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ment que pour en gratifier les indigènes, mais non dans un but de commerce. Nous ne voyons donc, en définitive, aucune raison de repousser l'assimilation de cette localité à la Rhapta du Périple : assimilation à laquelle nous sommes arrivé, après tout, sans idée préconçue, avec un entier dégagement • des opinions émises, avant nous, par les commentateurs, sans torturer les textes et sans les faire plier violemment aux besoins d’une thèse quelconque : n'employant, en un mot , purement et simplement que les données du Périple, mais nous aidant , dans cet emploi , des notions positives que nous avons pu acquérir par nous-môme sur la géographie et la navigation de la côte.
On nous objectera peut-être que notre évaluation des distances est toute conjecturale, que rien ne prouve que nous n’ayons pas donné à la course une valeur trop grande ou trop petite. Sans doute, nous n'avous pas, a proprement parler, de preuve mathématique à faire valoir; mais, qu'on veuille bien se le rappeler, ce n'est pas arbitrairement que nous avons évalué; ce n’est point après coup non plus et en vue d'un résultat systématique à atteindre. Nous avons fixé nos moyens de mensuration avant tout , et nous l'avons fait d'après des considérations dont nous laissons assurément à chacun le droit d'apprécier la justesse, mais qui reposaient toutes sur des particularités géographiques, météorologiques et nautiques constatées par une assez longue fréquentation des lieux.
Donc, à priori, nous avons pu nous croire dans une bonne voie, et, si nos prémisses nous ont conduit è une conséquence suffisamment rationnelle et vraisemblable, nous serons autorisé à dire que les éléments dont nous nous sommes
servi perdent ce caractère conjectural qu’on pouvait se croire en droit de leur reprocher.
Eh bien ! que le lecteur prenne la peine de refaire avec nous, mais d’une manière succincte, l'itinéraire que nons venons de tracer si minutieusement et si laborieusement depuis Opéne jusqu’à Rhapta, et il s'assurera d’abord que notre évaluation des courses indiquées par le Périple nous a donné des résultats non-seulement raisonnables, mais presque toujours les plus raisonnables, et quelquefois les seuls raisonnables, qu’il fût possible d'obtenir ; de plus, qu’elle nous a permis de déterminer des points où, sous le rapport géographique, nos données, acquises sur les lieux, concordaient, à peu de chose près, avec celles du Périple.
Ce que nous venons de dire sera rendu plus sensible à l’esprit du lecteur par le tableau ci-joint, qui lui permettra de faire, en raccourci, le trajet que nous l'invitons à recommencer.
— ISO —
D'après re tableau , on a non-seulement un aperçu de la
concordance des indications géographiques du Périple avec
relies que nous fournissent les connaissances actuelles; mais
on voit encore que In distance totale obtenue, entre Opône et Hhapta, par notre évaluation des courses s’accorde, à
270 stades près ou 27 milles, avec la distance existant entre flhafoun et l'embouchure de l'Oufldji. C'est là, ce nous semble, une concordance frappante et un résultat , à tout prendre, assez satisfaisant pour que nous n'hésitions pas à
regarder comme très-près de la vérité notre opinion , qui place Rhapta vers les 8 degrés de latitude sud, non loin de l’endroit où le fleuve que nous venons de nommer se jette dans la mer.
. Ici se termine ce que nous avions a dire du Périple, puisqu’à Rhapta s'arrête l’itinéraire commercial tracé dans ce document. On ne doit point conclure de ceci que Rhapta fût le dernier des points connus par les Grecs sur la côte orientale d’Afrique. Comme nous l'avons déjà fait observer, le texte
du Périple dément une pareille assertion et affirme manifestement l’existence d’autres lieux plus éloignés que ceux
qu’il désigne. Mais, pour l’auteur de la relation, cette indication, purement géographique, n'avait qu’une importance secondaire; aussi se contente-t-il de nous la donner,
sans s'y appesantir. Nous ne devons donc voir, dans cet itinéraire, qu'un document intéressant par l'exactitude de ses traits principaux, et , dans celui qui l’a écrit ou dicté, qu'un
homme pratique, un navigateur commerçant qui décrit sa route et signale ses points de relâche, sans prétendre faire * de la géographie.
