment , le gouverneur de l’Irak eut sous sa dépendance le paya conquis et en nomma le chef. Quelques années après, le khalife So-
it) Les détails qui suivent sont extraits de ta chronique du cheikh
Abou-Soteimau-Mohbanimrd, déjà citée à la note 2 de la page 474.
liman-ben-Abd-el-Melik rendit au* habitants le droit d'élire leur souverain ; toutefois un délégué du gouverneur de l’Irak continua d'y résider, dans le but de surveiller la gestion du souverain élu : il en fut ainsi jusqu'au khalifat d’Aboul- Abbas-es-Saffah.
A cette époque, de grands désordres se produisirent en Omin; d'abord des sectaires, désignés sous le nom d’Ibadhi (1), attaquèrent le représentant du khalife, le défirent et lui substituèrent un des leurs , nommé Djelen’di-ben-Meçaoud , qui fut tué, deux ans après, à la suite d'une invasion de l’Omân par les Djebaber (2), et la guerre désola le pays jusqu’à l'avénemenl de l’imam
(I) Il t'agit ici des partisans de l'hérésie prêches par Abdallah-beulbadhi.de la famille de Sarih, issue de Temim. Le Hhadji-Khalfan dit, dans son l>jthan-.\uma , que ce fut sous le règne de Merwan, dernier khalife des Onuniades, c'est-à-dire entre l'an 127 et l’an 132 de l’hégire (714 et 749 de J. C.), que cet Abdallah parut, et qu'il fnt vaincu et mis à mort. Mais il se trompe lorsqu'il fiic l'apparition des Ibadhi en Omin à l’année 674 de l'hégire, à moins, toutefois, que les mots à Omdn , employés par lui, siguiGcut seulement la ville ainsi nommée, et non le pays tout entier, ce qui ferait disparaître la contradiction que nous veuous de sigualer eutre son sssertiun et celle de l'auteur de la chronique. On comprendrait, en effet, que les principes des Ibadhi, d'abord acceptés par les anciens dissidents ( les Kbouaridj ou Cbera) établis à Naioua, et s’étant entés sur crut de ces deruiers, ue se soient répandus que plus tard dsus les villes du littoral. (Voyez la partie Mit de l’ouvrage cité, traductiou manuscrite d'Armain, au paragraphe qui traite du pays d’Omàn.) — Niebubr, en signalant celle secte comme 1s plus importante de l’Omlo , donne à ses adhérents le nom de Bciasi , et Abadhi. Nous avons toujours entendu les indigènes se servir du mot Ibadhi.
;2) La forme de ce nom est douteuse; peut-être s'sgit-il des Bru- Djebre ou plutôt Beni-Djerbé, qui sont signales, bien postérieurement, il est vrai, comme faisant presque chaque année, à l'époque des récoltes, une invasion dans l'OinAn pour en peler les campagnes.
Kt'zan , qui, A ce titre, exerça le pouvoir penilant environ
quinze ans, et mourut l'an 2U7 de l’hégire (822 de J. C.).
À partir de cette époque, les imams se succédèrent régulièrement pendant un espace d’environ soixante-dix ans. Mais, au commencement du règne du khalife El-Motadhed, Azzan-ben-Tcmin cl Mckhezoumi étant imam, des troubles graves vinrent agiter l’Omân , des partis nombreux s’y disputèrent l’autorité, et leurs luttes semblaient interminables. Deux de ses habitants, dont la tradition a conservé les noms, Mohharamed-ben-Qâcem et Béchir-ben el Men’deur, se rendirent auprès du gouverneur du Bahharin’, Mohhammed-ben-Nour, pour solliciter son intervention et lui offrir le pouvoir. Ce dernier voulut, avant tout, s’assurer l’agrément du khalife i on se rendit à Bagdad pour l’obtenir, et, cette démarche ayant eu un plein succès, .Mohhammed-ben-Nour envahit l’OmAn à la tète de vingt-huit mille hommes (1). A son approche, la terreur s'empara des habitants; les uns prirent la fuite, le plus grand nombre se soumit. Azzan-ben-Temin, qui résidait à Nazoua, vit ses parti-
(1) Ce fait se trouve mentionne dans le traité du cheikh Abou-Ishak el Estakhry; il y est dit que, sous le khalifat d’El-Motadhed, une quorelie s'étant élevée entre les sectaires de la tribu des Bcui-Sama el Louy, l'unn des plus puissantes du pays, le cheikh de cette tribu, Mohammedben-ci-yacem es Sami , se rendit auprès du khalife et réclama sa puissante intervention; celle-ci amena la soumission de l'Omtn au khalifat, eu témoignage de quoi la kbotba fut dite dans les mosquées ponr le khalife. El Eslakbry ajoute que le schisme n’en persista pas moins et que les sectaires se retirèrent dans une partie de leur territoire nommée Nezoua i, Razoua), où ils étaient encore, avec leur imam et leurs trésors, à l'époque où l'auteur écrirait. 'Voyez le traité d’El Estakhry, folio 7, verso, édition du docteur J. A. Moeller, sous le titre Liber clitrtalurn.) — D'après M. Reinaud , El Estakhry voyageait vers l’an 340 de l'hégire (931 -3Î J. C.). .
