‹ Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale [microform]Chapitre 12 sur 101 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

PERIODE PORTIJOAISE.

Les Portugais établissent leur donÙDation k la cdte orientait

d'Afrique.

La conquête musulmane avait, depuis longtemps, fermé la route de l'Inde aux nations européennes ; mais }b Grèce ^ et l'Italie se souvenaient toujours des trésors que l'Orient recelait , et les marchands de ces deux pays tenaient sans cesse leurs regards avides fixés sur cette vieille terre d'Egypte, autrefois leur domaine, qui s'interposait alors comme une barrière infranchissable entre eux et l'objet de leurs convoitises.

Enserrée depuis quatre cents ans dans le vaste cercle de la domination arabe, qui , du voisinage des Pyrénées, s'étendait jusque sous les murs de Constantinople, l'Europe, dont les nouvelles populations s'étaient accrues et fortifiées en s' assimilant le jeune sang des barbares et l'esprit chrétien , venait , pour la première fois , de réagir contre l'ennemi commun par les croisades. Quelque désastreux qu'aient été, pour la prospérité intérieure des peuples -croi-^

ses, les résultats de cette gigantesque et généreuse folie, !.. 20

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elle n'en produisit pas moins, indirectement il est vrai , des effets d'une haute importance pour le développement de la civilisation occidentale. En mettant dans un contact forcé l'Orient et l'Occident, elle raviva chez les peuples de l'Europe centrale le goût du li^xe, d€s/]«Bî^ux-arts et des sciences, que l'invasion des barbares y avait étouffé.

D'abord ces expéditions aventureuses servirent à l'accroissement de la puissance maritjime de Venise, mjieux placée que toute autre pour opérer le transport de troupes nombreuses i et de matériel considérable qui s'établit entre l'Europe et^ l'Asie. 'Un& prospérité £onun«r<dale inouïe fut, dès ce moment , acquise à cette république et partagée plus tard par ses voisines, que son exemple entraîna dans la même voie. Malgré les guerres C(;^itinuelle3 qu'une ardente rivalité suscita entfe e)l/es , et surtout mirfi Gênes et Venise, le commerce ne cessa de suivre une marcj^e ascendante, et la navigatipp it des progrès proportionaels au mouvement comnijer/cial. ^

P^çii les événements remarquables de cette p^ériode de progrès se place au premier rang l'invenj^on de la boussole, faite, suivant l'opinion générale, parFlavio Gijoja, natal' 4''A^n)alfl, petite ville du territoire de l^apie^. jCette découverte ne produisit pas , il est vraj , une révolution instaïU^née daps l'art, de la navigation ; car les marins m s'en servirent d'abord que comn^e d'un ai|xiliaire utile, let non comme d'up guide unique- Mais il n'en est pas moins vrai au^^l que l'inventiop arrivait en temps opportup au moment où l'actiyilé européenne s'apprêtait à s'épandrp au (Jçhqrs pt se dispo^it ? des moissons fécondes.

Pendant qj^'à l'e^t de l'Esope, Vepise et jGîèpes, les deux

sœiTrs rivales, voyaient s'élever leur merveilleuse fortune, que jalousaient les "plus grands royaumes, et atffrèlent à elles toutes les richesses de l'Asie et de l'Afrique orientale, à l'occident surgissait un peuple qui, depiurs des 'siècles, communiait forcément avec l'Orient. Les Mîitires, ttaîtres de la péninsule ïbérique, y avaient implanté avec eux lès coutumes fastoenses des peuples asiatiques, ferâce aux importatioiK de leurs marchands , les perles , les parftfffis , îes tissus précieux affluaient sur les plages de l'Espagne et du Portugal. Le long contact des chrétiens avec de Inre prodigieux et celte sensualité raffinée avait dû néeesjfaire'meril influer sur leurs mœurs et leurs usages , et letir faire des habitudes splendides qu'ils avaient peu à peu contractées, une sorte de besoin impérieux. Aussi , quand les Maures eurent été rejetés pour toujours sur le rivage africain , le vainqueur se vit forcé dfe demander à des sources nouvelles les produits opulents qui , depuis la fuite de ses ennemis, n'arrivaient plus jusqu'à lui. Venise et Gênes ne pouvaietit suffire aux exigences de ce nouveau marché, el d'ailleurs leur commerce était pour les nouveaux clients un sujet d'envie et une excitation incessante de leurs instincts cupides.