Tel n'a pas été le rôle de Ptolémée. Géographe, quand
JV
il a traité de cette partie du monde il l'a fait en géographe; mais, comme il travaillait sur de simples renseignements, dont ses opinions, parfois erronées, en géographie et en météorologie devaient amoindrir encore la valeur, le savant est resté, en précision et en exactitude, inférieur au navigateur. Si son itinéraire de la côte orientale *
d'Afrique offre quelques concordances remarquables avec celui du Périple, les différences le sont peut-être davantage et constatent, pour nous, cette infériorité à un très-haut degré.
Ce résultat de la comparaison des deux écrits nous inspirerait, ainsi que nous l’avonsdonné à entendre précédemment, une forte présomption en faveur de l'opinion qui assigne aux travaux de Ptolémée une époque antérieure à celle du Périple; mais, l'opinion contraire fût-elle positivement démontrée, il n'en faudrait pas moins admettre, comme un fait de toute évidence, que Ptolémée ignora l’existence de ce dernier écrit : en voyant le soin qu’il a mis à discuter les opinions de Marin de Tyr sur la position du pays qui nous occupe et * l'ordft dans lequel celufcei avait présenté les principaux *
points du rivage entre Aromata et Rhapta, comment comprendre que, connaissant également le Périple, il n’eût pas • discuté ce qui , dans cette relation, était contraire à ses propres opinions? Au surplus, il est certain que Ptolémée a pris pour unique sujet de discussion et de critique, pour point de départ de ses travaux géographiques, la table de Marin de Tyr, et qu’il considérait ce document comme l'expression la plus avancée ou la moins incomplète des notions qu'on avait, de son temps, sur la géographie de la cûtc orientale d’Afrique (1).
(1) Voici comment s’exprime Ptolémée 1 propos de Mario de Tyr :
Lorsque les navigateurs gréco-romains pénétrèrent vers le sud de cette cèle, au delà des limites connues du temps de Strabon, les relations de leurs voyages parvinrent à Marin , et celui-ci enrichit ses cartes des découvertes que ces relations contenaient. Les ouvrages de ce géographe ont été perdus, et c'est à l’tolémée que nous devons la connaissance de plusieurs de ces expéditions et des résultats que Marin crut pouvoir en tirer.
L'un de ces navigateurs, Diogène (I), avait écrit qu’étant arrivé près d’Aromata , il fut poussé par le vent du nord , et qu'il parvint en vingt-cinq jours aux marais où le Nil prend sa source. Selon lui , ces marais étaient un peu au
nord du cap Rhaptum.
Un autre navigateur, nommé Théophile (2), assurait qu'étant parti de Rhapta par un vent du sud , il arriva le vingtième jour à Aromata. Théophile évaluait la navigation d’un jour et d’une nuit à 1,000 stades (3), d’où Marin concluait que le voyage était de 20,000 stades.
« On voit qu’il a compulse un grand nombre de relations modernes, outre celles qui étaient plus anciennement connues , et qu'ayant étamine avec soin les écrits de tous les géographes qui l'oul précédé , il a corrigé et mis en ordre tout ce que les anciens et lui-méme avaient , auparavant, trop légèrement admis ou mal disposé. » (Voyez Géographie dtPlolèmie, traduction de M. l'abbé Halma, liv. I, cbap. vi.)
(1) Voy. Géographie de P lolémee, liv. I , cbap. ix.
(2) Voy. Géographie de Plolémée, liv. 1 , chap. it.
(3) Il est h remarquer qnc les indications données par 1rs pilotes Diogène et Théophile sur leurs traversées u'avaieut rien d'irrationnel , comme le pensa Ptolémée. I.c cours régulier des moussons avait permis, en effet, de suivre, sans déviation ni interruption, même aut environs de l'équateur, h l’un, la route d'Aromala à Rhapta avec la mousson de nordest ; k l'autre, la route opposée avec la mousson de sud-ouest : les deui traversées avaient été laites, évidemment, en des saisons différentes. Qnant à l’inégalité des nombres de jours employés à les effectuer, elle
Un troisième pilote, appelé Dioscorus (1), avait dit que la distance de Rhapta au cap Prasum était de 5,000 stades (2).