sans l’abandonner peu à peu à mesure que l'ennemi s’avançait vers cette ville; il voulut chercher un autre asile avec une poignée d’hommes qui lui restaient, mais atteint par les soldats de Mohhammed, il périt dans un combat inégal. Les Ibadhi, dans la personne de leurs imams, avaient gouverné cent soixante-trois ans.
Mohhammed-ben-Nour, proclamé souverain, s’établit à Naxoua. Toutefois, il ne jouit pas en paix du pouvoir conquis par lui ; il eut bientôt à combattre des révoltes sérieuses, qui lui firent prendre en haine ses nouveaux sujets. Dans son exaspération, il ravagea le pays, commit des cruautés sans nombre, et se décida enfin à rentrer dans le Bahharin', laissant le gouvernement de l’Omân à Ahhmed-ben-Hilal (t). Celui-ci , renversé peu après par une insurrection victorieuse, eut pour successeur Mohhammed-ben-el-Hassen.
Ici commença, pour l'Omân, une nouvelle période d’indépendance, qui se prolongea jusqu'à l’ invasion de son territoire par les Carmathes (2). Cette invasion ne fut pas de longue durée, et, lorsque les envahisseurs eurent été chas
(1) On lit, dans lr Morotulj-ed-Dzeheb, manuscrit 598, folio 45, u qu’eu l’auuée 304 de l'hégire, lorsque Massoudi arriva à Sohhar, capitale de l’Omân, L’émir de ce pays était Ahhmrd-ben-Hilal. » C’est sait* douta le même personnage mentionné dans la chrouique à laquelle nous empruntons ces détails.
lU) La secte des Carmathes eut pour fondateur un certain Haudan , fils d’El-Aschath, surnommé Cormath. Elle acquit uue grande puissance, tt, pendant plus d’uu siècle, ensanglanta l’Arabie, la Syrie, l’Égypte, en dépit des efforts faits par les derniers khalifes abassides pour arrêter Us progrès de ces sectaires. Nous ignorons l'époque précise à laquelle ceus*ci envahirent l’Omân ; mais, d'après la pièce qu’occupe cette invaaioo dans la série des faits éuumén-s par la chronique, ce dut être dans las dernières années du m* siècle de l’hcgire ( premières auuees du *• siècle de J. C.).
sé$ , Mohhammed-bert-Izid el Kendl fut appelé à l'imamat.
Cependant la série des imams ne tarda pas à être encore une fois interrompue; des troupes envoyées de Bagdad s’emparèrent de nouveau de l’Omôn et mirent en fuite Mohharamed-ben-Izid ; le khalife donna alors le gouvernement à El- Hhakem-bcn el Mâala. Enfin , à la mort de ce dernier, les Arabes d'OmAn reconquirent le privilège d’élire leur chef, et nommèrent Saïd-ben-Abdallah-ben-Mohhommed. L’auteur de la chronique ignorait la date à laquelle cet imam fut élu; mais il donne celle de sa mort, qui eut lieu en l'année 338 de l’hégire (939-40 de J. C.). Après Saïd-ben-Abd8llah, les imams se succédèrent jusqu’en 557 (1161 de J. C.).
L’auteur du document arabe auquel nous devons les renseignements précédents pense qu’à partir de cette époque il y eut un interrègne jusqu'en l’année 809 (1406-07 de J. C.}. Selon lui , pendant cette longue période, l’Omân eut à souffrir des malheurs tels qu’il n’en avait jamais éprouvé ; mais il n’entre dans aucun détail à ce sujet , et les seuls faits dont il fasse mention sont les suivants :
1° En 660(1361-63 de J. C.), l’émir d'Hormouz, Mahmoud-ben-Ahhmed el Kousi, vint débarquer à Keulh&t avec des troupes nombreuses, et somma les chefs de l’Omân de lui payer un tribut (1); ce pays avait alors pour sultans Abou-el-H'salli-ben-êiebehan’ et son frère Omar.