De toutes les causes que nous venons d'énumérer naquit sans doute, chez le^ nations maritimes de l'Europe, le désir de s'ouvrir un passage vers l'Inde par l 'Océan A ces deux mobiles, la passion du luxe et l'avidité commerciale se heurtant à l'obstacle que leur opposait, sur le littoral de la Méditerranée, la domination des Arabes, à ces deux mobiles, disons-nous, la civilisation moderne doit ses deux plus belles conquêtes, l'Amérique et la route de l'Inde par le cap de Bonne- Espérance.

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Les Portugais furent les premiers à s'élancer dans la voie des grandes découvertes maritimes. Après avoir complètement chassé les Maures de leur territoire, ils les avaient poursuivis jusque sur les côtes d'Afrique. Dom Henri, l'un des fils de Jean I", qui avait, en 1415, suivi son père dans une expédition contre Ceuta , s'étant distingué par sa valeur et ses talents, avait reçu pour récompense le gouvernement des dernières conquêtes du roi de Portugal et le duché de Viseu. Le jeune prince trouva, dans les riches revenus attachés à ce dernier titre , un moyen de tenter la réalisation de grandes entreprises qu'il méditait.

En effet, Dom Henri, actif et intelligent, joignait à ses autres qualités toutes les connaissances d'un savant, et pouvait passer pour un des hommes les plus instruits de son époque. Dès ses plus jeunes ans, il avait conçu une vive passion pour les expéditions maritimes. Sa nouvelle position en Afrique lui fit concevoir le projet de résoudre la grande question commerciale qui agitait tous les peuples navigateurs de l'Europe et le mit à même d'en préparer l'exécution. Pendant son séjour parmi les Maures, il obtint beaucoup de renseignements sur les peuplades qui bordent les côtes de la Guinée et les nations de l'intérieur de l'Afrique. Il en conclut la possibilité d'arriver à cette contrée par l'Océan, et il résolut de surmonter toutes les difficultés d'une pareille navigation.

Déjà, depuis trois ans, dès 1412, Dom Henri avait, chaque année, envoyé un vaisseau explorer la côte occidentale d'Afrique; mais ses marins n'avaient réussi, jusqu'alors , qu'à doubler le cap Noun , et s'étaient arrêtés en deçà du cap Bojador comme devant une barrière dont on

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ne pouvait songer même à s'approcher. Enfin, en 1418, deux gentilshommes de la marine du prince, voyant son ardent désir de poursuivre les^^uveKes sur cette côte, s'engagèrent volontairement à tenter de doubler le terrible cap et à s'avancer au sud. Mais, comme leurs prédécesseurs, ces nouveaux aventuriers suivirent la côte, et, comme eux ausâîj^ils allaient s'épuiser en vains efforts contre les courants et les brisants du cap Bojador, quand un hasard de mer vint suppléer à l'habileté ou à la hardiesse qui leur manquait. Une. tempête qui s'éleva les emporta en pleine mer et leur fit perdre de vue la terre. Ils se croyaient perdus sans retour, lorsque, le vent s'étant calmé, ils aperçurent, à peu de dislance de leur navire, une île qu'ils nommèrent Porto Sanio.

Cet heureux événement encouragea les efforts de Dom Henri , qui envoya dans l'île une expédition composée de trois vaisseaux commandés par Zarco Vaz et Bartholomeu Perestrello. Pendant le séjour qu'ils y firent, ils remarquèrent plusieurs fois, et dans le même endroit de Ihorizon , un point noir qui excita leur curiosité. Ayant fait route sur ce point, ils trouvèrent une île inhabitée et couverte de bois épais : à cause de cette dernière circonstance, ils lui donnèrent le nom de Madeira (i) (Madère).

Pendant quinze ans, les navigateurs portugais ne s'avancèrent pas au sud de l'île que nous venons de nommer. Ce fut seulement en 1455 qu'un individu nommé Gil Eanes, natif de Lagos, parvint à doubler le cap Bojador, et revint dire en Europe qu'au delà de ce cap la mer était parfaite-

(1) Le mot Madeira siguifie, en portugais, bois.

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