3° En 674 (1773-76 de i. C.), le raïs de Chiraz, Fekeur- Eddin-Ahhmed-ben-ed-Daya, envahit l’Omôn, s'empara de Nazoua et séjourna quatre mois dans le pays. Une tentative infructueuse fut faite par lui contre Behla. La mort du raïs
U) Nous aurons occasion de revenir bientôt sur cette aipOdition du sultan d'Hormouz contre l’Omln.
vint bientôt délivrer le pays du joug de ses envahisseurs. Ce9 événements se passèrent sous le règne du sultan Omarben-Nebehan’.
3* Enfin, en 675 (1776-77 de J. C.), les enfants du raïs envahirent de nouveau l'Omàn, qui avait alors pour sultan Hilal-ben-Omar-ben-Nebehan' (1) : celui-ci finit par triompher de ses ennemis, dont les premières opérations avaient été désastreuses pour le pays.
Quand nous avons parlé ci-dessus d’un interrègne, il ne s’agissait, bien entendu, que de l'absence d'une autorité spirituelle : l'auteur de la chronique a écrit la chronologie des imams d’Omân, et non l’histoire de ce pays, cl cela explique le silence presque complet qu’il garde sur les événements arrivés dans l'intervalle de l'année 557 de l'hégire à l'année 809. Mais, en dehors des imams, l'autorité purement temporelle était exercée, dans l’Omôn, par d’autres chefs, délégués du khalife ou de quelqu'un de ses représentants. Seulement il arrivait, à certaines époques, que le schisme, toujours vivant à l’intérieur, reprenait plus d'empire, et que les sectaires parvenaient à imposer leur propre chef à une plus grande partie du pays. Quant aux villes maritimes, et surtout à celles dont le mouvement commercial mettait incessumment les habitants en contact avec les partisans des sectes orthodoxes , leurs populations dureut perdre peu à peu de leur ferveur dissidente, contenues qu' elles étaient, sans doute, d'abord par la surveillance plus
facile que l'émir du khalife pouvait y exercer, puis par les
t Oi' * *v ffjpH JS, . 4
(1) Celle famille des NebehAn parait avoir joué uu rAle important dans l' histoire de l'OmAn; nous retrouverons, dans le récit d lhu-Uathouta, un Nebehan' sultan de Naioua.
immigrations de Schiites , de Sunnites et de Mélaoualis qui s’y incorporèrent à diverses époques. Mais, pour avoir quelques notions sur ces villes , dont l’auteur de la chronique ne cite pas même les noms, il nous a failli recourir aux géographes et voyageurs arabes, et voici le résumé des renseignements que nous avons puisés dans leurs écrits :
Au commencement du iv* siècle de l’hégire, Massoudi et Abou-Zéid nous représentent Sohhar comme la capitale (1) de l’Omân, et Mascate comme un lieu où les navigateurs venant du golfe s’arrêtaient, dans leur route vers l’Inde, pour y prendre de l'eau et du bétail (2). A l’époque où écrivaient ces deux auteurs, Mascate n'avait donc pas encore une population notuble ; Massoudi , en effet , ne la désigne que comme un village.
Dans un passage du traité d'El-Estakhry, auquel nous avons déjà emprunté quelques renseignements sur l'état religieux de l'Omdu, l'auteur dit aussi que Sohhar en était la capitale, et la plus peuplée, la plus riche et la plus commerçante non-seulement des villes de cette contrée, mais de toutes les villes musulmanes situées sur la mer de Perse (3).
Avec Édrisi , nous commençons à acquérir quelques connaissances de l'intérieur du pays, outre ce qu'il ajoute au petit nombre de celles que nous possédions sur le littoral. Il signale d’abord, le long de ce dernier, les deux villes ma-
lt) Nous oc pensons pis qu'il faille donner au mot capital « no autre sens que celui de ville principe)» du paya au point de rue commercial , car noua ne «avons rien qui puisse mériter ce titre à Sohhar, au point de vue politique.
(Il Voyez Relation des voyages arabes et persans , Discoure préliminaire, patte 80 , et Chaîne des chroniques, page 15. i3i Voyer le traité déjà cité, folio 7, verso.
ritimes de Soùr et de Keulhàt (4), petites, mais ayant beaucoup d'habitants; puis le bourg de Damar (2), renommé par la beauté des perles qu’on y pêche; enfin les villes de Mascate et de Sohhar, l’une et l’autre bien peuplées. Toutefois, selon l'auteur, cette dernière avait déjà perdu de ' son ancienne prospérité et de son importance commerciale. Édrisi impute ce résultat aux déprédations exercées par la marine d'un certain gouverneur de ILeich (l’tle de Kechm) contre les navires qui commerçaient dans le golfe Persique; ce qui , dit-il , avait contraint ces derniers à se détourner < de la voie d’Omân et à se porter sur Âden (3). 11 parait, cependant, que l'activité de Mascate s'était accrue; car, sans cela, comment cet ancien village fût-il devenu une ville bien peuplée, telle que la représente Édrisi. Il est même probable que les faits rapportés par ce géographe n'étaient pas la seule cause de la décadence de Sohhar, à laquelle les commodités et les avantages propres au port de Mascate avaient dû contribuer aussi.
Quant à l'intérieur du pays, voici ce qu’en dit Édrisi :
« Vis-à-vis de Sohhar, à une distance de deux journées
(t) C’i-st li ville nommée Calayal par les auteurs portugais; Jo3<> de Barros la rapporte S la Sletacum de Ptolémée, mais il n’y aurait, ce noua semble, pat moins de raisons d’identifier celle-ci avec Soùr, ville très-aurienne et qu’on suppose avoir été occupée par les Syriens. Ouoi qu’il en soit, l'existence de Keulbél au commencement du si' siècle nous est signalée positivement par la chronique des rois d’Hormouz, dent Tezeira a donné une version portugaise. (Voyez Histoire des rois de Perse, par Teieira.)
il) Probablement Bendeur-Daghmar, petit port près et au sud-est de Keriat.
(3) Voyez Géographie d Édrisi , traduction de N. Jaubert, page 151 et suivantes.
« par terre, sont les deux villes S’al et O’fra. Elles sont « l'une et l'autre peu considérables, mais bien peuplées et « entourées de champs cultivés et de palmiers. La contrée « dont elles dépendent s’appelle Naxoua. A nne demi-jour-
« née de ces villes est celle de Mandj , qui est de peu d’im- « portance et située au pied de la montagne de t’haram, « où sont les sources de la rivière El-Fah. Cette rivière est « considérable; ses bords sont couverts de chnmps cultivés « et de villages jusqu’à la mer, où elle se jette auprès de « Djolfara (Djulfar). Beaucoup des habitants d’ümàn sont « des dissidents (chera), dont la plupart vivent aujourd'hui « réunis dans uu pays nommé Bechroun, à l’ouest d'Omân, u sur une montagne où sont leurs villages fortifiés, et qui « leur appartient. Bechroun est situé au bas de cette mon- « tagne (1) »
Ici nous retrouvons la trace de ces sectaires dont il a déjà été fait mention, et nous les voyons, au commencement du sne siècle de notre ère , établis au centre du pays , ayant
(1) Après l'analyse faite par nous, au livre Ht, de la description de la c6t« oricutah' d’Afrique contenue dans le traité d’Edrisi , on ne peut s'attendre à trouver beaucoup d'exactitude dans ses données géographiques su r l'OmAn , surtout quant aux distances. Pour ro qui est des noms de lieux mentionnés au passage reproduit ci-dessus, d'après la traduction de M. Jaubert . nous les soupçonnons d'ètre entaches, au moins, de ces erreurs de copiste qui ue sont que trop communes daus les manuscrits dont Je traducteur a fait usage. Ainsi cette rivière El-Fah, aux bords couverts de champs cultivés et de villages, nous semble ne pouvoir être que le Sib, dont le lit est cAtoyé par 1a route qui mène A Nazoua. La ville désignée sous le uom de Mandj ou Maiudj est peut-Atre Minna, nom qui lui-mème doit être une rectification du mot Mauna, donné par Joào de Barrot à une ville voisine de Nazoua, et dont il sera fait mention ci-après. Au reste, pour la topographie du pays d'OmAu, voyez la carte anneiée à la relation que le lieutenant Wellsted a faite de sou voyage en Arabie, (Travelt fn Arabia. London, 1838.)
leurs villages fortifiés sur une montagne aux environs d’une localité nommée Nazoua (qui nous est bien connue), voisine elle-même de la ville de Mandj.
Ce qu'Edrisi a écrit touchant la décadence de Sohhar était, à ce qu'il parait, au moins exagéré; car, un siècle environ après lui, Yacout signalait encore cette ville comme la plus importante du pays. « Sohhar est , dit-il , la Kasha (ville principale) de l'Omân du côté des montagnes, comme Touam est la Kasba du côté de la mer (1). C’est une ville riche et pleine de ressources; ses maisons sont bâties en briques et en bois de tek. »
Dans le dictionnaire du même auteur, on trouve au mot Nézoua : « C'est une montagne de l'Omân. Aucune tribu de cette localité n’a de station considérable sur le bord de la mer : on désigne leur réunion par le nom de leur district. Elles sont Ibadhi. »
Au temps d'Yacoul, quelques-unes des villes de la côte d'Omân étaient, d'après la chronique des rois d’Ilormouz, déjà dépendantes de ce royaume. Il y est dit que la fondation de celui-ci est due à un prince régnant en Arabie, et qui , inquiété par un de ses voisins afec lequel il était en guerre, alla s'établir dans le Moguestan , où son Gis Mohhammed , surnommé Derem-Kou , fonda la ville d'Uormouz. Le port de Kalayat (Keulhât), sur la côte d'Omân, avait été le point de départ des émigrants : ceux-ci, selon le chroniqueur, s'étaient assuré la possession de cette ville, pour s’en ser-
kl) Ou uc Mit à quel poiut de la côte peut se rapporter ce nom de Touam, employé dans plusieurs ouvrages arabes pour désigner un lieu evidemmeut voisin de Sohhar. M. de ilammer pense qu'il s'applique a la partie de la ville de Sohhar qui eut tournée vers la mer.
vir comme d'un lien de retraite en cas de besoin (1). La date de cette émigration n’est point indiquée; mais, par une supputation de la durée approximative de chacun des règnes antérieurs à celui de Rokn’-Ouddin-Mahmoud, qui commença en l’an G41 de l’hégire, on peut admettre qu’elle eut lieu vers l’année 450 de la même ère, (in du si' siècle de l’ère chrétienne.
Les conquêtes de plusieurs des successeurs de Mohhammed agrandirent le territoire de cette principauté : ainsi fut constitué le royaume d’Hormouz, dont les dépendances s’étendirent jusqu’à Zafar (2), sous le règne de Rokn’-Ouddiu-.Mahmoud (5). Il est probable que c’est de ce règne,
(1) A la fin du xnr* siècle de notre ère. Marco Polo signale Calatù (KeulhAt) comme servant à la fois de refuge et de point d'agression au Mélic de Cormose (Hormouz) contre les exigences du Soudan du Kerman. l/e Mélic de Cormose, dit-il , sc retire alors à Calatù, d’où il intercepte la uavigatiou du golfe; de telle sorti* que le soudau du Kerman, auquel cela cause un grand dommage, fait la pait avee le Mélic de Cormose. (Voyez Voyage de Marro Polo, chap. exen, édition de la Société de géographie de Paris.)
(2) Sans doute Zafar a été mis ici pour Dhofar ou Djuifar. D'après Amyn-Ahmed-Ràzy, il faudrait dire Djuifar. Nous lisons, en effet , dans son traité intitulé Hefl-lrlym , le passage suivant, que l’auteur a lui-même eitrait du Madjma-oul-Ansab ; « Ce fut ainsi qu’en Pau B47 il (Roku’- Ouddin-Mahmoud ) se rendit maître, sans opposition, d’Hormouz, et annexa ensuite Kis (Kechmc), Rahreu et Djuifar à ses États. « (Voyez Heft- Irlym, manuscrit persau de la bibliothèque nationale. Fonds Bruyes, n* 17, folio 21, verso.)
(3) D’après la concordance des dates et l’analogie des noms, ce souverain est, sans nul doute, celui dont nous avons parlé précédemment, d’après la chronique du cheikh Abou’l-Soleyroan-Mohhammed, connue ayant fait, dans l’année f>00, une expédition en Omân pour imposer un tribut à ses habitants. Les détails qui y sont donnés concernant cette expédition justifient ce qui est dit des conquêtes de Rokn'-Ouddin-Mahmoad, dans le Madjma-oul’Ansab , et font présumer en quelles circonstances les villes maritimes de l’Omôn auraient passé sous la dépendance
compris entre les années 6i1 et fî7#> (t) de l’hégire (124.“
du sultau d’Hormouz. Voici à peu près comment s’exprime l’auteur de La chronique en question .
• « L'émir d'Hormouz, qui s'appelait Mahrnoud-bcD-Ahhnied-el-Kousi fit « une expédition contre la ville de Reulhât. Or, a cette époque, celui qui « avait le pouvoir dans l'OmAu était Abou'l-M'salli-Kahlao-ben'iNrbebân', «» ainsi gue son frère Omar-ben-NtbehAn'. En arrivant à KeulhAl, Mah- « moud lit appeler Abou'l-Msalli, et, lui déclarant qu’il imposait un tri- « but aux habitants de I’OmAn, il le somma d'eu assurer la perception.
• Le sultan allégua que son pouvoir en OmAn ne s'étendait qu a une
• bien petite province. Mahmoud lui répondit : Prends de mes soldats « tant que tu en voudras, et réduis par la force ceux d’entre les gens do « l’OmAn qui te résisteraient. Abou'l-M’salli répliqua que ceux-ci étaient « trop pauvres et ne pouvaient payer le tribnt. Mahmoud, irrité, agit de « ruse, et, ayant invité les émirs ou notables du pays k se rendre au- « près de lui , il leur remit des vêtements d'honneur et d'autres cadeaux ; « puis il obtint d'eux la promesse de l'aider coutre les gcus de l'OmAri « et de l'accompagner daus l'expédition qu’il allait faire. 11 se rendit eu- « suite, par mer, à Dhufar, où il lit mettre à mort un grand nombre « d’iudividus et s’empara de richesses considérables. 11 retourna alors « eu OmAn eu suivaut la rout< de la terre ferme ; mais les vivres et l’eau •< commencèrent bientôt A lui manquer, et la soif et la faim tuèrent « 5, (KM) hommes de ses troupes, outre ceux qui périrent en combattant. « Ceci se passa en l’an 660. »
Le mot Dhofar emploie ici justifie la première assertion émise par uous à la note de la page 480, savoir, que. le nom de Zafar, écrit dans la chronique des sultans d'Hormouz, l'avait été pour celui de Djulfar. Il n'est point admissible que Mahmoud, ayant à faire une expédition en OmAn, accompagné des notables de ce pays, se soit rendu à Zafar ou Dhafar, sur la côte sud de l'Arabie, et soit reveuu sur ses pas par terre, en traversant uu espace de 200 lieues environ; taudis que le double mouvement par terre et par mer s’explique fort bieu lorsqu’il s'agit de Djulfar ou de Dofar, situés l’uu près du cap M'ceudcm, et l'autre daus le domaine de Sir ou Scr, limitrophe d'un des quatre grands districts (") dont la réunion a forme ce qu'on appelle aujourd'hui l'OmAn.
(1) dette date et la durée de ireule-ciuq ans que nous assignons au
(*) C« n'r«t que par mite de» événement» politique» wmenni dam l'Arabie durant h dm« dernier» uni» que le nom d'Omin a été dêlimli*rmenl i-mploje pour doijnrr tout In ptp , Je notre temp» encore , Ir» indigène» n'appliquent te nom d'Oman qu'a ta partie centrale ; le rente e*t diriaé en lroi« antre» .lutrin., nommé» p.i ma t>>«ilau ftalluia et Dtrorrah (V'oyr* 7V«te*f/
«n Arabta, pege 77D et »uie.)
et 4277 de J. C.), que date l'annexion de toutes les villes maritimes d'OmAn au royaume d’Hormoitz, dont elles faisaient encore partie lors de l'arrivée des Portugais.
A peu près à l'époque où fut opérée l'annexion dont nous venons de parler, la ville de Keulhàt, la plus ancienne dépendance d'Horraonz, nous est représentée, par Ibn-Sayd , comme la vjlle capitale de l’Omân. Voici ce que nous lisons dans la partie de son traité relative à l’Omân :
« Keulhftt , sise au commencement de l’Omân , et capi- « taie actuelle de ce pays, est eu latitude sur la limite « nord du premier climat, etc. » Puis encore : « Entre « K eu I liât , capitale actuelle de l'Omân et Sohhar, se « trouve Maskat , port situé sur un grand golfe de la mer « de Perse. » Quant à Sohhar, « c’est, dit-il, l’ancienne « ville appelée Omân (1) ; entre elle et les sables mobiles « (le désert) est la montagne de Nizoua, qui se prolonge a du sud au nord ; elle est habitée par les ILhouaredjites (2),
règne de Mahmoud ne sont pas d’accord arec la version du Madjma-oul- Atuab, reproduite par Amyn-Ahmed-Bazy. D'après cette dernière. Mahmoud aurait régné pendant trente ans seulement et serait mort en l’aunee 686 de l'hégire ; mais nous préférons nous en rapporter à la chronique des sultaus d'Hormouz, écrite, on le sait, par l’un d'eux.
lt) Peut-être Ibn-Sayd, qui cite quelquefois Ploicmée dans ses écrits, fait-il allusion ici A l'Ommanurn emporium de ce géographe ; mais nous ne pensons pas qu'il veuille parler de la ville appelée Omàn par quelques auteurs musulmans, qui , tous, représentent Sohhar et OmAn comme deux cités différentes et contemporaines.
(2) La dénomination de Khouaredjites employée par Ibn-Sayd u’iinpliquc pas contradiction avec la qualité d’ibadhi , attribuée par Yacout et par la chronique du cheikh Abou-Soleyman-Mobhammed aux habitauts de ISixoua ou iSatoua. Le premier auteur constate simplement , par l'expression dont il se sert , leur état de dissidence. Les autres caractérisent cette dissidence en indiquant qu’ils étaient de la secte d'ibadhi.
a qui en ont fait leur chef-lieu el l'ont nommée Nizoua (1). »
Moins d'un siècle après llm-Sayd, Aboulféda, dons sa géographie, cite Sobhar et la représente comme une petite ville en ruine, celle il Oman étant seule en prospérité. Au sujet de celte dernière, il reproduit le passage suivant , emprunté an traité intitulé Azizi, écrit à la fin du ivc siècle de l'hégire ou du x* (2) de notre ère.
« Omiln est une jolie petite ville, avec un port où abun- « dent les navires du Sind , de l’Inde , de la Chine et du « pays de Zanguebar. Auparavant, la capitale était Sohu bar ; on ne trouvait pas de plus belle ville sur le golfe « Persique. »
C'est tout ce qu'AbouIféda nous apprend concernant les • villes de l’Omin ; il ne cite même pas Mascat (3). Mais nous
(I Manuscrit de la bibliothèque impériale (n* 1,095, supplément arabe, folios 2.1, verso, et 37).
(2) Voyez, pour cet ouvrage cl son auteur, V Introduction à la géographie il Aboulféda, page 42.
(3) Dans sa traduction de la géographie d'AbouIféda, page 1,10, M. Reinaud, à propos du passage ci-dessus reproduit, émet la peosée que le grographe arabe désignait sous le nom dOmin la ville de Mascaie.
Nous lisons, en outre, dans le Djihan-Muma (partie Asie, traduction d'Armaiu, déjà citée), au sujet de la ville d’OmAu :
• I.'Omlu propre est une ville fortifiée située ail bord de la mer el au
• près de laquelle U coule plusieurs sources. Il y a auprès d’OmAn une « montagne; la rivière ( peut-être les eaut ) d'Omàn vient de cette mou- « tagne. Celte ville a beaucoup de plantations de dattiers el de jardins,
• et toutes sortes de fruits y sont à bon marché; le pays produit, d'ail- » leurs, du froment, de l’orge, du riz et du millet. I,a rivière (peut-être « l’eau) qui passe à Ornlu y a été conduite par un mage Tort riche qui « portait le uom d'Elioul-Kcrcdz, et qui a fait bâtir dans la ville d’Oinén « de grauds khans (édifices publics ou logent les étrangers ) pour les mar-
• chauds. On dit que le priuce d’OmAn retire des fermes de cette ville
« .80,1)00 sequms par an. 11 aborde dans son port beaucoup de bAlimeuts « de la Chine, des ludes, du Zauguobar el d'autres endroits, etc •
voici enfin en présence de documents positifs recueillis de mit* par celui qui les a publiés.
En l’an 781 de l’hégire (1330 de J. €.), Ibn-Rathouta aborda à Keulhât ; on lit , dans sa relation , que cette ville
Quiconque a vu Mascate, sa situation, son aiguade, y a trouve réalises presque tous les détails de cette desrriptiou, et, pour notre compte, nous n’hésiterions pas à identifier avec Mascate l’OmAnde V À zi zi etdn Djihaniïuma, s’il n'était fait dans ce dernier traité, outre la description que nous avons reproduite, une mention distincte de Mesket (Maskat). Rappelons , toutefois, que le teste imprimé (*) du Hjitian- \uma , traduit par Armain, a été augmenté, par l'éditeur, de plusieurs iudicalions empruu tées aus écrits européens; et dès lors on pourrait penser que, la ville d'OmAn ayant été seule mentionnée dans la rédaction primitive de Hhadji- Khalfa, Ibrahim-EITendi, en éditant l'ouvrage, a compris, daus ce qu'il y intercalait , une description de Maskat, alors plus eounue sous ce nom que sous celui d'Oinin , sans avoir conscience du double emploi qu'il faisait ainsi d'une même ville eu laissaut figurer au teste imprimé ce qui était dit de celle d'OmAn daus le traité original. Il est certain, du moins, qu’une partie de ca qu’on lit, au sujet de Mascate, daus ce teste (la reprise de cette ville sur les Portugais par les Arabes ) ni pu esister dans le manuscrit de Hbadji-Khalfa, composé dis ans avant l'accomplissement du fait dont il est question.
L’argumeut à tirer de ce que le Djiltan-Numa signale OmAn et Mascate comme deux lirai différents étant ainsi annihilé, toutes les probabilités nous semblent en faveur de l’opinion de M. Reinand ; car OmAn était, d’après les descriptions de plusieurs auteurs, une ville maritime importante ; ces descriptions, par tous leurs détails, désignent la ville et le port de Mascate, et non Sohhar. puisque les mêmes auteurs font de ctue dernière nne mention spèciale et distincte. Remarquons, de plus, que l’Astsi remonte à la fin du s* siècle, c'est-à-dire entre l’époque de Massoudi et celle d'Édrisi, qui, tous les deus, ont cité Maskat, sans parler d'OmAn. Or. au temps de Massoudi , Maskat ou Mesket n’était , comme l'indique son nom , qu’un village à aiguade où les batcaus s’arrêtaient pour faire de l’eau et des provisions fraîches. BicutAt cette localité, prenant de l'importance par le grand nombre de batcaus qui j relâchaient,
(*) Le / 'jzhan-Nnma , c'est-à-dire ta tableau ou la miroir du monde, rat un traité de géographie diviiâ en dru* partira. Il a été romponé , en 1648, par rl liliadjt- Mouttapha-Khalifeli ou K.b«lfa. Le preraliére partie de ce manuecrit , contenant U deecriptiou de l'Ame, a été imprime , en I7U, a Lion stout toople, par le* mm d lhrebim-LOruda , qui v a fait plument* addition*
avait une mosquée richement ornée à l’intérieur, et que la plupart de ses habitants étaient schismatiques (1), mais qu’ils ne manifestaient pas ouvertement leurs croyances, parce qu'ils dépendaient du sultan d'Hormouz , qui était sunnite.
De Keulhât, le voyageur s’avança à six ou sept journées dans l’intérieur, pour visiter le pays d’Omân, dans lequel, pour lui, cette ville n’était pas comprise (2). Voici comment il s'exprime en racontant cette excursion :
a Elle est située au pied d’une montagne; des canaux <i l'entourent, ainsi que des vergers, et elle possède de « beaux marchés et des mosquées magnifiques et propres, u Ses habitants ont coutume de prendre leurs repas dans a les cours des mosquées, chacun d'eux apportant ce qu’il « possède; ils mangent ainsi tous ensemble, et les voyant geurs sont admis à leur festin. Ils sont forts et braves, « toujours en guerre entre eux. Us sont de la secte ibadhite « et font quatre fois la prière du vendredi , à midi. Après « cela, l’Imam lit des versets du Coran et débite un disdevint une ville qui, probable meut, reçut d'abord le nom dOmAn; mau> celai de Maskat, sous lequel 1e localité avait été d’abord connue, ue coutinua pas moins de la désigucr, et, comme il était plus familier que l'autre aur navigateurs, le nom d’Omin cessa bientét d'être usité. Aussi voyons-nous Édrisi , Yacout et lbn-Sayd n'eu pas faire mention et citer seulement Maskat. Que plus tard, l'ancien nom d'Omiu ail été employé par Aboulféda cl Hhadji-kbalfa, cela n’a rien d étonnant, puisque leurs traités de géographie ne sont que des compilations d'ouvrages déjk vieut de deux et trois siècles pour Aboulféda, et de cinq à six siècles pour Hbadji-Khalla.
(1) l.e voyageur oe dit pas de quelle secte ils faisaient partie, mais l'auteur du Haraiid-el-lltilàa s'exprime ainsi au sujet de Keulbtt :
• Cité d'Oman sur le bord de la mer ; elle est bien habitée et popu-
• leuse; tous les habitants soot schismatiques de la secte d'Ibadbi. . . » Les sectaires dont parle Ibn-Balhouta étaient doue des lbadlii.
|2) Voyea, page 490, ce qui est dit au renvoi
« cours à l’instar du prône , dans lesquels il fait des vœux « pour Abou-Becr et ’Oraar, et passe sons silence ’Olhman « et ’Aly. Quand ces gens veulent parler de ce dernier, ils « emploient comme métonymie le mot homme, et ils di- « sent : « On raconte au sujet de l'homme. » Ou bien :
« L’homme dit. » Us font des vœux pour le scélérat , le « maudit Ibn-Moldjam (1), et l’appellent « le pieux servi- « teur de Dieu, le vainqueur de la sédition. » Leurs fem- « mes sont très-corrompues, et ils n’en éprouvent aucune « jalousie et ne blâment point leur conduite.